Lettres du Père Chevrier
Vous trouverez ci-après, les lettres du Père Chevrier, copie de l’édition faite par le Prado en 1987.
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Lettres A sa famille 1847-1877
A Mademoiselle Annette Fréchet (tante)
Lettre n°1 (1) A Mademoiselle Annette Fréchet (tante) : Grand Séminaire, 31 décembre 1847
MADEMOISELLE ANNETTE FRECHET. CHEZ MONSIEUR FERRAND
A CHATANAY, PRES DE LA TOUR DU PIN (ISERE)
Chère Tante,
Au renouvellement de cette année, qu’il soit permis à votre neveu de vous faire les vœux et les souhaits que méritent bien votre affection et vos bienfaits pour moi. J’ai à vous remercier de l’accueil toujours bienveillant que vous me faites quand j’ai le plaisir de vous voir et des marques d’estime dont vous honorez votre neveu. Je ne puis mieux répondre à vos bonnes intentions à mon égard, qu’en vous témoignant ma reconnaissance par le concours de mes prières ; puissent-elles être agréables à Dieu. Veuillez aussi, chère Tante, prier le ciel pour moi vous le savez, cette année peut-être va décider pour toujours de mon sort pour l’avenir ; veuillez prier pour moi, afin que le pas que je ferai, que la consécration que je ferai à Dieu lui soit agréable. Moi, de mon côté je ne vous oublie pas.
Je prie Monsieur et Madame Ferrand de vouloir bien accepter mes souhaits et mes vœux de bonne année ; et je suis, avec reconnaissance et amour, chère Tante.
Votre tout dévoué et chéri neveu.
- Chevrier
A Madame… (Cousine)
Lettre n°2 (2) A Madame… (Cousine) Grand Séminaire. 22 Mai 1850
Chère Cousine,
Le silence de la retraite qui précède mon ordination et que commande la méditation profonde des grâces ineffables dont Dieu veut bien me combler dans sa miséricorde est peu compatible avec une correspondance au dehors mais pourrais-je résister au désir de vous manifester ma gratitude, sentiment si naturel et si fondé ?
La surprise agréable que vous me procurez est d’autant plus grande que je ne pensais pas être digne de mériter votre bienveillance. Cette aube dont j’aurai le bonheur de me revêtir dimanche prochain sera pour moi un motif toujours présent de penser à vous pendant l’auguste Sacrifice et de prier pour tous ceux qui vous sont chers.
Je pensais avoir le plaisir de dire ma première Messe à St François, mais on n’accorde à aucun prêtre de sortir du séminaire. On m’a fait l’honneur de dire la Messe de communauté qui est à 6 heures du matin. Si ce n’était pas si matin, j’oserais espérer d’y voir tous mes parents, mais si mes yeux ne les rencontrent pas, mon esprit et mon cœur sauront bien les y trouver.
Daignez agréer l’assurance de l’attachement sincère de votre tout dévoué cousin.
Mes amitiés respectueuses à mon cousin.
- Chevrier
A Monsieur Chevrier (Oncle)
Lettre n°3 (3) A Monsieur Chevrier (Oncle) St André, 10 septembre 1855
MONSIEUR CHEVRIER. CHEZ MONSIEUR DUFOURNEL
RUE DES CAPUCINS 8, LYON
Je viens de recevoir une lettre de Sébastopol dans laquelle mon cousin me prie de donner de ses nouvelles à son père et à sa mère et ses parents. Ne pouvant aller moi-même vous voir à cause de mes occupations et parce que je me trouve de semaine, je vous envoie deux de mes petits clercs pour m’acquitter de la commission dont je suis chargé.
Je ne sais pas si cette lettre sera sans préjudice de celle que vous recevez chaque semaine, mais si toutefois vous n’en receviez pas mardi prochain selon son habitude. Ne soyez pas en peine, il se porte bien et n’a toujours reçu aucune blessure. Le contenu de sa Lettre ne renferme rien d’extraordinaire. Il m’annonce qu’il a reçu ma lettre et le petit paquet qui avaient été confiés à M. Hauvert. Il paraît que M. Hauvert n’a pu lui faire lui-même la commission puisqu’il l’a fait faire par un soldat du 42°. Il regrette beaucoup de n’avoir pas même pu parler à ce soldat, parce qu’il ne se trouvait pas dans sa tente lorsqu’il est venu, et il ne sait pas maintenant où le déterrer. J’espère bien que quelques circonstances se présenteront pour fournir à M. Hauvert l’occasion de voir mon cousin et de causer un peu de Lyon et de leurs amis. Sa lettre est datée du 27 Août et il ne sait pas encore sa nomination au grade de chevalier de la Légion d’Honneur. Quel plaisir, quel bonheur ce sera pour lui de recevoir cette nouvelle ! Dans sa lettre, il me parle au long de son désappointement, de son chagrin, en voyant de jeunes officiers parés d’une décoration et lui, vieux soldat, qui n’a jamais manqué à son devoir depuis 27 ans se voir au-dessous d’eux, au point de vue de l’estime et de l’honneur, il faut avouer que cela est désolant et il le comprend mieux que personne ; mais il sera bien dédommagé quand il recevra votre lettre dans laquelle il trouvera sa promotion dans le Moniteur et sa croix elle-même. Je m’associe à son bonheur et je partage sa joie bien juste et dûment méritée. Je trouverai bien un petit moment pour lui écrire une petite lettre de félicitation, mais en attendant, si vous lui écrivez, veuillez lui annoncer que j’ai reçu sa lettre, qu’elle m’a fait plaisir mais que je ne partage plus ses chagrins maintenant puisqu’ils sont dissipés, mais que je m’associe au contraire à son bonheur.
Il me rappelle aussi le vœu bien arrêté de monter à N.D. de Fourvière, lorsqu’il aura le bonheur de revenir à Lyon ; ce sera certainement pour nous tous un beau jour de fête et j’espère bien que le bon Dieu qui l’a conservé jusqu’à ce jour voudra bien le conserver durant toute la durée de la campagne et que nous le reverrons sain et sauf ; je prie Dieu tous les jours pour cela.
Veuillez agréer avec salutations, mes affections les plus vives et les plus sincères et un petit baiser à Alice.
- Chevrier
A Monsieur Chevrier (Père)
Lettre n°4 (4) A Monsieur Chevrier (Père) Chatanay, 16 juillet 1862
MONSIEUR CHEVRIER, Rue SALA 64 AU 1er, LYON
Mon cher Père,
Nous sommes arrivés à la Tour en bonne santé. Ma Mère restera avec moi jusqu’à samedi soir, que nous rentrerons à Lyon à 6 h ½ ; ne t’ennuie pas, j’ai écrit à ces dames de la place qui iront te voir et feront ton dîner, tâche de panser ton bras pendant ces deux jours.
Le temps n’est pas beau, aujourd’hui il pleut, il fera peut-être plus beau temps demain, tu pourras aller te promener et moi aussi.
Chatanay est toujours de même.
Ils t’envoient tous bien le bonjour. A Dieu, ton fils
A.Chevrier
A MONSIEUR THEVENON-PEIGNER
Lettre n°5 (5) A Monsieur Thevenon-Peigner 15 décembre 1865
MONSIEUR THEVENON-PEIGNER, PRES DE LA HALLE, A BOURGOIN, ISERE
Monsieur,
J’ai l’honneur de vous prévenir que, ne pouvant nous présenter auprès de vous pour recevoir le montant des intérêt échus depuis la St Martin, vous voudrez bien nous renvoyer ou nous écrire. Notre frère aîné étant mort depuis le mois de janvier, vous voudrez bien vous présenter chez Monsieur Claude Chevrier, rue Sala 64, à Lyon.
Votre serviteur.
Chevrier
[Lettre écrite au nom du père, Claude Chevrier, de la main du Père Chevrier]
A Madame Chevrier (Mère)
Lettre n° 6 (6) [1] A Madame Chevrier (Mère) 16 février
A MA MERE 16 février
Ma chère Mère,
Je vais toujours bien et je te prie de ne pas t’ennuyer. Je rentrerai samedi à midi et demi ; ne manque pas d’envoyer à la gare de Vaise un garçon ou deux pour prendre mon paquet.
J’envoie un petit mot à Sœur Claire, en réponse à sa lettre ; veuille le lui faire remettre.
Ton fils qui t’embrasse.
A.Chevrier
Lettre n°7 (7) [2] A Madame Chevrier (Mère) Prado, 2 novembre 1870
Chère Mère
J’ai appris avec plaisir que tu avais fait bon voyage. Fais quelques provisions, ça nous servira toujours pour plus tard.
Les nouvelles ne sont pas bonnes, les Prussiens approchent et il est probable que dans une dizaine de jours, ils seront près de Lyon.
On a ordonné à Lyon à tous les vieillards et aux enfants de sortir.
Nous faisons faire la première communion dimanche prochain.
Je vais conseiller à ces dames de la mairie de louer une chambre en ville pour se retirer en cas de besoin et mettre quelques provisions. Je t’engage de rester à Chatanay, tu y seras plus en sûreté. Je ferai bien comme je pourrai.
Aie bien soin de toi et achète bien tout ce qui t’est nécessaire. Je prie mon cousin Claude et mes cousines d’avoir bien soin de toi et je vous envoie bien à tous le bonjour.
Priez pour moi, je ne vous oublie pas.
Ton fils qui t’embrasse.
- Chevrier
Lettre n°8 (8) [3] A Madame Veuve Chevrier (Mère) Rome, 4 juin 1877
MADAME VEUVE CHEVRIER A LA PROVIDENCE DU PRADO
RUE CHABROL 55, GUILLOTIERE. LYON. RHONE. France Rome, 4 juin 1877
Ma bien chère Mère
Enfin nous allons bientôt retourner au Prado. Nous pensons partir lundi prochain pour arriver jeudi soir ou vendredi matin à Lyon. Je vous dirai le moment quand je serai bien fixé.
Je pense que tu vas bien ; du moins les nouvelles que Monsieur Berne nous a données ont été bonnes et nous nous reverrons bientôt je pense tous les deux en bonne santé. Je me porte bien à part une petite indisposition que j’ai eue il y a quelques jours, mais ça n’a rien été. Sœur Claire a été malade, elle a pris mal au gosier comme il y a quelque temps mais elle va mieux, elle sort maintenant. Elle est venue nous voir hier et aujourd’hui.
Sa figure avait un peu enflée.
Nos Messieurs vont bien et sa préparent à venir travailler au Prado avec courage.
Je pense que ces demoiselles de Monchat vont bien et que je les trouverai aussi bien portantes. Ce sera une de mes bonnes visites à mon retour.
A bientôt, sur la fin de la semaine prochaine.
Ton fils qui t’embrasse.
A.Chevrier
Bonjour à tout le monde.
LETTRES DE SAINT ANDRE ET DE LA CITE 1855-1860
A Monsieur Francisque Convert
Lettre n°9 (9) [1] A Monsieur Francisque Convert Lyon, 30 août 1855
Mon cher Francisque
J’ai beaucoup regretté de ne n’être pas trouvé chez moi lorsque vous êtes venu me faire vos adieux avant votre long et intéressant voyage, d’abord pour vous souhaiter un bon voyage et aussi pour vous prier de me faire une petite commission à Paris. La voici :
Ce serait d’aller au bureau de l’encyclopédie du XlXe siècle rue Jacob 31, – Directeur, M. Ange de Saint Priest – et de réclamer de ma part les deux volumes de la table de l’encyclopédie et le supplément de cet ouvrage que je n’ai pas encore reçus. J’ai écrit il y a quelques mois à M. le Directeur au bureau de l’encyclopédie et je n’ai pas reçu de réponse. Dites-leur que je n’ai pas achevé le paiement intégral de cet ouvrage et que si je ne reçois pas ce qui me manque je ne prétends pas solder entièrement. Il faut que vous sachiez aussi que j’ai fait venir cet ouvrage il y a près de 3 ans, par l’entremise de MM.Girard et Josserand, libraires à Lyon, et que, si mon nom ne figure pas sur leur registre, ils doivent y trouver celui de MM. Girard et Josserand, mon entremetteur.
- Girard et Josserand sur mon invitation, ont du écrire il y a déjà longtemps et ils n’ont point reçu de réponse satisfaisante.
Vous ne vous chargerez pas de ces livres si on voulait vous les remettre (ce que je ne crois pas), mais vous les prierez de les adresser à MM. Girard et Josserand ou bien à mon adresse à St André. Je vous serai très reconnaissant si vous pouvez réussir dans cette affaire ou me donner quelques renseignements.
J’ai vu votre bonne Mère qui attendait avec anxiété votre lettre pour avoir des nouvelles de son heureux fils ainsi que de M. Neyrat. Elle a été très satisfaite de recevoir votre lettre et m’a prié de vous dire d’acheter à Metz, si toutefois vous passez par cette ville, un livre de prière en Allemand pour Mme Woegeli ; elle veut un joli livre qui soit pour elle ce que sont pour nous les heures de Lyon, contenant et la Messe et Vêpres et prières, etc. etc… Votre Père et votre Mère vont bien, ils sont allés à Vienne ; votre père n’y est resté qu’un jour, votre mère est arrivée hier au soir mercredi et je suis sûr qu’elle n’est revenue si tôt que pour savoir si vous aviez écrit.
Il faut avouer, mon cher Francisque que vous avez de la chance et du bonheur : faire votre tour de France en amateur comme vous le faites en aussi agréable compagnie et sans dégarnir le gousset, c’est ce qui n’est pas réservé à tous les voyageurs de la grande cité. J’espère que vous en profiterez et que ce bon Monsieur Neyrat n’aura toujours qu’à se féliciter de ses faveurs envers vous.
Veuillez présenter mes amitiés les plus affectueuses à M. Neyrat et je m’unis à tous vos plaisirs et à toutes vos joies en attendant que j’aie le plaisir de vous voir et de vous entendre raconter les merveilles de votre heureux voyage.
- Chevrier
P.S. Si ma commission vous gênait ou que vous n’eussiez pas le temps ne vous en fatiguez pas, je trouverai bien d’autres occasions à Paris dont je pourrai profiter.
Lettre n°10 (10) [2] A Monsieur Francisque Convert
Mon cher Francisque
Voila huit jours que je suis à la campagne, j’avais promis à vos parents de leur donner de mes nouvelles, je ne veux pas manquer à ma parole. Il me sera bien agréable aussi de savoir comment vous allez ainsi que vos bons parents. Quoique éloigné de ma chère paroisse de St André, j’y pense toujours avec plaisir et j’aurai bien plus d’agréments à remplir mes fonctions qu’à faire ici le paresseux tandis que mes confrères ont toute la peine… Que voulez vous y faire ? La Providence l’a ainsi ordonné, et l’on doit se soumettre aux volontés de ceux qui nous dirigent quand il s’agit du temporel comme quand il s’agit du spirituel. Vous voulez peut-être savoir ce que je fais à la campagne, comment je m’y trouve, le voici : Je suis à une demi-heure de la ville de la Tour du Pin sur le sommet de la colline qui domine la petite ville, jetez les yeux sur la Croix-Rousse et vous aurez une idée de ma position, là, l’air y est vif, les brouillards y séjournent peu de temps, cependant ils m’ont un peu incommodé pendant ces jours, aussi n’ai-je pu sortir, ce qui m’a fortement ennuyé ; c’est la promenade qui est ma plus grande distraction et lorsque je ne puis sortir, le temps me paraît fort long ; aussi avais-je pris la résolution de revenir à Lyon si le mauvais temps avait continué, mais depuis hier le soleil a reparu et je me propose bien de profiter du beau jour, je ne ferai pas une trop longue course parce que mes jambes ne sont pas encore bien fortes et dès que je fais un exercice un peu pénible je reprends à tousser. J’espère cependant que d’ici à Pâques je serai parfaitement rétabli et puisque M. le Curé est assez bon pour m’attendre, j’aurai le bonheur de rentrer à St André bien portant et de réparer, si je le puis, tout le temps perdu. C’est pour cela que je bois du lait bourru trois fois le jour, rien n’est plus adoucissant que cela et j’en attends un grand bien : si vous étiez en vacances et que le chemin de fer fut fait, je vous dirais bien de venir vous promener jusqu’à Chatanay, quelques gouttes de lait ne vous feraient pas de mal, ce sera pour une autre occasion… Tâchez de bien conserver votre santé ; obéissez bien pour cela à votre père et à votre mère. Ne veillez pas trop tard surtout, car vous ne sauriez croire combien les veilles sont contraires à la santé, je le sais par moi-même.
J’oubliais de remercier le père de m’avoir fait cadeau d’une canne, je l’ai apportée et elle me sert bien ici, soit contre les chiens soit pour m’appuyer dans mes courses. Vous avez eu une bonne pensée, mon bon père Convert quand vous me l’avez donnée, je vous en remercie.
Je présente bien mes respects à Madame votre Mère et je la prie de ne pas m’oublier dans ses bonnes prières ; qu’elle soit bien persuadée que je ne l’oublie pas dans les miennes ainsi que les personnes qui m’intéressent. Présentez mes amitiés à ces Messieurs de St Bonaventure s’ils vous parlent de moi. Je vous dirais bien de me rappeler au souvenir de quelques personnes de St André, mais j’aime mieux que vous gardiez le silence parce que je ne puis pas écrire à tout le monde et si l’on savait que j’écris à quelques personnes sans écrire aux autres, ça pourrait avoir des inconvénients. Veuillez seulement remettre ce petit billet à Mlle Barjot, lorsque vous la verrez. Ça ne presse pas bien.
Je souhaite que les bénédictions de Notre Seigneur et de sa divine Mère se répandent sur vous tous et suis votre très affectionné en Jésus Christ.
- Chevrier
Lettre n°11 (11) [3] A Monsieur Francisque Convert Lyon, 21 mars 1857
Mon cher Francisque
Vous vous êtes souvenu de moi dans votre pieuse et aimable retraite : je vous en remercie. J’ai appris avec plaisir que vous alliez bien quant à l’âme et quant au corps, tachez de conserver ces bonnes dispositions si nécessaires pour arriver aux nobles fins que vous vous proposez ; commencez à poser les premiers fondements de ces vertus solides dont le prêtre a tant besoin dans le monde et les dangers auxquels il est exposé tous les jours, il a besoin de science. Vous êtes à la source, puisez-en le plus que vous pourrez, elle vous servira plus tard, dans le ministère, si le bon Dieu vous y appelle, un prêtre qui n’est pas instruit ne peut pas faire tout le bien qu’il pourrait et devrait faire ; et ne regardez pas comme inutiles tous ces théorèmes, ces sinus et cosinus dans lesquels vous vous trouvez comme enveloppé, tout cela sert et malgré l’aridité de cette étude vous devez la fertiliser et la rendre agréable même par les pensées de la foi qui doivent vous faire entrevoir la gloire de Dieu à procurer dans la suite.
Mais faites provision surtout de vertus, cela est encore plus nécessaire que tout le reste, et sous ce point de vue, je puis dire que la science sans la vertu n’est rien. J’ai remarqué toujours que les prêtres vertueux et humbles faisaient beaucoup plus de bien dans le ministère que les prêtres savants.
Demandez bien à Dieu son esprit, afin que ce soit cet esprit divin qui vous fasse agir en tout ; qu’il vous conduise, qu’il vous inspire et qu’il répande surtout cet esprit de charité chrétienne et sacerdotale sans lequel notre ministère est de nos jours tout à fait infructueux. Plus les vertus, de nos jours, s’effacent et disparaissent dans le monde, plus il faut qu’elles reluisent dans le prêtre. Ah, mon bien cher Francisque, que je serais heureux et content si vous deveniez un jour, un bon, un saint prêtre. Cherchez parmi vos confrères quelques amis vrais et sincères, vraiment pieux avec lesquels vous puissiez causer quelquefois de Dieu, du noble état auquel vous aspirez. Unissez-vous ensemble pour observer quelques petites pratiques de vertus en l’honneur de N.S. Jésus-Christ le modèle des prêtres, et de Marie, la reine et la protectrice des jeunes lévites du sanctuaire, et ces saintes conversations contribueront beaucoup à votre avancement et votre perfectionnement dans la vertu.
Dites un petit bonjour pour moi au fils Meunier votre confrère, dites-lui que si mes prières ont quelque pouvoir auprès du bon Sauveur Jésus, je ne l’oublierai pas ni vous non plus et que de votre côté vous n’oubliiez pas les prêtres qui travaillent dans l’arène. Commencez à convertir les âmes par la prière, avant de les convertir par vos paroles et vos œuvres.
Vous me dites que vous n’avez pas dit un éternel adieu à Jérusalem. En cela comme en tout, il faut consulter Dieu et suivre ses voies. Si le bon Dieu vous appelait à devenir un jour missionnaire dans ces contrées ou d’autres, il faudra partir ; mais s’il vous appelle ailleurs soumettez-vous à sa sainte volonté, seulement commencez à bien profiter de toutes les grâces que le bon Dieu vous fait actuellement, elles vous en mériteront d’autres plus tard auxquelles vous ne vous attendez peut-être pas.
Ne me félicitez pas de la mention honorable que j’ai reçue pour les inondations, ni ne vous fâchez pas de ce que l’on ne nous a pas récompensé dignement, les récompenses de la terre sont si peu de chose. Je conçois qu’un crocheteur ou un homme du monde sans foi puisse courir après une croix ou une médaille, mais un prêtre serait bien vil s’il pensait à ces gloires terrestres qui ne sont qu’une vile fumée et qui ne peuvent que ternir sa gloire sacerdotale. Il faut que ce soient nos vertus qui nous ennoblissent et non pas les décorations. J’aime mieux entendre dire : voilà un prêtre charitable, voilà un saint prêtre, que d’entendre dire : voilà un prêtre décoré.
- Neyrat n’a pas encore reçu sa malle, elle est probablement perdue ou volée, c’est un malheur pour lui car tous vos souvenirs de voyage sont perdus, il faut espérer que quelqu’ange protecteur la ramènera et vous rendra ainsi tout ce que vous avez perdu.
J’ai reçu mes pouvoirs d’indulgencier et d’admettre dans la confrérie du Scapulaire, je vous rends grâce de votre fidélité à vos commissions, seulement on m’écrit d’acquitter 14 messes pour payer les frais de bureaux. Veuillez me faire dire si vous n’avez rien payé pour moi à Rome ; si vous n’avez rien donné pour cela, j’acquitterai les 14 messes à l’intention du père capucin qui me les a envoyées.
Je ne vous donne pas de nouvelles de vos parents, votre mère vous en donnera de vivantes.
A Dieu, mon cher Francisque, n’oubliez pas dans vos prières celui que vous connaissez à St André pour être votre ami en Notre Seigneur Jésus-Christ.
- Chevrier
Lettre n°12 (12) [4] A Monsieur Francisque Convert 6 Juin 1857
Mon cher Francisque,
Vous m’avez attendu la semaine dernière et je désirais sincèrement aller vous voir ainsi que notre ami Césaire. Mais il a fallu mardi confesser tous les petits enfants de la paroisse et, jeudi passé, M. le Curé est allé dire sa messe à Fourvière et le temps n’était pas propice au voyage. Faut-il vous promettre que j’irai vous voir, j’aime mieux ne vous rien dire et paraître au moment où vous ne m’attendrez pas. Si absolument parlant, je ne pouvais pas y aller, vu les difficultés insurmontables que la Providence pourrait mettre à un si agréable voyage, je vous écrirai de nouveau pour vous dire la raison véritable que je ne puis pas encore vous faire connaître aujourd’hui.
Quoiqu’il advienne, je vous attends avec impatience pour vous faire travailler tous deux à la gloire de Dieu et au salut des âmes, autant que vos facultés vous le permettront. Si je réussis dans mes projets je pourrai vous occuper, et j’espère que vous n’en serez pas fâchés, surtout M. Meunier qui est déjà allé au dedans et au dehors et qui pourra figurer comme un savant catéchiste au milieu de nos petits prosélytes. Vous êtes jeunes, chers amis, il faut penser à bien employer votre jeunesse parce qu’ensuite arrive l’âge de l’indifférence où le corps ne demande plus que les douceurs du repos et si on ne fait rien dans sa jeunesse, à plus forte raison dans sa vieillesse ; il faut que déjà vous aimiez à remplir les fonctions sacerdotales autant que le comportent votre âge et vos facultés ; il faut que vous sentiez déjà dans votre âme ce désir de devenir des saints afin de pouvoir sanctifier les autres, car pour sanctifier les autres il faut être saint soi-même ; il faudrait que déjà vous commenciez à pratiquer les différentes vertus qui doivent faire votre ornement plus tard ; mais, excusez-moi je m’oublie. Je vous fais un sermon comme si je doutais de votre bonne volonté et de votre désir sincère de devenir de saints prêtres dans l’Eglise de Dieu. Allons, du courage continuez plutôt à faire ce que vous avez si bien commencé.
Je viens d’établir à St. André une société de jeunes gens qui pendant le mois de Marie ont chanté tous les dimanches soirs à l’exercice. Vous viendrez les édifier vous-mêmes par vos bons exemples et vos vertus afin que cette société prospère sous les auspices de la Ste Vierge et de St Louis de Gonzague qui en est le patron. Je désirerais enrôler tous les jeunes-gens de St. André mais cela n’est guère possible. Cependant j’en compte aujourd’hui 20 qui sont fidèles et qui je l’espère serviront de noyau pour les autres. S’il y a parmi eux charité et zèle, tout ira bien, ce sont les deux bases nécessaires pour que toute œuvre aille bien. Sans la charité rien, tout est impossible. Travaillez à l’acquérir et à l’accroître dans vos âmes et vous deviendrez des apôtres. Demandez-la pour moi au bon Jésus afin qu’il me revête de ses divines entrailles de bonté et de miséricorde pour tout le monde et surtout pour les pauvres gens qui en ont tant besoin, bref votre santé va passablement, tant mieux, fortifiez-la de plus en plus, autant que votre position le permettra. Vous en avez besoin car vous êtes appelés tous deux à travailler beaucoup et à convertir beaucoup d’âmes.
J’ai vu vos parents qui vont bien, ainsi que ceux de M. Meunier. Ils vous attendent tous avec impatience. Cela est bien permis à des pères et à des mères ils vous aiment tant, et il en est si peu qui aient assez de courage pour faire le sacrifice de leurs enfants. Il faut bien compatir à leur faiblesse. Et si jamais Dieu vous appelait à aller au loin travailler à quelque vigne sauvage, vous auriez bien des obstacles de la part de leur tendresse. Mais vous ne ferez en tout que la volonté de Dieu, vous ne pouvez mieux faire.
Adieu, mes chers amis, je vous recommande tous deux au Saint Cœur de Jésus dans ce mois qui lui est consacré, je lui demande pour vous un grand amour : qu’il embrase vos cœurs des mêmes feux dont il s’est embrasé lui-même. Demandez-lui pour moi les mêmes grâces. A Dieu, je vous trouverai demain en esprit pendant la Ste Messe et je vous offrirai à Jésus par Marie notre tendre Mère.
Tout à vous en Jésus et Marie.
A.Chevrier
Lettre n°13 (13) [5] A Monsieur Francisque Convert 25 janvier 1858
Mon cher Francisque,
Je vous remercie beaucoup de vos bons souvenirs. Je sais qu’ils sont sincères et qu’ils partent de votre cœur et c’est pour cela que je les reçois avec plaisir, et puisque vous ne perdez pas par l’absence l’impression de vos affections, c’est une bonne preuve en votre faveur et j’aime à croire que vous devez beaucoup mieux conserver encore les sentiments de reconnaissance et d’amour que vous devez à votre Créateur, le Dieu de toute bonté qui veille sur nous à chaque instant du jour et qui a soin de vous d’une manière toute providentielle. Que votre affection se porte surtout sur notre bon Jésus que vous devez déjà prendre pour votre Modèle en tout. Habituez-vous déjà à l’avance à aimer Notre Seigneur beaucoup et surtout à étudier sa vie, ses maximes, ses vertus, afin de pouvoir l’imiter ; voilà le secret de la vertu et de la perfection du prêtre, mon cher Francisque, étudier Jésus pour imiter Jésus. Toutes les autres sciences ne sont rien. St. Paul nous le dit lui-même : « Je ne sais que Jésus et je ne veux savoir que Jésus », parce qu’en effet, c’est toute la science du prêtre et croyez que l’on oublie beaucoup cette grande science pour s’appliquer à d’autres sciences moins utiles et souvent préjudiciables à cause de notre orgueil.
Ainsi donc, mon cher ami, le meilleur conseil que j’ai à vous donner, c’est que dans vos méditations vous examiniez la vie de Notre Sauveur et que vous disiez : Mon Sauveur, Mon Modèle vous avez fait cela, je dois en faire autant, c’est ainsi que je travaillerai à la gloire de votre Père et que je parviendrai à être un bon prêtre puisque vous m’appelez à cette haute et sublime vocation.
Votre père travaille maintenant ; l’ouvrage reprend un peu à Lyon. Le bon Dieu n’abandonne pas tout à fait ses enfants et il faut espérer que cette saison sera moins mauvaise qu’on ne l’avait d’abord pensé.
Présentez bien mes amitiés au bon ami Buer. Je suis heureux de savoir qu’il est à Alix et que vous êtes ensemble, vous pouvez vous encourager mutuellement au bien. Il doit être bien sage ce bon petit Buer. Dites-lui que je l’aime aussi tendrement et que je désire de tout mon cœur qu’il croisse dans l’amour du bon Jésus aussi bien que vous.
Vous avez aussi dans la maison un de mes presque paroissiens, M. Michelin. Dites-lui bonjour de ma part ; annoncez-lui que j’ai vu sa mère, qu’elle va bien et que quand il viendra aux vacances, je veux faire connaissance avec lui.
Que Dieu et Jésus son divin Fils vous aide et vous protège tous, qu’il ouvre vos intelligences et surtout vos cœurs pour étudier Jésus qui est la vérité et la vie.
Tout à vous en Notre Seigneur Jésus.
A.Chevrier, Prêtre
Cité de l’Enfant-Jésus, Brotteaux
A Madame Genoux
Lettre n°14 (14) A Madame Genoux, [Lyon,] 27 septembre 1858
MONSIEUR OU MADAME GENOUX.
RUE DU LIGRE, ENTREE DU NORD 81, AUX PAQUlS, GENEVE
Madame,
Que devez-vous penser de ma négligence ? Toutefois veuillez me pardonner et croyez que souvent j’ai pensé à la bonne famille Genoux qui a quitté Lyon pour aller dans un pays étranger où il me semble que l’on ne remplit que très difficilement ses devoirs religieux, et si je ne connaissais la fermeté de votre bon mari et votre fidélité a vos devoirs, je craindrais pour votre salut et celui de vos enfants mais que Dieu soit béni, ils retrouveront en vous ce contrepoids nécessaire pour balancer le poids de l’hérésie qui vous environne.
Et ce bien cher Edmond, n’est-il pas revenu un peu à de meilleurs sentiments ? Je regrette beaucoup de n’avoir pu le voir à Lyon ; je suis allé plusieurs fois chez Madame Desoux et je ne l’ai pas rencontré ; cependant il me devait une visite depuis très longtemps, même avant votre départ, mais on craint toujours celui qui veut vous porter au bien, quand on ne veut pas suivre ses conseils. Oh ! dites-lui de ma part de faire une petite prière tous les jours, ne serait-ce que le Notre Père ou l’Ave Maria. La grâce de Dieu touchera un jour son cœur et vous le rendra à votre digne amour.
Et cette bonne petite Anna qui a mal aux yeux, il faut qu’elle dise de temps en temps au bon Dieu : Donnez-moi la lumière afin que je vois votre paradis. Je prierai pour vous tous, pour Mlle Hortense, afin qu’elle devienne une bonne institutrice. Ah ! C’est une grande et belle vocation que celle-là, elle se rapproche beaucoup de celle du prêtre et il faut avoir beaucoup l’esprit du bon Dieu pour la remplir exactement et saintement. Qu’elle en comprenne bien toute l’importance et qu’elle agisse toujours pour porter les âmes au bien. Je prierai aussi pour ma petite Marie c’était ma pénitente aussi, mon enfant. J’espère qu’elle aura sa petite place au ciel, et si je pars avant vous là-haut, je vous y préparerai à tous une place, à condition que vous ferez tous ce que Dieu demande pour y arriver.
Je suis toujours dans ma pauvre cellule, toujours très heureux, me confiant en la divine Providence et réclamant des prières des âmes charitables et ferventes, pour devenir un véritable Prêtre, selon le cœur de Jésus qui a été pauvre pour nous et qui s’est sacrifié pour nous qui sommes si misérables. Quand vous irez dans votre belle église de l’immaculée Conception, veuillez y dire une petite prière pour votre tout dévoué serviteur en Notre Seigneur Jésus.
Je prie M. Genoux de vouloir bien recevoir mes témoignages d’estime et d’affection bien sincères, et comme prêtre je demande pour vous tous une bénédiction toute particulière du ciel.
- Chevrier
Aumônier de la Cité de l’Enfant Jésus, aux Brotteaux
A MONSIEUR PAUL DU BOURG
Lettre n°15 (535) A Monsieur Paul Du Bourg, Rome, 7 janvier 1859
Mon bon Frère,
Me voici sur le point de retourner à la Cité de l’Enfant Jésus, quoique le temps ne m’ai pas duré il me semble cependant qu’il y a très longtemps que je suis loin de vous, on est jamais mieux que lorsque l’on est auprès de ses frères et amis, et malgré toute la beauté et la splendeur que je trouve à Rome je préfère encore notre petite chapelle et ma petite cellule, on y trouve mieux le bon Jésus et le cœur est plus à l’aise. Je me convainc de plus en plus que je ne suis pas fait pour les grandeurs, et que rien ne me convient mieux que les pauvres et les petits, et que c’est encore là que l’on trouve le plus de jouissance et de bonheur véritable. J’ai assisté hier jeudi jour de l’Epiphanie à l’office de la Chapelle sixtine. Représentez-vous une grande et vaste nef toute peinte à fresque magnifique, de haut en bas y compris le plafond représentant des sujets du nouveau testament ou plus de mille personnages y figurent en teintes variées et donnant à cette chapelle un aspect que l’on ne trouve nulle part, trois bancs tapissés sur lesquels siégeaient trente cardinaux en vêtements rouge et mosette blanche, le pape ensuite arrivant avec toute sa suite de prélats, d’évêques et d’archevêques, il faut avouer que tout cela est imposant et que nulle part la religion ne revêt plus de grandiose et de splendeur cependant j’aurais préféré voir la crèche du bon Jésus et être berger pour avoir le bonheur d’être dans l’étable du bon Sauveur.
Je n’ai pas encore eu le bonheur de parler au St Père et je ne partirai pas sans avoir eu sa sainte bénédiction, je pense demain avoir la permission de me présenter à lui sur son passage et je lui demanderai sa bénédiction pour moi, pour vous les bons frères de la cité de l’Enfant Jésus et s’il me parle je lui présenterai le plan de la cité que je porterai avec moi afin qu’il prie pour l’œuvre.
Frère Camille est entré au séminaire du St.Esprit depuis avant-hier, il y restera pendant quelques mois afin de commencer régulièrement ses études, puis quand une fois il sera entré dans la voie, nous pourrons faire des démarches auprès de Mgr afin de le faire revenir dans quelque maison plus rapprochée de Lyon parce que à Rome comme dans d’autres séminaires il faut y rester au moins deux ans et demi. J’espère que le bon Dieu bénira son séjour au St. Esprit qu’il se mettra au courant des études. Mgr a fait bien des difficultés pour consentir, il ne voulait pas décider à son sujet, renvoyait toute décision à un temps indéterminé, mais nous espérons que maintenant étant au séminaire, il consentira à tout. Priez le bon Dieu pour lui il en a bien besoin.
Je sortirai mardi prochain 11 janvier si d’ici là j’ai pu visiter les catacombes et demander au St Père sa bénédiction parce qu’il me tarde de retourner auprès de vous. Je pense arriver à Lyon samedi soir ou dimanche.
Veuillez présenter mes amitiés et affection au frère Pierre et au frère Charles et ne m’oubliez pas dans vos prières auprès de l’Enfant-Jésus.
Je suis avec ma plus cordiale affection votre tout dévoué en Notre Maître et Sauveur.
- Chevrier
Palais Valentini Place des Apôtres
Veuillez présenter mes respects à M. le Curé… et lui dire que je ne pourrai pas lui apporter la faveur d’une indulgence pour son autel mais qu’à mon retour je suis convenu d’écrire au Père Alphonse, capucin et qu’il me l’enverra après lui avoir donne les indications que je n’ai pas.
A MONSIEUR CAMILLE RAMBAUD
Lettre n°16 (15) [1] A Monsieur Camille Rambaud, Lyon [Cité], 23 janvier 1859
Mon bon Frère,
Je n’ai pu profiter de l’occasion qu’a eue le frère Paul pour vous écrire, je joins ma lettre à celle du frère Pierre.
Mon retour a été bon, à part le mal de mer qui a été aussi violent qu’au départ. J’ai des remerciements à rendre au bon Père Aymard qui a été très bon pour moi et qui m’a donné l’exemple d’une grande charité à bord du bateau. Nous sommes arrivés à Marseille à 4 h du soir. Je suis allé souper chez les Pères Capucins auxquels j’ai remis les commissions dont j’étais chargé pour Marseille, et je suis reparti à 9 h par le chemin de fer avec le Père Provincial qui se rendait aussi à Lyon ; nous sommes arrivés dans la journée du mardi matin.
J’ai éprouvé du plaisir à revoir notre ville et j’ai compris alors plus que jamais votre isolement. Mais courage, c’est pour Jésus et son divin service que vous êtes séparé de nous et de votre œuvre.
Veuillez dire aux personnes qui m’ont chargé de lettres et de commissions que je me suis acquitté de toutes et que tout doit être rendu à destination. Tout le monde a reçu vos petits souvenirs avec plaisir et surtout vos médailles que l’on porte avec bonheur. J’ai encouragé vos Frères qui paraissent tous bien disposés à l’œuvre. Le frère Paul est assez content, il a bien réussi la semaine dernière, il paraît même que le bon Dieu approuve votre décision puisqu’il daigne bénir ses efforts en lui faisant trouver de l’argent ; il n’y a donc pas bien à s’inquiéter et, comme le disaient fort bien les Pères Capucins, le Supérieur du Séminaire et M. de Serre, si Jésus vous veut prêtre, il fera bien continuer la Cité et l’Eglise sans vous, ce sera même la marque la plus sûre et la moins équivoque de votre vocation au sacerdoce, de laquelle cependant je ne doute pas quand on voit surtout combien Dieu a besoin de prêtres pauvres et mortifiés, non que nous ferons plus que les autres, mais au moins nous le ferons par le désir et l’apparence. Oh ! apprenez bien à devenir un bon prêtre, vous n’avez maintenant que cela à faire, à le devenir par l’étude, la science nécessaire et la vertu suffisante que réclame un si saint état. Je me réjouis d’avance à la pensée que nous pourrons servir Dieu ensemble. J’ai vu votre père, qui a été content, il paraît bien résigné et attendra avec patience, il se porte bien et il est très content de savoir que vous êtes bien logé, bien nourri et que vous reviendrez dans un costume autre que celui que vous avez emporté. Nous prions beaucoup pour vous, et dans nos prières particulières, et en public, et à la Ste Messe surtout. J’espère que tout ira bien ; quand on ne cherche que Dieu, que l’on ne veut que lui aux dépens de soi, il ne peut que nous exaucer. Je me remets à la besogne avec courage, je m’occuperai exclusivement des enfants de la cité et de la première communion ; c’est là mon affaire principale, et, en y donnant tous mes soins, j’espère que le bon Dieu me bénira. Vous, priez aussi pour nous, je m’unirai à vous, surtout quand vous prierez au Colisée, lieu des martyrs.
Mon souvenir à M. l’abbé Louis et à tous ceux qui pourront vous demander des nouvelles de leurs commissions.
Je suis votre tout dévoué serviteur en Jésus notre Sauveur.
- Chevrier
Lettre n°17 (16) [2] A Monsieur Camille Rambaud [Cité, février 1859]
AU FRERE CAMILLE, A ROME
Mon bon Frère,
Il faut commencer par ne plus douter de la bonne volonté de Dieu sur nous, puisqu’il daigne nous accorder à tous tant de grâces et, si les faveurs sont une marque de sa volonté, nous n’en manquerons pas. Qu’il soit béni en tout et que votre absence de la Cite puisse contribuer plus tard à sa gloire et à notre bonheur spirituel de tous.
Je vous remercie de votre bienveillante sollicitude pour moi, j’ai suivi votre conseil et frère Paul a bien voulu aussi me donner la grande cellule, mais j’ai bien honte, mon frère, de me trouver si bien au milieu de vous. Si un prêtre doit être le bon exemple de ses frères, ce ne sera pas moi, puisque bien loin de vous édifier, je ne serai qu’un sujet de scandale par le bien-être dans lequel vous me forcez de vivre ; enfin, que Dieu soit glorifié de tout, ce n’est pas moi qui vous ai demandé ces améliorations.
Je comprends que je ne suis pas assez fervent et assez pur pour rester auprès de Notre Seigneur où je m’étais casé d’abord, il a fallu m’éloigner.
Tout va bien à la Cite de l’Enfant Jésus. Frère Paul est rempli de courage ; le St Enfant Jésus bénit ses courses, il place presque tous les jours quelque obligation, ce qui l’encourage beaucoup et lui fait moins redouter votre absence, et les travaux pourront se continuer sans interruption et vous serez délivré aussi de beaucoup d’inquiétudes. Vous nous aiderez surtout par vos prières, et votre prière fera autant que votre action pour nous, et la preuve c’est que frère Paul me disait hier, en revenant de la quête : “ J’ai reçu d’où je n’espérais rien ”. Je crois donc qu’il faut plus que jamais mettre votre grande confiance en Dieu qui conduit votre œuvre ; il vous conduit il est vrai, par des chemins obscurs, mais la lumière viendra comme elle est venue déjà bien souvent en circonstances semblables. Votre séjour à Rome sera pour nous une source de bénédictions pour le présent et l’avenir.
J’ai suivi le conseil que vous m’avez donné, je laisse un peu de côté toutes les occupations extérieures qui ne servent pas à grand’chose quand on le considère bien. Quand on s’occupe trop au dehors, on s’oublie soi-même et il ne faut pas que l’accessoire l’emporte sur le principal. Voici donc ce que j’ai fait depuis quelques jours : je consacre toute la matinée aux exercices de la maison, à faire le catéchisme aux petits garçons et aux petites filles, et je renvoie toutes les personnes du dehors auxquelles je consacrerai exclusivement une partie de la soirée ; de cette façon j’ai tous mes exercices réglés : mon oraison du matin, la Ste Messe, le bréviaire à heure fixe, le catéchisme à 9 h et l’autre à 11 h ½, et le reste du temps de la matinée à quelque étude, et le soir à quelques courses indispensables ; j’ai éprouvé, en agissant ainsi, un grand repos d’esprit et une grande joie, j’espère que Dieu voudra bien bénir ce nouveau genre de vie et qu’il sera plus fructueux pour moi et pour les autres, je fais le catéchisme avec beaucoup de goût et de plaisir, parce que j’ai le temps de le préparer et de le méditer ; la solitude dans laquelle je me trouve actuellement me sera d’un grand bien. Dans la maison de St Joseph j’étais accablé de visites inutiles, ennuyeuses, de celui-ci, de celle-là, qui n’aboutissaient à rien et qui m’étaient très nuisibles pour la perte de temps ; ici, je suis tranquille et heureux ; je vous remercie donc d’avoir bien voulu me permettre de vivre un peu mieux au milieu de vous ; je n’ose pas encore me dire de votre famille, mais je suis content du peu que vous me donnez.
Je regrette que nous n’ayons que 9 enfants à préparer à la première communion, mais le frère Paul pense que Benoît et Joseph ne connaissent pas assez ce que c’est que le dévouement, et que si on les en chargeaient, ils le feraient plutôt pour s’en débarrasser que par amour et zèle de Dieu, je le crois aussi, et c’est cette raison qui nous a fait reculer pour en prendre davantage ; je crois cependant, qu’à la rigueur, on pourrait en prendre encore deux ou trois, alors la différence serait moins grande et l’œuvre conserverait davantage son importance et, d’ici à quelque temps, le frère Pierre allant mieux, il pourra nous aider. Dites comme vous voudrez que l’on fasse avant qu’il soit trop tard.
Nos petits frères ont bien besoin de soins et surtout les nouveaux que l’on a gardés de la dernière série ; il faut s’en occuper un peu plus, autrement ils ne prendraient nullement un bon esprit, étant en contact souvent avec les étrangers ils pourraient perdre plutôt qu’y gagner et ne rempliraient que machinalement leurs devoirs de la maison qu’il faut leur faire aimer et apprécier ; j’ai donc pensé que les réunir pour leur parler de leurs devoirs serait très urgent, c’en était arrivé au point que plusieurs ne faisaient même plus leurs prières du matin et du soir et ne venaient plus à la messe ; pour remédier à cela, je les réunirai le soir à 9 h ½, dans ma chambre, au bureau, je leur ferai faire la prière en commun et je pourrai alors leur donner quelques avis de temps en temps, et leur faire une petite lecture spirituelle. Ce sera, je crois, le meilleur moyen de leur être utile et de leur inspirer quelques bons sentiments religieux. Sans sortir de la Cité il y a beaucoup à faire pour Dieu. Priez pour que je fasse tout le bien que Dieu demande et que je le fasse de la manière que le bon Jésus le veut, surtout afin que je n’y mette rien de moi-même, mais tout de lui seul, afin que lui seul soit glorifié et aimé par nous et par tous. A Dieu, mon bien cher frère ; mes amitié à votre bon confrère et ami en Dieu. Je suis heureux de penser que vous avez trouvé un cœur, une âme qui puisse vous comprendre et aller avec vous pour avancer dans la voie de Notre bon Sauveur. Je le remercie de tout mon cœur des bons services qu’il vous rend ; croissez de plus en plus dans la science des saints et dans la charité de Celui qui est tout amour pour nous. Mes respects à M. Louis et aux Pères Bruno et Alphonse. J’ai reçu la lettre du Père Bruno.
A Dieu.
- Chevrier
Lettre n°18 (17) [3] A Monsieur Camille Rambaud [Cité, fin février 1859]
AU FRERE CAMILLE, A ROME
Que la grâce et la lumière de Notre Seigneur Jésus soit toujours avec vous et vous conduise toujours dans le vrai chemin que le Seigneur veut que vous parcouriez, malgré toutes les difficultés, elles s’effaceront toutes par la puissance de Celui qui conduit tout.
Nous recevons toujours vos lettres avec un véritable plaisir tout spirituel, et nous sommes bien consolés de penser que Dieu vous donnera toujours le courage et la persévérance.
Je remercie Dieu de ce qu’il m’a fait un peu comprendre cette vérité que mon devoir principal était de m’occuper plus spécialement des enfants de la maison, que ce devoir était aussi et plus important que tout autre, que ces enfants sont aussi bien les enfants de Dieu que les autres personnes, et que le bien est plus facile et plus réel auprès d’eux qu’auprès des autres, et plus convenable, plus approprié à mon caractère, mon esprit, que tout autre bien en réalité plus difficile et plus infécond : priez s’il vous plaît pour que j’agisse selon la lumière et la grâce de Dieu. Le véritable zèle consiste toujours à chercher ce que les autres ne veulent pas ou semblent dédaigner, et ces pauvres enfants sont bien dignes d’intérêt et d’affection ; je les aime davantage depuis que je suis plus au milieu d’eux et même, si je pouvais, je cesserais tout travail extérieur pour m’y occuper exclusivement, si je croyais que Dieu le demandât.
Il faut passer par le corps pour aller jusqu’aux âmes, il faut être le protecteur, le médecin de leur corps pour leur bien faire comprendre qu’on aime leur âme ; l’amour de l’invisible se manifeste par l’amour du visible, du sensible. Hier soir, assez tard, j’ai fait une infusion à Joseph et à Ménétrier, j’ai compris que cela leur faisait plaisir, il faut s’attirer l’affection par tous les moyens. J’ai établi pour nos malades la lecture spirituelle, ou plutôt conférence spirituelle à 9 h du soir, j’en profite pour leur donner paternellement les petits avis à donner, et le matin à 6 h ½ je vais leur faire la prière et quelques courtes réflexions pour la journée ; il faudra quelque temps pour les habituer à ces petits exercices, mais j’espère en venir à bout, ce n’est pas en quelques jours que l’on peut parvenir à corriger et à redresser ; on peut compter sur Joseph, François et Debouchonnet ; il y a bien à désirer pour les autres. Benoît est un bon garçon qui n’est pas dans l’intention de rester quoiqu’il soit sage. Il ne faudrait être sévère qu’autant que la négligence prolongée des uns nuirait gravement à la sanctification des autres ; j’ai confiance que tout ira bien : grâce, temps et patience, voilà ce qu’il faut.
Ma santé va bien, j’ai besoin de quelques ménagements, mais il faut mettre sa confiance en Dieu ; je refuserai, comme vous le dites fort bien, toutes douceurs étrangères, cela est contraire à la pauvreté et à l’esprit de mortification.
Ne soyez pas inquiet au sujet de la santé de votre père, sa santé va bien, son âme est toujours dans le même état. Je dirai, selon votre désir, deux messes par mois pour son âme, et il faut espérer que Dieu l’éclairera et lui fera miséricorde. Courage donc, mon bien cher frère en Notre Seigneur j’éprouve une secrète joie de penser que la volonté de Dieu doit s’accomplir ; prions et prions toujours, et confiance en lui seul. Sœur Amélie va bien, ainsi que Sœur Marie, Dieu achèvera ce qu’il a commencé en elle. A Dieu, mon frère, tout à vous et à l’œuvre.
- Chevrier
Lettre n°19 (18) [4] A Monsieur Camille Rambaud [Cité,] 5 mars 1859
Que le bon Jésus vous soutienne toujours par sa grâce, et qu’il fasse croître de plus en plus les saintes dispositions qu’il a mises en votre cœur. Nous ne devons pas cesser de le remercier de tous ses dons et nous confondre à ses pieds en vive reconnaissance de tant de bienfaits. Il nous bénit toujours de plus en plus, ainsi que le bon frère Paul doit vous le dire.
Vos Frères sont un peu inquiets au sujet de votre retour, ils espèrent toujours vous revoir dans quelques mois ou au moins à la fin de l’année mais il faudra bien qu’ils se résignent à ne vous revoir que lorsque la Providence vous ramènera au milieu de nous. Je leur fais prendre patience et sans leur faire espérer un prompt retour ; il faut qu’ils s’attendent à ne vous revoir que lorsque vous serez engagé dans quelque ordre ou que vous aurez fini tout à fait ; mais, peu importe pourvu que le bien continue à se faire sans vous. Vous dites fort bien que Dieu a mis de côté les fortes têtes, tant il est vrai que c’est lui qui fait tout et non pas nous.
Votre Père va bien, il est toujours heureux de penser à votre bonne résolution, il est venu dernièrement à la cité et voit avec plaisir les travaux s’avancer ; je vous avais répondu que je dirai 2 messes tous les mois pour lui, je ne vous avais pas fixé l’époque : ce sera le 1er et le 15 de chaque mois, vous pourrez vous unir d’intention.
Le frère Pierre est revenu à la maison, il a bien fait. Le bon Dieu le guérira aussi bien ici qu’ailleurs et sa présence à la cité lui sera plus utile que partout ailleurs ; il s’occupe activement de son latin, c’est ce qu’il a de mieux à faire.
Et le frère Charles est toujours bon pour ses enfants ; il s’est mis à travailler à la physique et à l’histoire naturelle, il en donne une petite leçon les lundis soirs aux hommes de la cité ; il n’y a en cela, je crois, ni grande utilité ni grands inconvénients ; si ça devait le fatiguer, il vaudrait mieux qu’il cessât. Il m’avait demandé conseil et j’y avais consenti, mais il ne faudrait pas qu’il consacrât un temps qui nuirait au temps de ses classes et à son oraison.
Nos petits et chers malades commencent à se mettre un peu à la règle. Nous faisons assez régulièrement la prière du matin et une petite réflexion à laquelle tous assistent. Quand vous écrirez, dites donc un petit mot pour Jules qui traîne un peu l’aile, ça l’encouragera, les autres vont bien.
Sœur Amélie est toujours dans de bonnes dispositions, j’espère beaucoup de cette âme privilégiée du bon Maître, priez pour que je lui enseigne bien le bon chemin, une bonne terre est inutile quand il n’y a pas un bon jardinier pour y semer et planter.
Je suis toujours bien au-dessous de tout ce que je dois faire et je sens plus que jamais la nécessité du secours de Dieu et je sens aussi que je l’aurais si je la méritais ; je ne demande qu’une chose, c’est de ne pas mettre obstacle à la volonté du Seigneur.
Oui, courage, nous travaillons à la gloire de notre commun Maître, si inconnu, si ignoré, si méprisé ; nous le ferons connaître par tous les moyens.
Je sens, il me semble comprendre, et je suis toujours timide et faible pour accomplir les généreuses pensées que le Saint-Esprit voudrait opérer, que j’aurais besoin d’un fouet pour me faire marcher et qu’un autre me le donnât.
Vous travaillez aussi à la gloire de Dieu et à votre sanctification avec vos bons condisciples ; que Jésus soit toujours votre pensée, votre vie, votre voie, votre lumière.
A Dieu, oui à Jésus, tout à vous.
- Chevrier
Lettre n°20 (19) [5] A Monsieur Camille Rambaud [Cité,] 15 avril 1859
FRERE CAMILLE RAMBAUD
Priez pour moi, mon bon frère, car je suis toujours bien misérable, bien indigne prêtre de Jésus, bien pauvre et incapable de remplir le grand et sublime ministère qui m’a été confié. Je sens, je vois ce qu’il faudrait faire, je sens que le bon Jésus demande et je suis toujours lâche pour lui accorder ce qu’il a mille fois droit d’exiger. Le bon frère Charles m’a fait lire la lettre qu’il vous envoie. Si vous étiez prêtre, je vous aurais confié aussi que les mêmes tentations m’ont assailli et m’assaillent encore ; je n’envie pas d’autres places que celle de décrotteur au coin d’une rue. Si, avant de me laisser ordonner, j’eusse connu ce que c’était qu’un prêtre, j’aurais refusé ce lourd fardeau, mais aujourd’hui je suis pour ainsi dire obligé de le porter malgré moi ; je vois le bien que je devrais faire et je ne le fais, je sens qu’il faudrait être fort pour plaire au Sauveur et remplir avec plus de fruit ce grand ministère et je ne fais rien, je n’ai pas le courage d’être un insensé pour Jésus notre bon Sauveur ; dans la prière, L’oraison, devant la Sainte Eucharistie, que l’on voudrait faire de choses, et, quand une fois on est à l’action, que de lâchetés et de misères. Priez pour votre pauvre aumônier. Ça pourrait mieux aller ici quant au temporel et surtout quant au spirituel, vos frères appréhendent surtout l’avenir, le frère Paul est inquiet pour payer plus tard les intérêts qui peuvent s’accumuler pendant trois ans ; il ne compte pas assez sur la Providence de Dieu qui vous a toujours conduits, il n’ose pas, il ne croit pas assez, il n’a pas cette foi en l’œuvre qui fait la force d’un homme qui commence, entreprend et poursuit avec vigueur. Si vous ne les remontez pas un peu, ils se découragent facilement ; ils ont peut-être bien foi à l’issue heureuse de l’œuvre, ils croient bien que tout réussira, la vue seule de cette belle église qui s’élève devant nos yeux suffit bien seule pour croire à l’œuvre de l’Enfant-Jésus, mais ils voudraient voir les moyens de Dieu, les toucher du bout des doigts, ce que Dieu ne veut pas, car autrement où serait le mérite de nos œuvres si nous pouvions les comprendre et les saisir. Comment notre esprit peut-il les concevoir et Dieu ne se moque-t-il pas de nos pensées, de nos desseins et de nos vues étroites ; le mot que vous dites dans votre lettre épouvante le frère Paul. Quand vous dites qu’il ne faut pas s’appuyer sur la prudence humaine et qu’il faut entièrement y renoncer, il ne peut faire cet acte de renoncement et d’abnégation complète de sa volonté et de son intelligence, il aime les petites réserves et les petits moyens humains ; enseignez-le et dites-lui bien que ce n’est pas là-dessus qu’il faut compter.
Il paraît que Mme Auger s’en va de la Cité définitivement, les riches sont difficiles, ils ne veulent pas ou supportent difficilement les pauvres. Il ne faut pas qu’ils voient de trop près les pauvres et leurs défauts, ils les voudraient trop parfaits et ils ne peuvent pas s’accorder ensemble. Il vous sera bien difficile de trouver de bons riches propres à remplir bien fidèlement le plan que vous vous êtes proposé, car cette parole de Jésus : « Malheur aux riches », n’a que trop souvent son accomplissement partout et cette autre de David est bien peu accomplie « Heureux celui qui a de l’intelligence pour le pauvre », que cela ne vous décourage pas ; peut-être que si vous fussiez resté à la Cité, vous eussiez remédié à ce petit inconvénient, vous eussiez mieux pris leur manière de voir, les eussiez mieux raisonnés et eussiez eu plus d’autorité que le frère Paul et nous. Depuis que vous n’y êtes pas, ils voulaient un peu réglementer la Cité, il fallait renvoyer tout le monde, et le garde, et la famille Lambert et plusieurs autres ; ils accusaient ces pauvres gens de plusieurs délits sans rémission. Moi, je n’ai jamais pu avoir des secours pour les pauvres quand je sollicitais quelque chose, de sorte que je n’y perds pas beaucoup à leur départ. Mais que le bon Dieu soit béni de tout.
Le frère Pierre est toujours fatigué, il travaille avec beaucoup de soin à son latin, il est très heureux d’avoir un prêtre assistant à l’Immaculée Conception qui lui corrige ses devoirs et qui est très entendu dans les classiques. Il est plein de courage, mais il a bien besoin de travailler à dompter et abaisser cette intelligence dominante qui lui fait toujours la guerre ; c’est la grâce de Dieu qui le rendra docile et humble. Le frère Charles fera très bien, il est si humble, si souple, je ne doute pas que le bon Dieu le bénisse dans ses entreprises. Mais conseillez-lui de ne pas trop s’appliquer, ou plutôt de ne pas recommencer les leçons de physique ou d’histoire naturelle. Quid Hoc ad aeternitatem ? pour ces pauvres ouvriers surtout, qu’ils apprennent bien leurs devoirs de bons époux, de bons pères, et d’ailleurs à toutes ces leçons ils ne doivent pas y comprendre grand’chose. Je serais bien d’avis qu’il ne les reprenne pas après le carême, comme il semble avoir l’intention. Une nouvelle sœur s’est présentée, je la connais depuis longtemps et elle sollicite depuis longtemps son admission, je l’ai mise à une bonne épreuve depuis quelque temps. Si elle y résiste, je la croirai appelée et vous demanderai la permission de la recevoir si elle persiste à vouloir entrer. C’est une pauvre fille sans fortune, sans beaucoup d’éducation, mais elle est courageuse et parait bien décidée à se donner à tout. Nous verrons cela plus tard, si vous voulez. Si on avait une sœur de plus, bien des choses pourraient se faire à la maison, tels que le blanchissage du linge de l’église, raccommodage des blouses et autre petites choses auxquelles elle pourrait être employée.
Nous avons un de nos petits garçons qui a la petite vérole, il n’y a pas danger pour lui encore, nous espérons que tout ira bien et nous en aurons soin le plus que nous pourrons.
Je suis pressé pour donner ma lettre et faire porter le petit paquet à l’hôtel de M.Touvais, je vous écrirai une autre fois pour vous donner d’autres détails… Je voudrais vous parler de nos petits frères. Ils ont bien besoin d’être remontés en ardeur pour le bien ; L’oisiveté les tue et les tuera toujours. On ne leur fixe pas assez le travail qu’ils ont à faire.
Que Dieu vous bénisse dans vos études et vous aide à votre sanctification, nous prions pour cela tous les jours.
A Dieu, mon bien cher frère en Jésus, jusqu’à ce que je puisse vous appeler mon cher confrère par le caractère sacré dont le bon Jésus vous revêtira un jour.
A.Chevrier
Lettre n°21 (20) [6] A Monsieur Camille Rambaud [Cité,] 4 mai 1859
Que d’angoisses ! que de tribulations pour votre cœur, je compatis autant que personne à tout ce qu’il doit éprouver de tristesse, d’inquiétude et de perplexité, mais il faut que la confiance l’emporte sur tout, et comme St Pierre marcher sur les eaux malgré la tempête. J’espère que tout ceci ne sera qu’un orage d’un instant, mais il faut avouer que le démon nous agite bien. Vous savez que la Mère de Maubec dit que le démon est l’auteur des tempêtes dans les airs, c’est bien sûr qu’il est l’auteur de celle qui trouble aujourd’hui tous les esprits de notre petite communauté.
Vous me demandez notre avis formel s’il faut revenir à la Cité ; je n’ai pas eu le temps de réfléchir sur une question aussi grave, je n’ai reçu votre lettre qu’aujourd’hui à une heure et voilà que je vous écris de suite, afin de faire partir cette lettre par le courrier de ce soir, mais mon idée actuellement est que vous restiez à Rome et que vous continuiez vos études et que vous vous fortifiez bien dans l’esprit de Jésus et de Notre Père St François. Le frère Charles, dont je viens de lire les deux lettres, vraiment vous a écrit sous une impression bien fâcheuse et il n’a pas compris l’importance de la démarche qu’il vous conseillait ; il a été très froissé de voir les pères Richard et Chamfray lui enlever ses enfants, et déjà depuis longtemps travaillé par la pensée qu’il était incapable, cette circonstance est venue achever de le décourager. Aujourd’hui il doit vous écrire et je suis convaincu qu’il vous écrira dans des termes plus doux et plus rassurants. J’ai oublié de vous dire que, n’ayant pas trouvé Monseigneur, il y a quinze jours, j’y allais pour lui parler un peu de vous, j’ai vu M. de Serre qui m’a paru voir les choses moins noires que les autres et qui m’a donné espérance que tout s’arrangerait bien et qu’on ne serait pas si difficile plus tard qu’on semblait l’exiger ; et puis après tout, mon bon frère Camille, il ne faut pas tant considérer le temps présent que l’avenir dans une œuvre de ce genre. Si le bon Dieu vous donne encore 20 ans de vie, qu’est-ce que 3 ans sur vingt ans si, en employant bien ces 3 ans, vous pouvez travailler plus fructueusement à la vigne de Notre Seigneur. Courage donc… Vos frères s’arrêtent trop aux difficultés présentes qui leur arrivent, ils ne sont pas habitués à marcher seuls, surtout le frère Charles. Le frère Paul commence à prendre la direction et à savoir agir et se passer de tous, on voit qu’il agit par lui-même, c’est ce qu’il faut, seulement il n’est plus du tout décidé à abandonner les 100 mille francs qu’il a en réserve. C’est le conseil de tous ceux qu’il voit qui regarderaient comme une grande imprudence de se dessaisir de cette somme (pour lui personnellement et pour l’œuvre), et sous ce rapport il manque de confiance en votre manière de voir, on n’aime pas la pauvreté absolue. Ne vous effrayez donc pas mon frère de cette tempête ; elle passera croyez-le et tout ira mieux.
Le frère Pierre, qui a fait le sujet de plusieurs de vos lettres, a perdu un peu, depuis quelque temps, cet esprit de domination qui froissait tout le monde ; il ne commande plus avec cet air d’autorité qui glaçait tout le monde et, depuis deux dimanches, il a agi tout autrement avec tous nos persévérants ; il a été plus doux, plus coulant et ne frappe plus et ne ferme pas là les portes et il a compris qu’il s’était trompé, et j’espère avec la grâce de Dieu, l’amener à une tout autre conduite, plus douce et plus conforme à l’esprit de douceur de Notre bon Sauveur. Il prie toujours beaucoup, peut-être même trop, si on peut le dire… Mais j’ai confiance qu’il changera et sera plus soumis. Il fera ce que je lui dirai par rapport aux enfants. Ce qui lui donnera une leçon, c’est qu’il a remarqué dans ces derniers beaucoup plus de foi, de piété que dans les autres et qu’il est content de leur manière et de leur piété ; lui qui ne s’en est pas mêlé, il apprendra par là que le moyen de donner aux enfants de la foi et de l’amour du bon Dieu n’est pas dans les arrangements, les formes et les cris, mais dans la manière de se conduire avec eux.
Quant à votre organisation de pères temporels, je crois que ces Messieurs ne voudraient pas agir seuls, ils craignent de commettre quelques erreurs et de gâter les affaires plutôt que de les arranger. Voyez, examinez, dites votre avis, mais je doute qu’ils se décident à fonctionner sans vous ; cependant ils se décideront à agir avant votre retour, qu’il soit prochain ou éloigné… Si vous l’exigez, il sera facile de leur faire comprendre cette nécessité.
Courage donc, mon bon frère, que la tempête ne vous engloutisse pas et que le temps ne vous dure pas. St Pierre est bien resté plusieurs années en prison. Pie 7 est bien resté 5 ans hors de Rome traîné de prison en prison. St Paul est bien resté longtemps en captivité ; est-ce que pour cela l’Eglise a péri, est-ce que pour cela l’œuvre de Dieu ne s’est pas faite ? C’est alors que la main de Dieu se manifeste davantage et que, de part et d’autre, il y a plus de foi, de confiance et d’amour ; ne vous découragez pas, ne revenez que lorsque la voix de Dieu vous forcera de revenir et non lorsque les aboiements du démon vous déchireront les oreilles. Il me semble voir le démon autour de vous, aboyer de toutes ses forces et vous étourdir pour vous faire perdre patience et vous tourmenter, faites-le taire, ce n’est pas dans l’agitation qu’il faut agir et décider rien, on ne fait rien de bon. Voyez le frère Charles. Les moments de tempête et de tentations l’accablent, il agit et il s’oublie bientôt et il regrette bientôt ce qu’il a fait ensuite. A Dieu, mon cher frère, que le bon Jésus vous éclaire, qu’il vous console, qu’il vous fortifie, qu’il vous donne toutes les grâces pour bien mener à bonne fin ce qu’il vous a fait entreprendre et que tout concourt à sa plus grande gloire.
A Dieu, en Notre Seigneur Jésus.
- Chevrier
Lettre n°22 (21) [7] A Monsieur Camille Rambaud [Cité] 14 Mai 1859
Je suis bien paresseux pour vous répondre, mais vous me demandez de tout vous dire ; vous savez bien que je ne suis pas un homme à voir bien clair.
Et que mon jugement sur les choses ne doit pas être de beaucoup d’importance : je puis croire que ça va bien quand ça va très mal, ou que ça va mal quand tout va très bien ; mais que le bon Jésus soit béni en tout et que votre œuvre réussisse, c’est ce que je demande de tout mon cœur dans mes prières.
Il me semble que nous marchons un peu mieux qu’il y a quelque temps ; le frère Charles est un peu plus ranimé au bien et il a repris sa classe avec plus de courage et de fermeté ; c’est la timidité qui le fait tomber quelquefois et le manque d’énergie pour savoir se relever avec audace contre le mal, ce qui arrive pour l’extérieur est aussi pour l’intérieur. Mais le bon Dieu qui vous aime ne le laissera pas dans ses peines.
Quant à ce qui regarde le frère Pierre, et sur lequel vous me dites de vous dire s’il est toujours le même, son caractère n’a pas changé, mais il est réellement malade et ne peut, je crois, encore entreprendre de faire le catéchisme. Quand il parle un peu, son gosier, sa voix est de suite altérée, mais, s’il ne peut faire le catéchisme, il pourrait peut-être bien s’occuper des enfants davantage, par exemple les soigner et veiller pendant le travail ; il n’est pas nécessaire de beaucoup parler pour cela. Il pourrait encore s’occuper de Ménétrier, Debouchonnet et François, leur corriger leurs devoirs d’écriture et autres choses pour leur instruction, il serait moins en dehors de la maison et soulagerait ainsi le frère Charles de cette occupation. Son latin l’occupe toujours beaucoup, cependant peut-être un peu moins qu’il y a un mois ; mais comme vous dites fort bien, il en sait bien assez pour étudier sa théologie si le bon Dieu l’appelle à la prêtrise ; aujourd’hui il semble un peu moins porté, je dirai même entiché (si le mot est français) de se faire [prêtre] ; il paraîtrait même décidé à abandonner cette voie pour reprendre les enfants, s’il guérissait ; c’est là sa première vocation, il ne faut pas vouloir se faire prêtre et ne le vouloir qu’après Dieu. Son désir était bien excusable, car il n’avait que de bon désir. Monsieur Callot, le père Balme ne l’avaient nullement détourné, au contraire, ils l’y engageaient ; mais Monsieur Callot ne le poussait à cela que pour en faire un vicaire ou un curé, comme vous le savez, et ses conversations tendraient plutôt à le détourner de la maison s’il devenait prêtre, je l’ai connu à ses conversations ; mais Frère Pierre est toujours cependant attaché à l’œuvre des enfants et rien ne pourra l’en détourner. Sa confiance en vous n’est pas encore entièrement revenue, il faut espérer que Dieu lui fera connaître que c’est par l’humilité et l’obéissance que l’on arrive aux degrés supérieurs. Depuis quelque temps il dit le bréviaire des Capucins, il m’avait demandé conseil là-dessus et je lui ai dit que pour sa piété il s’en trouverait mieux ; mais je crois que, suivant une règle, son désir doit plier devant la règle. Si chacun se met à dire l’office qui lui paraît convenable, alors il n’y aurait plus que désordre. Je serais bien aise que vous le lui interdisiez pour éprouver son obéissance et son humilité. Il doit entrer dans cette voie, il m’a demandé à l’y conduire, j’en suis incapable, mais le meilleur moyen que je puis employer c’est de me servir de vous pour lui faire faire des choses qui le contrarient et l’abaissent, il n’est pas du tout d’avis de laver la vaisselle et autres choses, disant que ça rend les frères trop au-dessous des enfants. Plusieurs fois j’ai été tenté d’aller moi-même le faire pour lui en donner l’exemple, je crois que j’y viendrai. Je crains que le démon ne l’aveugle et ne le jette dans l’illusion. Il me disait l’autre jour qu’il avait vu quelque chose dans la nuit, étant en prière, et que cette apparition l’avait rempli de confiance pour l’avenir, que nous allions entrer dans une nouvelle voie et que tout allait marcher à merveille, et cependant, deux jours auparavant, il m’avait avoué qu’il était rempli d’orgueil. Dieu ne se communique pas à ces sortes de gens (Je vous rends grâce, ô mon Père, de ce que vous avez révélé ces choses aux humbles et aux petits, dit Jésus). Veuillez donc lui commander ces sortes de choses, ou bien par le frère Paul à qui il doit obéir ; on veut toujours agir à sa manière, on la croit la meilleure, et non celle des autres que l’on critique et censure. Le bon frère Pierre ira bien, mais il a besoin d’être humilié, surtout pour lui-même, et qu’il comprenne que souvent il se trompe, quoiqu’il croie avoir raison ; il n’y a que le bon Dieu qui puisse lui faire voir clair.
Collomb est expulsé définitivement. Benoît revient encore coucher, mais Benoît n’a pas le même esprit que Collomb et sa présence est moins à craindre ; c’est un garçon qui a dans le cœur vraiment de la reconnaissance pour tout ce qu’on a fait pour lui et il ne se conduira pas mal comme le premier ; je crois qu’il vous a demandé à coucher à la maison, ainsi que le frère Paul, il n’y a pas pour lui le même inconvénient que pour Collomb.
Nos petits enfants ou malades et autres se perdent bien à la porte, soit parce qu’ils n’ont rien à faire, soit à cause des rapports qu’ils ont avec toutes sortes de monde, les conversations qu’ils tiennent le jour et le soir dans la petite loge. Ne vaudrait-il pas mieux mettre là quelqu’un de bien raisonnable qui travaillerait et obvierait à tous ces inconvénients ; on avait pensé à M. Fraissinet, jeune homme qui travaille chez M. Mouterde, qui est du Tiers-Ordre de St François, qui est boiteux et auquel vous aviez pensé vous-même dans le temps passé. Ce serait, à mon avis, une bonne acquisition, s’il voulait accepter, au moins il y aurait toujours quelqu’un pour recevoir les bienfaiteurs et autres personnes, tandis que maintenant il n’y a jamais personne et ceux qui y sont ne peuvent que devenir très paresseux et babillards. Donnez, s’il vous plaît, votre assentiment à cela, je le crois très important.
Notre bon petit Debouchonnet a eu aussi la petite vérole, il va mieux maintenant ; on voulait le faire porter à la Charité et j’avais moi-même fait les démarches pour cela, mais je m’y suis opposé ensuite, pensant que dans une maison de charité on ne devait pas renvoyer ceux envers lesquels on devait exercer la charité. On l’a placé dans le grenier à l’abri du contact des autres et aujourd’hui il va mieux, nous avons eu soin de lui ; je crois bien que c’est votre intention que l’on n’envoie pas nos enfants à l’hôpital, je le trouve opposé à tout sentiment de charité que nous devons avoir pour eux.
Notre bon François va très souvent chez sa mère, je crains bien que cela ne le dérange et qu’il ne se plaise plus ensuite. Il va faire les vers à soie, ce qui lui occasionne des sorties fréquentes pendant plus de 15 jours ; on ne prend pas l’esprit religieux avec toutes ces courses. Je conviens que ses parents ont besoin de lui, mais n’y aurait-il pas moyen de s’arranger de quelque manière pour obvier à l’inconvénient de ces fréquentes sorties ?
Voilà plusieurs frères qui se sont présentés pour entrer dans la maison, au nombre de 4, mais je ne crois pas qu’il y en ait seulement un qui puisse être religieux ; il ne faut pas des hommes, mais des religieux ; il faut bien espérer que la Providence pourvoira à vos besoins, car on en aura bien besoin, soit pour le frère Charles quand la nouvelle maison St Paul sera habitée et pour nos petits garçons de la première communion au mois de juin, si le frère Pierre n’est pas guéri. Mais le bon Dieu pourvoira à tout. Il y en a un que je connais qui a demandé depuis assez longtemps et qui a peut-être quelque disposition, quoiqu’il y ait encore beaucoup à faire, le frère Paul vous en parlera et il l’examinera. Quant à nos sœurs, je laisse la Sœur Amélie entièrement libre de faire son choix.
Priez pour moi, s’il vous plaît, mon bon frère, j’en ai bien besoin ; j’ai besoin d’être moins paresseux, de correspondre davantage à la grâce de Dieu pour en avoir d’autres, j’en sens le besoin et je suis toujours pesant comme une pierre, je vois le bien et je ne le fais pas, je vois le mal et je ne l’empêche. Que je suis inutile dans le champ du Seigneur, qu’il a un mauvais jardinier qui ne fait ni croître, ni ne cultive le champ du Seigneur, serviteur inutile s’il y en a un. Demandez que le bon Jésus m’éclaire et que je ne tombe pas dans les ténèbres et la paresse. A Dieu, mon bon frère, ayez toujours bon courage, que les peines ne vous abattent pas, que la vue de la négligence des autres enflamme votre bonne volonté.
J’oubliais de vous parler de la lettre que vous avez dû recevoir de vos frères, concernant je ne sais quelle réforme ils vous demandent, je crois que c’est une lettre bien inutile. Le père Balme les a un peu poussés à cela, je crois, parce que le frère Pierre lui avait parlé de quelques mécontentements et que Madame Auger s’était plainte aussi ; mais à quoi bon tout cela ? Vous ne pouvez remédier à tout le mal, ni faire tout le bien possible ; vouloir être parfait en quelques jours, c’est bien impossible.
Tâchons de devenir des saints et d’avoir pour le bien toute l’énergie que les autres mettent pour le mal et nous ferons bien.
Ne croyez pas que cette lettre soit le signe de découragement dans vos frères, nullement ; depuis qu’ils l’ont envoyée, ils n’en ont pas reparlé, ils n’y pensent même pas. N’y faites donc pas attention. Ils continuent leur œuvre comme auparavant.
A Dieu, mon bon frère, je prie pour vous et demande à Notre Seigneur, pour vous, sa bénédiction.
- Chevrier
Lettre n°23 (22) [8] A Monsieur Camille Rambaud Cité, fin juin 1859
Mon Frère,
Je garde le silence depuis assez longtemps, les occupations de la première communion en sont un peu la cause ; nous avons été un peu content notre première communion : je les ai menés à la confirmation, jeudi Fête-Dieu, à la Rédemption où j’ai eu l’honneur de voir Mgr le Cardinal et d’autres messieurs importants ; on a parlé beaucoup de votre église. Tous l’ont trouvée magnifique et tous font des vœux pour que l’œuvre réussisse. Mgr ne paraît pas décidé à ce que vous soyez prêtre si promptement, il veut absolument que vous fassiez tout le temps nécessaire pour votre théologie et même en France ; il a été un peu étonné de ce que vous n’êtes pas allé le voir pendant son séjour à Rome, et il me disait en riant : « C’est parce que je l’ai trop bien reçu la première fois, mais ça n’aurait pas dû lui empêcher de revenir » ; il goûte assez la pensée de votre retour, afin que vous terminiez les affaires de votre Cité, et que vous ne vous remettiez à l’étude quand tout sera terminé, ou au moins que votre action matérielle sera moins nécessaire ; mais, auparavant il faut faire une œuvre si grande, si importante, et que vous seul pouvez achever, vous seul en avez reçu le don, vous seul pouvez la mener à bonne fin. La question d’être prêtre peut avoir du retard sans préjudice ; vous le deviendrez, mais quand Dieu le voudra et quand il vous jugera nécessaire ; je n’ai pas parlé à Mgr de votre costume, d’ailleurs, je crois que le frère Paul a dû vous dire ce que Mgr pensait à cet égard.
Autre question importante qui occupe tous les esprits et que je méditais depuis longtemps sans en rien dire, par défiance de vous et de moi, mais que je dois vous dire, parce que mon ministère spirituel et ma charge d’âmes m’y obligent : c’est l’œuvre des enfants de la première communion. Voici un fait certain, c’est que, depuis que la Cité existe, l’œuvre des enfants de la 1re communion ne marche pas. Les enfants de la 1re communion sont préparés à moitié et les persévérants sont de plus en plus rares, personne ne peut le nier et on ne peut que gémir sur cette triste vérité : tous nos efforts n’aboutissent qu’à un très faible résultat. Il doit y avoir un remède à tout cela. Dieu ne veut pas qu’une œuvre, si belle et qui devrait apporter de si beaux fruits, soit si imparfaite, c’est donc comme prêtre que je vous parle et comme ayant charge d’âmes que je viens vous exposer mes raisons, je vous prie de les bien peser devant Dieu et d’y donner l’effet qu’elles réclament.
Je dis donc que l’œuvre de la première communion et des persévérants ne peut marcher ensemble avec l’œuvre de la cité et qu’elles sont un obstacle l’une à l’autre, la cité est un obstacle à l’œuvre de nos enfants ; la grande raison, c’est que vos frères ne peuvent pas faire deux choses à la fois, ils ne peuvent pas répondre aux habitants de la Cité recevoir les loyers, faire la quête et instruire les enfants. Comment voulez-vous aller faire le catéchisme quand vous avez la tête remplie d’ennuis, d’inquiétudes et d’affaires. Je vois bien ce que le Frère Paul a fait dans cette dernière série. Comment inspirer la foi, la piété quand continuellement on est obligé de vivre dans la dissipation d’une vie toute extérieure ; vous me direz tout ce que vous voudrez, il faut que les frères qui sont chargés de l’instruction des enfants ne soient employés qu’à cela, qu’ils ne s’occupent que de cela, qu’ils ne pensent qu’à cela, toute autre occupation est incompatible ; vous ne voyez pas les frères de la doctrine chrétienne faire autre chose que de s’occuper de leurs enfants ; il faut que vos frères les suivent à l’église quand ils y sont, qu’ils les suivent au travail pour leur donner l’amour du travail et leur parler de la vertu en toute circonstance, à tout propos et à chaque instant, pour les reprendre avec douceur et amour quand ils tombent dans quelque faute ; comment voulez-vous qu’un Ménétrier, un Benoît et autres leur inspirent l’amour du travail, quand, pendant tout le temps de l’exercice manuel, les enfants voient jouer, lire, s’amuser à autre chose qu’à faire ce qu’ils doivent faire ; la vertu ne vient pas de cette façon-là, non, il faut qu’il y ait des frères qui aiment ces enfants, qui comprennent ces enfants et aient pour eux de l’affection et du dévouement ; si un enfant a soif ou faim, qu’il aille demander un morceau de pain à la cuisine, on lui répond par un pot d’eau sur la figure, on le traite de bête, on le regarde avec mépris ou on ne fait pas attention à lui, comment voulez-vous que ces enfants aiment la maison et y reviennent ensuite avec plaisir. Et cela sera ainsi tant que vous n’aurez que des enfants pour diriger d’autres enfants. Si au moins ils avaient compris un peu le dévouement, mais cet esprit est si difficile à acquérir et à donner. Ce sont donc des frères, des frères connaissant l’œuvre, appréciant l’œuvre, qui doivent guider, instruire les enfants, les suivre partout, et il ne faut pas que ces frères aient autre chose à faire que de soigner nos chers enfants. J’ai vu souvent tous mes efforts paralysés en un instant par tout ce que je viens de vous dire, alors, si un fait et l’autre défait, comment pourrons nous avancer ! Obstacle dans les habitants de la Cité : c’est un fait que les habitants de la Cité ne voient pas ces enfants avec plaisir, le bruit qu’ils font leur déplaît, ils ne leur donnent que le nom de gamins, ne les regardent qu’avec mépris. En effet, ces pauvres enfants, quand ils viennent tout déguenillés, tout mauvais comme ils sont malheureusement, ne sont pas trop beaux à voir ; aussi, M. Auger ne pouvait-il les sentir et quand, à son départ, il m’a donné quelques bouteilles de vin pour me remettre et me donner des forces, il m’a dit : « Faites attention de n’en pas donner à votre clique ». Pauvres gens, ils sont bien à plaindre de parler ainsi, mais néanmoins c’est là leur esprit, ils n’y voient pas plus loin, que voulez-vous ! Et cet esprit, c’est l’esprit du grand nombre. Aussi ils sont rebutés, mal vus et méprisés, comment voulez-vous qu’ils viennent au milieu d’un monde qui les méprise et les repousse.
Obstacle dans le garde qui les repousse et qui se voit obligé de les réprimander et même de les frapper. Si un enfant monte sur une pierre, il faut qu’il le fasse descendre, l’architecte crie ; ce n’est pas la faute du garde mais la faute de la pierre, pourquoi est-elle là, c’était chez moi autrefois, cette pierre m’enlève ma liberté. Si un enfant va jouer à la cachette dans une maison neuve, il faut l’en chasser, il abîme les plâtres, les carreaux, la maçonnerie, il faut l’en chasser de force ; pauvres petits, ils sont bien à plaindre, les pierres, les maisons ont pris leurs places, alors ils ne reviennent plus, ils vont ailleurs malgré nous, ou plutôt nous les forçons d’aller ailleurs parce que nous ne leur donnons plus de place.
Et puis, autre raison non moins solide, les enfants, comme tout le monde, aiment à être chez eux, ils aiment qu’on fasse les choses pour eux, ils aiment à être seuls ; or, ici, on ne peut pas dire qu’ils sont chez eux, ils ne peuvent pas dire que l’on s’occupe exclusivement d’eux, quand ils se voient mêlés à tant de monde ; moi, je ne puis pas dire que je m’occupe d’eux quand, à chaque instant, il faut que je sois à Monsieur, à Madame, à celui-ci, à celle-là qui m’appelle, et quand je suis obligé de quitter les enfants pour mille autres affaires ou de la Cité ou du dehors. Vos frères ne peuvent pas se mêler à leurs jeux, les mener à la promenade, ce qui cependant est très nécessaire, parce qu’il faut qu’ils répondent à mille autres demandes qui leur arrivent à chaque instant ; moi, je me mêle quelquefois aux jeux pour les animer, mais je comprends que je ne puis décemment aller courir à barre au milieu d’une cité maligne qui se moque de tout et qui épie tous nos mouvements ; comment aller prêcher, dire la Messe, quand on m’aura vu faire une partie à barre avec des enfants, il y a des réserves à garder en tout, c’est à vos frères à le faire et non à moi, et vos frères n’ont pas le temps. Je dis encore qu’il sera plus facile de relever l’œuvre des enfants dans un autre lieu que dans le lieu ou elle est tombée, on refait difficilement ce qui a été défait dans un endroit. Vos enfants ne viennent pas ici avec plaisir, allez leur rendre cet attrait qu’ils ont perdu pour ce lieu, j’en défie qui que ce soit ; ailleurs, au contraire, la nouveauté plaît, les nouveaux lieux attirent et tout peut faire espérer que l’on réussirait bien ailleurs. Une autre raison, c’est que vous-même vous cherchez à vous débarrasser de toute affaire temporelle ainsi que vos frères, mais, quel moyen plus facile que d’établir votre œuvre d’enfants ailleurs et d’établir à la Cité un gérant ou un conseil administratif résidant à la Cité, et vous résidant à part et venant de temps en temps pour régler les choses, alors, L’odieux disparaîtrait peu à peu, mais pour cela, ce n’est qu’une idée, faites-en ce que vous voudrez.
Quant à l’œuvre de la Cité, c’est une œuvre à part, c’est une œuvre que vous faites pour des prêtres et non pour des frères, pour vous aussi si vous devenez prêtre avec la grâce de Dieu, mais ce doit être une œuvre toute spirituelle, dirigée exclusivement par des prêtres, pauvres, religieux, donnant l’exemple des vertus sacerdotales, autant que leur amour et leur ferveur en sera capable ; voilà les principales pensées que j’avais à vous communiquer ; ce qu’il y a de plus extraordinaire, c’est que ces pensées sont les pensées de tous vos frères, de vos sœurs et qu’elles ne leur ont été communiquées par personne ; c’était la mienne depuis très longtemps et, quand chacun en particulier m’ont communiqué leurs idées, je n’ai pu m’empêcher d’y voir l’intention manifeste de la volonté de Dieu ; ce qui m’a le plus étonné, c’est que le frère Charles, éloigné de l’œuvre des enfants, y a pensé aussi, et que cette pensée soit aussi ferme dans son esprit que dans ceux qui s’en occupent sérieusement.
Veuillez penser sérieusement devant Dieu à tout ce que je viens de vous dire et me répondre qu’elles sont vos pensées à cet égard, afin que nous sachions à quoi nous en tenir. Comment le frère Paul a-t-il fait son voyage ? Présentez-lui mes amitiés.
A Dieu, tout à vous en Jésus.
- Chevrier
A Madame… (La Tour du Pin)
Lettre n°24 (553) A Madame… (La Tour du Pin) 7 février 1860
Madame
Permettez-moi de vous dire bien simplement ce que je pense sur une affaire qui vous intéresse.
Ce bon Monsieur Berjot qui doit être bientôt votre gendre vient de m’inviter à assister au mariage de votre Demoiselle, et même je crois à le bénir. Veuillez donc écouter mes réflexions et en faire part à M. Berjot sans lui dire pourtant que je vous ai écrit. Je vous dirai d’abord que je ne suis qu’un pauvre prêtre mis de côté qui n’est ni curé ni vicaire et qui n’est pas bon à grand chose et que bien loin de contribuer à honorer votre mariage par ma présence je serai plutôt une occasion de blâme car je ne suis ni un homme de cérémonies ni de convenances je suis né de parents pauvres et je n’ai jamais aimé me trouver avec les riches parce que je suis sans éducation. S’il s’agit de parler je m’en tire très mal et ne sais pas dire ce qui peut faire plaisir, de sorte que je me trouve très emprunté dans les grandes circonstances et que [je] suis une source d’embarras et de peine pour ceux avec lesquels je me trouve, croyez-le bien c’est pour vous éviter cet ennui de m’avoir que je vous écris, Monsieur Berjot ne me connaît pas, il me croit tout autre que je suis.
En outre il faut bien comprendre que ce serait faire un affront à Monsieur le curé de voir un étranger bénir un mariage dans son Eglise, si j’étais curé ça pourrait se faire mais un pauvre prêtre comme moi ça ne convient pas, un curé aime à faire dans sa paroisse les mariages importants et cela est bien juste d’ailleurs un curé a les grâces pour cela et il obtiendra beaucoup plus de grâces que tout autre, ah ! si vous me connaissiez bien vous ne me demanderiez pas pour vous bénir, comprenez bien tout cela et surtout ce qui regarde la bienséance à tenir à l’égard de Monsieur le Curé et faites-le comprendre à M. Berjot afin de ne pas faire de la peine à votre bon curé qui sera si heureux de vous bénir. Si vous faites ainsi tout le monde sera content et vous n’aurez pas à vous reprocher d’avoir suivi mon conseil. Tout cela peut s’arranger très adroitement, dites tout simplement à Monsieur Berjot qu’il convient mieux que ce soit M. Le Curé qui vous bénisse, il ne contrariera pas votre désir et tout ira bien.
Et puisque Monsieur B. veut bien que j’assiste à votre mariage j’irai, mais ne faites pas attention à moi, donnez-moi seulement une couverture et un peu de paille pour coucher la nuit et le lendemain je dirai la Ste Messe pour vous remercier de votre hospitalité et pour les nouveaux époux et tachez de m’oublier parce que je voudrais aller voir une pauvre Tante à Chatanay et revenir le soir à Lyon pour ne pas absenter plus d’un jour car je ne suis bon qu’au milieu de mes pauvres petits mendiants auxquels il faut que je donne souvent du pain. Tout ce que je vous dis est bien vrai, je vous le répète. Suivez mon conseil et soyez persuadée que tout ira bien et que notre bon Seigneur Jésus en sera bien plus glorifié puisque tout ce que nous faisons doit contribuer à sa gloire.
J’ai l’honneur d’être tout à vous en Jésus notre Maître.
- Chevrier
prêtre à la cité de l’Enfant Jésus
LETTRES AUX PRETRES ET AUX SEMINARISTES 1864-1878
Au Père Frey, Supérieur du Séminaire Français. à Rome
Lettre n°25 (555) Au Père Frey, Supérieur du Séminaire Français. à Rome, 9 juillet 1864
Monsieur le Supérieur,
Un jeune homme qui a été frère de la doctrine chrétienne et qui maintenant travaille à instruire de pauvres enfants dans ma providence à Lyon, désire aller continuer ses études ecclésiastiques à Rome au Séminaire du Saint-Esprit ; il est du diocèse de Grenoble Isère il a été 15 ans religieux chez les frères il a obtenu le consentement de ses supérieurs pour étudier.
Il prie Monsieur le Supérieur de vouloir bien lui dire quelles sont les pièces à fournir pour entrer dans son séminaire, quel est le prix de la pension et à quelle époque est la rentrée des classes.
Il préfère aller à Rome parce qu’il est déjà âgé, et que son intention étant de se consacrer à notre œuvre de la providence, il espère pouvoir y entrer plus facilement.
J’ai l’honneur d’être, avec un profond respect, Monsieur le Supérieur votre très humble serviteur.
- Chevrier
directeur de la Providence du Prado, Guillotière. Lyon Rhône
A Monsieur l’Abbé Bernerd
Lettre n°26 (23) [1] A Monsieur l’Abbé Bernerd, au Prado à Lyon, [1864]
Mon bon Monsieur et cher Confrère,
J’ai reçu avec reconnaissance la bonne lettre que vous m’adressez et je suis content des bonnes nouvelles que vous me donnez.
Ma santé se fortifiera, je l’espère, pendant ces quelques jours, je prends assez de nourriture et le corps ne se trouvera pas mal ; je remercie la Providence de vous avoir envoyé au Prado pour remplir ma tâche et je ne doute pas que Dieu bénisse vos travaux. Veuillez remercier aussi Monsieur et Madame Laforest des bons soins qu’ils ont eus pour moi, ainsi que Mademoiselle Catherine.
Dites bien à mes petits enfants qu’ils vous écoutent bien, qu’ils soient obéissants et sages à l’église, afin qu’à mon retour vous puissiez me dire que vous avez été content d’eux et qu’ils se préparent à une bonne 1ère communion.
Je rentrerai le plus tôt possible car, malgré le besoin que j’ai d’un peu de repos, le temps dure quand on n’est pas à sa besogne et où le bon Dieu nous veut.
Je recommande à Monsieur Martinet la douceur et la patience, à l’exemple de Notre Seigneur Jésus en toutes choses ; à Monsieur Chériot, le courage, la résignation et l’abandon entre les mains de la douce Providence qui a soin de ses petits enfants quand ils se mettent entre ses mains et qui ne cherchent en tout que sa sainte volonté ; à Monsieur Boyet le courage de faire ce que le St Esprit lui conseille et l’esprit de dévouement et de sacrifice pour se donner entièrement à Dieu ; à Monsieur Suchet, l’humilité et l’exactitude, la connaissance de lui-même et la tranquillité d’esprit qui travaille trop pour les autres. Demandez à Dieu pour moi le bon esprit en toutes choses et qu’en me débarrassant de tant de misères et de faiblesses qui m’accablent je sois bien un ministre selon son cœur, humble et pauvre d’esprit et de cœur.
Je crains que la cour ne soit un sujet de maladie à cause des immondices qu’on y a jetées, il faudrait bien les jeter dehors.
Ayez bien soin de tout et ne souffrez pas. Si vous avez besoin de quelque chose, je prie la Sœur Marie de vous le donner.
Je me recommande à vos prières pour que vous demandiez à Dieu pour moi une sincère conversion.
Tout à vous en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n°27 (24) [2] A Monsieur l’Abbé Bernerd [Septembre 1865]
Bien cher et vénéré Confrère,
Nous sommes arrivés hier Soir à 8 h à la Tour du Pin. Nous avons couché chez la bonne famille Chalon et nous nous proposons de monter à Chatanay dans un moment. Ma mère ne va pas mal et vous présente bien ses respects.
Je vais employer ces quelques jours à me reposer et à faire provision de santé, et surtout à chasser mes pesanteurs de tête, afin que je puisse reprendre mon travail. J’ai bien honte de vous voir chargé de toute la besogne, vous qui avez aussi besoin de repos, mais j’espère que je ne serai pas toujours si paresseux. Je me recommande à vos prières.
Mes amitiés à Monsieur Boulachon, aux frères, sœurs et à tous nos enfants.
Si vous pensez que huit jours soient utiles aux enfants et que l’affaire puisse s’arranger avec les Pères Capucins pour la retraite et la confirmation, il faudrait le faire, pour conserver toujours de bonnes relations avec ces Pères qui nous sont si utiles.
Voyez cela dans votre sagesse et arrangez cela avec M. Boulachon, si vous le voyez.
Mes amitiés et ma reconnaissance à M. et Mme Laforest.
Je suis, avec une sincère affection, votre bien dévoué confrère en Notre Seigneur.
- Chevrier
Chemin de Chatanay, chez M. Claude Fréchet, à Tour du Pin, Isère
Lettre n°28 (25) [3] A Monsieur l’Abbé Bernerd [Printemps 1866]
Mon bien cher Confrère
Nous étions tous en peine de vous lorsque votre première lettre est venue nous rassurer sur votre compte et sur celui de votre bonne compagnie et quoique la traversée vous soit favorable, j’espère bien que vous n’irez pas chez les Comanches, c’est trop loin et le bon Dieu ne le demande pas.
Quand on voit Rome, on est étonné, ébloui, heureux en même temps de trouver tant de beaux souvenirs chrétiens qui nous rappellent la foi et, comme prêtre, on célèbre avec bonheur les Sts Mystères dans ces grottes bénies ou les saints ont passé avant nous. Je suis heureux de votre bonheur, je le partage avec vous et vous supplie de dire un petit mot pour nous par ou vous passez, afin que nous puissions nous raviver un peu dans l’amour de Jésus Christ….
Beaucoup de personnes me demandent de vos nouvelles et quand vous reviendrez, je leur fais espérer que bientôt vous serez au milieu de nous et que nous aurons le bonheur de vous avoir.
Vous me dites que vous pensez toujours au Prado, je vais vous en donner des nouvelles pour vous satisfaire.
Nos enfants vont assez bien, à part une petite fille qui a eu la petite vérole. M. Fauconnet l’a soignée, elle va mieux. Je lui ai fait faire sa première communion au lit, elle est en voie de guérison.
Le petit Robert a pris une grosse fièvre, il vient d’aller chez ses parents, je pense que ça ne sera rien. Tous nos autres enfants vont bien et vous envoient tous leurs hommages bien respectueux et attendent à votre retour un petit souvenir de votre voyage. M. Théodore retombe toujours dans ses habitudes, il est resté près de 8 jours dans un état d’incapacité qui me rend malade, depuis 2 jours il va mieux, la tête de M. François est toujours la même. Ils ont besoin de vous pour se maintenir. Monsieur Jacques, notre bon portier, est revenu, on n’a pas voulu de lui à la Chartreuse, il a ramené son bagage aujourd’hui, j’en suis très content. Monsieur Suchet, toujours le même. Auzon ne va pas bien mal. Nos petits étudiants sont assez gentils, à part Pertoud qui est rentré chez ses parents, il était trop jeune, on verra plus tard. Priez bien à St Pierre et à St Paul pour nos petits apôtres, afin qu’ils réussissent, ce n’est que sur eux que nous pouvons fonder quelque espérance ; tous, frères, sœurs et enfants vous envoient leurs respects, demandent vos prières et vous réclament au plus tôt.
Quant à M. Martinet, examinez donc bien, voyez donc s’il ne pourra pas faire pour nos enfants, je le crois dévoué à l’œuvre, il aime ce travail. Ne pourrions-nous pas lui confier le soin des enfants, il est fort, M. Théodore est usé. Priez bien pour cela et examinez-le, s’il vous plaît, devant Dieu ; il faut bien penser que le sacerdoce apporte avec lui une grâce et qu’il sera peut-être plus doux, s’il faut attendre des gens parfaits, ou en trouverons-nous ? Enfin je le recommande à Dieu et votre sagesse.
Quant à M. Forvielle, qu’il fasse ce qu’il voudra, je ne puis rien espérer de lui, je ne le recevrai plus au Prado, nous n’aurions plus jamais la paix à la maison.
Je demande au bon Dieu tous les jours qu’il m’arrive un bon prêtre pour conduire nos jeunes élèves : je ne sais pas s’il faut compter sur M. Jacquet tant qu’il ne sera pas au Prado, il n’y a rien de sûr. Quand vous viendrez, vous pourrez peut-être le décider.
Je pense souvent à vous et à votre bonne compagnie. Si vous avez occasion de parler à Mgr Dubuis du Prado, veuillez bien lui renouveler mes témoignages bien sincères de respect et de reconnaissance de sa bonne visite. Veuillez me rappeler au souvenir de Mlle Catherine, ma petite mère, et de notre petite sœur Marie qui doit être bien heureuse d’être à Rome. Qu’elle n’oublie pas de faire son second journal qui sera, je pense, bien aussi intéressant que le premier à cause des belles fêtes auxquelles vous avez assisté. Je pense qu’à la Rosette on donne toujours de la bonne “ mastigance ” et de bons “ polastons ” si vous n’avez pas changé de “ trattoria ”.
Il me semble voir aussi que vous demeurez dans notre ancien logement du Père Cassandre, vous ne me le dites pas, mais je le devine. Veuillez présenter mes souvenirs affectueux à ces bonnes gens qui nous ont si bien accueillis et qui ont été si complaisants pendant notre séjour à Rome.
Je vous remercie de vos bonnes lettres, elles nous ont bien fait plaisir.
Nous ne vous oublions pas. Pensez à nous auprès des saints martyrs et demandez pour nous au St Père une petite bénédiction,
Je suis avec bonheur votre très dévoué et sincère confrère.
A.Chevrier
Je vous prie bien de ne pas m’oublier auprès de Monsieur et Madame Picoli et les assurer de ma vive reconnaissance pour les grâces spirituelles qu’ils nous ont obtenues et en particulier de la Portioncule, et le bon M. d’Achilée toujours si bon, si complaisant.
Tout à vous.
A.Chevrier
Lettre n°29 (26) [4] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 13 janvier 1867
Bien cher et vénéré Confrère,
Tous les jours au St Sacrifice nous prions pour votre cher oncle et pour vous, votre santé et vos intentions particulières. Prenez le temps qu’il vous faut. J’ai écrit hier à Monsieur le Curé de St André que vous ne pouviez pas aller dire la Messe chez lui et que M. Boulachon était retenu à Ste Blandine pour midi. Il a dû se pourvoir pour aujourd’hui.
- Jacquier est toujours dans le même état, par moment il souffre beaucoup, un autre moment il va mieux. Nous ne savons que penser, il n’y a que Dieu seul qui sait s’il nous le laissera.
- Martinet m’a écrit hier, il est à Salaize depuis avant-hier seulement. Il a voulu passer par Assise avant de rentrer à Lyon et nous l’aurons mercredi. Il paraît bien disposé et vous envoie mille choses respectueuses. Ma mère va mieux et vous présente ses bons souvenirs, la maison va toujours de même ; ayez soin de vous, que le bon Dieu vous aide.
J’ai l’honneur d’être, avec une sincère affection, votre tout dévoué serviteur et frère en Jésus Christ.
- Chevrier
Lettre n°30 (27) [5] A Monsieur l’Abbé Bernerd, Chatanay, 6 août 1867
Bien cher et vénéré Confrère
Ma mère et moi nous vous remercions de ce que vous avez fait pour l’enterrement de ma tante Chevrier ; il y a longtemps que cette pauvre femme souffrait et n’était pour ainsi dire plus de ce monde, que Dieu la reçoive dans sa miséricorde, une petite prière pour elle au St Sacrifice.
Je marche mieux, mais ma tête est toujours un peu fatiguée ; me voici installé maintenant à Chatanay, le temps est beau, L’air et le repos m’auront bientôt remis, je l’espère ; le temps me dure loin de mon petit troupeau mais je ne suis pas inquiet, parce que je sais qu’il est bien gardé, Soignez-vous aussi pour ne pas tomber malade.
Tout ce que vous ferez sera bien fait ; avant de terminer avec Mgr Charbonnel pour mener les enfants au grand séminaire, il faudrait peut-être attendre l’arrivée de Mgr Dubuis pour savoir s’il sera à Lyon le 22 ou 23. Ça gênerait peut-être ces messieurs du grand séminaire de laisser entrer les petites filles dans leur chapelle, je ne crois pas qu’ils le permettent, mais nous avons le temps d’arranger cela.
Ma mère et moi nous vous envoyons bien nos respects et notre reconnaissance, Mes amitiés à toute la maison.
Veuillez remettre ce petit billet au frère Joseph pour qu’il ait un peu plus de courage.
Avant de partir le jardinier paraissait n’être pas content, il voudrait ne pas s’occuper de la lingerie des enfants, il faut l’engager à exercer la charité et lui dire que la pratique de cette vertu vaut mieux que tout le reste. Tout à vous en Notre Seigneur.
A Chevrier
Lettre n°31 (28) [6] A Monsieur l’Abbé Bernerd, [Octobre 1867]
Bien cher et vénéré Confrère
Je vais mieux, je marche sans bâton et ma tête est libre depuis deux jours. Je pense rentrer mercredi soir. Les latinistes doivent rentrer demain Je me trouverai le lendemain pour leur donner mes petits avis.
Je vous remercie de toute votre obligeance. Ma mère et moi nous vous présentons bien nos amitiés respectueuses. Veuillez agréer les salutations bien sincères de votre dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n°32 (29) [7] A Monsieur l’Abbé Bernerd, [1868]
Cher Confrère
Sœur Claire revient de la Salette, je profite de l’occasion pour vous dire que lundi je prends une purgation ; si vous pouviez retarder votre bonne visite à mardi, je serai plus libre.
Nous avons fixé à lundi pour être mieux dispos pour le retour.
Veuillez donc dire à frère Joseph de me copier l’ordo pour les trois jours : mercredi, jeudi, vendredi. Veuillez agréer mes salutations respectueuses et amicales.
- Chevrier
Lettre n°33 (30) [8] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 20 juillet [1868]
Bien cher Confrère,
Vous avez bien souffert dans votre route, nous prierons Dieu que les eaux vous soient salutaires et que ce moment de souffrances ne nuise pas au bienfait des eaux. Nous serons tous heureux de vous voir de retour au milieu de nous pour travailler ensemble à la gloire de Dieu.
La maison va toujours de même. M. Théodore a encore continué son manège, je ne sais vraiment que faire ! Je vous attends, j’ai bien besoin de vous.
Je vous envoie deux lettres que j’ai trouvées dans la boîte, il y en a une pour Monseigneur.
Veuillez présenter mes humbles respects à Monseigneur. Nous nous recommandons tous à vos bonnes prières.
- Boulachon vous présente ses amitiés.
Recevez, avec le respect de notre maison, mon amitié bien sincère.
- Chevrier
Lettre n°34 (31) [9] A Monsieur l’Abbé Bernerd, St Jean de Soudain [Carême 1869]
Bien cher et vénéré Confrère
J’ai commencé à mieux parler depuis hier et j’espère d’ici à quelques jours recouvrer entièrement ma voix ; le temps me dure, éloigné de vous et de tout mon petit monde, mais j’espère que le bon Dieu ne m’en tiendra pas longtemps séparé.
Soignez-vous bien durant ces jours afin que la besogne ne vous fatigue pas trop, et présentez bien mes amitiés à tous ces Messieurs. Ayez soin de Monsieur Salignat qui parle beaucoup. Je crois bien qu’il ne faudrait pas le laisser jeûner, j’ai trouvé qu’il avait bien pali depuis quelque temps. Et M. Sellier, comment va-t-il ? Il a été fatigué, il faudrait mettre du feu dans sa chambre, s’il en a besoin.
Et nos petits enfants, je pense qu’ils sont sages, dites-leur que je prie pour qu’ils fassent une bonne première communion et qu’ils s’y préparent par la prière et l’obéissance.
Avant de partir, je voulais dire à Monsieur Georges de ne pas priver les latinistes de goûter, ces pauvres enfants ont bien besoin de leur nourriture. J’ai oublié de le faire, veuillez réparer mon oubli.
Si votre intention était toujours de venir jeudi, nous vous verrons venir, M. le Curé et moi, avec plaisir.
Mon souvenir reconnaissant à Monsieur et Mad. Laforest.
Ma mère ne va pas mal.
Je suis, avec un sincère attachement et vive reconnaissance votre dévoué confrère et serviteur en Jésus Christ.
- Chevrier
chez M. le Curé de St.Jean-de-Soudain, à la Tour du Pin, Isère
Je mets ce petit billet pour Sœur Claire qui est toujours ennuyée. Veuillez le lui remettre, sans que les autres sœurs le voient, pour éviter la jalousie qui n’est pas une petite affaire chez elles.
Lettre n°35 (32) [10] A Monsieur l’Abbé Bernerd, St.Jean-de-Soudain, 16 avril 1869
Bien cher et vénéré Confrère
Je vous demande bien pardon de tout l’embarras que je vous donne mais j’espère que Dieu vous récompensera pour tout ce que vous faites pour nous.
Nous sommes arrivés avant-hier soir, le temps était beau, mais hier il a plu, ce qui rend la campagne plus belle encore. Je ne puis pas encore sortir dehors, ma voix s’enroue de suite, mais d’ici à quelques jours ça ira mieux.
Comment allez-vous ? Et nos enfants sont-ils partis ? Monsieur François les a-t-il placés tous ? Les places ne manquaient pas cette fois, si elles sont bonnes ce sera bien une Providence pour nous.
Veuillez dire à M. François de ne pas envoyer à M. le Curé de St Jean la facture de la reliure de ses deux missels. Nous pouvons bien payer cette petite facture, il nous est assez utile dans ce moment.
Veuillez lui dire aussi que dès que les Evangiles unis seront reliés il me les envoie, j’en ai besoin pour l’historique des Mystères et du chemin de la croix.
Il ne faut pas non plus que M. Suchet oublie d’aller chercher la soutane du frère Joseph qui arrivera peut-être la semaine prochaine, afin qu’il ait pour se changer en arrivant.
- Laforest a du probablement être peiné de ce que vous n’êtes pas allé à Roanne pour son affaire, mais il me semble qu’il ne convient guère, à nous prêtres, de nous mêler trop des affaires de justice à moins que nous n’y soyons appelés. Il faut qu’il attende avec patience et Monsieur Laforest est un bon avocat, il saura mieux plaider sa cause que tout autre.
Veuillez présenter mes hommages respectueux à M. Jaillet et prier M. Alexandre de lui faire percer sa porte de passage qu’il a demandée.
Il faudrait aussi encourager M. Guerre qui veut toujours s’en aller ; avant de partir, il m’a dit de chercher un autre linger, que dans quinze jours il s’en irait, je ne sais pas pour quelles raisons ; ce serait dommage, parce que c’est un homme sûr et qui a bien soin de son linge.
Veuillez m’écrire et, quand vous aurez un petit moment la semaine prochaine, venez nous voir, ça nous fera plaisir. Mes amitiés à tous ces Messieurs nos professeurs et à tous nos latinistes.
Je me recommande à vos prières et daignez agréer le témoignage bien sincère de ma reconnaissance et de mon respectueux dévouement.
- Chevrier
Chez M. le Curé de St Jean, près de la Tour du Pin, Isère
Lettre n°36 (33) [11] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 3 mai 1869
Mon bien cher Confrère
Je suis convenu avec Mlle Mélanie qu’elle ira passer quelques jours à Ars pour se remettre un peu et faire une petite retraite et que, de là nous tâcherons de la faire entrer chez les Trappistines
Veuillez dire à Sœur Antoinette de faire la cuisine en attendant, puisqu’elle est au courant de notre maison et Sœur Catherine la remplacera.
De cette manière, nous aurons peut-être un peu plus de paix et de tranquillité.
Donnez-moi de vos nouvelles et de celles de nos petits latinistes Votre tout dévoué confrère.
- Chevrier
Lettre n°37 (34) [12] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 3 mai [1869]
Mon bien cher Confrère
J’ai oublié ce matin de remettre à Mélanie deux lettres, dont l’une renferme un mandat de 10 francs à faire prendre à la poste par M. Suchet et l’autre est celle d’une mère nommée Luce qui réclame sa fille qui a fait sa 1ère communion cette dernière fois et que les sœurs ont placée, veuillez la remettre aux Sœurs qui la renverront à sa mère.
Il me tarde bien de rentrer auprès de vous et croyez que c’est un grand sacrifice que je fais en restant éloigné.
Tout à vous en Jésus Christ.
- Chevrier
Lettre n°38 (35) [13] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 16 juillet [1869]
Bien cher et vénéré Confrère
Nous étions inquiets de vous, nous ne savions pas comment vous alliez et si vous étiez toujours à Vichy. Votre lettre est venue nous instruire. Nous regrettons bien que vous n’alliez pas mieux, et que les eaux ne vous aient pas fait du bien, il faut espérer que le séjour de Saint Germain Laval vous sera plus favorable et réparera un peu le mal des eaux.
Prenez le temps nécessaire pour vous rétablir et soignez-vous bien.
Ces Messieurs ne vont pas mal et vous présentent bien leurs hommages. Le frère Joseph prépare son examen, je le lui fais repasser presque tous les jours.
- Salignat attend l’entrevue du Cardinal et de Mgr Dubuis pour sa décision.
Je suis heureux d’avoir cette circonstance pour présenter à Madame Sœur St Edmond mes hommages bien respectueux et ma reconnaissance pour tout ce qu’elle a déjà fait pour notre Providence.
Nous ne vous oublions pas au St Sacrifice, veuillez penser aussi à nous et à tous les nôtres.
- Jaillet et tous ces Messieurs ainsi que ma mère vous présentent bien leurs salutations bien respectueuses.
Daignez agréer aussi le témoignage de mon affection bien sincère.
- Chevrier
Lettre n°39 (36) [14] A Monsieur l’Abbé Bernerd, Lyon, le 24 août 1869
Bien cher et vénéré Confrère
Les nouvelles de votre santé ne nous ont pas satisfaits, prenez donc un grand repos et vous verrez que ça ira mieux : nous espérons donc que votre lettre prochaine nous rassurera davantage et nous dira que vous allez mieux.
Veuillez remercier Sa Grandeur de l’intérêt qu’elle porte a notre maison et dites lui que nous prions pour sa santé et le succès de ses œuvres.
- Salignat est en vacances pour quelques jours et il se préparera à son ordination pour le mois d’octobre.
Tout va à peu près de même à la maison. M. Jaillet a la bouche un peu malade, son dentier le fait de temps en temps souffrir, les dents des autres ne valent pas mieux que les nôtres, il vous présente bien ses amitiés.
Nos latinistes sont en vacances, à part quatre qui sont restés et font l’ouvrage de la maison tout en prenant un peu de vacances.
- Jaricot fait le catéchisme et étudie. Les enfants ne vont pas mal et se préparent à aller voir l’impératrice ce soir.
Ma mère va assez bien et vous présente ses hommages.
J’adresse ma lettre au même hôtel que la première fois, pensant que vous n’avez pas changé parce que vous n’avez pas mis d’adresse sur la vôtre et c’est un peu la cause qui a retardé ma réponse à la vôtre.
Je suis, avec une sincère affection, votre dévoué confrère.
- Chevrier
Lettre n°40 (37) [15] A Monsieur l’Abbé Bernerd, [1869]
Bien cher et vénéré Confrère
Je viens de recevoir vos deux lettres à la fois. Merci de toutes vos bonnes intentions et de votre bon souvenir, le vôtre nous est toujours bien cher.
J’ai parlé il y a quelques jours à M. Jourde, notre voisin, que vous connaissez ; il est décidé à se donner à notre œuvre et il doit entrer la semaine prochaine à la maison. Je pense qu’il fera notre petit service et sera un peu moins brusque que M. François. Il est honnête et mieux élevé, il se mettra à tout ce qu’on lui fera faire, il entre pour le bon Dieu.
Comme cette affaire avait été décidée il y a quelques jours, je ne puis revenir sur ma parole et qu’à cet effet il a dû faire des arrangements avec la société de St Vincent de Paul dont il est secrétaire.
La maison est toujours de même ; nous avons commencé cette semaine à faire de petites réunions pour l’unité d’action dans la maison, je vous attends pour m’aider. Nous avons grandement besoin de nous entendre et de vivre tous d’une même vie pour la persévérance de l’œuvre et la sanctification de tous.
Priez, s’il vous plaît, pour nous, je ne vous oublie pas.
Recevez en même temps les respects sincères de votre bien affectionné serviteur.
- Chevrier
Ma mère vous remercie de votre bon souvenir, elle ne va pas mal ; ces Messieurs se rappellent à votre bon souvenir et nous vous attendons tous.
A bientôt…
Lettre n°41 (38) [16] A Monsieur l’Abbé Bernerd, [Chalamont, 14 juin 1870]
MONSIEUR L’ABBE BERNERD. A LA PROVIDENCE DU PRADO,
RUE CHABROL 55, LYON-GUILLOTIERE
Cher et vénéré Confrère,
Merci de vos renseignements et de la peine que vous avez prise pour la visite de ces différentes personnes ; les bienfaiteurs ne se remplacent guère.
Ne sachant pas si vous étiez au Prado, j’ai mis un petit billet pour vous dans la lettre que j’avais écrite à M. Jaricot, pour vous prier de biner aujourd’hui si cela était nécessaire, afin qu’il y ait trois messes au Prado. J’espère que tout se sera bien passé.
Je vais mieux, le repos et la bonne nourriture me rendent un peu mes forces ; toutefois, je vous demande de rester encore quelques jours jusqu’à la fête. Le temps me dure de rentrer au Prado. Mais j’avais besoin d’un peu de repos pour travailler ensuite.
Ayant chargé M. L’abbé Jaricot de l’intérieur de la Maison, vous aurez à vous occuper de tout ce qui regarde l’extérieur, tels que les visites, les quêtes, les paiements du dehors et les courses qui sont nécessaires pour la maison ; en donnant ainsi à chacun son emploi, la maison marchera mieux et on saura mieux ce que chacun aura à faire.
Nous avons grandement besoin de la grâce de Dieu avant d’arriver à quelque chose de solide et de durable, mais il faut espérer en Dieu.
Ayez soin de vous et priez pour votre pauvre serviteur qui ne vous oublie pas auprès de Notre Seigneur.
- Chevrier
Mes respects à votre bonne famille.
Lettre n°42 (39) [17] A Monsieur l’Abbé Bernerd, [Octobre 1870]
Cher et vénéré Confrère,
Je ne vous engage pas à revenir encore à Lyon, à moins que vous ne teniez à être de la garde nationale. Nous avons reçu ce matin l’ordre de faire partie de la garde, sous peine d’amende et de prison et non seulement nous, mais aussi Messieurs les curés et vicaires.
Je viens de l’archevêché. M. Pagnon nous dit que les prêtres sont exempts par la loi, mais aujourd’hui il n’y a plus de loi. J’espère bien que ce n’est qu’un orage et que ce ne sera qu’une contrariété faite à la soutane. Vous voyez tout de même que ce n’est pas très gai.
On nous a peu contrariés jusqu’à ce jour.
Ces Messieurs ne vont pas mal et vous envoient leurs respectueux hommages. Nous n’avons pas encore fait la Première Communion. J’ai renvoyé à peu près la moitié des enfants, les moins bien disposés, parce que nous ne recevons pas d’aumônes suffisantes. Nous pensons la faire dans une quinzaine de jours, si on nous en donne le temps ; on s’attend de jour en jour à quelque coup de fusil. Il y a dispute entre le drapeau rouge et le tricolore. On a essayé samedi à arracher le rouge pour le remplacer par le tricolore mais impossible ; il y aurait fallu guerre civile et probablement on a reculé. Enfin, la position est difficile. Priez Dieu pour nous.
Veuillez présenter mes respects bien profond et sincères à Monseigneur Dubuis, mes amitiés d’ancien condisciple à Monsieur Bariccand et suis, avec amitié et affection, votre tout dévoué.
- Chevrier
Lettre n°43 (40) [18] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 30 août 1871
Cher et vénéré Père
Je vous remercie des bonnes nouvelles que vous nous donnez. Nous souhaitons que les eaux vous soient bienfaisantes et vous ramènent bien portant au milieu de nous.
Nous allons tous bien.
L’affaire de Monsieur Dutel n’est pas encore éclaircie, il ne m’a pas encore parlé et je n’ose pas lui demander la solution.
Ma mère est à la Tour du Pin. Je pense aller la chercher demain et ramener M. Joanny et les deux autres samedis.
Je ne suis pas fâché de voir ne pas aboutir le voyage d’Amérique, parce que ce n’était pas un homme en qui on pût bien se confier ; nous pourrons bien trouver un autre moyen de faire revenir Auzon si le bon Dieu le rappelle au milieu de nous. Ayez soin de vous et pensez à nous au St Sacrifice.
Tous ces Messieurs vous envoient un respectueux bonjour ainsi que nos enfants.
Veuillez agréer mes affections bien sincères.
- Chevrier
Sœur Antoinette ne sait pas encore quand elle partira, elle est longue à se décider.
Ma quête de vendredi n’a été que de 35 francs.
Tout à vous.
Lettre n°44 (41) [19] A Monsieur l’Abbé Bernerd, [septembre 1873]
Cher et vénéré Confrère
Merci de votre bonne lettre. J’ai fait remettre hier à la poste le bréviaire (pars autumnalis) qui probablement arrivera assez tôt pour vous en servir au moment ordonné. Ayez bien soin de vous, profitez de la saison et revenez-nous bien portant.
Rien de particulier au Prado sinon que nous désirons tous que Monseigneur puisse venir pour le St Rosaire, jour de la Première Communion. Nous prierons pour que ses travaux puissent s’arranger de façon que ce jour soit libre.
Le Père Régis est venu hier voir le Père Jaillet et, en passant, nous a dit bonjour et a promis de venir prêcher la retraite des enfants.
Monsieur Isidore est revenu de la Trappe, puis il a cherché une place et il s’est placé chez un teinturier à Vaise.
Et le bon Monsieur Joanny ? qu’il est fâcheux que l’on ait commencé si tard les soins si nécessaires à sa santé. Il m’a toujours paru bien malade et sans ressources. Si le bon Maître voulait le garder encore, il en est le Maître. Nous ne l’oublions pas dans nos prières.
Tous nos enfants vous présentent bien leurs respects ainsi que nos jeunes séminaristes.
Tous nos Messieurs vous invitent à profiter de votre saison et à nous revenir bientôt.
Veuillez présenter à Sa Grandeur les remerciements bien sincères de nous tous, ainsi que nos salutations bien respectueuses et notre demande pour la Première Communion.
Veuillez agréer l’assurance de notre affection bien sincère.
- Chevrier
En repassant par Roanne, veuillez présenter nos remerciements et nos saluts respectueux à toutes ces bonnes familles qui nous aident et en particulier à Monsieur et Madame Jannet.
Lettre n°45 (42) [20] A Monsieur l’Abbé Bernerd, [Prado.] 15 septembre 1873
Cher et vénéré confrère
J’ai reçu votre bonne lettre hier et je m’empresse de vous répondre pour vous annoncer ce qui suit :
Monsieur Dutel et Monsieur Jaricot ont l’intention de faire partie du pèlerinage de Lourdes qui part le 29. Par conséquent nous avons été obligés d’avancer la Première Communion de 8 jours ; elle sera donc le 28 courant.
J’ai écrit à Monseigneur Dubuis à St Just D’Avray pour lui demander s’il pourrait venir, le 29, confirmer nos enfants et je reçois ce matin une réponse de M. l’abbé Jaillet qui m’annonce que Monseigneur viendra au Prado le 29 au matin pour confirmer nos enfants et que, le soir, il s’embarquera pour Lourdes. Voilà les « nouveaux » concernant la Première Communion. Si vous pouvez venir bientôt vous nous ferez donc à tous bien plaisir.
En attendant votre retour nous avons confessé vos enfants. Monsieur Dutel s’est chargé de la retraite de première communion.
Vos nouvelles de Monsieur Joanny me font bien plaisir. Madame Laforest, que j’ai vue il y a quelques jours, me paressait bien triste à son égard.
Tous nos Messieurs ne vont pas mal et vous présentent leurs amitiés bien respectueuses et ma mère s’unit à moi pour vous souhaiter une bonne santé et un bon retour.
Veuillez agréer le témoignage bien sincère de mon affection bien sincère et bien respectueuse.
- Chevrier
Lettre n°46 (43) [21] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 1874
Mon vénéré Confrère et Père
J’ai appris que Cucuat avait fait du bruit au dortoir et scandalisé tout le monde par ses paroles. Il faut nécessairement en venir à punir ce monde comme des enfants. C’est triste d’être obligé d’en venir là. Veuillez donc lui remettre ou faire remettre la lettre que je lui envoie et faites en sorte que tout le monde le sache afin que tous ces gens sachent bien que nous ne pouvons pas toujours supporter leurs folies.
Veuillez lire ma lettre et la lui faire remettre publiquement ce soir ou demain matin.
Votre tout dévoué confrère.
- Chevrier
Lettre n°47 (44) [22] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 27 juillet [1874]
Cher et vénéré Confrère
J’ai appris avec plaisir que notre cher Blettery avait été reçu. Veuillez lui présenter mes félicitations et mes amitiés.
Je vous écris aussi pour vous donner de mes nouvelles et en donner à ma mère qui peut être inquiète. Je vais bien. Il a fait froid ces derniers jours mais ces bons Pères sont très bons et m’ont donné tout ce qui m’était nécessaire. Je vais très bien. Je pense être de retour à la fin de la semaine. Veuillez prier pour moi. Je suis bien content dans ma petite retraite.
Présentez mes salutations respectueuses à ces Messieurs, M. Dutel, Jaillet et ces autres Messieurs. Mes amitiés à tous mes enfants et mon salut à toutes les Sœurs. Je me recommande à vos prières et suis pour toujours votre tout affectionné confrère et frère.
- Chevrier
Lettre n°48 (45) [23] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 20 août 1874
Cher et vénéré Confrère
J’ai attendu quelques jours pour vous donner l’adresse de mon cousin Lacand à Vichy, et ne voyant pas venir ma filleule, je me décide à vous écrire pour rependre à votre bonne lettre.
Je suis heureux de savoir que vous êtes en la bonne compagnie de votre sœur qui aura bien soin de vous et nous espérons bien que l’indisposition des premiers jours ne sera rien et que vous nous reviendrez bien portant des eaux.
Nous avons fait un petit pèlerinage à Ars, après l’examen des latinistes ; nous sommes partis mardi et nous voilà de retour. Nos enfants partent en vacances et j’espère que le grand nombre nous reviendra mieux disposé et que l’année prochaine sera meilleure sous le rapport de la piété.
Nous allons tous assez bien.
Tous ces Messieurs ainsi que ma mère vous présentent bien leurs salutations bien respectueuses et amicales, et nous espérons bientôt vous revoir.
Je suis, dans les sentiments d’une sincère amitié, votre tout dévoué confrère en Notre Seigneur.
A Chevrier
Lettre n°49 (46) [24] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 5 juillet 1875
Cher et vénéré Confrère
Merci de nous avoir donne de vos nouvelles.
J’aurais bien voulu faire votre commission à Mgr Dubuis mais je ne sais où le prendre, il n’est pas à Lyon et je ne sais où il est. M. Laforest n’en sait pas de nouvelles non plus. Nous allons dîner aujourd’hui chez M. Jaillet ; il regrette beaucoup de ne pas vous avoir. Mgr de Charbonnel y sera.
Nos élèves du grand séminaire sont en vacances depuis hier, ils me chargent de vous présenter leurs hommages bien respectueux.
Ma mère et ces Messieurs me chargent de vous envoyer leurs sentiments d’affection bien sincère et respectueuse et nous espérons bien tous que les eaux vous seront salutaires. Dès que je pourrai voir Mgr je lui ferai l’invitation en votre nom.
Veuillez recevoir les salutations très sincères et très affectueuses de votre dévoué confrère.
- Chevrier. au Prado
Lettre n°50 (47) [25] [St Fons,] 19 juillet 1875
Cher et vénéré Confrère,
J’ai appris avec peine ainsi que nos Confrères que vous aviez été mordu par un chien. Nous pensons que ça ne sera rien et que vous nous reviendrez bien portant.
Nous prions Dieu pour que les eaux vous soient bien salutaires.
Nous sommes bien réduits au dernier chiffre au Prado. Je suis à St Fons, M. Jaillet prêche le jubilé à la Mouche et Monsieur Dutel à la rue Rave.
Nous avons M. Chandy qui vient nous donner un coup de main. Nous n’avons pas de nouvelles de Mgr Dubuis, personne ne sait ou il est. J’ai reçu une lettre du Père Franchesco qui me dit que toutes les recherches qu’il a faites pour trouver les actes de Baptême que vous lui aviez demandés ont été inutiles, qu’il faudrait des indications plus exactes. Les pièces de Mgr sont à Coutouvres. Si vous passez à Coutouvres vous pourriez prendre celles qui concernent la Maison, si vous pouvez.
La supplique que j’avais adressée a été renvoyée à la Congrégation des Evêques et Réguliers, il faudra encore attendre.
Nous souhaitons tous que votre santé s’améliore et nous vous souhaitons tous un bonjour bien sincère et bien respectueux. Je suis, avec une sincère affection, votre très dévoué confrère.
A, Chevrier
Lettre n°51 (48) [26] A Monsieur l’Abbé Bernerd, [Eté] 1876
Bien cher et vénéré Confrère,
J’ai passé cette semaine dernière à St Fons et, n’ayant ni enveloppe ni papier à lettres, j’ai tardé à vous répondre.
Merci de tous vos bons souvenirs, seulement vous ne nous dites pas comment vous allez et si les eaux vous font du bien.
Pour ces deux petits jeunes gens, je les recevrai volontiers sur votre recommandation. Veuillez donc leur dire de se rendre le 7 octobre prochain au Prado et, si leur vocation est probable, nous ferons tout ce que nous pourrons pour la favoriser.
Soignez-vous bien et revenez-nous en bonne santé.
Priez s’il vous plaît pour moi car j’en ai bien besoin.
En attendant le plaisir de vous revoir veuillez accepter mes sentiments bien sincères de respect et d’affection.
- Chevrier
A Monsieur l’Abbé Gourdon
Lettre n°52 (49) [1] à Monsieur l’Abbé Gourdon, [1865]
Mon cher Confrère
J’ai lu votre lettre avec plaisir. Ce beau mystère de l’incarnation qui a touché votre cœur est bien vraiment le fondement de notre zèle, de nos actions et un grand motif de nous humilier devant Dieu. C’est ce mystère qui m’a amené à demander à Dieu la pauvreté et l’humilité et qui a fait que j’ai quitté le ministère pour pratiquer la sainte pauvreté de Notre Seigneur.
Je désire et demande tous les jours à Dieu qu’il veuille bien remplir les prêtres de l’esprit de Jésus-Christ et que nous ressemblions de plus en plus à Jésus notre Divin Modèle, le grand modèle des prêtres. Oh ! si nous étions conformes à Jésus Christ notre Sauveur, que de bien, que de bonnes œuvres se feraient dans la Sainte Eglise de Dieu.
Convertissons-nous, mon bon frère, aidez-moi à me convertir et prions ensemble pour devenir les dignes représentants de Jésus Christ sur la terre et les dispensateurs de ses grâces.
Le prêtre est un autre Jésus-Christ, c’est bien beau. Priez pour que je le devienne bien véritablement. Je sens que je suis si éloigné de ce beau modèle que je me décourage quelquefois, si éloigné de sa pauvreté, si éloigné de sa mort, si éloigné de sa charité. Priez et prions ensemble pour que nous devenions conformes à notre beau Modèle.
Pour cette œuvre dont vous me parlez, faites ce que Notre Seigneur vous inspire, mais laissez-vous conduire par les circonstances plutôt que par vous-même. Laissons faire le bon Dieu, j’ai remarqué que quand nous faisons nous-mêmes, il faut toujours le défaire et que, quand le bon Dieu fait lui-même les choses, ça tient bon. Ainsi, si je suis capable de vous donner un conseil, entreprenez votre œuvre dans la plus grande humilité ; la crèche, voilà le commencement de toute œuvre de Dieu, les choses extérieures ne signifient que peu de chose, faites ce qui a rapport au salut des autres, à la gloire de Dieu avant tout ; ne leur donnez d’autre règlement que d’aimer leur prochain et de souffrir, la première règle c’est la charité. Prenez peu de monde pour commencer, une seule personne qui ait bien l’esprit de Dieu vaut mieux que cent qui ne font que des entraves.
Pardonnez-moi toutes ces choses, je ne suis qu’un pauvre mendiant de corps et d’esprit ; je vous envoie un petit imprimé concernant la pauvreté de Notre Seigneur, j’ai vu plusieurs personnages qui seraient très heureux de le voir s’accomplir parmi les prêtres.
Priez pour moi, votre confrère en Notre Seigneur Jésus-Christ.
- Chevrier
Aumônier du Prado, à la Guillotière
Lettre n°53 (50) [2] à Monsieur l’Abbé Gourdon, 28 août 1865
Mon cher Confrère
Il ne faut pas se décourager dans les œuvres, mais il faut toujours y aller avec prudence et humilité. Servez-vous des moyens que le bon Dieu vous donne présentement, sanctifiez-vous les uns les autres et Dieu se servira de vous lorsque vous serez mûrs pour lui.
Oh ! que le bon Dieu a besoin de bons prêtres pauvres, c’est là ce que je rêve et désire ardemment depuis plus de 10 ans, qu’il y ait de bons prêtres dans les paroisses, tout est là. Le bon prêtre apporte avec lui toutes les réformes, toutes les conversions, tout ce qu’il faut pour les âmes. Attachez-vous à ce but principal d’avoir de bons confrères, prêtres pauvres selon Dieu, et vous aurez tout ce qu’il faut, le reste n’est rien.
Vous me dites que vous voudriez avoir un trou pour vous retirer quelques jours, oh ! je vous offre bien volontiers mon petit trou du Prado. Venez, je vous verrai avec beaucoup de plaisir et, puisque Dieu vous a donné l’attrait pour la pauvreté, nous sommes déjà unis d’esprit à Notre Seigneur.
Venez quelques jours si vous pouvez, nous nous aiderons mutuellement à aimer Jésus et à le suivre, puisque notre devise doit être de devenir d’autres Jésus Christ sur la terre.
Priez pour moi, je ne vous oublie pas.
- Chevrier
Providence du Prado, rue Chabrol 55, Guillotière.
Lettre n°54 (51) [3] à Monsieur l’Abbé Gourdon, 7 novembre 1865
Mon bien cher frère
Que la sainte volonté de Dieu s’accomplisse en toutes choses, en nous comme dans tous les hommes de la terre. Si le bon Dieu le permet, venez, je serai heureux de pouvoir contribuer à une œuvre que je chéris et que je désire depuis bien des années.
La Providence semble faciliter cette réunion et même le demander.
J’ai au Prado un endroit pour loger ceux qui voudraient travailler à l’œuvre, et ce sera avec d’autant plus de plaisir que j’ai quatre élèves que je suis obligé d’envoyer dans une école cléricale de Lyon n’ayant pas de professeur ici, et combien je serai heureux de les avoir continuellement à la maison pour leur donner cet esprit de simplicité et de pauvreté qui doit être notre but principal.
Si vous avez des élèves vous pouvez les amener, je puis vous offrir un logement pour 8 ou 10 élèves.
Ce qui me le fait désirer, c’est que M. Magaud vient de m’écrire, quelques heures avant la réception de la vôtre, qu’il ne pouvait continuer cette œuvre des étudiants pauvres, parce que ses ressources ne le lui permettaient pas, qu’il n’en avait que 4 et que ces 4 lui payaient pension. Il ne me semble pas que Notre Seigneur veuille laisser périr une œuvre si agréable qu’il avait commencée, il veut peut-être que de pauvres prêtres la fassent ; pour moi, je me sens tout disposé à la poursuivre avec l’aide d’un bon confrère ; nous avons ici le commencement, les élèves et le local et les ressources de la Providence déjà assez visibles pour ne pas nous faire douter ; ainsi donc, confiance, la bénédiction de Sa Sainteté qui nous a béni et vous aussi, puisqu’il l’a donnée à tous les prêtres qui accepteraient la sainte pauvreté de Jésus-Christ. Venez, je serai bien heureux de vous recevoir, obtenez la permission de Son Eminence et nous commencerons ; quant aux personnes que vous avez formées à la pauvreté, continuez à les diriger dans cette voie de Notre Seigneur et plus tard elles nous seront très utiles quand il nous sera donné quelques paroisses pauvres à desservir, « si le bon Dieu veut ».
Oh ! j’ai été bien heureux à la lecture de votre lettre, j’ai vu que je n’étais pas seul non plus ; j’ai bien deux ou trois confrères qui ont les mêmes vues mais, vous savez, il y en a vers lesquels le Saint-Esprit semble nous porter davantage. Prions bien Dieu durant ces jours, demandons bien que sa sainte volonté s’accomplisse et que les obstacles humains s’aplanissent, je vous promets de recommander cette affaire au Saint Sacrifice durant tous ces jours.
Veuillez accepter les salutations bien sincères et bien respectueuses de votre tout dévoué serviteur et frère en Notre Seigneur Jésus-Christ.
- Chevrier
Rue Chabrol 55, Guillotière
Lettre n°55 (52) [4] à Monsieur l’Abbé Gourdon, [Vénissieux,] 5 décembre 1865
MONSIEUR L’ABBE GOURDON. VICAIRE A MILLERY, RHONE
Mon cher confrère et ami,
Vous m’avez attendu sans doute, mais je n’ai pu tenir à ma promesse. Je suis actuellement à Vénissieux pour le jubilé de cette paroisse ; j’ai accepté charge comme venant de Dieu et pouvant servir plus tard à la gloire de Notre Seigneur, parce que c’est sur cette paroisse que nous avons notre petit lieu de retraite et qu’il y a deux nouvelles paroisses sans pasteur que Monsieur le Curé vient de m’offrir si je pouvais lui procurer deux prêtres, vous voyez que Jésus semble favoriser nos bonnes intentions. Prions pour que tout aille à sa plus grande gloire. Je ne pourrai donc pas aller vous voir de sitôt puisque mes absences du Prado ne peuvent qu’être nuisibles à ma maison et que j’ai bien promis de ne sortir que pour des raisons graves.
Je n’ai pas encore pu voir Son Eminence pour lui demander votre permission, je ne pourrai le voir que la semaine prochaine.
Veuillez prier pour moi et la conversion des pécheurs.
Tout à vous en Notre Seigneur.
- Chevrier, au Prado, rue Chabrol 55, Lyon
Lettre n°56 (53) [5] à Monsieur l’Abbé Gourdon, 22 janvier 1866
Mon cher Confrère
J’ai vu, il y a trois jours, Mgr de Serres et M. Pagnon, je leur ai parlé de votre résolution, ils n’ont pas refusé, mais ils n’ont dit que cela ne pourrait se faire avant la Trinité, à cause du manque de prêtres et des difficultés que ferait son Eminence. Ils le savent, ils ne font pas de difficultés, espérons et mettons notre confiance en Dieu.
Prions et demandez à Dieu ma conversion, Dieu nous accordera cette grâce.
Je désirerais bien aller vous faire ma petite visite de confrère et d’ami, mais je ne sais quand je pourrai disposer d’un moment.
Quand nous serons ensemble, vous m’apprendrez un peu à aimer notre bon Maître et à l’imiter surtout. Le sujet de mes réflexions continuelles est celle-ci « Sacerdos alter Christus » que nous devons reproduire dans toute notre vie celle de Jésus Christ, notre Modèle, être pauvre comme lui dans la crèche, être crucifié comme lui sur la croix pour le salut des pécheurs et être mangé comme lui dans le sacrement de l’Eucharistie ; le prêtre est comme Jésus-Christ un homme dépouillé, un homme crucifié, un homme mangé, mais pour être mangé par les fidèles, il faut être un bon pain bien cuit par la mort à soi-même. Bien cuit dans la pauvreté, dans la souffrance et dans la mort comme le Sauveur notre modèle, et alors tout en nous sert de nourriture aux fidèles, nos paroles, nos exemples et nous nous consumons comme une mère se consume pour nourrir ses petits enfants. Venez, nous méditerons ensemble ces choses et nous les mettrons en pratique. Je sens que j’ai besoin de quelqu’un qui comprenne le bon Sauveur et qui l’aime. Oh ! non, comme vous le disiez dans votre lettre, nous ne serons plus seul, nous serons deux et Jésus sera notre maître ; tout peut se comprendre avec lui, tout peut s’unir en lui, il est le lien fort et inséparable qui unit les cœurs vraiment désireux de le suivre. Prenons-le donc avec nous, qu’il soit notre Guide, notre Chef, notre Modèle dans la pauvreté, dans le sacrifice et dans la charité.
Réunissons-nous ensemble avec cette pensée : « Sacerdos alter Christus » et faisons tout ce que nous pourrons pour le comprendre et le suivre. Priez pour moi.
Votre bien dévoué et bien intime confrère en Jésus-Christ, notre Modèle.
- Chevrier
Lettre n°57 (54) [6] à Monsieur l’Abbé Gourdon, 3 juin 1866
Bien cher Confrère,
Si nous sommes obligés de rester éloignés de corps, restons unis d’esprit et pratiquons chacun dans notre pouvoir la sainte pauvreté de Notre Seigneur. Cette décision du conseil, quoiqu’elle ne doive pas nous étonner, nous devons la respecter et nous soumettre bien humblement. Ces messieurs ne peuvent deviner le motif qui nous fait agir et ne voient pas non plus la nécessité d’un nouveau prêtre au Prado. Ce ne sera que par une circonstance providentielle que nous pourrons habiter ensemble, mais arrive que pourra, Dieu est toujours notre Maître, il saura bien trouver le moyen de tout réunir quand il lui plaira.
J’ai écrit à M. l’Abbé Merle et je ne sais pas ce qu’il est devenu, je n’ai pas revu M. Laine, ces fruits ne sont pas encore mûrs, je crois que le Prado leur a fait un peu peur ; c’est qu’en effet on ne voit pas sur qui on peut s’appuyer dans cette pauvre baraque, il n’y a vraiment que le bon Dieu qui la tient et on ne le voit pas, on ne voit qu’un pauvre misérable qui tient si mal la place de Dieu qu’on est plutôt tenté de s’éloigner que de venir.
Mettons donc toute notre confiance en Dieu seul. Pour moi, je n’ose engager personne à venir, j’ai quelquefois si honte, si peur, qu’il ne tient à rien que je me sauve. Hier encore, j’étais fortement tenté de me sauver dans ma petite cellule et de ne plus reparaître ; priez pour moi, s’il vous plaît, car je suis bien pauvre, bien misérable, non d’argent je n’y pense pas, mais de vertus, un petit mot au Saint Sacrifice.
Que j’aurais besoin d’un bon confrère pour me pousser, me faire remplir mes devoirs. Si je ne change pas, je ne pourrai que périr.
Si vous voulez, je vous enverrai mon règlement de la journée et vous m’imposerez une grosse pénitence quand j’y manquerai.
Tout à vous en Notre Seigneur.
- Chevrier
A Monsieur…
Lettre n°58 (539) A monsieur… 20 janvier 1866
Prière et humilité,
Entrez bien par la porte comme dit J.C. et non par la fenêtre, or en pressant en vous impatientant en forçant vos Supérieurs vous entreriez par la fenêtre, ce qui serait bien malheureux pour vous.
Courage mon bon frère, j’espère bien que le bon Dieu vous réunira à nous, mais je désirerai bien vous voir plus humble et plus doux.
Etudiez beaucoup Notre Seigneur J.C. votre Modèle et rappelez toujours cette devise qui doit être la votre comme la mienne « Sacerdos alter Christus ». Votre tout dévoué ami et frère.
- Chevrier
A Monsieur…
Lettre n°59 (540) [1] à Monsieur, [1866]
Mon cher frère et ami,
Je vous ai envoyé il y a 4 jours vos lettres de tonsure et d’ordres moindres, je les ai adressées à Mgr Mans, rue des Vettari. Si elles ne vous étaient pas arrivées, veuillez aller les réclamer à la poste, ainsi que tous les autres papiers ; s’il vous manquait quelque chose, veuillez me l’écrire, je vous l’enverrai aussitôt. Vos lettres de tonsure sont datées du même jour que celles des ordres majeurs, nous l’avons fait ainsi afin qu’elles puissent toutes servir.
Je suis heureux de penser que vous serez bientôt ordonné, parce que j’ai un grand besoin de vous ; le travail est grand, et je suis presque toujours seul.
Si le bon Dieu le permet la maison grandira un peu : je vais ajouter l’œuvre des étudiants pauvres, je place les petites filles en face de la chapelle et leur local sera affecté aux étudiants ; former de jeunes prêtres à la vie religieuse de bonne heure, ce sera une œuvre agréable à Dieu, mais il nous faut des ouvriers… Venez bientôt, nous aurons bien à faire.
Vous me demandez un certificat de bonne conduite, j’ai pensé que celui de Monsieur le Curé de Salaise était suffisant. S’il était absolument nécessaire, je vous l’enverrai de suite ; c’est Monsieur Guieffier qui a fait votre certificat d’études, il vous envoie bien le bonjour et vous félicite de votre succès.
Prions bien le bon Dieu pour tout ce qui concerne la Ste Eglise et nous-mêmes.
- Chevrier
Monsieur Berne est absent, il est allé à Vichy avec Mgr Dubuis, il arrivera demain matin. Je lui remettrai vos lettres que j’ai reçues pour lui aujourd’hui.
Lettre n°60 (541) [2] à Monsieur… [1866]
Mon bien cher frère et ami,
Je suis vraiment inquiet à votre sujet. Voila trois lettres que je vous écris, point de réponse !
Je vous ai envoyé il y a 3 semaines vos lettres de tonsure et d’ordres moindres que j’ai adressées à Mgr Mansi. Je vous ai écris deux autres fois pour vous demander de vos nouvelles, point de réponse. Je ne sais pas à qui m’adresser.
Veuillez me répondre, s’il vous plaît au plus tôt.
Votre tout dévoué,
- Chevrier
au Prado, Guillotière, Lyon
A Jean-Claude Jaricot (séminariste)
Lettre n°61 (64) [1] Jean-Claude Jaricot, Prado, 21 mars 1866
MONSIEUR JARICOT. ELEVE AU GRAND SEMINAIRE. LYON
Mon bien cher ami
J’apprends avec plaisir que vous êtes au grand séminaire. Courage, St Joseph vous protègera. Vous ne serez pas un grand savant mais faites ce que vous pourrez, le bon Dieu aime les âmes de bonne volonté, et toutes les humiliations, que vous causera votre défaut de science, offrez-les au bon Dieu pour l’expiation de vos péchés et pour acquérir la véritable humilité, vous rappelant bien que nous n’avons que ce que le bon Dieu nous a donné ; que, si nous avons peu, le bon Dieu nous demandera peu ; si nous avons beaucoup, Dieu nous demandera beaucoup. Dieu vous a peu donné, parce que vous n’étiez pas capable d’en porter beaucoup ; faites seulement bien fructifier le peu que Dieu vous a donné, et il ne vous en demandera pas davantage.
Apprenez surtout à bien faire votre oraison, là on apprend plus que dans les livres ; si vous savez faire, le Saint-Esprit vous apprendra beaucoup. Apprenez surtout à être bien pauvre, bien mortifié et bien charitable. La Crèche, le Calvaire, le Tabernacle, voilà où il faut aller tous les jours vous instruire pour devenir un bon prêtre, un bon catéchiste.
Je vous recevrai toujours au Prado avec plaisir, quand vous y viendrez ou comme prêtre, ou comme catéchiste.
Priez pour moi ; aussi je ne vous oublierai pas au saint Sacrifice.
Mes amitiés à M. Merle, diacre. Dés que je le pourrai, j’irai au séminaire vous voir. Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n°62 (65) [2] A Monsieur l’Abbé Jaricot, Rome, [Lyon,] 12 janvier [1868]
Mon bon frère,
Je suis bien aise d’apprendre que vous êtes casé chez les Pères Lazaristes. Courage, étudiez bien, devenez bien sage, et tout ira bien. Ne vous ennuyez de rien, vous savez que les épreuves sont notre partage et qu’en les supportant on gagne le ciel. Travaillez de plus en plus à devenir un bon prêtre.
Si vous avez besoin de quelque chose, écrivez-moi ; vous savez que nous sommes à vous et que, comme un enfant, vous devez nous dire vos petites misères, pour que nous puissions les soulager, s’il est possible.
Votre tout dévoué.
- Chevrier
Lettre n°63 (66) [3] A Monsieur l’Abbé Jaricot, à Rome, Lyon, 1868
Merci mon bien aime frère et ami de vos bonnes lettres, elles me font toujours plaisir.
- Bernerd est arrivé ici en bonne santé vendredi dernier, il est actuellement dans sa famille, il va bien et vous présente ses amitiés.
Profitez bien de votre temps pour votre sanctification, demandez à Dieu une conscience droite et bien éclairée, un jugement sain, pour être à même de bien juger les autres, quand le bon Dieu vous appellera au Saint Ministère. C’est dans la prière que Dieu vous éclairera, récitez pour cela le « Veni Creator » tous les jours. Apprenez bien à réciter votre Rosaire et à faire votre chemin de la croix, vous savez que nous devons trouver tout dans ces deux dévotions, pour nous et pour les autres. Rendez-moi compte quelquefois des principales pensées qui vous frappent dans votre oraison et de l’attrait que Dieu vous donne, et ayez une grande confiance en Dieu, tout ira bien.
Quant au tiers-ordre régulier, ne vous en préoccupez pas trop, le bon Dieu fera bien les choses ; il nous a si bien menés jusqu’à maintenant qu’il continuera bien son œuvre ; ne devançons pas l’heure de la Providence : en voulant faire soi-même, on gâte quelquefois les œuvres de Dieu, et j’ai vu par expérience qu’il vaut mieux attendre que se presser ; le bon Père Bruno va à Rome dans quelque temps, il veut bien se charger de cette affaire auprès du général et auprès du Pape. Je vais faire une petite demande au Cardinal de Lyon et, si j’ai son approbation. tout sera bientôt fait ; priez, voilà tout ce que je demande de vous, et ne faites aucune démarche sans que je vous en prie.
Comme vous aimez le Prado toujours, vous aimerez aussi de ses nouvelles : tout va à peu près comme à l’ordinaire, nous sommes installés dans le grand réfectoire, ça va très bien, j’ai établi des carrés de 8 et c’est un de nos latinistes qui est chef de carré, ils apprendront par là à commencer à exercer l’humilité et la charité, ils vont bien. Nos bons sont toujours Duret, Delorme, Blettery, Beal, Proriol, Broche et Monot. Ils vous envoient tous le bonjour et désireraient bien aller vous rejoindre, une lettre de votre part leur ferait bien plaisir.
J’ai écrit à M. Bernerd une lettre qui en contenait une petite pour vous, quand il était encore à Rome ; il parait qu’il est parti avant de la recevoir ; si vous pouvez la réclamer chez Mme Cassandra, veuillez y aller.
Ma mère vous envoie bien le bonjour, ainsi que tous ces Messieurs, Monsieur Salignat et tous les autres Messieurs. M. Varlop est parti, je l’ai prié de se retirer, il ne pouvait que nous desservir par son caractère et ses manières.
Priez pour moi qui ne vous oublie pas. Dans ma prochaine lettre, je vous enverrai un peu d’argent.
- Chevrier
Lettre n°64 (67) [4] A Monsieur l’Abbé Jaricot, Lyon, 20 mai 1868
Mon bien cher frère et ami
Je suis actuellement chez les Pères Carmes, pour y prier un peu le bon Dieu et étudier la pauvreté de Notre Seigneur. Je lis le saint Evangile. Comme tout ce que Notre Seigneur a dit est bien dit, et comme nous devons tâcher de le mettre en pratique. Oh ! mon bien cher frère, étudions toujours ce beau livre, et ne cessez pas de le lire pour y pratiquer ce que vous y voyez, ce sera notre règle vous le savez ; la Crèche, le Calvaire, le Tabernacle, voilà nos trois stations pour arriver à la perfection de notre vocation ; quand je vois que je suis encore si en arrière, je gémis devant notre Maître et lui demande pardon d’avoir tant perdu de temps ; mais, courage, avec la grâce de Notre Seigneur nous marcherons à sa suite dans la parfaite pauvreté, la mort et la charité.
Vous me parlez de vos oraisons, vous savez notre méthode bien simple : le Rosaire et le chemin de la croix, la Ste Messe. Sachez bien ces trois choses, et vous saurez tout. Vous savez bien que St Thomas et St Bonaventure n’avaient pas eu d’autre livre. La Crèche, le Calvaire, le Tabernacle, voilà les trois stations où je veux vous laisser toujours. Que les mystères de Notre Seigneur vous soient si familiers que vous puissiez en parler comme d’une chose qui vous est propre, familière, comme les gens savent parler de leur état, de leur vêtement, de leurs affaires ; en lisant, prenez pour fondement de vos oraisons l’histoire du mystère et étudiez chaque mot, chaque action, chaque vertu, et tâchez de le faire passer dans votre esprit, dans votre cœur et aussi dans votre conduite. Notez les choses qui vous frappent le plus, vous vous les rappellerez mieux et, plus tard, ça vous servira. C’est ainsi que nous nous formerons. Vous savez que nous ne devons pas prétendre à devenir de grands savants et de grands orateurs, mais seulement de bons catéchistes.
Continuez à faire votre chemin de la croix ; quand vous le faites, ne vous précipitez pas pour être tourmenté de le finir, mais si quelque station vous plaît, que le Saint-Esprit vous éclaire sur un endroit de cette station, arrêtez-vous y ; goûtez la grâce de Dieu, acceptez la lumière qui vous vient, il ne faut pas négliger les lumières et les grâces du moment, quand elles arrivent ; quand même vous ne finiriez pas, ça ne fait rien : il faut chercher la grâce et la lumière avant tout, et non pas le grand nombre de prières.
Dès que j’aurai pu faire copier les mystères du Rosaire que j’ai d’un Père Dominicain, je vous les enverrai par une occasion, ce travail est assez complet, et aide beaucoup à la méditation et à l’instruction.
Votre mère a dû vous envoyer un peu d’argent après Pâques. Si j’ai une occasion, je vous enverrai quelque chose aussi ; vous savez bien que vous êtes toujours avec nous, quoique éloigné, et que nous pensons toujours à vous et toute la maison.
Ça va toujours de même. Le frère de M. Gourdon est au Prado. Mgr de Serres m’a promis M. Gourdon à la Trinité, parce qu’alors il y aura des prêtres pour remplacer les postes vacants ; nous avons aussi un nouveau prêtre à Genève, depuis un mois, il paraît bien, je ne sais pas s’il se fixera. Je n’ai encore rien décidé pour M. Salignat, je ne sais pas s’il se décidera à aller à Rome, nous verrons ça dans le courant de l’année. L’abbé Layne va bien, il m’a écrit ces jours derniers, il vous envoie à tous bien le bonjour, il réussit bien.
Enfin priez Dieu pour nous tous auprès des saints apôtres, afin que nous devenions de véritables apôtres et que, plus tard, nous soyons tous unis par le lien de la charité, de la pauvreté, du sacrifice.
Ma mère va assez bien, les sœurs aussi. Nous vous saluons tous dans le cœur de Jésus Notre Maître et demandons à Dieu que vous deveniez un prêtre selon son cœur. Ayez confiance en Dieu.
Tout à vous
- Chevrier
- Berne vous écrira dans quelques jours ; il a été un peu fatigué, il va mieux.
Lettre n°65 (68) [5] A Monsieur l’Abbé Jaricot, [Prado,] 12 juin 1868
Cher frère et ami
Vous devez bien penser qu’il n’y a plus ni encre ni papier au Prado, veuillez m’excuser de ma négligence et, si je ne vous ai pas écrit, croyez que je pense bien toujours à notre bon frère Joseph.
J’ai vu votre mère avant-hier. Elle voudrait nous envoyer un peu de l’argent, je pense qu’à la fête de St Pierre nous nous trouverons peut-être une occasion pour vous en faire parvenir, pour faire votre voyage de retour pour les vacances. Puisque, dans une de vos lettres, vous nous dites que les frais sont à peu près les mêmes, soit que vous restiez à Rome, soit que vous veniez, et puis je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous veniez passer quelque temps avec nous.
- Boulachon nous a dit que si vous vous adressiez à l’ambassade vous pourriez obtenir votre passage gratis sur mer, voyez si cela peut se faire.
- Gourdon entre définitivement au Prado la semaine prochaine. J’en remercie le bon Dieu ; il sera pour nous un bon aide, pour tout et pour nos chers latinistes.
Nous avons aussi, depuis 4 mois, un prêtre de Genève qui nous aide pour le catéchisme ; vous ferez connaissance avec lui, quand vous viendrez.
- Sagne est venu passer deux semaines à Pâques et il est rentré à Nancy, dans son école, je pense qu’en juillet il rentrera et achèvera ses études à la maison.
Pour quant aux difficultés que vous avez pour vos études, nous verrons, quand vous serez ici, comment nous rangerons tout cela. Ayons toujours confiance pour tout, le temps nous instruit, et chaque chose doit se faire au moment où le bon Dieu le veut.
Je fais faire quelques réparations sur le Prado : une petite tribune au-dessus de la porte de la chapelle pour nos petits clercs et, de chaque côté, il y aura des cellules et un grand corridor, c’est là ou nous pourrons faire notre petit noviciat, si le bon Dieu le permet. Le Prado est élevé de deux mètres sur toute la longueur de la rue Dumoulin, et ces chambres sont prises entre l’espace qui restait entre le dortoir et la rue. Nous pourrons loger là une vingtaine de novices. Que Dieu le fasse, si c’est sa volonté.
Continuez à bien faire votre oraison, votre chemin de croix et votre rosaire. Courage, mon bien cher frère, courage. Quant à votre vocation, ne vous laissez pas aller à l’ennui ; vous savez bien que, dans une maison, on a besoin de tout et, comme dit St Paul, il y a des vases pour servir à toutes espèces de choses, et tout est utile. Travaillons à devenir des saints, c’est là l’essentiel, acquérons la science compétente ; et puis nous travaillerons sur le petit, si nous ne pouvons sur le grand ; il y a toujours des pauvres, des ignorants à instruire et à édifier. J’ai toute confiance qu’un jour vous serez un bon prêtre du Seigneur. Corrigez-vous des petits défauts que je vous ai signalés, de ces petites manières enfantines, de cette précipitation d’esprit et de jugement quelquefois, prenez des manières sérieuses, sans être triste et maussade. Représentez-vous souvent Notre Seigneur avec vous, agissant, parlant ; et demandez-lui comment il ferait s’il était à votre place ; et, dans vos communions, priez Jésus-Christ de s’unir tellement à vous que vous ne soyez qu’un avec lui dans tout ce que vous faites.
Nous vous envoyons tous bien le bonjour, ma mère, M. Berne et tous ces autres messieurs. Nous vous verrons tous avec plaisir aux vacances.
Tout à vous.
- Chevrier
Lettre n°66 (69) [6] A Monsieur l’Abbé Jaricot, [Fin de 1868]
Cher frère et ami,
Je pense que nos deux lettres se sont croisées en route et que vous avez reçu la mienne, parce que j’ai reçu la votre ; j’ai écrit aussi en même temps au Père Juste, pour lui parler de vous.
Je pense souvent à vous et je prie pour que le bon Maître vous instruise et vous éclaire, et que bientôt je puisse trouver un aide dont j’ai tant besoin, car je n’ose rien entreprendre ni faire, tant que je me trouve si seul ; surtout pour nos chers latinistes, qui ont besoin de directeur qui leur inspire le bon esprit ; ces messieurs feront bien pour la science, mais, pour leur donner l’humilité, la charité, la simplicité, je ne puis l’espérer.
Le Père Jaillet est au Moulin à Vent, qui fait la mission ; je crois que ça réussira, et qu’il s’y fera encore quelques conversions, priez pour cela.
Quant à vos parents, je crois que votre bonne mère s’habituera difficilement à Paris, et qu’il faut laisser aller les affaires comme le bon Dieu voudra, qu’elle sera plus contente de rester, par rapport à vous. Si elle va à Paris, elle sera éloignée de vous, ce qui la contrariera beaucoup ; le bon Dieu rangera tout pour le mieux.
Nous allons assez bien ; ma mère est toujours un peu souffrante ; ces messieurs vous envoient bien le bonjour.
Mes respects au père Juste et au père Gardien.
Votre dévoué frère et ami en Jésus-Christ.
- Chevrier
Lettre n°67 (70) [7] A Monsieur l’Abbé Jaricot, [Saint-Fons,] 26 novembre 1868
A MONSIEUR L’ABBE JARICOT, AU NOVICIAT DES PERES CAPUCINS A CARCASSONNE
Bien cher frère et ami
Je me suis réfugié depuis avant-hier à Saint-Fons, pour me retirer un peu et travailler un peu, j’aurais besoin d’y passer au moins un mois pour y penser un peu à nos affaires et surtout à apprendre à bien dire notre Rosaire et nos chemins de croix.
On est bien heureux dans cette petite solitude, et, quand nous aurons le bonheur de vous avoir, nous irons bien de temps en temps, pour y chercher la paix, la lumière et la force.
Vous êtes bien à Carcassonne, j’en suis bien heureux ; profitez bien de votre temps pour y apprendre à aimer Notre Seigneur et à approfondir ses divins mystères de la Crèche et de la croix ; puisez à la source de ces bons pères l’esprit de pauvreté et de charité, afin que vous puissiez nous en instruire à votre retour ; vous savez bien que notre vie doit être copiée sur celle des pères franciscains, à part le service du ministère qui doit nous être particulier, retenez bien les petits usages qui pourront nous être utiles à tous et qui pourront s’adapter à notre genre de vie et nous faire croître dans l’humilité, la charité et la sainte Pauvreté.
Ayez soin de votre santé, ne faites pas les choses auxquelles nous ne pouvons être obligés, telles que le lever de la nuit, qui ne peut être observé parmi nous à cause de notre ministère, et autres exercices qui ne conviennent qu’aux religieux cloîtrés.
A votre retour, nous serons trois : M. Martinet, vous et moi, je me réjouis de ce que nous pourrons commencer à vivre d’une vie religieuse et utile à nous tous, en nous entendant sur les articles principaux qui ne doivent faire qu’un de nous tous. Après Pâques j’espère pouvoir prendre encore quelques jours de retraite, et je désire bien aller auprès de vous.
Tout va à peu près de même au Prado. Ces messieurs ne vont pas mal. M.Grim est toujours à la maison. M. Berne va assez bien. Le Père Jaillet est définitivement casé auprès de nous et vient nous aider un peu le dimanche ; il va prêcher la retraite au Moulin à Vent, comme l’année dernière, pour la Noël.
Ma mère est toujours un peu fatiguée, Mme Christin ne va pas mieux. Nos latinistes continuent à marcher, et nous vous prions tous de bien prier pour nous tous ; nous ne vous oublierons pas.
Dans votre prochaine lettre, vous nous raconterez un peu la vie que vous menez au noviciat.
Présentez bien mes respects et ma reconnaissance à tous vos bons Pères.
Que Jésus vous bénisse et vous donne la sainteté en même temps que la science.
- Chevrier
Lettre n°68 (71) [8] A Monsieur l’Abbé Jaricot, 15 janvier 1869
Cher frère et ami,
Pardon de ne vous écrire pas plus tôt, que notre bon Maître vous accorde une bonne année, une année de grâce et de salut pour vous et pour les autres ; si, cette année, vous êtes élevé au sacerdoce, ce sera une année bien mémorable pour vous, qui comptera dans votre vie pour le temps et pour l’éternité. J’ai la douce confiance que c’est Dieu qui vous appelle et que la grâce du St Esprit, en vous élevant à cette dignité, vous fera tel que vous devez être. Je prie pour vous et je le demande pour vous avec ardeur et bonheur, en pensant que j’aurai en vous un aide, un ami, un frère véritable. Courage donc, et patience et persévérance.
J’ai reçu une lettre de nos petits missionnaires de Galveston, ils vont bien, Chandy sera peut-être sous-diacre à Pâques, Auzon étudie et Monin ne va pas mal ; Mgr Dubuis partira après Pâques, il sera donc ici dans le courant de mai, d’ici là, nous nous arrangerons pour vos ordinations ; préparez toujours bien votre théologie, afin que bientôt vous soyez des nôtres, car, je vous l’avoue franchement, j’ai grandement besoin de quelqu’un et nous ne pourrons jamais rien faire qui vaille, sans la grâce du bon Dieu d’abord et sans avoir des hommes sortis de la maison ; le Père Jaillet a prêché la retraite de l’Avent, qui a assez bien réussi, on l’a terminée en érigeant une magnifique statue de la Ste Vierge à côté de la maison Charvet ; nos latinistes ne vont pas bien mal, ils pourraient aller mieux s’ils avaient quelqu’un pour leur donner la vie. M. Benoît vient de se placer dans une usine pour gagner un peu d’argent pour sa mère. M. Sagne est toujours à la maison ainsi que M. Salignat et M. Cellier, M. Grim est toujours ici, mais je ne pense qu’il puisse nous aller. M. Berne est dans son pays actuellement, il viendra demain probablement ; ma mère est malade, elle s’en va à la Tour du Pin pour quelque temps. M. Coquey m’a définitivement vendu son terrain incendié, qui nous servira plus tard pour notre noviciat ; je dois aller signer la vente chez le notaire un de ces jours ; ça nous servira de cour en attendant.
Duret, Delorme, Proriol, Génond et quelques autres ne vont pas mal. Priez Dieu pour eux, afin qu’ils persévèrent et qu’ils deviennent de bons soldats. Après Pâques, j’irai vous voir pour passer quelques jours et me retremper un peu dans l’amour de Dieu. Je fais ranger St Fons ; le charpentier et le plâtrier y sont pour faire le dortoir et ranger un peu. La dernière fois que j’y suis allé, j’ai bien pris mal aux oreilles.
Prions donc bien Notre Seigneur. Qu’il fasse de nous de bons prêtres pauvres, crucifiés et mangés, et qu’il ait en nous de bons et fidèles serviteurs.
Votre frère et ami bien dévoué en Notre Seigneur.
Je le prie qu’il vous donne sa bénédiction.
- Chevrier
Montaigu vous envoie un petit mot au nom de tous ses amis.
Lettre n°69 (72) [9] A Monsieur l’Abbé Jaricot, [Février 1869]
Bien cher frère et ami,
Que faites-vous ? Etes-vous toujours sage ? Apprenez-vous à le devenir ? Le temps me dure de vous voir. Le Père Bruno me conseille de vous aller chercher, si vous avez à peu près fini votre théologie et votre petit noviciat. Faut-il partir et vous ramener au Prado ? Ecrivez-moi, j’irai la semaine prochaine et vous reviendrez avec moi ; vous finirez avec le Père Archange et vous nous aiderez un peu.
- Grim est parti il y a quelques jours ; il est placé à la Rédemption comme prêtre sacristain, bien logé et rétribué.
Je sens en outre que mes petits latinistes ont besoin de quelqu’un pour les diriger et les tenir, et notre petit noviciat ne pourra commencer qu’avec quelqu’un et quand le temps de la Providence sera venu. Prions bien pour que la volonté de Dieu s’accomplisse en toutes choses.
J’organise le morceau de terrain de M. Coquay pour en faire une cour et une réunion de catéchisme pour le dimanche à tous les petits garçons du quartier. Nos grands latinistes, Duret, Proriol, Delorme, le font à tous ces petits. Je pense que le bon Dieu bénira cette œuvre, et que nos novices se formeront bien à la vie sacerdotale.
Répondez-moi si vous voulez que j’aille à Carcassonne et que je vous ramène au Prado ; le Père Bruno ne serait pas éloigné de cette idée.
St Fons est arrangé ; nous pourrons y aller passer le mois d’avril et, là, travailler à demander à Dieu son esprit et son amour.
Votre ami et frère dévoué.
- Chevrier
Lettre n°70 (73) [10] A Monsieur l’Abbé Jaricot, 8 mars 1889
Mon bien cher frère et ami,
Continuez tranquillement vos études et vos exercices jusqu’à Pâques, et rendez service à ces bons Pères qui nous ont été si utiles en vous recevant chez eux ; car il faudrait être bien ingrat de vous enlever dans un moment où vous pouvez leur rendre quelques petits services. Formez-vous bien à la vertu et revenez-nous bien sage ; et dans le courant d’avril, j’irai vous chercher.
Tout va à peu près de même au Prado. Priez pour nous tous, quand vous êtes auprès de Notre Seigneur.
Votre dévoué serviteur en Jésus-Christ. A. Chevrier
Lettre n°71 (74) [11] A Monsieur l’Abbé Jaricot, [Prado,] 3 avril 1869
Bien cher frère et ami
J’ai retardé la première communion de huit jours parce que j’ai été un peu indisposé il y a quinze jours, et aussi parce que le P. Archange ne sera de retour que lundi, ayant prêché le carême à Roanne ; il a manifesté le désir de prêcher la retraite de nos enfants.
Ainsi donc, je ne pourrai sortir que dans une quinzaine de jours, le lundi 19. Je crois que M. Berne doit aller à La Pacaudière pour affaire de famille ; si je puis y aller, je vous écrirai.
J’ai reçu votre soutane, je crois qu’il vaut mieux en faire faire une autre, voilà l’été ; notre drap peut mieux s’adapter pour l’hiver et l’été. Ecrivez-moi si vous le voulez.
Monseigneur Dubuis doit venir dans le courant de mai, il doit être en route depuis Pâques ; il faudra donc vous préparer à recevoir le diaconat prochainement et rapporter en venant les certificats de capacité et de conduite de nos bons pères capucins de Carcassonne.
Je vois arriver avec plaisir le moment où vous aller rentrer au Prado pour ne plus nous quitter et nous aider à continuer l’œuvre que le bon Maître nous a confiée. Si je ne puis aller vous chercher, je vous enverrai de l’argent pour votre voyage, avant quinze jours.
La confirmation aura lieu mardi 13 avril.
Priez pour nos enfants, afin qu’ils se préparent à recevoir dignement ces grands sacrements.
Mes respects et ma reconnaissance à vos bons Pères.
A vous mon amitié sincère.
- Chevrier
Lettre n°72 (75) [12] A Monsieur l’Abbé Jaricot, [Avril 1869]
Cher frère et ami,
J’ai reçu votre bonne invitation et celle de nos bons pères, mais une extinction de voix que j’ai prise depuis quinze jours, me force à prendre un repos complet ; et je me suis arrangé pour aller à la Tour du Pin pour une quinzaine, un trop long voyage me serait contraire.
Le Père Archange est tout disposé à vous recevoir ; il lui tarde de voir commencer le noviciat du Prado.
J’ai commandé une soutane noire pour vous, elle sera prête la semaine prochaine.
Nous vous attendons tous avec plaisir. Si vous venez avant mon retour venez me voir à la Tour du Pin ; ça fera qu’au lieu d’aller vous chercher, ce sera moi qui irait vous chercher.
Votre mère va bien ; je l’ai vue il y a trois jours ; elle s’est bien affligée de la perte de sa fille ; mais vous en revenant, vous la consolerez.
Votre bien affectionné frère et ami.
- Chevrier
Lettre n°73 (76) [13] A Monsieur l’Abbé Jaricot, à la Providence du Prado, [Mai 1869]
Mon bien cher frère et ami,
Merci de votre bonne lettre, elle m’a fait plaisir parce qu’elle me donne de bonnes nouvelles de ma pauvre maison et de mes latinistes. Ayez-en bien soin, donnez à ceux qui sont malades du vin et de la viande plusieurs fois par jour, autant que cela sera nécessaire. Nous ne prenons pas les enfants pour les faire souffrir et c’est un péché pour nous de ne pas donner le nécessaire à ceux dont nous sommes chargés ; le bon Dieu nous en demanderait compte. Il faut réparer les avarices de Mélanie.
Vous ne me dites pas quel est le professeur des cinquièmes. M. Cellier rentrera-t-il ? Je lui ai écrit ; je ne sais pas s’il a donné de ses nouvelles et s’il veut rentrer faire sa classe. S’il n y avait pas de professeur, il faudrait s’entendre pour trouver quelqu’un, en parler à M. Boulachon. Il vaudrait peut-être mieux avoir un professeur de dehors qui viendrait une fois par jour et qui ne s’occuperait pas de la maison.
Le retard de Monseigneur vous donnera le temps de mieux vous préparer, et puis ayez confiance en Dieu pour tout ; il faut prier et faire la volonté de Dieu en toutes choses et chercher à la bien connaître ; deux mois pour se préparer à devenir un bon prêtre, ce n’est pas trop.
Allons, courage, et prions pour que tout aille selon la volonté de Dieu.
Je ne sais pas si la lettre que j’ai adressée à M. Chevalier a fait quelque chose et quel en sera le résultat. Patience pour tout, le temps me dure de rentrer auprès de vous tous.
Je ne vais pas beaucoup mieux, mais il ne faut pas perdre son temps quand on a encore beaucoup à faire. Je ne vous oublie pas et je pense tous les jours à vous.
Ne m’oubliez pas devant le bon Dieu.
Votre dévoué.
- Chevrier
J’ai fait votre commission à M. le Curé de St Jean.
A Monsieur l’Abbé Martinet
Lettre n°74 (59) A Monsieur l’Abbé Martinet, [10 mai 1869]
Cher Confrère,
Voici la réponse de la lettre que j’ai adressée à Grenoble pour le binage et les autres réponses que j’avais demandées.
Je commence à aller un peu mieux. Je pense rentrer jeudi ou vendredi.
Tout à vous. A. Chevrier
Mes amitiés à tout votre monde.
A Monsieur l’Abbé Dutel
Lettre n°75 (55) [1] A Monsieur l’Abbé Dutel, [Octobre 1869]
Cher et vénéré Confrère
Votre lettre m’a causé une grande joie à la pensée que Dieu me donnerait peut-être un ami et un frère avec lequel je pourrais servir Dieu et m’édifier par ses conseils et ses exemples.
Imiter Notre Seigneur, suivre Jésus-Christ, devenir un autre Jésus-Christ sur la terre, voilà le but que je me suis proposé depuis le commencement. Si le Saint-Esprit vous inspire de venir nous aider à accomplir ce travail et à vivre ensemble de cette vie, venez et je bénirai le Seigneur avec vous, toutefois que la sainte Volonté de Dieu s’accomplisse parce que sans l’accomplissement de cette Volonté nous ne pourrions rien faire. C’est pour cela que je ne cherche personne, que je n’engage personne à venir ici, j’attends que le bon Dieu les envoie, et je vois par expérience que ceux qui viennent ici, conduits par leur esprit propre, ou pour se placer, ne font rien et ne sont plutôt que des entraves au lieu d’être des aides.
Mais vous connaissant depuis longtemps, j’ai tout lieu de croire que c’est une pensée de Notre Seigneur.
Voilà en résumé le but de notre maison :
Préparer à la première communion les jeunes gens ou jeunes filles qui ne peuvent la faire dans les paroisses.
A cette œuvre, la Providence en a ajouté une autre, celle de préparer au sacerdoce quelques jeunes gens qui ne peuvent aller au séminaire, en faire des prêtres pauvres, crucifiés, selon Notre Seigneur et les appliquer à des œuvres de zèle, et aussi, si le bon Dieu le permet et ce que je lui demande depuis longtemps, leur faire mener une vie religieuse dans l’exercice du ministère paroissial. Voilà notre but, et vous voyez que nous avons bien à faire et qu’un prêtre ne peut mieux employer sa vie que de former à l’Eglise de bons prêtres.
C’est peut-être un péché de présomption mais il me semble que c’est aujourd’hui le besoin de l’Eglise et que nous ne saurions trop faire pour arriver à ce but.
Je me recommande à vos prières et je prie Notre Seigneur du profond de mon cœur pour que sa sainte volonté s’accomplisse et qu’il réalise votre bon désir.
Votre bien dévoué et respectueux confrère et ami.
A.Chevrier
rue Chabrol 55, Lyon
Lettre n°76 (56) [2] A Monsieur l’Abbé Dutel [Prado,] 10 novembre [1869]
Cher et vénéré Confrère,
Ne connaissant pas la décision de l’entrevue que vous avez eue avec M. Pagnon, je me permets de vous écrire pour vous demander si votre entrevue a été favorable à vos bonnes intentions, ou non. J’aurai une petite réparation à faire à la chambre que je ne propose de vous donner, et je la ferais faire tout de suite, si nous avions le bonheur de vous avoir bientôt. J’ai la douce confiance que Notre Seigneur nous accordera cette grâce et que nous pourrons travailler ensemble à sa gloire et à notre salut.
Je suis, avec mes sentiments respectueux et dévoués votre serviteur en Notre Seigneur Jésus-Christ.
A Chevrier
Au groupe des quatre séminaristes Broche, Delorme, Duret, Farissier
Lettre n°77 (111) [A Claude Farissier] [Lyon,] 1er mars 1871
Cher enfant,
Nous attendions ta lettre, en effet, nous étions un peu inquiets, mais tu nous as rassurés sur ta santé et ta position.
La voie dans laquelle tu marches maintenant est une voie toute chrétienne, toute de générosité et de courage. Pour la remplir saintement, il faut de la bonne volonté, du dévouement et le secours de Dieu. Courage donc, mon cher ami, et crois bien que ta démarche est une bonne disposition au sacerdoce et que si tu sors de là avec bravoure et bonne conduite et exempt de faiblesse, tu feras un bon prêtre et un bon soldat de Jésus-Christ.
Pour cela, cherche à bien contenter tes chefs, à être obéissant, à ne jamais répondre rien de désobligeant : sois honnête, prévenant, pieux, humble, ne recherchant point les honneurs ni les bonnes places, ne te plaignant point, demandant seulement ce qui est nécessaire pour la vie, et sachant souffrir peines et les dangers, et surtout chrétien dans tout.
Ne néglige pas la prière ; rappelle-toi que tu es chrétien et plus que cela, disciple de Jésus-Christ, ayant embrassé la règle de St François ; ne néglige pas ton office chaque jour ; on peut le dire en tout temps, en travaillant, le jour, la nuit, au corps de garde, à la caserne, au poste, comme à l’église. Dieu nous entend partout et nous aime partout.
Approche-toi des sacrements régulièrement chaque dimanche et ne reste jamais en état de péché. On est faible et on peut pécher à chaque instant, nous avons un remède dans les sacrements ; et reviens-nous bien sage et bien dévoué pour la cause de Dieu et de son Eglise.
Nous sommes contents de penser que nous avons de braves enfants du Prado qui se dévouent et se forment à la vie de charité et de sacrifice afin de faire plus tard pour l’Eglise ce qu’ils font maintenant pour la patrie.
Tous tes camarades vont bien, ils ont du t’écrire ces jours derniers.
Si la paix est signée, comme nous l’espérons, vous reviendrez bientôt tous nous rejoindre, et nous continuerons notre marche ordinaire.
Ta mère va bien, nous l’avons vue il y a peu de jours. Tous ces Messieurs t’envoient bien le bonjour et nous prions pour toi. Si tu avais besoin de quelque chose, écris-le nous, et je te l’enverrai de suite.
Tâche de faire connaissance avec M. Dorier, sergent-major dans les volontaires, mais je ne sais quelle compagnie ; c’est le fils d’un de nos bienfaiteurs, qui a déjà combattu à Rome et qui est un très saint jeune homme. Présente le bonjour de ma part à M. Gaudin, à M. Assada et aux autres s’il y en a de notre connaissance, et soit toujours bien sage.
Je prie pour toi et te bénis.
- Chevrier
Lettre n°78 (112) [A Claude Farissier] [Prado,] 11 mars [1871]
Mon cher Farissier,
Je t’ai écrit il y a une dizaine de jours en réponse à ta lettre ; je pense que tu l’as reçue depuis ta dernière ; je l’ai adressée à Rennes, peut-être a-t-elle fait plus de voyage qu’il en faut.
Enfin, dans cette dernière, tu m’annonces que tu pourras peut-être avoir un congé ou permission de 15 jours ; si tu peux venir, nous arrangerons cela. Je crois aussi que, ton engagement étant fini, tu peux rentrer au Prado, attendant que des événement plus graves te rappellent à ton devoir. Je prie pour toi.
- Chevrier
Lettre n°79 (124) [A Nicolas Delorme] [Prado, décembre 1871]
Mon cher enfant,
Je viens de lire avec le plus grand plaisir ta dernière lettre. Elle a achevé de produire en moi le bon effet que la première y avait déjà opéré. Je crois à la sincérité de tous les bons sentiments qu’elles expriment et, ce qui me donne cette conviction, c’est la ligne de conduite que tu t’es tracée et que tu remplis avec foi et amour.
Oui, continue, mon cher enfant, à vivre de cette vie de prière et d’élévation vers le Seigneur depuis le matin jusqu’au soir. C’est dans la prière que nous trouvons la vie spirituelle et que nous sortons de cette boue infecte du monde pour nous nourrir de l’aliment céleste.
Que je suis heureux de penser que j’ai des enfants qui prient, qui aiment Dieu et ne cherchent que sa gloire et son amour, il faut faire servir ses fautes à aimer Dieu davantage, par là même que le pécheur a reçu plus de miséricorde il doit avoir aussi plus d’amour. J’ai senti mon cœur se remplir d’une plus grande affection et d’un plus grand amour pour toi en voyant que tu avais resserré davantage tes liens avec le Seigneur, et j’ai pensé que, puisque le Seigneur t’aimait davantage, puisqu’il t’avait accordé une grâce de prière et de ferveur plus grande, j’aurai aussi pour lui une plus grande part de charité et de bonté ; oui, mon bien cher enfant, j’ai tout oublié, je le dis pour la consolation de ton cœur, et qu’il n’y ait plus dans ton âme aucun sentiment de tristesse à mon égard ; non seulement j’ai oublié, mais je t’ai rendu une plus grande part d’affection, et je suis heureux de penser que tout cela ne servira qu’à rendre nos liens plus forts, plus intimes et plus doux et plus durables ; une mère n’aime-t-elle pas davantage l’enfant de sa douleur ? et les pleurs ne servent souvent qu’à féconder le terrain de la charité.
Courage donc et confiance, cher enfant, et ne cessons pas chaque jour de remercier Dieu de son immense charité pour nous tous, pauvres misérables qui avons tant abusé de sa bonté, et qui nous traite cependant avec tant d’amour et de patience. Réjouissons-nous ensemble de voir arriver cette belle fête de Noël où nous voyons le Fils de Dieu choisir l’humble étable pour naître, afin de nous montrer le détachement de toutes choses extérieures pour ne nous attacher qu’à lui. Plus l’amour de Dieu remplit notre âme, plus aussi nous nous débarrassons des choses extérieures, bien, famille, parents, amis, ou plutôt on les aime davantage parce que le lien qui nous unit à eux est plus vrai, plus solide et plus durable ; demandons tous ensemble ce parfait détachement qui nous amène au véritable zèle de l’apôtre de Jésus-Christ et nous donne le véritable amour.
A Dieu, mon bien cher enfant, je te souhaite le véritable amour de Dieu que tu trouveras dans l’étude de Notre Seigneur Jésus notre Maître et notre Modèle, et je t’aime à cause de lui, pour lui et en lui, et qu’unis en lui nous puissions faire les œuvres de son amour pour la gloire de son Père et le salut des âmes nos frères les pécheurs. Je t’embrasse et te bénis dans la sincérité de mon cœur.
- Chevrier
Demain ou samedi, nous ferons mettre à la voiture de M. Vissot ta soutane et les souliers de M. Farissier. Ta petite sœur va très bien, elle est une des plus sages.
Lettre n°80 (100) [A François Duret] [Prado,] 3 janvier 1872
Merci, mes chers enfants de vos bons souhaits de bonne année. Que notre bon Maître les accepte et les ait pour agréables !
Pour moi, je les accepte bien volontiers parce que je sais qu’ils sortent de cœurs sincères et que c’est encore plus auprès des autels que vous les avez formulés que sur le papier.
Moi aussi je vous ai souhaité une bonne année lorsque, pour la première fois, je célébrais le St Sacrifice de la Messe, et je ne vous oubliais pas, vous surtout qui êtes la meilleure partie de mon troupeau ou que je regarde comme telle parce qu’il doit en être ainsi, qui a plus reçu doit certainement plus avoir.
J’ai demandé à Notre Seigneur, et je le demande encore tous les jours, que vous soyez remplis de son esprit, que l’étude de Jésus Christ soit pour vous une étude chère à vos cœurs, que tout votre désir soit de conformer votre vie à celle du Maître. Que l’Esprit-Saint remplisse votre âme de lumière, de joie et d’espérance et que sa divine lumière vous éclaire dans vos études et vous y fasse découvrir la vérité qui est le plus grand don que l’homme puisse recevoir de son Dieu sur la terre. Jésus Christ est venu nous apporter la vérité, « ego sum veritas » : l’étude de la philosophie et de l’éloquence est une petite lumière qui doit vous conduire à cette grande lumière, que vous trouverez dans les études plus sérieuses encore de la théologie.
Courage donc, chers enfants, croissez dans la vertu et la sagesse, devenez de bons prêtres. Préparez-vous bien aux grands combats du Seigneur, car ils seront grands pour vous si vous devenez prêtres un jour, d’autant plus grands que le monde est plus mauvais et que la tiédeur et l’indifférence se glissent davantage parmi nous.
Priez et priez beaucoup, ne négligez pas les petits exercices que je vous ai donnés à faire ; faites bien votre semaine, en suivant ainsi chaque semaine la vie de Notre Seigneur ; vous y puiserez force et sagesse et l’habitude de penser
à Jésus-Christ notre Maître vous donnera force et courage pour le suivre, et le suivre de plus près possible, comme je vous l’ai dit souvent.
Ne soyons pas lâches dans nos devoirs ; nous avons un Maître qui saura bien nous payer les plus petits sacrifices que nous ferons pour lui.
Il me tarde d’être avec vous dans notre petite solitude, pour nous entretenir ensemble de notre bon Sauveur, et de chercher les moyens à pratiquer pour lui être le plus agréable possible, et travailler à convertir ce monde qui tombe en ruine.
Je pense souvent à vous, chers enfants, et prie souvent Notre Seigneur pour vous, afin qu’il vous sanctifie, qu’il vous aide, qu’il vous console, qu’il vous fortifie dans vos combats et vos peines et les luttes bien grandes que le démon vous livrera souvent pour vous tenter, vous décourager.
Ayez confiance, force et persévérance ; soyez humbles en tout, bien soumis à vos maîtres, très charitables à l’égard de tous vos camarades, supportant tout, ne vous plaignant de rien, pleins de charité et de douceur et commençant de bonne heure à pratiquer les vertus qu’il faudra pratiquer plus tard d’une manière encore plus parfaite.
A Dieu, chers enfants, mes respectueux hommages à vos bons professeurs et maîtres, remerciez-les bien des soins qu’ils ont de vous, soyez bien reconnaissants pour tous les soins que l’on a de vous.
Nous allons ici assez bien.
Ma mère vous remercie de votre bon souvenir ; vos petits mots pour elle lui font plaisir. M. Dutel et M. Lagier iront vous voir à la fin du mois.
Tous ces messieurs ont été contents du témoignage de reconnaissance et d’affection que vous leur avez témoigné dans vos lettres, c’est ainsi qu’il faut faire, et le faire surtout de bon cœur, et le faire en vue de Dieu et pour Dieu.
A Dieu, chers enfants.
Je vous bénis de tout mon cœur et je vous recommande à notre bon Maître, afin qu’il vous protège et vous donne son amour.
- Chevrier
Lettre n°81 (125) Pour Monsieur Delorme [Prado,] 3 janvier 1872
Mon cher Delorme,
Travaillez de plus en plus à faire des efforts sur vous-même pour vaincre cette petite négligence qui vous suit partout ; il faut, mon cher enfant, que l’amour de Notre Seigneur croisse en vous à un haut degré pour qu’il vous soutienne dans les combats et les luttes que vous avez à faire pour dominer l’esprit et le corps ; il y a chez vous de bons moments, de bonnes aspirations vers le bien, mais il faut que la foi et l’amour de Notre Seigneur les fasse persévérer, et cela vous le trouverez dans la prière et la méditation ; ayez souvent présent Notre Seigneur Jésus-Christ dans votre esprit, qu’il soit le but et la fin de tout ce que vous faites, de vos études, de vos prières ; quand la foi et l’amour possèdent un cœur, il est alors capable de tout, et je ne doute pas que le votre ne soit capable de sentiments généreux et grands, s’il se laisse dominer par la beauté de Jésus-Christ notre bon Maître ; lisez souvent votre St Evangile et puisez là dedans ce fond de générosité et de zèle qu’il vous faut pour arriver à vaincre vos penchants et travailler utilement au salut des autres.
Je vous recommande le silence et l’exactitude, ce sont la les points sur lesquels vous manquez le plus souvent. Eh bien ! il faut, par amour pour l’obéissance que Jésus-Christ a pratiqué sur la terre, garder le silence et être exact à toute loi. Jésus-Christ a dit qu’il ne laisserait pas passer un « iota » sans qu’il l’accomplisse ; ainsi de nous, ne laissons pas passer la plus petite chose sans l’accomplir ; rien n’est petit dans le service de Dieu, tout grandit, et les plus petites choses nous conduisent à des grâces plus grandes.
Faites bien votre semaine, et que la vie de Notre Seigneur soit votre occupation importante afin que l’amour de Jésus-Christ croisse dans votre cœur de plus en plus.
A Dieu, cher enfant, je vous bénis de tout mon cœur et je demande pour vous la foi, l’amour, le silence et l’obéissance.
- Chevrier
Lettre n°82 (538) [Aux Quatre Séminaristes, à Alix] 24 janvier 1872
Mes chers enfants,
J’ai accepté vos souhaits de fête avec plaisir, et je suis convaincu que vous avez prié pour moi ce jour-là, parce que c’est au pied des autels que se trouvent les meilleurs souhaits, et que c’est là surtout qu’ils peuvent avoir quelque espérance de réalisation : Dieu est le seul Maître, et seul il peut donner ou retirer comme il lui plaît.
Mes chers enfants, il faut devenir des saints, aujourd’hui plus que jamais, il n’y a que des saints qui pourront travailler utilement à la conversion des pécheurs, à la gloire de Dieu et au triomphe de notre sainte Eglise ! Oh ! que les saints faisaient de belles choses sur la terre ! Comme ils étaient agréables à Dieu et utiles au prochain !
Les saints sont la gloire de Dieu sur la terre ! ils sont l’expression vivante de la divinité ici-bas ! ils sont la joie des anges et le bonheur des hommes !
Un saint c’est un homme qui est uni à Dieu, qui ne fait qu’un avec lui ! qui demande à Dieu ! qui parle à Dieu ! et à qui Dieu obéit ! C’est un homme qui a tous les pouvoirs de Dieu en sa main ! c’est un homme qui remue tout l’univers quand il est bien uni au Maître qui gouverne toutes choses. Les saints sont les hommes les plus puissants de la terre ! ils attirent tout à eux, parce qu’ils ont la charité et la lumière de Dieu, et la fécondité de l’Esprit-Saint. Ils ont la richesse de Dieu qu’ils distribuent à chaque créature ! ce sont les économes du bon Dieu sur la terre ! et il faut, mes chers enfants, que vous deveniez des saints ! il faut que vous deveniez des lumières pour conduire les hommes dans le bon chemin ! du feu pour échauffer les froids et les glaces ! des images vivantes de Dieu sur la terre pour servir de modèle à tous les chrétiens !
Oh ! chers enfants, travaillez à devenir des saints ! on ne le devient pas tout de suite ; il faut y travailler longtemps, et dès le commencement de la vie ; c’est une grande tâche à remplir, un but bien élevé à atteindre ! mais il faut y arriver pour devenir de bons prêtres ! un prêtre qui n’est pas saint fait peu de chose, peu de bien parmi les âmes ! et il faut, vous surtout, que vous travailliez de plus en plus à le devenir ! Et comment mes enfants ? En priant surtout, en le demandant chaque jour au grand Saint par excellence qui est Jésus Christ notre modèle, et qui s’est fait saint sur la terre pour nous apprendre à le devenir !
Commencez à devenir de petits saints à Alix, en restant bien uni à Dieu par la prière, en accomplissant bien votre règlement, gardant bien exactement le silence, exerçant surtout la charité, cette belle vertu qui est le caractère particulier des saints ! charité à L’égard de vos maîtres, supérieurs et professeurs, domestiques et tous, exerçant aussi cette douceur, cette bonté qui était le caractère distinctif de Jésus Christ !
Obéissance dans toutes les plus petites choses, vous rappelant que notre Maître a été obéissant jusqu’à la mort et jusqu’à la mort de la croix ! Si vous commencez de bonne heure à pratiquer ces choses, vous commencerez par là même à marcher dans la voie de la sainteté, qui doit être la votre. Courage, chers enfants ! Puissent mes paroles atteindre vos âmes, et y faire naître quelques sentiments d’amour pour Notre Seigneur J. C., et un saint désir de l’imiter.
Je vous embrasse et vous bénis.
- Chevrier
Lettre n°83 (89) [A Jean Broche. ALIX] [Prado, mars 1872]
Mes chers enfants
Dans votre dernière lettre, vous me montrez de la tristesse, à cause du silence que j’avais gardé, à votre égard, depuis longtemps, mais vous m’excuserez bien de cela, parce que vous savez comme je suis tiré au Prado et combien peu de temps j’ai à ma disposition.
Si donc je tarde quelquefois à vous écrire, ce n’est pas que je vous oublie, oh non ! mais le temps qui me poursuit sans cesse.
Vous me dites une chose qui m’a bien fait plaisir, ce sont ces petites conférences que vous faites ensemble les jours de promenades. Ces petits exercices seront pour vous d’un grand secours pour vous entretenir dans la piété et l’amour de Notre Seigneur et vous former aussi à devenir de bons catéchistes, car c’est là le but de notre œuvre, vous le savez : instruire les pauvres ignorants, et ils sont si nombreux, ces pauvres ignorants, les instruire simplement, leur parler de Dieu, de Jésus Christ, de leur âme, de leur éternité. Que de gens qui se damnent malheureusement à cause de leur ignorance et parce qu’il ne s’est pas présenté un prêtre pour leur enseigner les premières vérités.
Comme les saints comprenaient cette nécessité de l’instruction quand ils couraient les rues de leur ville, comme St François de Sales et St François d’Assise, pour les amener à l’instruction et les enseignant partout ou ils trouvaient l’occasion, à l’exemple de Notre Seigneur Jésus-Christ qui prêchait partout ou il trouvait des âmes pour l’écouter.
Formez-vous donc bien de bonne heure à parler de Dieu, de Jésus-Christ, par vos petites conférences hebdomadaires sur le Rosaire et le chemin de la croix, vous attirerez beaucoup de grâces sur vous et vous vous préparerez à la grande mission que le Seigneur vous a confiée d’instruire les autres.
Courage donc, patience, travail, faites bien vos petites semaines, vous y trouverez la grâce pour bien vous conduire et devenir les bons disciples de Jésus Christ votre Maître et votre Modèle.
Je vous envoie des souliers, un peu de chocolat pour votre estomac ; il n’y en a pas beaucoup, partagez en bons frères.
Je ne pourrai pas trop aller vous voir avant Pâques. J’ai remis à M. Broche 20 francs pour vos besoins.
Si vous avez besoin de quelque chose, faites-le moi dire, je vous enverrai tout ce que vous me demandez.
A Dieu, tout à vous.
- Chevrier
Lettre n°84 (126) [A Nicolas Delorme] [Carême 1872]
Mon cher enfant,
Notre première communion n’aura lieu que le dimanche de Quasimodo. Nous aurons le plaisir de vous avoir auprès de nous, et vous celui d’être avec nous.
Nous sommes très contents de cette petite enfant, elle est une des plus sages. Elle fera certainement une bonne première communion et la compagnie de son bon frère ainsi que ses paroles ne pourront que la rendre plus fervente.
Voici la grande semaine sainte qui approche, unissons-nous à la Ste Victime qui a souffert pour nous.
C’est pour avoir travaillé a la gloire de son Père que Jésus a subi la mort ; il a rendu témoignage à la vérité, comme il le dit devant Pilate ; et ce témoignage si beau, qu’il a rendu de la vérité devant les hommes, lui a valu la mort de la part des méchants, et il a offert cette mort sainte et pure à Dieu son Père pour le salut de tous ceux qui croiraient en lui, et il a obtenu notre salut.
A nous qui sommes unis à lui par la foi, par l’amour, par l’espérance et par la pratique de ses œuvres, imitons donc ce divin Modèle ; à nous aussi de travailler pour la gloire de Dieu le Père ; à nous de faire triompher la vérité dans le monde par notre parole, par nos exemples, par notre fermeté et notre courage ; à nous de faire triompher la vérité jusqu’à la mort. D’abord en nous, en pratiquant nous-mêmes ces vertus chrétiennes et parfaites dont le Christ nous a donné l’exemple, en opérant cette mort du corps et de tout ce qui est terrestre et sensuel pour faire vivre Jésus-Christ en nous, c’est-à-dire sa vie, ses maximes, ses exemples.
Faisons avec Jésus, mourir tout ce qui est terrestre et charnel.
Dépouillez-vous du vieil homme, dit St Paul, et revêtez-vous de l’homme nouveau ; laissons cette première nature d’Adam qui est souillée, corrompue, gâtée, pour nous revêtir de cette seconde nature qui est dans Jésus-Christ qui est l’homme nouveau, « novus homo ».
Courage donc, bien cher enfant, que Jésus-Christ soit donc le but vers lequel nous devons tendre toujours et de toute l’ardeur de notre âme, afin que nous nous unissions à lui, que nous nous conformions à lui, que nous vivions de lui et que nous le répandions sur toute la terre, parce que lui seul est la vérité, lumière, la charité, le bonheur, la paix, la vie, le repos, la joie et la vie éternelle.
Priez pour moi, priez pour nos enfants de la Première Communion.
Je vous bénis et vous aime dans Jésus-Christ
- Chevrier
Si vous aviez besoin de quelque chose pour vos vacances de Pâques, faites-le moi savoir, je vous l’enverrai de suite.
Lettre n°85 (90) [A Jean Broche] [Prado, mai 1872]
Mon cher Broche,
J’envoie par M. Broche, qui a eu la bonté de s’en charger une topette de sirop de mou de veau et des pâtes de guimauve pour le bon ami Delorme. Ayez en bien soin et ne négligez rien pour le guérir. Achetez chez les sœurs ce qui est nécessaire.
S’il était possible de lui faire avaler chaque matin deux œufs frais et un peu de vin, ça pourrait lui faire du bien à la poitrine délicate.
Parlez-en à Monsieur le Directeur à qui j’en ai déjà dit un mot. Nos fêtes se sont heureusement passées. Nous prions toujours pour vous. Soyez toujours bien sages. A bientôt une plus longue lettre, il est très tard de la nuit.
Salut.
- Chevrier
Lettre n°86 (113) [A Claude Farissier] [St. Fons, juin 1872]
Mes biens chers enfants,
Je suis à St Fons depuis quelque temps. Là je prie et j’apprends à connaître notre divin Sauveur, notre Maître, notre Modèle. Je pense bien souvent à vous parce que c’est pour vous en particulier que j’offre à Dieu mes prières, mes pensées et mes actions. Puisse ce lieu béni devenir, pour vous tous, un lieu de sanctification, de joie et de bénédictions célestes, et vous rendre un jour des prêtres dignes de Celui qui a été le premier prêtre, et qui a donné sa vie pour la gloire de son Père et le salut de tous ceux qui ont foi en lui et qui espèrent en sa résurrection.
St Paul mettait la connaissance de Notre Seigneur Jésus-Christ au-dessus de toutes les connaissances, et il se glorifiait de ne savoir rien que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié ; c’est là, en effet, la connaissance qui est au-dessus de toutes les autres et qui, seule, peut faire de nous des prêtres véritables et dignes de lui ; pour prêcher Jésus-Christ ne faut-il pas le connaître ? Pour imiter Jésus-Christ ne faut-il pas le connaître ? Et comment pourrons-nous le connaître si nous ne l’étudions pas ?
Il importe donc à un jeune étudiant d’étudier Notre Seigneur, qu’il doit prêcher plus tard, et qu’il doit imiter surtout dans sa conduite pour être le Modèle des peuples comme disait St Paul : « imitatores mei, estote sicut et ego Christi », le prêtre étant la forme du troupeau, comme dit St Pierre, « forma gregis », la forme du troupeau, le modèle du troupeau, la forme que le troupeau doit regarder et reproduire.
Le temps est court, mes enfants, il faut commencer de bonne heure. Que je regrette tant de temps perdu. Si j’avais commencé de bonne heure, et si je n’avais pas été si lâche, si nonchalant, si paresseux, que je saurais de choses que je ne sais pas, et combien je pourrais faire plus de fruit dans les âmes. Que nous faisons peu de choses relativement à ce que nous avons à faire. Que peu de gens se convertissent. Que peu de gens conservent la foi, l’amour de Dieu, parce que nous-mêmes nous sommes lâches et que nous ne parlons que très peu de notre Maître, et que nous ne savons pas faire passer dans les âmes l’amour de celui que nous prêchons. Oh ! chers enfants, travaillez donc avec ardeur à devenir de bons prêtres ; et cela, non pour vous, pour votre gloire, pour faire plaisir à vos parents, etc…, mais seulement pour la gloire de Jésus-Christ notre Dieu et notre Sauveur. Purifiez bien vos pensées et les affections de votre cœur dans vos études, en ne cherchant en tout que la gloire du seul et unique Maître, Notre Seigneur Jésus-Christ.
Vous m’avez appris que notre ami Delorme va un peu mieux, que Dieu en soit loué ; ayez-en bien soin et ne craignez pas de faire les dépenses nécessaires pour sa santé ; et quand il y a quelqu’un de malade parmi vous, soyez pleins de bonté et de charité pour lui être utile, faites toutes les dépenses nécessaires pour conserver la santé nécessaire pour travailler avec courage à la gloire de Dieu ; il faut qu’un bon ouvrier ait une bonne santé, quoique cependant il arrive parfois que les souffrances glorifient autant Dieu que les autres, par le sacrifice qu’ils font tous les jours de leurs peines.
En vacances, nous travaillerons à rétablir ces santés, un peu altérées peut-être par la chaleur et les études, nous avons Limonest, Chatanay, St Fons. Tout pour Dieu, tout pour sa gloire : le travail, les récréations, les vacances, tout pour Dieu et le salut des âmes.
Vous m’avez appris que trois subissent l’examen public ; eh bien ! mes enfants, n’en soyez pas glorieux, car tout revient au Seigneur. Je voudrais vous voir les plus savants du séminaire et du monde, si cela devait tourner à la gloire de Dieu, tant mieux ; mais si ça ne devait pas tourner à la gloire de Dieu mais à la vôtre, je dirais : tant pis, parce que ce qui ne sert pas à Dieu est entièrement inutile.
En vacances, vous irez voir vos parents ; puis, après avoir passé quelque temps chez vos parents, vous reviendrez nous voir et nous organiserons un travail pour nous-mêmes ou pour nos enfants, pour le temps des vacances.
Quant à porter la soutane, j’en ai parle à Monsieur le Supérieur d’Alix, à ma visite dernière. Il n’est pas bien partisan de laisser aller les élèves en soutane, et nos messieurs du Prado pensent que c’est trop tôt pour vous de paraître en soutane dehors ; quant à moi, « intérieurement », je désirerais vous voir toujours en soutane, puisque c’est le signe de votre renoncement au monde et de votre attachement à Jésus-Christ, mais nous attendrons aux vacances prochaines ; la grâce du bon Dieu aura travaillé davantage en vous et vous la porterez plus dignement aux yeux du monde, et vous comprendrez mieux aussi la dignité d’un habit qui rappelle la séparation, le renoncement et le disciple de Jésus-Christ.
Je vous embrasse de tout mon cœur et je prie pour vous, en attendant le plaisir de vous voir.
- Chevrier
Tous nos messieurs vous envoient le bonjour, et nous aurons tous un grand plaisir de vous voir.
Lettre n°87 (101) [A François Duret] [Prado,] 11 août 1872
Mon cher Duret,
Notre première communion est retardée jusqu’au 25 de ce mois, afin d’avoir le temps de les mieux préparer. C’est une affaire si grave et si importante que l’on est toujours plutôt tenté de retarder que d’avancer.
En conséquence, l’examen des latinistes ne sera que le lendemain. Si donc il n’y a pas d’empêchement pour que tu puisses venir à cette époque, disposes-toi, mon cher ami, à faire ton petit paquet et à venir grossir notre petit troupeau. Nous allons tous bien, à part un gros rhume qui me tient depuis quelques jours.
Delorme et Farissier tirent le 20 de ce mois.
Nous t’envoyons tous bien le bonjour. Veuilles écrire à Blettery ce que je viens de t’annoncer plus haut, afin qu’il puisse se rendre aussi.
Courage, cher ami, et persévérance dans la vocation. Dieu, qui t’a choisi, te donnera aussi les grâces pour achever son ouvrage. La bonne volonté que tu mets à travailler sincèrement à ta sanctification sera un sur garant de ton appel à la conversion du prochain.
Que Notre Seigneur te bénisse.
Présente mes amitiés à tous tes bons parents et mes respects à Monsieur le Curé.
- Chevrier
Lettre n°88 (91) [A Jean Broche] [Prado] 9 décembre [1872]
Mon cher Broche
Vous avez bien fait de m’annoncer la maladie de votre frère Duret. Nous prierons Dieu pour lui, demain surtout, jour de notre première communion, afin que Dieu nous le conserve et le délivre bientôt, si telle est sa sainte volonté.
Tenez-moi au courant de son état, s’il devenait plus grave, j’irais le voir.
Je ne doute pas qu’il ait tous les bons soins qu’il réclame, et remerciez bien tous ces bons messieurs et les sœurs de tout ce que l’on fait pour vous et pour lui.
Courage, prière et persévérance, et Dieu nous aidera.
Veuillez faire une petite prière pour mes enfants que vous connaissez et auxquels vous avez fait le catéchisme. Le mardi suivant, nous irons recevoir la Confirmation chez Monseigneur.
Que le St Esprit se répande sur vous tous, mes enfants, et ne négligez pas de l’invoquer chaque jour, ainsi que je vous l’ai recommandé. C’est lui qui donne la piété et la science du prêtre.
Nous allons tous bien. Tous ces messieurs ont été contents du bon témoignage que nous leur avons rendu de vous.
Persévérez et croissez dans la vertu, l’humilité et la charité, l’obéissance et la pureté d’esprit et de cœur. Préparez-vous à la fête de Noël et demandez au divin Enfant l’humilité et la pauvreté. Que Jésus vous bénisse tous et notre bon ami malade.
A Chevrier
Lettre n°89 (114) [A Claude Farissier] [Prado,] 9 décembre 1872
Mon cher ami,
Notre petit cordonnier n’a pas encore terminé tes souliers ; je regrette bien de ne pouvoir les envoyer qu’à la fin de la semaine. Je pense pouvoir les remettre jeudi ou vendredi chez M. Tissot, quai de Bondy, à l’adresse que vous m’avez donnée pour les paquets. J’y joindrai en même temps des pièces pour raccommoder vos soutanes. Sœur Dominique a déjà préparé son paquet.
Monsieur Broche a fait inscrire son fils pour le tirage ; on lui a demandé, il paraît, le titre d’exemption du Séminaire. Monsieur le Supérieur sait bien quand il doit les envoyer, il ne faut pas se troubler.
Le numéro de Farissier a été excellent, il paraît, selon qu’il m’a été rapporté par un collègue du tirage, Montégu, qui me charge de vous présenter ses amitiés bien sincères.
Nous avons eu à Lyon, le 8, une fête bien solennelle, l’illumination a été très brillante et complète, au dire de tout le monde. Ce qui a été édifiant, surtout, a été les deux processions qui sont montées à Fourvière, la première, de femmes, composée de près de 20.000 personnes, et celle des hommes, de 3.000, sans compter ceux qui sont montés à Fourvière isolément, en groupes ou en famille. Ce témoignage de foi et de reconnaissance touchera le cœur de Dieu et préservera notre pauvre France de nouveaux malheurs. Continuez à prier, chers amis, pour l’Eglise, la France et notre ville, afin que le règne de Dieu nous arrive.
Le 10 décembre, nous avons eu notre fête particulière, l’adoration perpétuelle du St Sacrement. Nous avons fait coïncider cette fête avec le jour de notre prise de possession du Prado. Il y a 12 ans, à pareil jour, je pris possession de ce lieu, c’était le jour de la solennité de l’immaculée Conception et, en même temps, le jour de Notre-Dame de Lorette ; n’ayant d’autre ressource et d’autre appui que la confiance en Dieu, convaincu que si je donnais le pain spirituel aux âmes, Dieu nous donnerait le pain, je tremblais bien ce jour-là, Dieu me cachait bien des peines et des tribulations, depuis ce temps il s’est passé bien des choses dans ce lieu, quelques âmes s’y sont converties, c’était là tout mon désir ; on y a beaucoup travaillé et peu fait d’ouvrage.
Toutefois, au milieu de tout cela, j’ai toujours demandé à Dieu qu’il fit naître un noyau de prêtres, pauvres et dévoués, qui n’aient d’autres pensées et d’autres désirs que se dévouer au salut des âmes, à la gloire de Dieu, en vivant dans la pauvreté et le sacrifice.
Ce 10 dernier, j’ai donc bien pensé à vous, chers enfants, et j’ai demandé pour vous à Notre Seigneur présent sur l’autel que vous fussiez tous les premiers de cette offrande que je lui faisais de la maison, de nos personnes et de ces pierres spirituelles qui doivent le servir d’esprit et de cœur.
Dieu nous a envoyé jusqu’à ce jour du pain matériel, mais ce n’est rien, je lui demande des âmes dévouées, des âmes généreuses, des pierres vivantes, qui doivent travailler pour Jésus-Christ, avec Jésus-Christ, pour continuer sur la terre sa vie de sacrifice, de dévouement et de charité ; devenez d’autres Jésus Christ, étudiez-le, c’est votre modèle. Visitez souvent en esprit la Crèche, le Calvaire et le Tabernacle, pour y puiser l’esprit et la vie qui doivent vous animer pour toujours. Croyez que dans mes prières et mes sacrifices vous avez toujours la plus large part. Je vous demande aussi une bonne part des vôtres.
- Chevrier
Je vous envoie 20 francs. M. Jaricot ira bientôt vous voir. A Dieu, je vous bénis.
Lettre n°90 (127) [A Nicolas Delorme] [St Léonard, fin janvier 1873]
Mes biens chers enfants,
Un petit moment avec mes enfants d’Alix, il y a déjà bien longtemps que je ne vous ai rien dit.
Je suis actuellement à St Léonard, chez Monsieur l’abbé Villion qui est malade, et je me suis retiré quelques jours pour travailler un peu.
D’abord, je vous remercie de vos bonnes lettres, soit du commencement de l’année, soit de ma fête ; je bénis tous vos bons sentiments que Dieu a mis dans votre âme et je le prie de vouloir bien les faire croître dans une charité parfaite et dans l’amour de Notre Seigneur, car c’est à lui et vers lui que doit tout revenir.
Les souhaits et les vœux que je forme pour vous, chers enfants, c’est que vous grandissiez de plus en plus dans la connaissance et l’amour de Notre Seigneur Jésus-Christ qui est l’auteur de tout bien en nous, et qui seul peut produire en nous les œuvres parfaites.
Tout ce que vous faites, nous dit St Paul, faites-le pour la gloire de Notre Seigneur ; regardez-le comme le fondement de toutes choses ; qu’il soit comme le but unique de tout votre travail et de votre entière vocation.
Connaître Jésus-Christ, travailler pour Jésus-Christ, mourir pour Jésus-Christ, voilà toute notre devise et toute notre vie.
Laissons le monde travailler pour acquérir un nom, de la gloire, des honneurs, de la fortune, de l’estime du monde, folie ! tout cela passe, il n’y qu’une seule chose qui reste, c’est ce qui repose sur le Maître éternel qui est venu sur la terre pour nous instruire et nous conduire. Fixez donc bien votre esprit là-dessus ; quand on est jeune, le brillant du monde frappe quelquefois et il vient malheureusement se mêler à nos bonnes pensées des idées bien terrestres ; les idées de famille, de bien-être, de position, de vie honorable, que sais-je ? tout ce qui passe à l’esprit. Oh ! bien chers enfants, élevez votre cœur bien haut « sursum corda » et que toute votre pensée, tout votre désir soit d’honorer et d’imiter votre Maître qui est seul digne de votre attention et de votre amour ; c’est ainsi que vous mériterez mon affection, mon estime et mon amour véritable. Oh ! c’est là tout le désir de mon cœur, de vous voir dignes de votre divin Maître, de vous voir marcher sur ses traces et le copier fidèlement ; alors je croirai que mon temps n’a pas été perdu, que les aumônes de Dieu ont été bien placées et que vous répondez à l’attente de mon cœur. Je suis heureux quand je lis vos lettres et que j’y vois percer un peu d’amour pour Dieu, un peu de ce sentiment surnaturel qui tend vers Dieu et qui doit vous rendre les dignes apôtres de Jésus-Christ.
Oui, vos lettres m’ont bien consolé et je suis heureux de penser à vous, et tous les jours je ne vous oublie pas, chers enfants ; il ne se passe pas de jours et je dirais même des heures où mes pensées se portent naturellement vers Dieu pour demander que vous deveniez des prêtres selon son cœur, car vous êtes mon espérance, ma consolation et mon appui ; et en quelque lieu que la divine Providence vous appelle, je pourrai toujours dire : Mon Dieu, je vous ai donné de véritables disciples ; si moi je n’ai rien fait sur la terre, au moins d’autres travailleront pour moi et feront ce que je n ai pu faire. Soyez donc bénis, chers enfants, je prie pour vous et j’appelle sur vos âmes qui me sont chères toutes les bénédictions célestes ; ne vous découragez pas dans les tentations qui peuvent survenir ; marchez avec courage. Ne cessant pas de prier et de prier sans cesse, comme St Paul, pour obtenir l’amour de Notre Seigneur, afin que vous puissiez le répandre abondamment plus tard sur la terre.
Pardonnez-moi de vous écrire ainsi sans style, sans phrase, j’écris comme je pense et c’est avec mon cœur que je vous écris ; et je vous aime comme mes enfants. Soyez tous à Dieu, tous à Jésus-Christ et tous à l’Eglise, et ainsi nous seront tous unis par les liens les plus doux, les plus forts et les plus durables, parce que ceux-là seuls tiennent pour le temps et l’éternité. Priez pour moi et pour mes enfants, vos frères du Prado.
Votre Père qui vous aime et vous bénit.
- Chevrier
Je vais envoyer les souliers à notre bon ami Delorme. Si vous avez besoin de quelque chose, veuillez le dire dans vos lettres et n’attendez pas que tout soit trop usé.
Lettre n°91 (102) [A François Duret] [Lyon, 20 Mars 1873]
Chers enfants
Je vous accorde, ce que vous me demandez dans vos dernières lettres, d’aller à Ars ; vous prierez beaucoup sur le tombeau de ce saint curé, afin que vous imitiez ses vertus d’humilité, de modestie, et la grâce de devenir de bons catéchistes, car c’est en cela qu’il excellait, ce bon prêtre. Ah ! catéchiser les hommes, c’est là la grande mission du prêtre aujourd’hui ; il faut instruire, non par de grands discours qui ne vont pas jusqu’au fond du cœur des ignorants, mais par des instructions très simples et à la portée du peuple.
Il faudrait de nos jours aller catéchiser partout, parler simplement et dire aux hommes qu’il y a un Dieu, car il faut revenir aux premières instructions, dire aux hommes qu’il y a un Dieu et leur apprendre à l’aimer et à le servir. Qu’il est triste aujourd’hui de voir la rage des impies, le travail qu’ils font chaque jour pour détruire dans les hommes toute notion de Dieu, de leur dignité et de leur grandeur. On établit maintenant à Lyon des conférences publiques au palais St Pierre, à l’Alcazar, et dans les grandes salles, pour prouver aux hommes qu’ils ne sont que des machines, qu’il n’y a point de Dieu, que les hommes viennent du singe et d’autres animaux ; c’est affreux de voir la persistance de l’autorité actuelle à démoraliser le monde, à matérialiser les gens ; que pouvons-nous devenir si nous marchons toujours dans ce chemin affreux de l’incrédulité, de l’impiété et de l’immoralité. Ah ! prions, chers enfants, travaillez, dans la prière et l’humilité, à devenir des prêtres selon le Seigneur, remplis de zèle, de foi et d’amour pour les hommes…
Nous ne pourrons vaincre cette génération incrédule et perverse que par de grands actes de vertus, il faut étonner le monde aujourd’hui par les actes de vertus opposés aux vices qui se produisent de nos jours ; puisse le Seigneur faire de nous des saints, et que déjà vous sentiez dans votre cœur ces saints désirs de catéchiser le monde, d’instruire les ignorants, de dévouement et de sacrifice.
Je pense quelquefois à la permission que vous me demandez de porter la soutane pendant les vacances. Si votre désir était d’aller faire le catéchisme à l’hôpital et à la Charité, que réellement vous eussiez le désir de faire connaître Dieu à ces pauvres gens qui souffrent, car c’est encore sur ces âmes qui souffrent que le bien peut se faire le plus facilement, si telle était votre intention, je vous le permettrais pour les grandes vacances de l’année, pas pour les vacances de Pâques, mais pour les grandes vacances, afin que vous puissiez commencer à exercer le ministère de la parole qu’il vous sera donné d’exercer plus tard sur les foules. Oui, chers enfants, travaillez, travaillons beaucoup, et prions surtout, car c’est par la prière et le travail que nous arriverons au but que Dieu se propose en nous faisant arriver au sacerdoce.
Je pense quelquefois à vos petites conférences d’Alix, j’en suis très heureux. Dans vos lettres, si vous m’en donniez le sujet et les petits résumés, vous me feriez grand plaisir. Je m’unis à vous et je prends plaisir à tout ce que vous faites, et surtout à ce qui doit un jour contribuer à la gloire de Dieu.
A Dieu, chers amis, j’ai prié St Joseph hier pour vous, que vous remplissiez, auprès des âmes, le même office qu’il a rempli à l’égard de l’Enfant-Jésus.
Que le Saint-Esprit se communique à vous, que la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ vous fortifie. Je demande pour mon cher Blettery la lumière et la persévérance ; pour mon cher Broche, la foi et la force ; pour mon cher Duret, la douceur et l’amabilité ; pour mon cher Delorme, la confiance et la crainte ; pour mon cher Farissier, l’esprit de prière et de constance ; et pour tous, un grand amour de Dieu et du prochain, et l’esprit de dévouement qui vous porte à vous oublier vous-mêmes pour ne penser qu’à Dieu et aux autres. Je vous embrasse de tout mon cœur.
- Chevrier
Lettre n° 92 (103) [A François Duret] Prado,] 28 mars 1873
Mon cher Duret,
Je t’envoie le certificat d’exemption, il a fallu le faire signer par la Préfecture, je n’ai pu l’envoyer que ce matin.
Tu n’es exempt du service militaire que pour devenir le soldat de Jésus-Christ. Pense donc à ce grand honneur d’être non seulement le soldat de Jésus Christ, mais son ministre. Tu es maintenant à l’école où l’on apprend à servir le grand Roi, à combattre ses ennemis, à faire ses armes. Travaille donc avec courage pour devenir un digne soldat du grand Maître du ciel et de la terre.
Mes amitiés à tous tes camarades.
Priez pour moi qui ne vous oublie pas.
- Chevrier
Lettre n° 93 (92) [A Jean Broche] J.M.J. [Prado,] 6 juin [1873]
Biens chers enfants,
Je ne laisserai pas passer cette belle semaine de la Pentecôte sans vous dire un petit mot. C’est la semaine du Saint-Esprit et vous savez combien nous avons besoin de cet Esprit pour vivre de la vie de Dieu.
Ce qui est né de la chair est chair ce qui est né de l’Esprit est Esprit et Notre Seigneur nous dit encore que quiconque ne renaît de l’eau et de l’Esprit-Saint ne peut entrer dans le royaume des cieux, il faut donc recevoir cette nouvelle vie, prendre cette nouvelle vie et opérer en nous cette seconde naissance de l’esprit qui seule nous rapprochera de Dieu, ce qui est né de la chair est chair, et oui, nous avons ce premier homme d’Adam avec toutes ses convoitises, ses défauts, ses misères, ses suites funeste ; tout cela est en nous comme conséquence du péché ; c’est le Saint-Esprit qui vient détruire cette première nature, ce vieil homme, par sa grâce et sa puissance, et mettre en nous cette vie spirituelle et divine qui nous fait ressembler à notre Créateur ; nous avons été faits à son image et à sa ressemblance. C’est le Saint-Esprit qui rétablira cette image et cette ressemblance effacée malheureusement par le péché. Oh ! prions donc bien l’Esprit-Saint, il est si nécessaire. Pour nous faire comprendre sa nécessité, Jésus Christ disait : il est nécessaire que je m’en aille pour vous envoyer l’Esprit-Saint. C’est que les trois Personnes divines ont une opération à faire sur nous, pour faire de nous des hommes parfaits : le Père nous crée, le Fils nous montre la vérité, la voie, il est notre lumière, mais le Saint-Esprit nous donne l’amour, nous le fait aimer ; et qui aime comprend, qui aime sent, qui aime peut agir. Le St Esprit achève donc ce que Jésus-Christ a commencé. Le Père donne l’existence, le Fils se découvre à nous et nous montre Dieu et la voie, et le St Esprit nous le fait comprendre et aimer. Ces trois opérations de la Ste Trinité se font sur nous et sont toutes aussi nécessaires les unes que les autres ; mais l’opération du St Esprit est pour ainsi dire la plus nécessaire, car, que sert de voir si on ne comprend pas ce que l’on voit ? que sert d’entendre, si on ne comprend pas ce que l’on entend ? que sert encore de comprendre si on n’aime pas ? Puissiez-vous donc bien comprendre cette opération de l’Esprit sur nous, afin que vous puissiez lui demander d’agir sur vous et ne mettre aucun obstacle à son action.
Que l’Esprit-Saint soit donc votre lumière et votre amour, qu’il vous fasse comprendre et aimer le Père et le Fils, et alors vous serez véritablement les enfants de Dieu qui ne sont pas nés de la chair et du sang, mais qui sont nés de Dieu par l’Esprit, « ex Deo nati sunt ».
Si notre ami Duret est fatigué toujours, ne négligez rien pour lui donner les soins nécessaires. Faites-lui prendre le matin quelque chose et dans la journée aussi ; je paierai les dépenses quand j’irai vous voir.
Cucuat n’a pas encore fait les souliers de M. Blettery, ils sont coupés depuis une quinzaine de jours. S’il y a un cordonnier à Alix, faites-lui en faire pour qu’il ne marche pas sur la peau.
La maison est toujours à peu près, c’est moi qui suis un mauvais maître, que j’ai besoin de l’Esprit de Dieu. Je pense aller bientôt dans ma cellule, et je voudrais pouvoir m’y fixer toujours, car je vois bien que je ne suis bon à rien. Je ne demande au bon Dieu qu’une chose, c’est qu’il m’apprenne à bien faire mon catéchisme, à bien instruire les pauvres et les enfants. Savoir parler de Dieu, que c’est beau, mes petits amis.
A Dieu, je vous salue et vous bénis.
- Chevrier
Lettre n°94 (104) [à François Duret] [Prado, 6 juin 1873]
Je viens de recevoir la lettre de notre ami Duret, et je rouvre ma lettre, faite depuis hier, pour y répondre. Nous prierons Dieu pour votre frère qui fera sa première communion dimanche, il faut bien prier pour les pauvres enfants.
Notre ami Révérend doit recevoir la tonsure ce soir à 4 h, je vais y assister, c’est au grand séminaire. C’est une joie pour moi de voir déjà un de nos enfants commencer de faire son entrée dans la milice céleste. Oh ! oui, je suis heureux, et plus heureux encore quand je vous verrai y entrer vous-mêmes ; avec quelle joie je vous couperai ces cheveux pour vous donner cet esprit de retranchement et de séparation du monde. Puisse-t-il venir bientôt, ou plutôt puissent bientôt venir les vertus qui font les soldats de Jésus-Christ.
Mon cher Duret, si vous êtes condamné au repos, il faut demander la permission de venir le passer ici ou à Limonest, on aura bien soin de vous ; demandez et nous ferons tout le nécessaire et vous serez bientôt remis. Il ne faut pas trop retarder ; venez si c’est nécessaire. Si je puis aller lundi, j’irai vous voir. A Dieu, cher enfant, que Dieu vous bénisse. Je ne sais pas si vous pourrez me lire ; je n’ai pas le temps de me relire.
Lettre n°95 (93) [Messieurs Broche, Farissier, Delorme, Au Prado] [Limonest, juillet 1873]
Chers amis,
Demain j’irai au Prado. Mon école cléricale ne va pas bien, les professeurs ne sont pas dignes de conduire mes pauvres petits enfants. Je vous prierai donc de vouloir les prendre jusqu’à la fin de l’année scolaire et de les préparer à leur examen, et de réparer toutes les mauvaises impressions que ces professeurs ont pu leur donner.
Que Dieu soit avec vous.
A demain soir.
- Chevrier
Lettre n°96 (104 bis) [à Monsieur Duret. à Charlieu] 13 août [1873]
Mon cher ami et frère en Notre Seigneur.
Il paraît que M. Jacquet est décidé, ces messieurs le sont aussi. Farissier arrive de St Etienne présentement et me dit qu’il est décidé à partir aussi, ainsi vous pouvez donc arriver lundi soir.
Il faut que vous soyez de retour le 12 septembre pour que nous puissions commencer votre retraite des vacances, nous en avons tous grand besoin.
Tout pour la gloire de Notre Seigneur et le salut du prochain.
Je ne vous oublie pas auprès de Notre Seigneur et me recommande aussi à vos prières.
Mes amitiés à vos parents et à votre petit frère.
- Chevrier
Lettre n°97 (128) [A Nicolas Delorme] [Prado. fin septembre 1873]
Chers enfants
En arrivant à Lourdes, vous irez de suite auprès de la Ste Vierge et vous lui direz : Nous voilà !
Nous avons bien marché, nous venons de bien loin, nous sommes bien las, regardez-nous, s’il vous plaît. Et vous resterez là en présence de Dieu et de Marie Immaculée qui a honoré ce lieu de sa présence.
Vous vous humilierez ensuite « bien, bien, bien » devant Dieu et sa Sainte Mère, demandant humblement pardon des péchés de votre vie et de ceux que vous avez commis en route ; en route il y a eu bien des paroles inutiles, des mouvements d’amour-propre de présomption, de confiance trop grande en vous-mêmes, en vos actions, en vos peines, de complaisance en vous et d’acceptation des petites louanges que vous avez reçues en route ; on vous a souvent trop bien reçus, la charité des autres était souvent plus grande que la vôtre et vous avez bien à vous humilier du trop de naturel qu’il y a eu dans votre conduite. Oh ! chers enfants, comme il faut purifier son âme pour recevoir toutes les grâces de Dieu avec abondance ; purifiez-vous, humiliez-vous bien et Dieu vous regardera ; et s’il voit quelque chose de naturel en vous, il ne pourra pas vous regarder. Humiliez-vous et faites pénitence de vos péchés afin que Dieu vous regarde et sa très [Sainte] Mère, Vierge Immaculée ; dites bien que vous n’êtes que des serviteurs inutiles et que tous les bienfaits de Dieu ne viennent que de sa bonté infinie et que s’il regardait nos péchés nous ne mériterions que l’enfer.
Voilà les sentiments que vous devez avoir en vous présentant devant la Vierge Immaculée.
Après cela, vous irez bien vous confesser, vous irez satisfaire aux besoins de votre pauvre corps, et vous reviendrez pleurer encore e demander instamment votre conversion et la guérison de votre pauvre malade, et vous resterez là jusqu’à ce que Dieu et sa Sainte Mère daignent vous exaucer. Courage, patience, persévérance.
Vous pouvez peut-être obtenir un commencement de grâce ; mais rappelez-vous que pour obtenir une grâce extraordinaire, il faut faire monter sa foi et son amour par la prière à un degré héroïque ; êtes-vous capables de cela sans un don particulier de Dieu ? Non.
Courage donc, prière et persévérance. Si Dieu toutefois dans sa miséricorde vous accordait la grâce que vous demandez, ah ! c’est encore dans cette circonstance qu’il faut être encore plus humble et se garder bien de s’enorgueillir de rien, se vanter de rien et croire surtout que vous avez été pour quelque chose dans les mérites du Sauveur, et se rappeler ce que Jésus-Christ disait aux malades guéris : « n’en dites rien à personne », tellement Notre Seigneur craignait l’orgueil pour les pauvres malades guéris.
L’humilité, la prière, la persévérance, user des moyens naturels indiqués par la Très Sainte Vierge.
Nous prions pour vous tous et nous souhaitons pour vous une grande pureté de cœur, d’esprit et de corps.
Votre Père qui prie pour vous et vous bénit.
A bientôt.
- Chevrier
Lettre n°98 (129) [A Nicolas Delorme]
Cher enfant,
Hier en allant faire signer vos lettres, j’ai cru remarquer que le format des lettres n’était pas convenable.
Je vous envoie donc ces deux feuilles afin que vous recopiez ces deux lettres.
Renvoyez-les moi de suite, je les ferai prendre ce soir chez le portier, afin que je puisse les faire signer demain à la Mairie et à l’archevêché.
A Dieu, courage et confiance.
- Chevrier
Lettre n°99 (130) [A Nicolas Delorme]
Je crois qu’il faut envoyer les papiers à votre père qui les portera lui-même à Monsieur de Broglie pour les signer.
Monsieur l’adjoint de la mairie ne s’y étant pas trouvé ces jours il a fallu attendre.
Tout à vous.
- Chevrier
Lettre n°100 (94) [A Jean Broche] [Prado,] 20 novembre [1873]
Chers enfants,
Voici la marche que vous suivrez pour l’Ecriture Ste, Vous prendrez chacun votre vertu que vous étudierez d’abord dans le Nouveau Testament :
Frère Pierre, la charité.
Frère Augustin, l’humilité.
Frère Paul, la pauvreté.
Frère Farissier, L’obéissance.
Frère Révérend, la pureté.
Vous choisissez d’abord dans le Nouveau Testament ce qui a rapport à cette vertu et vous en faites ensuite votre travail particulier, de sorte qu’à la fin de l’année vous ayez sur la vertu désignée tous les matériaux et deveniez les apôtres de votre vertu.
Quant à vos conférences du mercredi, vous prendrez les mystères du Rosaire, le chemin de la croix et le St Esprit, ce qui fera cinq sujets, un sujet pour tous. Mystères joyeux, mystères douloureux, mystères glorieux, chemin de la croix et St Esprit, chacun le vôtre, voilà vos sujets. Je fais copier les petites additions que j’ai faites aux mystères et vous les enverrai dès qu’elles seront prêtes.
Voilà les sujets de cette première année du séminaire l’année prochaine, je vous en donnerai d’autres. Pour les conférences, vous lisez d’abord le sujet et vous en faites l’explication orale, simplement et en forme de catéchisme.
Je vous recommande aussi les sept actes préparatoires à l’oraison, quand vous pourrez les faire, actes de foi, d’adoration, de louange, de reconnaissance, d’amour, d’offrande, de demande ; je vous recommande aussi le silence dans la chambre et la charité entre vous et à l’égard de tous ; que Frère Pierre, votre chef, vous reprenne quand cela sera nécessaire et vous impose une pénitence au besoin ; tout cela pour la gloire de Dieu, notre sanctification et l’édification du prochain.
Oh ! travaillons à devenir des saints par la pratique des vertus chrétiennes.
A Dieu, chers enfants, je suis tout à vous dans le cœur de Jésus notre Maître.
- Chevrier
Faites bien comme je vous dis dans cette lettre.
Lettre n°101 (131) [à Nicolas Delorme] [Prado, novembre 1873]
Mes chers enfants,
Je vous permets d’apprendre l’hébreu. Je désirerais bien aussi qu’il y en eut un ou deux qui apprissent aussi le grec. Le latin, le grec et l’hébreu sont les trois langues qui étaient sur la croix.
Devant vivre ensemble, il faut nous compléter les uns les autres et s’entr’aider ainsi, dans le temporel comme dans le spirituel, pour le savoir et la sagesse.
Tout pour Dieu et notre Sauveur Jésus. A. Chevrier
Lettre n°102 (115) [A Claude Farissier] [Prado, janvier 1874]
Chers enfants,
Je vous envoie 500 francs pour payer votre pension du grand séminaire. Priez pour vos bienfaiteurs et pour moi.
Veuillez présenter mes salutations bien respectueuses et mes souhaits bien sincères à Monsieur l’économe.
Soyez bien sages et rendez grâces à Dieu en lui promettant de le servir en véritables disciples de Jésus-Christ. A. Chevrier
Lettre n°103 (105) [A François Duret] [Prado,] 9 février 1874
Mon cher Duret,
Ne pouvant pas aller encore au séminaire, malgré mon désir, je réponds votre lettre.
Je ne m’oppose nullement à votre réunion à ces bons jeunes camarades, qui ont commencé une petite réunion pour s’entretenir ensemble du moyen de travailler au salut des jeunes gens dans les paroisses ; est-ce que nous pouvons nous opposer à ce qui peut contribuer à la gloire de Dieu et au salut des âmes ? Ces petites réunions contribuent à développer en nous le zèle et l’amour de Notre Seigneur ; mais rappelez-vous que, le grand moyen, c’est de devenir saint soi-même et d’être rempli de l’esprit de Dieu ; si le St Esprit est avec nous, nous réussissons dans tout ce que nous faisons. Cherchez dans votre réunion, à examiner comment a fait Notre Seigneur, et, en l’imitant vous ne vous tromperez pas et vous marcherez dans la bonne voie.
Actuellement nous avons, le dimanche, près de 150 enfants qui viennent au Prado, et je désire quelquefois vous avoir pour travailler sur ces jeunes âmes, afin de leur apprendre à connaître Dieu et Jésus son Fils. Savoir parler de Dieu et de Notre Seigneur, comme c’est beau ! Ah ! apprenez, méditez bien, afin que vous puissiez puiser, dans la retraite et l’étude, les grâces nécessaires pour travailler utilement à son œuvre plus tard.
Courage, cher ami, j’ai tout espoir que le bon Maître bénira votre bonne volonté et fera de vous tous de bons ouvriers, car c’est pour vous tous que le bon Dieu garde son œuvre.
Unissez-vous donc à ces bons jeunes gens, et faites fleurir dans leur cœur les mystères de la vie de Notre Seigneur ; mettez en eux la dévotion au St Esprit, le Rosaire et le chemin de la croix ; et dites-leur qu’en mettant dans les âmes l’amour de Notre Seigneur, on les convertit et les gagne à Dieu.
Pour ce qui regarde les petits points du règlement que vous ne pouvez pas accomplir exactement, suppléez par d’autres petits exercices, et sachez que l’amour de Dieu remplace tout, et qu’il y a dans la journée mille occasions de faire de petites pénitences qui sont très agréables à Dieu telles que le silence, l’obéissance, la charité, le support du prochain, que tous ces actes de vertus nous rapprochent beaucoup de Notre Seigneur notre divin modèle.
Soyez bien fidèle à votre petite semaine. J’approuve bien votre résolution de relire chaque mois votre profession. Ces petits moyens nous rappellent notre but et les moyens pour y arriver, il faut si souvent se remonter en ce qui concerne le spirituel, nous tombons si facilement et nous sommes si terrestres que nous ne devons pas négliger les moyens utiles pour nous remonter souvent.
Quant à ce brave père qui veut marier sa fille, il faut bien qu’il sache que, quand on marie ses enfants, on perd ses droits sur eux, et que, dans la loi, il est dit que l’épouse quittera son père et sa mère pour s’attacher à son mari, et qu’ordinairement il vaut mieux faire deux ménages qu’un seul, parce qu’il est difficile que deux ménages s’accordent bien ensemble ; que si la crainte des événements futurs devait trop peser dans nos déterminations, on ne ferait jamais rien ; qu’il faut agir toujours dans la confiance et l’espérance en Dieu. Que si le jeune homme est sage, s’il n’appartient pas à quelque mauvaise société, s’il va à la Messe, au moins quelquefois, s’il fait ses Pâques, s’il a soin de son père et de sa mère, s’il n’a pas de dettes, elle peut le prendre et espérer que la grâce de Dieu les aidera à être heureux ensemble.
A Dieu, cher ami, que la bénédiction de Dieu soit sur vous et vous conduise au bien.
J’ai vu mercredi dernier, le cher ami Blettery. Je suis allé à Alix ; il se porte bien, travaille bien, ces messieurs sont contents. Il vous envoie bien le bonjour et prie pour vous et vous demande aussi vos prières.
Je suis tout à vous en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n°104 (95) [A Jean Broche] [Prado, 15 août 1874]
Cher frère et ami,
La reconnaissance est une si belle vertu qu’il ne faut pas négliger de la mettre en pratique toutes les fois que nous en trouvons l’occasion. Il faudra donc bien rendre à ce jeune homme tous les services que vous serez capable de lui rendre sous le rapport de la science et de la piété, et rester là jusqu’à la fin du mois, jusqu’au 30.
Mesdemoiselles Dussignes, toujours si bonnes pour nous et pour vous, ont acheté deux billets pour le pèlerinage de Notre-Dame de Lourdes, pour vous et M. Blettery. Elles veulent que vous ayez le même avantage que vos autres frères et que vous nous rapportiez des grâces de la pieuse grotte de Lourdes. Le convoi part le 31 août, à 6 heures du soir ; il faudra donc nous revenir la veille, au moins, pour préparer les petits bagages.
Nous pensons aller à Ars mardi en pèlerinage, quelques petits latinistes et nos confrères.
Union de prières. Tout va assez bien, L’examen sera lundi. Priez pour nous.
Le salut de la part de tous les condisciples.
- Chevrier
Lettre n°105 (132) [A Nicolas Delorme] [Prado,] 2 janvier 1875
Chers enfants
J’ai lu avec plaisir la lettre que vous m’avez envoyée à l’occasion du jour de l’an ; ce qui me console et me réjouit en Notre Seigneur, ce sont les sentiments de vertu qu’elle exprime et les désirs de pratiquer les vertus de Notre Seigneur. Oh ! oui, chers enfants, je serai bien dédommagé de tout si je vois en vous poindre quelque chose de Dieu, quelques sentiments élevés, grands, véritablement chrétiens et dignes de l’état sublime où le bon Maître vous appelle.
Entendez souvent dans vos prières, dans vos méditations, dans vos recueillements ces paroles du Maître : « Sequere me, sequere me », ces paroles qui ont amenés Pierre, Jacques, Jean, Philippe et les autres de sa suite, et ont fait d’eux des apôtres qui ont marché si courageusement et si vaillamment dans la voie de la pauvreté, de la souffrance et de l’amour.
Je prie pour vous, chers enfants, vous êtes ma consolation dans mes peines et mon espérance dans mes ennuis.
Quand je pense que vous catéchiserez un jour les pauvres, que vous vous dévouerez un jour au service du bon Maître, que vous ferez ce que je n’ai pu faire moi-même, que vous deviendrez un jour des saints, que vous travaillez à devenir vraiment d’autres Jésus-Christ, que la charité embrasera vos cœurs et vous fera porter de bons fruits qui demeureront toujours, je suis heureux.
Oh ! Devenez des saints ! C’est là tout votre travail de chaque jour.
Croissez dans l’amour de Dieu, croissez pour y arriver dans la connaissance de Jésus-Christ parce que c’est la clef de tout. Connaître Dieu et son Christ, c’est là tout l’homme, tout le prêtre, tout le saint ; puissiez-vous y arriver.
Priez pour moi, je prie aussi pour vous, et suis avec une affection toute paternelle votre Père et votre ami en Jésus-Christ notre Maître.
- Chevrier
Lettre n°106 (537) [aux quatre séminaristes] St Fons, 21 janvier 1875
Chers enfants,
Merci de votre bonne lettre de fête, j’accepte avec bonheur vos bons souhaits vos vœux et vos prières pour moi pour notre pauvre maison et nos enfants et pour vous aussi car nous ne devons tous faire qu’un.
Pardon chers amis de la négligence qui s’est glissée ces temps derniers par rapport à votre linge je ne sais comment cela a pu se faire [que] les enfants l’ai[en]t oublié. Aujourd’hui les sœurs et les petites filles sont venues nous voir à St Fons où je suis depuis lundi pour remplacer Monsieur le Curé absent et j’ai donné ordre à Sœur Dominique de remédier dés demain à cet oubli.
Pauvres enfants on vous fait bien pratiquer la vertu par force vous auriez bien dû m’écrire plus tôt.
Il y a quelques jours je suis monté au cimetière pour accompagner madame Boulachon décédée et en descendant à 11 h ½ je suis entré au grand séminaire pour vous faire une petite visite de père et d’ami mais la classe d’écriture sainte m’a empêché de vous embrasser et de vous présenter mes souhaits de vive voix quoique je l’eusse déjà fait par lettre.
Mais dés que je le pourrai je le ferai et vous me rendrez compte de la semaine.
J’y monterai peut-être plus tôt que je ne pensais.
J’ai dit à Sœur Dominique d’envoyer du drap pour la soutane de M.
Ici je travaille à mon catéchisme et plus je vais plus je vois que c’est la manière d’instruire la plus utile et la plus fructueuse pour les fidèles et tout le monde.
Combien de bons catéchistes feraient du bien aux âmes.
Il faut bien quelques grands sermons mais il faut beaucoup plus de catéchismes. Combien de petites explications simples faciles vont plus au cœur et instruisent mieux que les grands discours.
Je prie pour que vous deveniez de bons catéchistes. Adieu, chers amis, que le bon Maître vous bénisse et son pauvre serviteur. A. Chevrier
Lettre n°107 (133) Mr L’abbé Delorme, [Lyon,] 11 décembre 1875
MR L’ABBE DELORME, ELEVE AU GRAND SEMINAIRE DE LYON
Mon bien cher enfant,
Je vous envoie six mille francs pour votre titre clérical.
Si votre intention est de vous dévouer au service du Prado, acceptez-le, je vous le donne de bon cœur.
Vous le placerez sur la Maison du Prado, et je m’engage à vous donner chaque année 300 francs de rente, c’est à dire de pourvoir à tous vos besoins, comme un bon père doit le faire pour ses enfants.
Si ce n’était pas votre intention, renvoyez-moi simplement la somme en me disant que vous préférez signer l’engagement à la caisse ecclésiastique.
Votre Père dévoué qui vous aime en Notre Seigneur Jésus-Christ.
- Chevrier
Lettre n°108 (156) [à l’un des quatre séminaristes] 11 décembre 1871
Mon bien cher enfant, Je vous envoie votre titre clérical : 6 000 francs.
Si votre intention est de vous dévouer au service du Prado acceptez-le, je vous le donne de bon cœur. Vous le placerez sur la maison du Prado, et je m’engage à vous donner chaque année 300 francs de rente, c’est-à-dire à pourvoir à tous vos besoins comme un père doit le faire pour ses enfants.
Si ce n’était pas votre intention, renvoyez-moi la somme en me disant que vous préférez signer l’engagement à la caisse ecclésiastique. Votre Père bien dévoué qui vous aime en Notre Seigneur. A. Chevrier
Lettre n°109 (134) [A Nicolas Delorme Prado 15 décembre 1875
J’atteste avoir donné à Monsieur Nicolas Delorme un droit de six mille francs sur la maison du Prado, à la Guillotière, constituant son titre clérical.
Et pour cette somme, je m’engage à lui fournir chaque année, la rente de trois cents francs, tant qu’il restera attaché à l’œuvre du Prado.
Fait à Lyon, le 15 décembre 1875.
- Chevrier
Lettre n°110 (135) [A Nicolas Delorme]
Cher enfant,
Je ne reçois que maintenant votre lettre de la semaine passée dans laquelle vous me demandez à venir passer la semaine à St Fons.
Je suis fâché du retard de cette lettre et de la négligence de M. Suchet. Nous tâcherons d’y suppléer un autre moment, si cela se peut.
Je rentrerai ce soir, M. le Curé est arrivé. Je désirerais bien vous voir passer de bonnes vacances et bien rétablir vos santés corporelles et spirituelles. Au revoir, à bientôt.
- Chevrier
imitons son exemple, prions, gémissons, souffrons, offrons aux pécheurs les moyens de salut qui sont à notre disposition et espérons que le Dieu de miséricorde aura pitié d’eux dans un temps convenable. – Lettre n°111 (136) [A Nicolas Delorme]
Mon cher enfant,
Hier, je suis allé au séminaire, mais il était trop tard, je n’ai pu vous voir, je voulais vous voir, vous en particulier, pour consoler un peu votre pauvre cœur de frère et de fils qui doit tant souffrir ; mais ce que je n’ai pu faire de vive voix, je le ferai par ce petit écrit. Louise est bien légère et bien volage, elle aura un âge bien difficile à passer, cela est dans sa nature et caractère, mais je crois qu’avec la grâce de Dieu elle reviendra à elle et Dieu parlera à son cœur et le souvenir de ses premières instructions, des bons exemples qu’elle a eus et la voix de Dieu la ramènera au bien. Il est si difficile aujourd’hui comme toujours de garder la vertu au milieu du monde, nous avons malheureusement hérité d’Adam de cette malheureuse concupiscence qui nous entraîne aux choses extérieures de la vie et nous pousse à jouir autrement qu’il est permis ; qu’il faut gémir sur notre pauvre sort et supplier le Dieu de miséricorde de ne pas nous abandonner. Je crois que cette pauvre enfant pourra faire quelques égarements mais qu’elle reviendra au bon Dieu et sers une bonne fille et sera sauvée ensuite.
Courage donc, cher ami, et que les afflictions ne nous abattent pas mais nous aident à servir Dieu avec plus de fidélité et d’amour. Combien Jésus notre bon Maître a du souffrir dans sa passion quand il a vu toutes nos iniquités et que, voulant les soulager, il n’a pu le faire autant qu’il l’aurait voulu à cause de notre mauvaise volonté ; imitons son exemple, prions, gémissons, souffrons, offrons aux pécheurs les moyens de salut qui sont à notre disposition et espérons que le Dieu de miséricorde aura pitié d’eux dans un temps convenable.
La contrition effacera plus tard les fautes que cette jeunesse ignorante et volage commet.
Il ne faut non plus penser que le mal est à son comble, je ne le crois pas.
Nous prierons Dieu pour tous.
Quant au cilice, il faut être très réservé, parce que ces pénitences extérieures sont quelquefois nuisibles à la santé ; je vous permettrai de le porter une fois par semaine et seulement la moitié d’un jour à votre choix.
A Dieu, cher ami.
Mes amitiés à tous mes autres enfants que j’aime bien aussi. Je pense à vous tous et désire voir croître en vous les vertus du grand Maître afin que vous deveniez un jour ses parfaits disciples.
- Chevrier
Lettre n°112 (137) [A Nicolas Delorme] [Lantigné ,26 juin 1876]
Bien cher ami,
Ce n’est qu’avant-hier 24 juin que j’ai reçu votre lettre datée du 14, qui m’annonce le bonheur immense que vous avez reçu en devenant diacre.
Comme vous tous j’ai regretté vivement de n’être pas présent mais j’ai prié pour vous, En montant dans les ordres, il faut aussi monter dans la charité comme je vous le disais dans ma lettre de la Pentecôte.
Que je serai heureux de vous voir bien sages, que je serai heureux de vous voir un jour de saints prêtres ; quand je paraîtrai devant le bon Dieu, si je n’ai pas autre chose, j’aurai au moins cette offrande à lui faire : Je vous ai préparé, Seigneur, des cœurs de prêtres qui vous aiment sincèrement, qui sont dévoués à votre gloire, dévoués à votre Eglise, remplis de charité pour le prochain ; et par vous, peut-être que je pourrai être sauvé moi-même et en sauver d’autres ; c’est si beau un prêtre saint ! Je l’ai étudié encore ces jours-ci, mais c’est si beau, si grand, si élevé ! Celui qui veut vivre selon ce bel Evangile de Jésus-Christ, il serait si grand et ferait tant de bien ; du courage, chers enfants, que le bon Maître vous donne sa grâce, que le bon Maître vous prenne dans ses bras et fasse de vous de nouveaux apôtres qui embrasent les âmes de la charité divine dans la Ste pauvreté de Notre Seigneur.
Je ferai préparer tout ce que vous me demandez ; je suis bien content de vous voir tous réunis ensemble pendant ces dernières vacances pour remplir vos petits exercices et vous fortifier dans le bon esprit de Jésus-Christ, car il est si rare de nos jours.
Quant à ce [que] vous me demandez, cher ami, il y a longtemps que j’y pense ; si je puis le réaliser, ce sera bien un bonheur pour moi et pour vous aussi, nous en causerons et nous verrons.
Priez pour moi. Voilà une huitaine de jours que je suis fatigué, par suite d’une indigestion d’herbes amères que j’ai voulu manger. J’ai éprouvé des vomissements si violents que çà m’a tout dérangé.
Ça va un peu mieux aujourd’hui ; j’ai commencé à manger un peu j’espère que dans quelques jours je pourrai me rende à Limonest où nous nous verrons au commencement des vacances.
A Dieu, chers amis et frères en Notre Seigneur.
- Chevrier
Veuillez présenter mes salutations très respectueuses à Monsieur le Supérieur et à ces messieurs.
Mes amitiés au cher ami Blettery, je n’ai pas eu de ses nouvelles depuis sa rentrée, comment va-t-il ?
Demandez à M. l’économe combien je lui dois encore.
Lettre n°113 (96) [A Jean Broche] [Prado, fin octobre 1876]
Chers enfants
Nous avons appris avec plaisir votre heureux voyage. Que le bon Maître vous bénisse tous et vous fasse profiter du temps que vous allez passer à Rome pour votre sanctification et votre science.
Vous suivrez régulièrement les cours qui vous sont indiqués ; faites-vous inscrire à l’Apollinaire pour le cours de théologie, afin que vous puissiez être interrogés et recevoir le titre de bachelier en théologie, si c’est possible, avant de revenir.
Quant au costume, si cela est nécessaire, prenez le manteau ; suivez en cela la règle du séminaire français. Si vos condisciples du séminaire français portent le manteau, prenez-le, je vous le permets.
Faites-vous remarquer surtout par votre modestie, votre calme et votre sagesse, plus encore que par votre habit, car « habitus non facit monachum ». Je n’ai pas revu Monseigneur, mais je crois qu’il vaut mieux accomplir sa volonté simplement, sans chercher à vouloir faire la nôtre. Si donc je ne fais rien dire, le Père Jaricot pourra revenir dans la dernière quinzaine de novembre, quand vous serez bien installés et que tout marchera bien. Vous voudrez bien acheter les livres que le Père Vadon a fait demander au Père Bernerd ; et les apporter en revenant.
J’ai le bonjour et les salutations affectueuses de tout le monde à vous envoyer.
N’oubliez pas de m’écrire chaque semaine et de mettre à exécution votre petit règlement.
Notre maison est très nombreuse, jamais elle n’avait été si au complet. Il faudrait de bons ouvriers. Que ce serait beau de bien évangéliser tout ce petit monde du dedans et du dehors, et de nous répandre ensuite dans les campagnes et les hameaux, comme Notre Seigneur et ses apôtres, pour annoncer la parole de Dieu aux petits et aux pauvres. Nous le ferons, je l’espère, avec la grâce de Dieu. Croissez beaucoup dans l’amour de Dieu et la foi, pour vous préparer à donner beaucoup aux autres, parce que Dieu vous a donné beaucoup à vous-mêmes et qu’il demandera beaucoup à celui qui aura beaucoup reçu.
Je vous embrasse tous et vous souhaite à tous la foi, l’amour de Dieu et son esprit.
Tout à vous en Jésus-Christ.
- Chevrier
Mes respects au Père Francesco, aux deux Pères Francesco.
Lettre n°114 (97) [A Jean Broche] [Novembre, 1876]
Chers enfants,
Je suis bien heureux d’apprendre que vous avez eu le bonheur de voir notre St Père le Pape Pie IX, et qu’il vous a bénis, et qu’il a béni en vous les pauvres, les pauvres que vous devez évangéliser, instruire, et que nous avons tous été bénis par lui en vous : « benedictio pauperibus ». Comme la parole du Vicaire de Jésus-Christ s’accorde bien avec celle du Maître : » Bienheureux les pauvres « . Oui, soyons toujours les pauvres du bon Dieu, restons toujours pauvres, travaillons sur les pauvres, que la pauvreté et la simplicité soient toujours le caractère distinctif de notre vie, et nous aurons la bénédiction de Dieu et de notre Père. Comme il fait bon travailler sur les pauvres, on sent qu’ils sont les amis de Dieu et que l’on ne travaille pas en vain sur leurs âmes ; aimez donc bien les pauvres, les petits ; ne travaillez pas à grandir et à vous élever, mais travaillez à vous faire petits et à vous rapetisser tellement que vous soyez à l’égal des pauvres, pour être avec eux, vivre avec eux, mourir avec eux ; et ne craignons pas les reproches que les Juifs adressaient à Notre Seigneur : votre Maître est toujours avec les pauvres, les publicains et les gens de mauvaise vie, c’est un reproche qui doit nous honorer au lieu de nous abaisser, Notre Seigneur est venu chercher les pauvres : « Misit me evangelizare pauperibus ». Apprenez donc à bien aimer les pauvres et que cette bénédiction de Pie IX, notre chef visible et vrai représentant de Jésus Christ, vous soit de bon augure et vous fasse aimer les pauvres et rester toujours dans la sainte pauvreté.
Le Père Jaricot est probablement parti, dites-lui que je lui permets ce qu’il me demande, s’il n’est pas parti.
Quant aux différents grades dont vous me parlez, cela me paraît un peu difficile à cause du temps qu’il faudrait rester à Rome ; cependant si un de vous voulait se sacrifier pour obtenir le titre de docteur, je lui permettrais pourvu qu’il restât toujours bien petit et qu’il n’en use que pour les petits et pauvres. Je consulterai et réfléchirai à cela et vous enverrai une réponse définitive sur cet article dans quelques jours, s’il est encore temps.
Priez le bon Dieu pour nous, ou plutôt continuez à le faire. Soyez unis de prière, de cœur et d’esprit, vous fortifiant de plus en plus dans l’amour, Notre Seigneur.
Je désirerais aller bientôt avec vous, je ne sais si je le pourrai, j’espère que la Providence m’en fournira les moyens plus tard.
Nous allons tous assez bien. Notre maison est très nombreuse, nous attendons de nouveaux bras pour travailler et agrandir le travail. Que d’âmes à sauver et à instruire ! Appliquez-vous bien à la prière et à asseoir votre belle vocation de catéchiser les pauvres, car c’est la plus belle de toutes et la plus digne d’envie.
Je prie beaucoup pour vous. Nous vous envoyons tous le bonjour.
Recevez mes embrassements bien affectueux dans le cœur de Jésus Christ notre véritable Maître.
- Chevrier
Lettre n°115 (106) [A François Duret] Prado, fin novembre 1876
Chers frères et amis,
Voici la décision que nous avons prise par rapport à vos grades : nous avons pensé que, pour cette année, il serait un peu difficile de s’occuper de cette affaire, vu que vous avez votre théologie à étudier sérieusement pour votre ordination, que la préoccupation pourrait s’emparer de votre esprit et nuire à la piété et que, si je puis aller vous voir, nous aurons beaucoup à nous occuper de catéchisme et de piété, pour nous préparer à cette vie évangélique que nous devons mener au Prado. Si, dans un an, nous jugeons que cela soit nécessaire, nous verrons et nous ferons notre choix ; pour le moment il faut penser à rentrer au Prado et à y travailler à catéchiser les pauvres et les petits.
C’est aussi la pensée de Monsieur le Supérieur que j’ai vu il y a deux jours.
- le Supérieur croit que vous pourriez tous les quatre assister au cours de droit canon et au cours de liturgie, que ce ne serait pas aller contre l’intention de Mgr. Il vous écrira à ce sujet.
Le Père Jaricot est arrivé en bonne santé et a fait heureusement son voyage.
Mgr doit aller à Rome le mois prochain, après la Noël. Nous l’avons vu avant-hier avec le Père Jaricot, il a été content des renseignements que nous lui avons donné sur vous.
Pendant son séjour à Rome, vous le verrez certainement ; vous pourriez lui manifester le désir de m’avoir auprès de vous, afin que, quand je lui demanderai la permission d’aller vous voir, il en connaisse et comprenne un peu votre besoin.
Je ne sais pas si vous en sentez le besoin ; pour moi, je sens que j’ai beaucoup à vous dire ; j’aurai beaucoup à vous parler de Notre Seigneur Jésus-Christ et à vous faire comprendre ce que c’est qu’un véritable disciple de Jésus-Christ, afin que vous marchiez dans cette voie véritable qui glorifie le Maître. « C’est la gloire de mon Père que vous deveniez mes disciples et que vous portiez beaucoup de fruits ». On ne porte réellement du fruit qu’autant que l’on est rempli de la vie de Jésus-Christ, qui est la charité.
Priez beaucoup, chers enfants ; la prière, le crucifix, la Crèche, instruisent plus que les livres ; et la science, que l’on apprend au pied de son Crucifix ou du Tabernacle, est bien plus solide et plus vraie et mieux en rapport avec nous-mêmes que celle que l’on apprend dans les livres.
Priez pour moi, je prie pour vous. Que la bénédiction du St Père soit sur vous et sur nous tous ; nous serons bénis de Dieu, tant que nous serons ses bons petits pauvres.
Le 10 décembre, notre fête anniversaire, soyez unis à nous et nous ne vous oublierons pas, quoique éloignés.
Nous vous saluons tous dans le cœur de notre bon Maître.
Votre dévoué serviteur et Père,
- Chevrier
Ecrivez-moi tous les dimanches pour me rendre compte en particulier de vous-même et en général de tous. J’ai reçu votre règlement de vie ; tâchez d’y être fidèle, ou modifiez-le selon la nécessité et que la charité soit votre grande règle.
Lettre n°116 (107) [A Francois Duret] [Prado,] 26 décembre (1876)
Chers enfants,
Je vous permets d’aller à Ostie, mais soyez économes, vous savez que votre argent est l’argent des pauvres et qu’il ne faut s’en servir qu’avec modération et jamais pour son seul plaisir, le pauvre ne peut se procurer toutes les jouissances qu’il désire.
Vous nous enverrez les St Pierre, quand vous les aurez fait bénir par notre Saint Père le Pape.
Je vous félicite d’avoir eu l’occasion de porter un saint cardinal, que le souvenir de ce saint homme soit gravé dans votre mémoire et qu’il vous aide du haut du ciel à pratiquer les vertus de charité et de pauvreté qu’il a pratiquées pendant sa vie, vous voyez comme la pauvreté et la charité s’allient ensemble et comme elles sont admirables.
Faites-vous faire vos camails à Rome ; prenez de l’étoffe, autant que possible, conforme à nos soutanes. J’ai retrouvé le volume des statuts synodaux laissé par l’abbé Broche à la sacristie, il était entre les mains de M. Cusset.
Soyez bien exacts à votre petit règlement ; s’il y a des articles que vous ne puissiez accomplir au jour ou au moment marqué, changez-les, mais que l’esprit de Dieu soit en vous, et rappelez-vous que ce n’est pas l’écorce, mais c’est l’esprit qui vivifie. « Caro non prodest quidquam spiritus est qui vivificat ».
Quant à veiller le soir, ne le faites qu’autant que cela serait très nécessaire et dans quelques cas particuliers, parce que le travail prolongé de la nuit est plutôt nuisible qu’utile ; faites bien vos petites conférences spirituelles, c’est dans ces petites conférences spirituelles que l’on se délasse et se fortifie dans la connaissance de Notre Seigneur ; je sais combien vous avez besoin de prières, d’union, de force et de courage, mais ayez confiance. Je suis avec vous par l’esprit. Je travaille et prie pour vous et je ne désire qu’une seule chose, c’est que vous deveniez tous de saints prêtres, de véritables disciples de Jésus Christ. Profitez de tout pour vous affermir dans vos bonnes résolutions, vos bonnes pensées ; et soyez fidèles à la grâce qui ne vous manquera jamais, si vous la demandez.
Dans ces jours consacrés à honorer la sainte enfance de Notre Seigneur, demandez bien cette petitesse, cette humilité et cette pauvreté qui est le caractère du petit Enfant Jésus. Vous le reconnaîtrez à ce signe, disaient les anges ; vous trouverez un petit enfant couché dans une crèche, c’est la pauvreté qui est le caractère distinctif du Maître ; que ce soit aussi, à nous, notre caractère distinctif ; et tant que nous resterons dans la pauvreté, la simplicité et l’humilité, nous serons les enfants et les disciples de Jésus-Christ.
Monseigneur part demain pour Rome ; je pense que vous aurez occasion de le voir ; vous devez vous présenter à lui et lui raconter un peu votre vie, et vous profiterez de vos visites pour obtenir que j’aille vous rejoindre dans quelque temps.
Nous avons perdu le petit malade ; il est mort, il y a une quinzaine de jours, bien saintement, bien doucement ; nous aurons deux protecteurs dans le ciel pour notre école et notre maison. L’abbé Delorme ne nous a pas laissé la relation de la mort du petit Pegon ; je pense qu’il a oublié ; le bon Dieu sait tout, il est vrai, mais les belles paroles de ce bon petit auraient pu, peut-être, être utiles à quelques âmes faibles et languissantes et les ramener au bien.
- Isidore est parti il y a quelques jours, brusquement, comme son caractère. M. Bernard le remplace ; je suis assez content de lui. M. Jacquier est toujours de même. Ces messieurs et Pères du Prado vont tous à peu près de même et vous envoient tous le bonjour et ont hâte de vous revoir. Nos Sœurs font ce qu’elles peuvent, et nous prions tous pour vous.
Pour vos étrennes, je demanderai à Notre Seigneur, au St Sacrifice, que vous le connaissiez bien et que vous l’aimiez jusqu’à le suivre de bien près ; et si vous aimez Notre Seigneur, vous deviendrez bientôt parfaits, parce que plus on aime quelqu’un, plus on se conforme à lui.
Je vous embrasse tous de cœur et suis tout à vous.
A Chevrier
Veuillez présenter aux deux bons frères Francesco et au père lazariste mes sentiments de reconnaissance et mes souhaits bien sincères de bonne année, et si vous pensiez que quelque chose pût leur faire plaisir, veuillez me le dire, « je serai heureux de leur être utile ».
Cette petite image est pour votre « Signora ».
Lettre n°117 (116) [A Claude Farissier] [Lyon, fin janvier 1877]
Chers amis,
J’ai reçu vos lettres, vos souhaits et tous vos bons désirs, merci de tout. Que le bon Maître les entende et les exauce.
Nous avons reçu aussi, avant-hier, les statues de St Pierre, arrivées sans accident ; rien n’était brisé, quoique la caisse fut partagée en deux. Nous n’avons pas pu rejoindre les petits papiers qui servaient de modèle pour la chaire ; si vous pouvez nous envoyer la forme exacte, en papier, nous pourrons mieux la faire exécuter par le menuisier, quoique, à la rigueur, il pourra copier les autres chaires de St Pierre que nous avons à notre disposition. Les statues sont très jolies, vous avez bien choisi. Vous nous enverrez les brefs dés que vous pourrez afin que nous puissions les faire approuver par l’ordinaire et les exposer dans nos chapelles. « Deo gratias ».
Vous avez obtenu de Monseigneur la permission pour que j’aille vous rejoindre, j’en suis bien content, moi aussi ; priez Dieu pour que je puisse aller vous rejoindre ; je ne pense pas que ce soit avant la fin de février ; si toutefois je puis y aller avant, je le ferai bien volontiers, parce que j’ai bien à faire ; il nous reste encore beaucoup à prier, à recevoir l’esprit de Dieu. Oh ! Ne cessez pas de demander pour moi l’esprit de Dieu, tout est là. Si nous avons l’esprit de Dieu, nous aurons tout ; si je puis l’acquérir un peu moi-même, pour vous le communiquer, que je serais heureux, parce que j’aurai achevé mon œuvre.
Demandons-le les uns pour les autres, ne manquons pas de réciter tous ensemble le « Veni Creator » chaque jour, pour que nous puissions le recevoir avec abondance et que je puisse vous le communiquer. Remerciez bien ces bons Pères qui vous instruisent et vous donnent de bons conseils. Soyez reconnaissants envers tous ceux qui vous font du bien, non seulement de paroles mais aussi d’action, en rendant tous les services que vous pouvez et selon votre possibilité. Soyez bien unis les uns les autres dans un même esprit et un même cœur, vous rappelant que vous êtes frères, que vous êtes les enfants privilégiés du bon Maître et qu’il faut vous aimer en Dieu et pour Dieu.
Evitez les contestations inutiles, respectez-vous les uns les autres, pensant que vous êtes diacres et bientôt prêtres, et que, participant ainsi aux dignités de l’Eglise, vous devez vous respecter et obtenir des autres le respect dû à votre caractère, conservant toutefois bien l’humilité, qui est la base de toute vertu… Donnez le bon exemple à tout le monde par votre modestie, votre retenue et votre gravité, partout où vous allez, dans vos promenades, dans vos cours, à l’église et partout.
Je prie pour vous et demande à Dieu tous les jours le bon esprit, et que vous soyez, pour tous et pour notre maison, un sujet d’édification et de bon exemple, et de bons catéchistes surtout, puisque c’est là notre grande mission.
Tous nos messieurs vont bien et vous envoient le bonjour. Que Notre Seigneur vous bénisse et vous donne son esprit ; demandez-le pour moi, afin que je puisse vous le donner moi-même par mes paroles.
Nous vous saluons tous et nous vous embrassons dans la joie du Seigneur.
Priez pour votre tout dévoué.
- Chevrier
Lettre n°118 (108) [A François Duret] [Limonest,] 28 février 1877
Mes chers enfants,
J’ai vu Monseigneur hier il a confirme la permission qu’il vous a donnée.
Je partirai donc mardi, 13 mars, de Lyon, pour arriver, je pense, jeudi matin à Rome. Je partirai avec un monsieur, ancien instituteur, qui est dans notre maison de Limonest depuis quelque temps.
Enfin, nos désirs sont accomplis : je vais être au milieu de vous pendant quelque temps, c’était là tout mon désir. Veuillez prier de tout votre cœur, afin que j’accomplisse en tout la sainte volonté du bon Maître et que je vous donne l’esprit de Dieu, tout est là. Priez, afin que je le trouve moi-même et que je fasse provision, pendant ces quelques jours de grâces et de lumières, pour vous donner ce dont vous avez besoin pour devenir de véritables disciples de Jésus-Christ, c’est là tout mon désir.
Je me suis retiré à Limonest pendant ces jours, pour prier et travailler un peu et acquérir tant de grâces qui me sont nécessaires.
Quand je vois combien la Providence est admirable et comme elle conduit toutes choses avec sagesse, je ne puis qu’admirer sa bonté et croire que notre œuvre lui est agréable, et que notre pauvre Prado est un lieu béni où il jette un regard de bonté et d’amour ; répondons bien, chers enfants, aux vues de la divine Providence sur nous, et efforçons-nous d’entrer dans ses vues et de devenir des prêtres selon son cœur et conformes au règlement qu’il nous dicte lui-même dans son St Evangile ; puissiez-vous bien le comprendre et travailler de tout votre cœur à suivre ce bon Maître, non pas de loin, mais de près, comme il le désire, afin que vous portiez des fruits et des fruits abondants.
A bientôt, nous étudierons Jésus-Christ notre Maître et notre Modèle, et nous nous efforcerons tous de marcher avec courage dans les sentiers si beaux qu’il nous a montrés.
Veuillez m’écrire et me dire ce qu’il faut vous apporter. Vous avez dû recevoir la grammaire italienne. Je porterai un chapeau à l’ami Delorme, des chapelets, des médailles pour faire indulgencier, ainsi que vous me l’avez demandé ; vous me direz le reste.
A bientôt.
Je regrette de ne pas pouvoir partir plus tôt pour voir Mgr Thibaudier, mais je ne puis y aller plus tôt.
Que Notre Seigneur Jésus vous bénisse.
Priez pour moi qui ne vous oublie pas.
- Chevrier
Lettre n°119 (98) [A Jean Broche] [Prado, mars 1877]
Mes chers amis,
Je prendrai la voie de Marseille pour aller vous rejoindre, le froid me fait appréhender le passage des Alpes pour ma poitrine pas trop forte.
Ainsi, je ne sais quel sera le jour de mon arrivée à Rome ; je vous préviendrai quand je serai à Livourne. A bientôt. Priez pour moi.
On enverra la grammaire italienne vendredi prochain, de Paris.
- Chevrier
Lettre n°120 (99) [A Jean Broche] [Marseille, 15 mars 1877]
Mes chers enfants,
Je suis à Marseille depuis hier soir, mercredi, je vais m’y arrêter un jour ou deux pour me reposer et faire passer un gros rhume que j’ai pris dimanche au parloir du Prado.
Il me tarde bien d’arriver, et je suis bien honteux d’être obligé de prendre des précautions pour ce pauvre corps afin qu’il puisse servir encore un peu et que je puisse achever l’œuvre que le bon Dieu m’a confiée.
Si je ne puis partir demain, il faudra que je m’arrête dimanche à Gènes, parce que je ne voudrais pas voyager le dimanche. Si donc je n’arrive pas samedi par le train de 2 h 15 à la gare, j’arriverai sûr lundi, par ce même train.
Priez pour moi et mon compagnon de voyage, en attendant que je puisse vous voir et vous embrasser.
Tout à vous.
- Chevrier
Lettre n°121 (117) [A Claude Farissier] [Rome, 22 mai 1877]
Chers amis,
L’autel que vous m’avez désigné à St Pierre est réservé pour un cardinal qui doit officier le jour de la Ste Trinité, je crois donc qu’il est beaucoup plus convenable de suivre la première pensée qui est de dire votre première Messe à la Mission ; vous serez beaucoup plus tranquilles et, les Pères ayant accordé toutes les permissions, vous serez traités comme les enfants de la maison, tandis qu’ailleurs vous ne serez toujours que des étrangers, et puis, « regnum Dei intra vos est. » Quand on a Jésus Christ c’est tout. Vous aurez plus avec Jésus-Christ si vous le possédez réellement, qu’avec toute autre chose. Ne cherchons sur la terre aucune satisfaction. Pie IX a voulu dire sa première Messe dans un hôpital. Cherchons, nous aussi, ce qu’il y a de plus petit, de plus humble, de plus caché, ce doit être notre lot ; pourvu que nous ayons Jésus-Christ avec nous, et son esprit, c’est tout ce que nous devons chercher.
Les jours suivants vous pourrez satisfaire vos petites dévotions, mais la première fois il faut que la pensée de Notre Seigneur absorbe tout votre cœur et tous vos esprits. A Dieu, à Jésus-Christ. Que vous allez être grands quand vous serez prêtres, mais qu’il faudra être petits en même temps pour être véritablement de nouveaux Jésus-Christ sur la terre ; rappelez-vous bien qu’il faut que vous représentiez la Crèche, le Calvaire et le Tabernacle, que ces trois signes doivent être comme les stigmates qu’il faudra porter continuellement sur vous ; les derniers sur la terre, les serviteurs de tous, les esclaves des autres par la charité, les derniers de tous par l’humilité. Que c’est beau, mais que c’est difficile. Il n’y a que le St Esprit qui puisse nous le faire comprendre. Puissiez-vous le recevoir avec abondance ; vous aurez tout si vous le recevez dans votre ordination, et j’aurai réellement fait une œuvre agréable à Dieu en vous faisant prêtres, et j’aurai au moins des enfants qui prieront pour moi et qui demanderont grâce et miséricorde quand le bon Dieu m’appellera à lui, et j’aurai des enfants qui continueront son œuvre sur la terre, l’œuvre d’évangéliser les pauvres qui était la grande mission de Jésus-Christ sur la terre : « Misit me Evangelizare pauperibus ». Puissiez-vous bien le comprendre et ne pas sortir de cette belle mission ; c’était celle de St Vincent de Paul, l’apôtre de la charité.
Confiance, courage, amour, joie, paix et consolation dans ce beau jour qui doit faire de vous les anges de la terre, les Messagers du Très-Haut, les avocats des pécheurs, les économes et les dispensateurs des dons de Dieu, les véritables amis de Dieu et des hommes, de nouveaux Pierre, de nouveaux Paul, de nouveaux apôtres dans le monde, « quam pulchri sunt pedes ». Si les pieds sont beaux, combien seront beaux les cœurs, les mains, la tête et tout le reste qui ne touche pas la terre.
Je prie pour vous et me réserve votre première bénédiction.
Tout à vous. Demain nous serons vraiment frères.
- Chevrier
Lettre n°122 (57) 20 novembre 1873
Cher Confrère et ami,
Je viens de chez Monseigneur. Il m’a dit que votre affaire allait se terminer et que vous serez probablement bientôt des nôtres.
Je remercie le bon Dieu de la grâce qu’il nous accorde de nous donner un bon confrère, bien dévoué, bien zélé : car je crois que c’est bien réellement
pour travailler à la gloire de notre commun Maître et au salut des âmes, que vous venez nous joindre. Apportez-nous votre bonne volonté et une bonne soumission et nous irons bien.
En venant au Prado, vous trouverez beaucoup de prêtres, « cinq » ; mais peu s’occupent de la maison et de nos enfants, ils s’occupent beaucoup du dehors. Pour moi, il me faut un bon prêtre qui travaille à l’intérieur, qui n’aille pas de côté et d’autre. Nous avons tant d’ouvrage dans l’intérieur ! Notre école cléricale, nos premières communions, filles et garçons, les catéchismes de tous les soirs, les persévérants, les catéchismes des petits enfants, les prédications, les confessions, le travail est immense pour celui qui a un peu de zèle et qui veut s’occuper.
Aussi, venez donc avec votre bon cœur, avec de bonnes intentions et nous serons heureux de vous posséder.
Vous commencerez simplement, sans bruit, sans avoir l’air de vouloir faire, disant que vous avez demande à Monseigneur et qu’il vous a permis. Je vous donnerai votre travail et tout ira bien.
Allons, je suis bien content et je remercie le bon Maître ; j’espère bien que tout sera pour sa gloire et notre bonheur à tous et surtout à nos petits clercs.
Au revoir, j’espère que bientôt vous recevrez une lettre de l’Archevêché.
Mes amitiés bien sincères.
- Chevrier
Lettre n°123 (536) A Monsieur l’Abbé… 21 novembre 1873
Bien vénéré confrère,
Il me semble que tant qu’il n’y aura pas dans la maison une forme de vie régulière à laquelle on sera tenu de se conformer en l’acceptant de bon cœur pour la gloire de Dieu et le salut du prochain, je ne dois céder à personne une autorité complète et indépendante pour la direction de l’œuvre ou d’une partie de l’œuvre laissant ainsi à un autre la liberté de donner une direction que je n’approuverais pas ou qui me contrarierait.
Ni m’associer à personne pour ce qui concerne les intérêts temporels.
Il me semble que le premier lien est celui de l’esprit et du cœur et que s’unir sans ce premier lien c’est se rendre malheureux et se donner des chaînes.
Toutefois en cas de mort imprévue, mon intention est de vous laisser par testament mes droits sur la maison, à moins que dans la suite il ne m’arrive d’autres prêtres qui me conviennent mieux.
Voila ce que j’ai cru comprendre devant Dieu et ce que mes supérieurs m’ont conseillé.
Je suis avec une sincère vénération, votre tout dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n°124 (155) Monsieur l’abbé Favier. Vicaire à Marols, Loire [Lyon,] 27 janvier 1874
Monsieur l’abbé,
Voici les conditions que nous imposons aux jeunes gens qui se présentent pour étudier et qui ont plus de 16 ans. Nous les recevons comme frères pendant un an, nous examinons pendant cette année leur vocation et après nous les admettons au latin ou bien nous les gardons comme frères ou bien ils s’en retournent dans leur famille, à leur choix.
Si ce jeune homme veut entrer dans ces conditions il pourra entrer après Pâques ou peut-être avant si j’ai un emploi à lui donner.
Veuillez agréer mes salutations affectueuses en Jésus-Christ.
A.Chevrier
Lettre n°125 (139) [A Maurice Daspres] [Prado, 26 décembre 1875]
Mon bien cher enfant,
J’ai reçu tes deux bonnes lettres dans lesquelles j’apprends, avec plaisir, que tu fais des efforts pour persévérer dans tes bonnes résolutions ; courage et persévérance : dans le chemin de la vertu il faut tous les jours reprendre courage et, comme dit notre divin Maître, il faut prendre sa croix chaque jour.
Cette belle fête de Noël que nous avons célébrée hier nous rappelle ces belles vertus de pauvreté et d’humilité dont j’aimais à vous parler et qui sont le fondement de la vie chrétienne et surtout de la vie sacerdotale, car c’est bien le but de notre vie : la simplicité, la pauvreté, imiter Notre Seigneur étant pauvre lui-même et travaillant à évangéliser les pauvres, « Misit me evangelizare pauperibus ».
Ne laisse pas passer ces belles fêtes sans te retremper dans l’esprit de pauvreté et d’humilité ; j’ai à t’annoncer la bonne nouvelle que nos Messieurs du Grand Séminaire ont tous reçu le sous-diaconat à la Noël, j’ai assisté à l’ordination ; M. Blettery est entré au Grand Séminaire.
Notre petite école cléricale est grandement augmentée, elle compte 40 élèves ; s’ils étaient tous des saints plus tard, mais il en restera un bon nombre en retard ; tous les anciens t’envoient bien le bonjour, ainsi que les Sœurs, et ton souvenir est souvent présent à leur esprit.
Continue à travailler avec courage et ardeur, sois bien fidèle à ton petit office et à ton rosaire et chemin de la croix chaque semaine ; il faut aussi écrire quelques fois à ces messieurs du Grand Séminaire pour entretenir ces bonnes relations qui fortifient et entretiennent l’âme dans la piété et l’amour de ses bons amis.
A Dieu, mon cher enfant. Présente bien mes respects à Monsieur le Supérieur, à ton professeur actuel et à celui de l’année passée.
Prie quelquefois pour nous.
Et je recevrai toujours avec plaisir de tes nouvelles. Si tu as besoin de quelque chose, fais-moi le savoir.
Tout en Notre Seigneur et par amour pour lui.
- Chevrier
Lettre n°126 (140) [A Maurice Daspres] [Prado,] 16fevrier 1876
Cher enfant,
Je me propose toujours d’aller te voir ainsi que ces bons messieurs du Séminaire, et toujours quelque empêchement ; tu sais le travail que j’ai dans cette pauvre maison.
J’ai reçu le bulletin de tes places et notes de la classe ; courage, cher enfant, patience, persévérance, continue à bien travailler et à prier. Ne néglige pas les petits exercices d’un bon séminariste et d’un bon tertiaire de Saint François : l’office de la Sainte Vierge, le rosaire, le chemin de la croix chaque semaine. J’irai bientôt te voir et je prendrai un jour malgré tout.
Veuille m’indiquer le chemin et le moyen de partir le matin et de revenir le soir au Prado.
Tout va assez bien à la maison, ces messieurs du séminaire ne vont pas mal aussi. Nous t’envoyons tous le bonjour et [je] te souhaite mille bénédictions du bon Dieu.
- Chevrier
Veuille me dire ce qu’il faut te porter, si tu as besoin de quelque chose.
Lettre n°127 (148) [A Léon Ferrat] [Vichy, août 1876]
Cher Léon,
Me voici installé à Vichy depuis douze jours.
Je vais un peu mieux depuis quelques jours mais je ressens toujours une grande faiblesse et l’estomac n’est pas rétabli assez pour pouvoir digérer toutes sortes d’aliments ; cependant ça va un peu mieux et j’espère rentrer après l’Assomption.
Et vous, comment allez-vous ? Travaillez-vous bien ? Les choses sont-elles arrangées pour que vous restiez pendant les vacances ?
Faites provision de sciences, de piété et de bonne santé, pour faire une bonne philosophie et ne pas rester en arrière de votre bon devancier Daspres.
Si Monsieur et Madame Chanuet sont à Toussaint, veuillez leur présenter mes hommages et remerciements bien sincères pour tout ce qu’ils font pour vous et pour moi.
Mes amitiés à Monsieur l’abbé votre professeur. Mes salutations respectueuses à Monsieur le curé ainsi qu’à Monsieur et Madame Place.
N’oubliez pas non plus les bonnes sœurs du St Sacrement dont je conserve un bon souvenir.
Je suis dans le cœur de Jésus notre Maître, votre dévoué prêtre.
- Chevrier
à Vichy, chez M. Desgouthes, chef d’octroi, rue de Paris. Allier
Lettre n°128 (141) [A Maurice Daspres] 30 septembre [1876]
Chers petits frères et amis,
J’ai reçu de vos nouvelles avec plaisir. Je désire de tout mon cœur que vous croissiez dans la science et la sagesse, c’est là les deux gloires du prêtre et sans ces deux conditions il ne peut être qu’un demi-serviteur du bon Maître.
Travaillez ardemment à croître de plus en plus à votre sanctification. Ne négligez pas la méditation de chaque jour, l’office, la dévotion au Saint-Esprit, le rosaire et le chemin de la croix. C’est dans la pratique de ces dévotions que vous trouverez la connaissance de Jésus-Christ, votre Maître. Rappelez-vous de temps en temps ce que je vous ai dit sur la pauvreté, parce que cette vertu est la base de notre vie et que c’est par là que Notre Seigneur a commencé sa vie sur la terre.
Ecrivez-moi tous les mois et chacun à votre tour pour me rendre compte de votre conduite et de l’accomplissement de vos différents exercices de piété ; reprenez-vous l’un l’autre de vos défauts, c’est une bonne manière de s’en corriger et, en se reprenant ainsi, on exerce un grand acte de charité envers ses frères et celui qui reçoit l’observation fait un acte d’humilité agréable à Dieu et utile à son âme. Soyez fidèles à toutes ces choses et vous répondrez aux vues du bon Dieu sur vous et aux sacrifices que nous nous imposons pour votre vocation ; nous avons bien à faire pour devenir des saints ; il faut commencer de bonne heure à ce grand travail, il ne faut pas attendre d’être prêtre pour acquérir les vertus sacerdotales, il faut commencer dès l’enfance à les pratiquer. Courage et confiance. Ne négligez pas les exercices de piété et rendez-m’en bien compte chaque mois, voilà ce que j’exige de vous.
Mon respect à Monsieur le Supérieur et le salut affectueux et reconnaissant à vos bons professeurs.
Si vous avez besoin de quelque chose, faites-le moi dire.
Votre tout dévoué serviteur et père en Jésus-Christ.
- Chevrier
Lettre n°129 (142) [A Maurice Daspres] 15 février [1877]
Chers amis,
J’ai reçu votre bulletin trimestriel, j’ai vu avec plaisir que vous travaillez bien et que vous faites vos efforts pour réussir ; faites-en aussi pour ce qui concerne la sagesse et soyez toujours bien fidèles à vos petits exercices de piété, le rosaire, le chemin de la croix, l’office.
Oh ! comme il faut prier, chers enfants, pour apprendre quelque chose, comme un prêtre doit connaître Jésus-Christ et son Evangile, tout est là ; étudiez bien votre Evangile et conformez votre vie à celle de Jésus-Christ, c’est là le prêtre ; écoutez bien les instructions qui vous sont données par vos maîtres, afin d’avancer en même temps dans la vertu et dans la science.
Je prie pour vous tous les jours. Priez aussi pour moi afin que je remplisse bien la grande tâche que Dieu m’a confiée et que je fasse de vous tous des saints, des prêtres selon le cœur de Dieu.
Envoyez-moi de temps en temps de vos nouvelles. Quand même je ne vous réponds pas de suite, j’aime à recevoir de vos lettres et savoir ce que vous faites et comment vous allez. Notre frère Léon a été un peu malade mais j’espère que ce ne sera pas grave, Maurice doit en avoir soin, parce qu’il est infirmier. Père Dutel doit aller vous voir bientôt.
Soyez toujours bien sages.
Mes respects à vos bons professeurs et à Monsieur le Supérieur et je suis votre tout dévoué.
- Chevrier
Lettre n°130 (143) [A Maurice Daspres] Rome, 25 avril [1877]
Mes bien chers amis,
Je suis à Rome, depuis un mois, pour préparer vos quatre frères aînés à la prêtrise et à la grande mission de catéchistes que le bon Dieu nous a confiée ; puissions-nous bien nous y préparer ; tout mon désir serait de préparer de bons catéchistes à l’Eglise et de former une association de prêtres travaillant dans ce but, c’était la grande mission de Notre Seigneur : « Misit me evangelizare pauperibus ».
Puissiez-vous croître vous-mêmes dans ces pensées et devenir vous-mêmes des prêtres zélés, tout disposés à aller partout évangéliser les pauvres.
Je suis bien content des détails que vous me donnez sur vos examens ; je vois que vous travaillez bien, que vous employez votre temps et que vos maîtres sont contents. Veuillez prier Monsieur le Supérieur de m’envoyer votre bulletin ici à mon adresse : « Via d’ellorazione e morte, 92. Roma ».
Je pourrai voir le résultat du trimestre parce que l’on ne me l’enverrait pas de Lyon.
Courage donc, chers enfants, ne vous ennuyez pas des petites contrariétés qui peuvent survenir, il faut s’y habituer ; ce sont les souffrances et les humiliations qui font les hommes véritables, un homme qui n’a rien souffert et rien enduré ne sait rien et il n’est bon à rien. Ceux qui sont toujours flattés et caressés, honorés, ne sont que des pattes mouillées ; plus vous serez méprisés, calottés, injuriés, humiliés, plus vous serez grands, forts et bons au service de Dieu.
Ne négligez pas vos exercices pieux : le rosaire, le chemin de la croix, l’office et les petites corrections fraternelles quand il y a lieu.
Soyez bien soumis envers vos maîtres, bons et charitables envers vos frères, ne craignez pas de leur rendre tous les services possibles et de tout supporter sans vous plaindre ; devenez des hommes forts et courageux ; que le bon Dieu vous donne la santé de l’âme et du corps, et que vous nous reveniez pleins de vigueur pour le bien, afin de bientôt travailler à convertir le monde et devenir de bons petits missionnaires du bon Dieu.
Priez pour nous, je sais que vous le faites.
Nos diacres, vos frères, vous saluent, ils ont subi leur examen de la prêtrise et dans un mois ils monteront à L’autel, et plus tard ce sera à vous.
Puisse le bon Maître vous accorder la même grâce qu’à eux.
Mes salutations bien respectueuses à Monsieur le Supérieur. Mes salutations affectueuses et reconnaissantes à Messieurs vos professeurs de philosophie et de rhétorique.
A vous mes amitiés et ma sincère affection.
Que le bon Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n°131 (144) [A Maurice Daspres] [Vacances 1877]
Cher ami,
Je vous permets bien d’accompagner Léon à la Grande Chartreuse si cela peut vous faire du bien.
Mais j’aimerais mieux que vous viendriez tous ensemble passer 3 jours ici, car vous avez tous besoin de repos et Notre Seigneur menait ses apôtres avec lui.
Je suis bien content de votre travail et j’espère que le bon Maître bénira vos efforts et qu’ils porteront de bons fruits.
Votre tout dévoué.
- Chevrier
Lettre n°132 (145) [à Maurice Daspres] [Prado,] 10 décembre [1877]
Cher ami,
Je vois avec plaisir que tu es bien content au Grand Séminaire et j’espère que ce séjour sera pour toi une augmentation de foi, de piété et d’amour envers Notre Seigneur. Plus on approche du terme, plus il faut prendre courage et croître dans les vertus qui préparent au sacerdoce, puisque le Grand Séminaire est pour se préparer spécialement à ce grand ministère ; je te recommande particulièrement la prière qui est la base de toutes grâces spirituelles ; celui qui prie obtient tout de Dieu, et comme il est difficile de devenir un bon prêtre, il faut beaucoup prier pour en obtenir la grâce ; tu sais quelles sont les prières habituelles de notre maison : le rosaire, le chemin de croix ; en récitant donc bien exactement ton rosaire et faisant bien fidèlement ton chemin de la croix, tu apprendras à connaître Notre Seigneur, à l’aimer et à l’imiter. N’oublie pas ton office, je pense que tu peux le dire chaque jour en union avec tes frères.
Nous avons célébré aujourd’hui notre fête du 10 décembre, 17ème anniversaire de la fondation de notre maison ; nous avons reçu 8 petits élèves du cordon de St François et leur avons donné la permission de porter l’habit de chœur : notre école cléricale est très nombreuse, puisse-t-il en sortir des prêtres selon Jésus Christ, notre divin Modèle, et être comme lui animés de son esprit de pauvreté et de sacrifice pour être utiles aux âmes.
Monsieur Léon est à Limonest, il y est très content, il est préfet d’études, et Monsieur Jaillet lui fait repasser sa philosophie et son latin, de sorte qu’il ne perd pas son temps et j’espère que l’année prochaine il sera plus fort et pourra mieux suivre.
Nous t’enverrons le surplis que tu nous demandes, dans quelques jours.
Ma santé est toujours bien faible, je ne reprends pas mes forces et je tousse toujours beaucoup, je ne sais pas quand je pourrai aller te voir.
Veuille présenter à Monsieur le Supérieur mes remerciements bien sincères pour toutes les bontés qu’il a eues pour toi et tâche de te rendre digne de ses soins par ta bonne conduite, ta piété et ton travail. Sois bien humble et tâche de te corriger un peu de cet air emprunté, de cette certaine timidité extérieure que tu as quand tu te présentes devant quelqu’un ou que tu leur parles ; la hardiesse ne vaut rien, mais une trop grande timidité qui va jusqu’à vous faire trembler ou balancer ne vaut rien non plus ; il faut aller simplement, bonnement et quitter tout ce qui sent trop l’enfance, et prends un peu de cet aplomb qui vient de la sagesse et de la conviction de la foi et de la force de l’amour de Dieu.
Allons, courage, cher enfant, tous ces messieurs t’envoient bien le bonjour et t’embrassent de tout cœur, nous parlons souvent de toi et nous t’aimons tous bien.
Ma mère va un peu mieux.
Prie pour nous, nous ne t’oublions pas. Si tu as besoin de quelque chose fais-nous le savoir, nous te l’enverrons.
Tout à toi en Jésus-Christ.
- Chevrier
Lettre n°133 (146) [A Maurice Daspres] [Prado,] 1er mars [1878]
Mon cher ami,
Je réponds un peu tard à vos bonnes lettres que vous m’avez adressées à l’occasion de ma fête et du jour de l’an ; mais, si je ne vous écris pas souvent, je pense souvent à vous devant Notre Seigneur et nous ne vous oublions pas non plus dans nos petites conversations avec ces Messieurs. Nous nous réjouissons d’avoir plus tard en vous un bon ouvrier du bon Dieu qui nous aidera à accomplir l’œuvre si grande et si belle d’évangéliser les petits et les pauvres. Préparez-vous bien à cette grande mission en vous instruisant bien vous-mêmes dans l’étude et surtout dans la prière, car on apprend beaucoup dans la prière, et c’est au pied de son crucifix que l’on découvre les secrets mystères du bon Dieu ; c’est là où les saints allaient puiser les grandes sciences qu’ils donnaient ensuite au monde, car Jésus-Christ est la Vérité et c’est auprès de lui que l’on trouve cette vérité qui éclaire et qui réchauffe l’âme.
Soyez toujours bien fidèle, cher enfant, à vos petits exercices de piété ; le rosaire, le chemin de la croix, L’office, un peu d’heure sainte quand vous le pouvez, afin de vivre en union avec nous par la pensée et par le cœur.
Son Eminence le Cardinal a eu la bonté de venir nous voir avant son départ pour Rome et il a été très bienveillant pour ce qui nous concerne, il m’a rapporté le petit règlement de vie qui nous concerne, avec un petit mot écrit de sa main par lequel il nous approuve et nous bénit, nous n’avons donc qu’à continuer et à suivre le petit règlement de vie qui nous est prescrit, à devenir surtout de bons catéchistes puisque c’est la notre but afin que nous puissions ensuite aller enseigner et catéchiser partout où besoin sera. Priez toujours pour que la cause de Dieu grandisse et l’emporte sur le mal et que par l’instruction nous puissions faire prévaloir le bien sur le mal qui est si grand dans le monde.
Tous nos Messieurs vont bien et vous envoient bien leur bonjour affectueux ; ma santé n’est pas forte, mais je vais mieux après quelques jours de repos.
J’aurai un vrai plaisir à aller dans quelque temps vous voir et à voir aussi Monsieur le Supérieur, si bon pour vous, et à le remercier de toutes ses faveurs.
Je ne vous oublie pas auprès du bon Maître, priez aussi pour nous, et croyez toujours à L’affection de votre dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n°134 (147) [à Maurice Daspres] [Prado,] 8 juin [1878]
Bien cher fils en Notre Seigneur,
C’est avec bonheur que j’ai appris que vous étiez appelé à la tonsure par vos Supérieurs ; c’est un grand honneur d’être appelé à porter cette couronne spirituelle qui nous rappelle que nous sommes les élus de Dieu et que nous partageons la couronne qu’il a portée sur la terre et que nous aurons part à celle qu’il possède dans le ciel.
En recevant la tonsure, vous devenez en particulier le sujet de ce roi divin qui a été couronné d’épines et qui, par cette couronne, a acquis les royaumes de la terre. Entrez donc avec joie dans cette sainte milice des vrais soldats de Jésus-Christ ; rappelez-vous bien que vous vous séparez du monde et que vous quittez le superflu, toutes les vanités de la terre que nous représentent ces cheveux qui demandent souvent des soins exagérés et qu’il faut quitter pour s’attacher au divin Maître, parce que celui qui tient encore aux choses de la terre ne peut être à Jésus-Christ. Celui qui ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple, nous dit-il dans son Evangile.
Le renoncement aux choses de la terre, aux vanités du monde et au monde, est le premier acte à faire pour appartenir réellement à Jésus-Christ ; soyez généreux, cher enfant, dans cette circonstance et renoncez à tout pour vous donner à Jésus-Christ ; moins on garde pour soi, plus on est à Jésus-Christ et comme il faut que vous soyez tout à lui, il faut que vous ne gardiez rien pour vous.
J’aurais bien désiré aller assister à votre première tonsure, mais ma santé est toujours faible, je ne puis faire aucun travail et de temps en temps il faut que je passe des jours au lit à la suite des vomissements qui me surviennent.
Nous prierons Dieu pour vous la veille de la Sainte Trinité. Nous dirons la Messe pour vous et nous vous verrons revenir avec plaisir au milieu de nous ; comme vous êtes plus près de chez vos parents vous pourrez aller les voir en sortant du séminaire et nous reviendrez ensuite.
Dites-moi combien il vous reste encore à devoir au séminaire afin que je vous envoie la somme nécessaire, vous devez avoir besoin d’un peu d’argent aussi.
Si vous avez besoin d’une soutane pour samedi et d’un surplis, nous vous l’enverrons.
A Dieu, cher ami, que Dieu vous bénisse, que le Saint-Esprit vous comble de ses dons pendant cette semaine et qu’il vous transforme comme il a transformé les apôtres et fasse de vous un vrai saint. C’est ce que je demande à Dieu pour vous par l’intercession de la Ste Vierge Marie.
Mes respects bien profonds à Monsieur le Supérieur.
- Chevrier
Lettre n°135 (149) [A Léon Ferrati] 22 juillet [1878]
Mon cher Monsieur Léon,
J’apprends avec plaisir que vous vous occupez bien de votre charge ; continuez bien, ayez bien soin de mes enfants, continuez bien à faire les études quand il faut, ne vous inquiétez pas des paroles des uns et des autres ; il y en a qui ont un très mauvais esprit, qui ne s’occupent que de dire du mal des uns des autres. Soyez ferme et assistez bien régulièrement aux exercices religieux.
Courage et persévérance. Que Dieu vous bénisse.
- Chevrier
A Wilhelm Antoni
Lettre n°136 (150) A mon petit Wilhelm, Au Prado [Rome] 18 avril [1877]
Mon petit ami,
J’ai reçu la petite lettre que tu m’as écrite à l’occasion de ma naissance.
Je suis bien content des sentiments qu’elle contient. Je désire bien vous être utile à tous, je ne suis sur la terre que pour faire la volonté du bon Dieu et, si le bon Dieu veut que par moi vous deveniez de bons prêtres, j’en serai très très heureux et je serai très content d’avoir fait de mon petit Wilhelm un petit saint ; mais pour cela il faut que je le devienne ; il faudra bien prier Dieu pour moi, afin que je puisse remplir la tâche que Dieu m’a confiée et que nous servions tous le bon Dieu dans l’humilité et la charité.
Sois toujours bien sage, cher enfant,
ménage toi un peu à cause de tes maux de tête, ils passeront peu à peu.
Ces messieurs t’envoient bien le bonjour et te disent de prier pour leur ordination.
A Dieu, cher enfant, que le bon Dieu te bénisse.
- Chevrier
Lettre n°137 (151) A Monsieur Wilhelm Antoni 5 octobre 1878
Bien cher enfant,
Je joins un petit mot à la lettre de Mlle Grivet. J’espère que vous passez de bonnes vacances et que vous allez bientôt nous rentrer bien portant et bien sage ; je suis sûr que le temps vous tarde de revenir, comme il nous tarde à tous de vous revoir, ainsi que tous nos chers enfants. Nos rhétoriciens vont bientôt partir pour Alix. Si vous vouliez les voir avant leur départ, il faudrait rentrer avant le 15 de ce mois. Priez le bon Dieu afin qu’ils se rendent dignes de l’appel de Notre Seigneur et, qu’en vous devançant dans le chemin du sacerdoce, ils vous montrent à tous aussi le chemin de la vertu et de la sagesse.
Présentez bien mes salutations affectueuses à vos bons parents.
Mes respects à Monsieur le Curé.
Ma santé est toujours bien faible, je ne puis prendre de nourriture, le corps s’en va, mais il faut que le bon Dieu nous aide à achever ce qu’il a commencé.
Ne négligez pas vos prières, votre rosaire, votre chemin de la croix, l’office et la Sainte Communion et revenez-nous bien vite et bien sage.
Votre tout affectionné Père en Jésus-Christ.
- Chevrier
Lettre n°138 (152) A Wilhelm Antoni
Dieu est infiniment bon, infiniment juste, infiniment parfait, tout ce qu’il fait est très bien fait, nous ne devons nous inquiéter de rien. Quand le bon Dieu place quelqu’un dans un endroit, il doit y être bien, puisqu’il y est par volonté de Dieu qui est infiniment juste et infiniment bon.
(réponse du Père, écrite sur une lettre de Wilhelm Antoni du 9 Oct. 1878)
Lettre n°139 (157) à Monsieur l’abbé Marcoux. Vicaire de Coutouvres Prado, 3 décembre 1877
Monsieur l’abbé,
La santé de Planus ne lui permet pas de rester au milieu de nous. Je le regrette sincèrement, car c’est un élève que nous aimons bien et qui est sérieusement à son devoir. J’espère qu’après l’hiver et les soins de sa famille, il pourra nous revenir plus fort au printemps. Permettez-moi de le recommander à votre charité et de vouloir bien, de temps en temps, lui corriger quelques-uns des devoirs que nous lui enverrons. Il sera très heureux de penser que son année ne sera pas entièrement perdue pour lui du côté des études.
Veuillez agréer les salutations très sincères et respectueuses de votre dévoué serviteur.
- Chevrier
Lettre n°140 (158) A… Séminariste1
Le Père Chevrier me charge de te dire qu’il a reçu avec plaisir la lettre que tu lui as adressée pendant les vacances et que la rentrée aura lieu mardi, 19 octobre courant. Ton ami.
(1) texte écrit par le P. Chevrier
Lettre n°141 (153) A…
Cher enfant,
Nous avons pensé vous donner une petite explication du rosaire, du chemin de la croix, de la Messe et des commandements de Dieu parce que ce sont des prières de religion que le chrétien pratique presque tous les jours ou bien chaque semaine et qu’il est important de bien faire connaître ces actes pour les bien faire ; le chapelet et le rosaire, il n’est pas de chrétien qui ne le dise de temps en temps ; le chemin de la croix est établi dans toutes les églises et c’est une des dévotions les plus anciennes et les plus utiles ; pour la Messe, tout chrétien est obligé de l’entendre chaque dimanche.
Les commandements de Dieu il faut les savoir pour examiner sa conscience et bien se confesser.
L’étude de ces choses est donc très utile, il faut que nous les sachions nous-mêmes pour vous les enseigner et il faut que vous les sachiez pour les faire.
Nous vous les donnons donc bien simplement, puissent-ils vous être utiles.
A Jean-Claude Jaricot, Prêtre
Lettre n°142 (77) [A Jean-Claude Jaricot] [1] [Vichy, août 1876]
Bien cher frère et ami,
J’ai lu avec beaucoup de plaisir la bonne lettre que vous m’avez adressée il y a quelques jours, et qui renfermait tous les sentiments d’affection et d’attachement que renferme votre cœur pour nous et pour notre œuvre. J’en bénis le Seigneur et je le prie de faire croître en vous les bons sentiments de pauvreté, d’amour pour les pauvres et d’affection pour les catéchismes des ignorants, puisque c’est là notre but ; et si le bon Dieu faisait grandir notre œuvre, qu’il nous donne la grâce d’en remplir toutes les charges et les obligations ; mais ce ne sont pas tant les œuvres que nous devons envier, c’est notre sanctification ; c’est l’esprit de Notre Seigneur que nous devons chercher et avoir par-dessus tout ; c’est la sagesse, parce que, sans elle, nous ne pouvons et nous ne saurons jamais rien faire d’abord, et celui qui n’a pas la sagesse gâte plutôt les œuvres de Dieu qu’il ne les édifie. Cherchons-la donc avec joie, avec empressement.
Que Dieu soit béni en toutes choses, je vais beaucoup mieux : le repos, les bains, la bonne nourriture, m’ont bien fortifié ; mon estomac n’est pas encore entièrement rétabli, puisque je ne puis supporter toute espèce de nourriture, et que je la rends, quand je prends certains aliments ; mais, à part ça, je vais bien mieux ; j’espère que le bon Dieu me donnera encore le temps d’achever l’œuvre qu’il m’a confiée, que je pourrai aller à St Fons travailler quelque temps, pour me retremper dans la prière et l’étude de Notre Seigneur pour communiquer à tout le monde cette vie divine et surnaturelle qui nous est si nécessaire pour être utiles à l’Eglise, je sens que c’est là mon travail et qu’il faut que je m’y donne ; ce qui me donne confiance, c’est que j’ai avec moi de bons ouvriers, bien dévoués et bien attachés, que le bon Dieu en soit béni.
Vous me demandez deux choses dans votre lettre.
Quant à l’affaire de Mlle de Marguerie, nous ne pouvons accepter cette affaire qu’autant que, plus tard, nous pourrions établir une œuvre dans ces pays ; si vous pensez que cela soit faisable, allez, mais, si nous n’avions pas d’espérance, il ne faudrait pas se charger de maison inutilement.
Quant à Mlle Thérèse, il faut aller doucement ; vous savez qu’il faut regarder notre maison comme le refuge des malheureux, des désespérés, la maison de ceux qui n’en ont point et de ceux qui sont rebutés de tout le monde. Considérant bien que nous sommes nous-mêmes des riens, des êtres qui sont rebutés de tout le monde et qui ne méritent pas d’avoir un abri, nous devons être pleins de compassion et de charité pour les autres. Si cette fille est nuisible aux jeunes postulantes, il faut la séparer des autres, et même il vaudrait mieux encore la placer chez la Sœur Véronique, en la recommandant, et en leur expliquant les raisons que l’on a de ne pas la garder à Limonest, et éviter autant que possible les rapports avec les autres, lui faire comprendre ses défauts et ses torts, et apprendre de là à ne pas donner sa confiance que lorsqu’on connaît bien son monde, et il faut du temps pour connaître les gens ; si, après tous les moyens employés, on ne peut lui être utile, il faudra la renvoyer.
Pour ôter même de suite le mauvais effet causé par ses actions et paroles, il vaut mieux la renvoyer de suite chez Sœur Véronique et dire à la Sœur Véronique qu’elle n’ait de rapports qu’avec elle.
Courage, cher Frère, les misères du monde sont grandes, même en religion ; c’est la suite du péché, à nous de l’ôter.
Mes salutations à toutes les Sœurs.
Prions toujours tous les uns pour les autres.
Votre dévoué.
A Chevrier,
Lettre n°143 (78) [A Jean-Claude Jaricot] [2] [Prado, fin octobre 1876]
Bien cher Père et ami,
Voici la lettre que Monseigneur m’a fait remettre ce soir pour nos abbés. Monseigneur n’y étant pas hier, je lui ai fait remettre une lettre dont je vous envoie la réponse, Vous irez la remettre de suite au Père Eschbach, supérieur du séminaire Français, qui arrangera les choses.
J’ai parlé à M. Richoud de votre demeure à Rome ; il m’a dit que vous pouviez y rester tant que cela sera nécessaire. Ainsi donc, quand nos jeunes gens seront définitivement casés, que tout pourra marcher comme il faut, et que vous jugerez que votre présence ne sera plus nécessaire, vous pourrez revenir.
Ecrivez-moi comment tout cela va, d’ici à quelques jours. Nous prions tous le bon Dieu pour vous tous, afin que vous profitiez bien de tout pour croître dans la foi et l’amour du bon Dieu.
Nous allons tous assez bien. Je vais beaucoup mieux maintenant. J’espère bientôt pouvoir reprendre tout mon travail. Tous ces messieurs vous envoient bien le bonjour.
J’arrive de Limonest maintenant. Tout le monde va assez bien et désire votre retour.
A Dieu, bonjour à tous mes enfants. Donnez-moi de temps et temps de vos nouvelles. J’ai reçu la dernière lettre de M. Broche.
Que Dieu vous bénisse tous.
Priez pour moi qui ne vous oublie pas.
- Chevrier
Lettre n°144 (79) [A Jean-Claude Jaricot] [3] [Rome, 19 mars 1877]
Cher frère et ami,
Merci de votre lettre que j’ai trouvée en arrivant, car je ne suis arrivé à Rome qu’aujourd’hui, lundi, à 2 h. J’ai séjourné deux jours à Marseille, et le dimanche à Gènes, pour faire passer mon rhume et me reposer. Je vais mieux ; la toux est moins forte, et je n’ai qu’un enrouement qui passera bien aussi.
J’ai trouvé mes quatre abbés bien portants et bien heureux ; je ne désire qu’une chose, c’est que mon séjour ici leur soit utile et à moi aussi. Je me recommande bien pour cela à vos prières, car j’en sens bien le besoin.
Je suis bien aise d’apprendre que Sœur Marie-Bernard a reçu les sacrements et qu’elle va mieux ; il faut espérer que Dieu nous la conservera. Dites lui bien de ma part que sa maladie lui sera très utile en la rendant plus humble, plus soumise et plus fixée à l’œuvre de Dieu. Qu’elle prenne courage et qu’elle soit bien humble et bien obéissante, et tout ira bien. Je prie pour elle, et qu’elle prie un peu pour moi.
Veuillez présenter mes salutations bien paternelles à toutes les Sœurs de Limonest, Sœur Marie et les autres, au frère Jacques et au frère Joseph ; le bonjour à tous.
Et à vous mes amitiés bien affectueuses et bien sincères. Faites bien en sorte de ne pas amener la foule à St André par les apparitions, parce que les apparitions de papier ne le méritent pas. Nous en avons bien ri.
Priez pour moi.
Je suis tout à vous.
- Chevrier
Ces Messieurs les Abbés vous envoient bien leurs amitiés respectueuses.
Lettre n°145 (80) [4] au Père Jean-Claude Jaricot Rome, 26 mars 1877
AU R.P. JARICOT, AUMONIER DE LA PROVIDENCE DE SAINT ANDRE A LlMONEST, RHONE, France
Cher frère et ami,
Vos pensées sur le sacerdoce sont bien vraies. Que de fois, moi aussi, j’ai pensé que je ferais bien d’aller décrotter les souliers au coin des rues, et que je ferais bien mieux mon salut, et que je ne me damnerais pas, ni peut-être les autres.
Mais, mon bon ami, quand on y est, ce n’est plus le temps de reculer, il faut forcer le bon Dieu à nous donner ce qu’il nous manque ; et puis, le bon Dieu a tant besoin d’ouvriers qu’il les prend bien un peu ou il peut, il n’en trouve pas toujours comme il voudrait ; sa vigne est grande : et puis, il y a tant de travaux divers dans son champ ! Contentons-nous du moindre, et nous serons toujours plus tranquilles sur notre sort et sur celui de ceux sur lesquels nous travaillons. Ayons toujours courage ; si jamais je forme une société de décrotteurs, je vous prendrai avec moi, nous ne ferons pas mal ensemble, seulement je ne pourrai guère courir, parce que je transpire de suite, mais je resterai au coin pour garder la caisse, et vous, vous ferez les courses ; attendant, continuons notre petite mission.
J’apprends avec plaisir que Sœur Marie-Bernard va mieux, que le bon Dieu soit béni ; j’espère que cette enfant nous aidera, et que la maladie n’aura fait que l’attacher davantage aux Sœurs et à l’œuvre.
Veuillez donc m’envoyer, dès que vous le pourrez, la liste complète des noms de tous ceux qui font partie de notre tiers-ordre, afin que je puisse nous faire affilier aux branches de l’ordre des Conventuels : noms des prêtres, abbés, frères, sœurs, étrangers, profès et novices.
Je ne sais pas le nom de religion de M. Léon à St André ; s’il n’était pas inscrit, il faudrait peut-être le lui demander aux vacances de Pâques, quand il viendra.
Je vous engage à beaucoup prier pour moi et mes jeunes abbés. Je ne sais pas bien ce que je pourrai faire ; je sens qu’il n’y a que la grâce de Dieu qui pourra bien les faire entrer dans une voie de pauvreté et de renoncement qu’ils appréhendent peut-être ; je vais doucement, car moi-même j’ai grand besoin de lumière.
Si la Providence vous amenait ici, j’en serai bien content. M. Fayard, avant de partir, m’a demandé à aller passer quelque temps à Limonest, se reposer ; s’il pouvait vous remplacer quelque temps, et vous, venir m’aider, j’en bénirais le bon Dieu.
Priez pour moi qui ne vous oublie pas. Le père Francesco, la mère Ursule vous envoient bien le bonjour.
- Chevrier
Lettre n°146 (81) [5] au Père Jean-Claude Jaricot [Rome, 10 avril 1877]
AU R.P. JARICOT AUMONIER DE LA PROVlDENCE SAINT ANDRE, LIMONEST
Cher frère et ami,
Puisque M. Richoud vous a permis de venir par le pèlerinage, il faut venir par ce moyen, parce qu’il ne faut pas demander de privilège. Puisque la permission vous est accordée, il faut tout simplement aller trouver M. Pagnon pour les permissions de M. Fayard.
Je pense toutefois que votre absence ne sera pas trop nuisible au Prado. S’il ne devait y avoir qu’ une messe au Prado, à cause de l’absence de M. Dutel, il ne faudrait pas venir.
J’aurais bien du plaisir à vous voir ici. Nous pourrions prier ensemble et travailler un peu. Nous n’aurons qu’une quinzaine de jours à passer ensemble ; mais que le bon Dieu soit béni en tout, et que nous ne cherchions que sa gloire et le bon esprit de Dieu.
A bientôt, si le bon Dieu le permet.
Dites à ceux qui vous demanderont quelque chose que l’on paye votre voyage, et que tout se fasse sans bruit et sans éclat.
Votre tout dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier
Vous m’apporterez des nouvelles de ma mère et de ces dames de Montchat. Mlle de Marguerie arrive demain matin mercredi.
Lettre n°147 (82) [6] [A Jean-Claude Jaricot] [Rome, avril 1877]
Cher confrère et ami,
Il vous sera probablement difficile de venir à Rome. Je le comprends ; cela souffrirait de la difficulté, soit de la part du Cardinal, soit de la part du Prado, à qui cela paraîtrait étrange ; attendons la fête de la Ste Trinité.
Voilà comment j’ai pensé ranger la chose, si cela est possible.
Avant de partir de Rome, je désirerais obtenir du Saint-Père une bénédiction particulière pour notre œuvre ; alors j’enverrais une supplique à Monseigneur le Cardinal, que je le prierai d’apostiller. Dans cette supplique je mettrai quelques points particuliers de notre règlement, et vous le présenterez au Cardinal ; et si vous pouvez obtenir sa signature, vous nous l’apporterez, et nous irons auprès du Saint-Père lui demander sa bénédiction et son approbation. Peut-être réussirons-nous, mais ce n’est pas là l’important ; l’important est de bien faire notre catéchisme et de faire quelque chose, le reste viendra assez.
Je vous avais demandé les noms de tous les tertiaires de la maison, prêtres, frères, sœurs, profès, novices et étrangers, pour les présenter au Père général Conventuel. Veuillez nous les envoyer au plus tôt.
Veuillez dire à M. Fayard qu’il peut aller à Limonest. Mais que vous ne pensez pas absenter de si tôt.
Dites à la Sœur Marie-Catherine de dire à ces personnes de la Savoie qu’elles peuvent aller dans leur pays, si ça leur fait plaisir, que le bon Dieu aimera bien partout, en quelque lieu qu’elles soient, et qu’elles ne s’inquiètent pas.
Quant à Mlle de Marguerye, l’appartement qu’occupent M. Bernerd et ces dames, à côté de nous, ne sera libre que dans un mois, et que l’appartement de Ste Brigitte est de cinq pièces et n’est pas libre non plus.
Quant à nos jeunes abbés, je sens que mon autorité est bien faible. Duret et Delorme semblent mieux entrer dans nos pensées et mieux comprendre la pauvreté et la vie du Prado. Broche et Farissier ont beaucoup de raisonnements ; Broche surtout ne dit rien et semble avoir d’autres idées arrêtées, il raisonne, il est savant ; l’autorité de MM. Jaillet, Dutel, et du séminaire, ont du poids sur eux.
Il faut prier.
J’ai reçu des nouvelles de St André. Je prends bien part à la joie de tous vos enfants, et veuillez leur dire mille choses de ma part. Saluez toutes les Sœurs aussi ; ayez soin de Sœur Fr. Xavier qui est malade.
Et continuons à prier pour que tout s’arrange pour sa gloire et notre salut.
Salut à tout le monde, au frère Jacques, au frère Joseph et aux autres,
- Chevrier
Lettre n°148 (83) [7] [A Jean-Claude Jaricot] [Rome, fin avril 1877]
Mon bon frère et ami,
J’ai reçu votre lettre et les noms de tous nos frères et sœurs du tiers-ordre.
Je vais tâcher de voir le Père général pour affilier notre chapelle au tiers-ordre et lui obtenir les indulgences attachées à l’ordre.
J’approuve bien les appréciations que vous faites un peu vertement sur certains abus qui ne sont nullement de mon goût et qui ne conviennent pas à des prêtres. Comme il serait à désirer de voir des prêtres religieux et animés de cet esprit de pauvreté et de sacrifice qui doit exister dans toute la vie du prêtre !
Comme on se fait vite à la vie de bourgeois, et comme il est difficile de revenir là-dessus, quand une fois on y a pris le goût et qu’on y est entré.
Je sens aujourd’hui combien il me sera difficile de détruire ce qui est déjà établi dans les esprits de nos jeunes abbés et nos enfants. Je sens toute la difficulté, et de l’autre côté je sens toute ma faiblesse. Je n’ai jamais mieux compris combien il était nécessaire d’être saint pour établir quelque chose ; que, pour communiquer aux autres un peu de vie spirituelle, il faut être rempli soi-même. Je gémis sur ma pauvre misère, lâcheté et mon ignorance. Je sens qu’il faudrait attaquer d’abord moi, et me sanctifier avant de sanctifier les autres.
Priez pour moi. Merci des messes que vous dites pour moi.
Je travaille à mon Vrai Disciple, je l’explique tous les jours, nous allons commencer à voir la pratique, c’est là qu’il y aura probablement quelques difficultés.
Duret et Delorme me paraissent disposés au moins un peu mieux. Delorme hier disait qu’il ne voulait plus garder sa montre, qu’il suffisait bien d’en avoir une en commun. Farissier et Broche n’étaient pas de cet avis.
Demain nous allons commencer à traiter de la communauté de biens entre les frères. Je verrai comment cela prendra, si on fera le sacrifice de ses petites bourses particulières. J’aurais besoin de vous pour m’aider et appuyer un peu sur le détachement.
Voilà comment je pense faire : achever mon petit travail sur le Véritable Disciple et le faire examiner par des prêtres sérieux et marcher avec leur approbation. Et si Monseigneur vient à Rome, je le lui montrerai, et nous suivrons cette règle.
Veuillez remettre ce petit billet à Sœur Marie, où je lui recommande d’avoir soin de ses sœurs et de donner suffisamment à manger.
Bonjour à tous. Mes amitiés.
- Chevrier
Les Sœurs désireraient bien que vous leur fassiez deux fois le catéchisme par semaine ; voyez si vous le pouvez.
Lettre n°149 (84) [8] AU R.P. Jaricot, à la providence du Prado, [Rome,] 4 juin [1877]
Bien cher frère et ami,
J’ai reçu vos deux lettres. Il faut bien s’attendre à des contradictions et à des oppositions. Si ça allait tout seul ce serait bien trop beau. Mais voilà ce qui me console, c’est que nous faisons l’œuvre de Dieu ; que le bon Dieu jusqu’à ce jour nous a toujours protégés, et je pense bien que sa protection ne cessera pas d’être sur nous ; les oppositions de M. Richoud ne feront que rendre la vocation de nos jeunes prêtres plus ferme et plus solide ; si on veut les enlever et qu’ils tiennent bien à l’œuvre, ce sera une preuve qu’ils sont véritablement à nous, que le bon Dieu nous aide et nous donne sa grâce.
Vous avez repris les fonctions du catéchisme, j’en suis bien aise, continuez ; c’est une belle fonction quand on la fait avec l’esprit de Dieu.
Nous pensons partir lundi prochain pour arriver vendredi matin, ou bien jeudi soir, si nous pouvons ; nous passerons par Assise et Lorette, je ne veux pas les priver de cette faveur, vu que les dépenses ne sont pas bien différentes.
Il paraît que le Consistoire est le 25 de ce mois ; en arrivant le 14 ou le 15, je pense que nous aurons le temps de voir le Cardinal avant son départ.
Courage. Prions le bon Dieu et soumettons-nous en tout à sa sainte volonté.
Bonjour à toutes les Sœurs, mes salutations à tous ces messieurs.
Nos messieurs vont bien et vous envoient bien leur salut.
Et je suis votre tout dévoué.
- Chevrier
Je pense que M. Bernerd est parti ; je ne lui écris pas, je lui ai écrit la semaine dernière. Je ne sais pas si la maison Millet est vendue, et à qui.
Lettre n°150 (85) [9] Au Père Jaricot. A La Providence Du Prado. [Rome, juin 1877]
Cher frère et ami,
Nous restons jusqu’à L’arrivée de Monseigneur le Cardinal. Peut-être que notre visite sera plus heureuse pour nous, ou moins heureuse, tout cela est entre les mains de Dieu ; veuillez dire une messe à cette intention, afin que cette visite soit utile à notre œuvre et que nous commencions sérieusement une vie vraiment apostolique et évangélique.
Nos nouveaux confères paraissent bien disposés et bien dévoués, et ils feront tout leur possible pour rester unis et attachés à l’œuvre.
Je leur ai donné à chacun leur emploi et je crois qu’ils feront leur possible pour le bien remplir ; c’est à l’œuvre que l’on connaît l’ouvrier, ce ne sera donc qu’à la besogne que nous verrons les ouvriers.
J’ai reçu une lettre de sœur Véronique qui en contenait plusieurs des jeunes sœurs ; je vais leur répondre un petit mot.
J’ai écrit à Monsieur Bernerd, il y a trois jours, pour le remercier de la nouvelle qu’il me donnait du départ du Cardinal, et je le priais d’avertir ma mère que je retardais mon voyage de 8 jours, à cause de l’arrivée de Monseigneur. Veuillez en avertir ma mère et lui dire que je vais bien, quoiqu’il fasse bien chaud, mais que nous arriverons 8 jours plus tard ; que nous partirons dés que nous aurons pu voir son Eminence.
Continuez bien à faire le Catéchisme. Je n’ai pas encore écrit à Monsieur Fayard ; je ne sais pas encore bien comment nous nous organiserons, tout cela dépendra des intentions de Monseigneur.
Le petit frère Francesco a fait des démarches pour vous ; nous ne pourrons peut-être pas emporter la dispense avec nous, mais il nous l’enverra de suite.
Bonjour à tout le monde.
Votre tout dévoué.
- Chevrier
Mlle de Marguerye est partie il y a 8 jours de Rome, elle ne nous a pas donné de ses nouvelles, quoiqu’elle nous l’avait promis. Je crois que le nuage n’était pas entièrement dissipé. Si vous la voyez, présentez-lui mes devoirs.
Lettre n° 151 (86) [10] au Père Jean-Claude Jaricot [Rome, 19 juin 1877]
AU R.P.JARICOT, A LA PROVIDENCE DU PRADO. RUE CHABROL 55. GUILLOTIERE. LYON, FRANCE
Cher frère et ami,
Nous avons vu le Cardinal ce soir, qui nous a bien reçu, et qui nous a dit qu’il ne nous inquiéterait pas. Nous partons ce soir de Rome, mardi, et nous arriverons probablement samedi soir à Lyon. Priez pour les voyageurs.
Je reçois votre télégramme à l’instant.
Demandez les 6000 francs à ma mère, il y a de l’argent dans mon prie-Dieu, ou bien elle en trouvera chez ces dames de Montchat.
Nous arriverons probablement samedi à midi et demi, ou bien à celui du soir, si nous ne sommes pas à celui de midi.
Bonjour à tout le monde. Priez pour nous.
Votre tout dévoué.
- Chevrier
Lettre n°152 (87) [11] au Père Jaricot [Lyon,] 4 avril 1878]
Cher confrère et ami,
Je n’ai pu voir votre mère qu’hier, c’est pour cela que je n’ai pas pu répondre à votre lettre plus tôt. Votre mère a été bien attristée de votre départ, ainsi que tout le monde ; mais elle espère, ainsi que tous ceux que vous avez laissés, que la Providence vous ramènera au milieu de nous, et que ce temps ne fera que vous rendre plus sage, plus fervent et plus apte à l’œuvre des prêtres pauvres, que vous avez toujours aimée et pour laquelle vous avez été ordonné. Pour moi, je prie Dieu qu’il éclaire vos supérieurs, et vous aussi, et que Dieu trouve en tout sa plus grande gloire et le salut des âmes. « Dieu et les âmes », voilà tout ; le reste n’est rien. Ainsi priez donc pour nous, cher ami, au milieu de votre sainte retraite et obtenez-nous notre conversion et le bonheur de bien faire notre catéchisme, de savoir bien instruire les pauvres, les ignorants et les abandonnés de tout le monde.
Nos œuvres vont toujours à peu près à part le vide que votre absence fait au milieu de nous.
Tous ces messieurs vont assez bien et continuent avec ardeur le travail de l’instruction.
Priez, s’il vous plaît, pour moi. Vous savez mieux que personne combien j’en ai besoin au milieu de tout ce chaos d’affaires ou je me trouve, il nous faudrait beaucoup d’ouvriers pour pouvoir abonder à tout.
Vos sœurs de Limonest prient beaucoup pour leur Père Jaricot, elles se trouvent bien dans la solitude et l’abandon.
Monsieur Cusset est professeur à St Bonaventure.
Vous me parlez, dans votre lettre, d’une œuvre de prêtres pauvres dans l’Allemagne. Si vous pouvez m’en donner quelque détails, je les apprendrais avec plaisir ; pour nous, nous ne pourrons commencer réellement l’œuvre des paroisses qu’avec les enfants de nos écoles ; et j’espère, avec la grâce du bon Dieu, que ça réussira : le temps, la grâce, la patience et surtout la sagesse arrangeront tout pour le mieux.
Je me recommande à vos bonnes prières. Je connais assez votre bon cœur pour savoir que vous ne nous oubliez pas. Tout le monde vous envoie leurs salutations bien sincères et bien affectueuses : tous ces messieurs, ma mère, les enfants et les Sœurs. Nous ne vous oublions pas et nous espérons tous vous revoir, pour nous aider encore mieux qu’autrefois.
Recevez donc, cher Frère et ami, nos salutations très affectueuses en Jésus-Christ.
Veuillez présenter nos profonds respects au très Révérend Père Abbé.
Nous nous recommandons tous à vos prières et à celles de la communauté.
Votre tout dévoué en Jésus-Christ
A.Chevrier
Lettre n°153 (88) [12] [A Jean-Claude Jaricot] [Prado.] 9 avril 1878
Cher Frère et ami,
Votre exemple produit des effets admirables !
L’Abbé Duret, depuis plusieurs jours, me dit qu’il n’est pas capable de faire le catéchisme, qu’il faut faire son salut avant tout, qu’un homme n’est pas nécessaire à une œuvre aussi belle, que Dieu saura bien le remplacer, Dieu ne m’abandonnera pas, qu’il sent le besoin de retraite et de travailler, qu’il faut qu’il aille à la Grande Chartreuse, qu’il aurait mieux fait de rester frère et de se dévouer à l’Œuvre sans prendre la responsabilité du prêtre, que cette responsabilité lui fait peur et qu’il a peur du jugement de Dieu, que, quand aura passé quelques années à la Grande Chartreuse, il reviendra plus fort et plus sûr de sa vocation, que pourtant la vocation du Prado est bien belle, qu’il n’en choisira pas d’autre, mais qu’il faut qu’il s’en aille. Je ne sais si après cette série il ne s’en ira pas.
L’Abbé Farissier a toujours l’envie d’être missionnaire et laisse, de temps en temps, percer son envie d’aller en Chine.
L’Abbé Broche préfère bien Limonest au Prado et restera, je pense, avec Monsieur Jaillet.
L’Abbé Delorme n’a pas de santé et ne pourra faire seul, malgré son courage, il aurait besoin de passer quelques mois à la campagne, et le départ de ses compagnons ne l’encouragera guère.
Si la chose réussit ainsi, je prierai messieurs les latinistes d’aller au Séminaire et je ne pourrai reprendre des enfants pour la première communion. Je ne me sens ni la santé, ni le courage de faire maintenant comme autrefois. Le bon Dieu m’avait donné des aides, de bons coadjuteurs il me les reprend que son saint nom soit béni. Le bon Dieu me prouvera, d’une manière évidente alors, qu’il n’a pas besoin de personne pour faire son œuvre ; vous dites tous que le bon Dieu n’a pas besoin de personne, qu’il fera bien sans nous, c’est évident ; je pense qu’après nous le bon Dieu en enverra d’autres qui feront mieux que nous ; c’est ma seule consolation et ma seule espérance, car j’éprouverai tout de même une certaine peine de voir le Prado désert et sans enfants, lorsque, pendant dix-huit ans, il a été le lieu de tant de sueurs et de travaux et de conversions.
Allez-vous en tous prier et faire pénitence dans le cloître ; je regrette de ne pouvoir y aller moi-même, car j’en ai bien plus besoin que vous, étant plus âgé et par conséquent ayant beaucoup plus de péchés que vous ; mais, si je n’y vais pas, j’irai peut-être à Saint-Fons, et j’aurai la consolation d’avoir fait des trappistes et des chartreux et des missionnaires, si je n’ai pas réussi à faire des catéchistes, quoique, ce me semble, ce doit être aujourd’hui le besoin de l’époque et de l’Eglise.
A Dieu, mon cher ami, priez pour nous, et pour moi surtout qui pensais avoir fait quelque chose, une œuvre, et je vois que je n’ai rien fait. Puisse cette humiliation m’instruire et expier tous mes péchés d’orgueil et autres de ma vie.
Votre frère en Jésus-Christ délaissé sur sa croix.
- Chevrier
Aux quatre premiers prêtres du Prado Broche, Delorme, Duret, Farissier
Lettre n°154 (118) Monsieur L’abbé Farissier. Au Prado. Lyon [Limonest, mai 1878]
Cher frère et ami,
Sœur Marie-Catherine est allée hier au Perron pour y placer la grosse Pauline qui a 45 ans et que nous avons depuis 7 ans. Ayant fait sa première communion, il faut tâcher de la caser quelque part, puisque notre but est atteint.
On a répondu à Sœur Marie-Catherine que le moment était favorable, puisqu’on allait inaugurer au Perron un nouveau bâtiment, et y placer probablement des gens de cette espèce, mais qu’il fallait la protection d’un administrateur, de Monsieur de Monteynard par exemple, qui est un des principaux. Il faudra donc que vous ayez la complaisance d’aller voir Monsieur de Monteynard avant l’Ascension, parce que c’est ce jour-là que les administrateurs tiendront conseil pour l’admission des sujets, et le prier de recevoir le notre.
Il ne faudrait pas dire qu’elle est à Limonest, mais dire seulement qu’elle est dans notre œuvre et qu’ayant fait sa première communion nous ne pouvons plus la garder. Que le bon Dieu bénisse votre démarche.
Il faudra un certificat du médecin attestant qu’elle est imbécile et un autre du commissaire attestant qu’elle est indigente et que nous l’avons dans notre œuvre depuis 7 ans.
Ayez soin de vous pour travailler toujours avec zèle à la gloire de Dieu,
A mercredi. Tout à vous.
- Chevrier
Je joins une lettre à Monsieur de Monteynard pour le prier de recevoir notre fille.
Lettre n°155 (119) [A Claude Farissier] [1878]
Cher frère et ami,
Que Mlle Grivet suive les exercices que je lui ai donnés les années précédentes, qu’elle prenne pour lecture le renoncement à soi-même de Mgr de Ségur ; elle a dû en acheter plusieurs pour les latinistes ; dites-lui que j’en réclame un pour moi.
L’Evangile dit : Faites le bien sans rien espérer. C’est le moment d’en faire l’application et une leçon pour vous de ne jamais accepter de dîner chez les gens auxquels on rend service, car c’est ainsi qu’ils nous payent ordinairement ; or, ce paiement est trop peu de chose pour l’accepter. « Avis ».
Tâchez de placer Sœur Agnès et Mlle Thérèse le plus tôt possible, sans manquer toutefois à la charité.
Tout à vous et salut en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 156 (120) à Claude Farissier [Vichy, 14 juin 1878]
MONSIEUR L’ABBE FARISSIER, AUMONIER DE LA PROVIDENCE DU PRADO
RUE CHABROL 55, LYON-GUILLOTIERE
Cher frère et ami,
Nous sommes arrives ce soir à 4 h. à Vichy.
Nous sommes logés rue de la Chaume, chez M. Corré-Busson. Notre état de santé est à peu prés le même.
Veuillez avoir l’obligeance de m’envoyer mon Celebret, afin que je puisse célébrer la Ste Messe au moins dimanche.
Priez pour moi et demandez la sagesse.
Bonjour à tous les frères en Notre Seigneur dans le sacerdoce. Salut aux Sœurs. Bonjour à tous nos enfants.
Que la paix du bon Dieu soit avec vous.
- Chevrier
Lettre n° 157 (109) [A François Duret] 16 juin 1878
Cher frère et ami
Je vous envoie la lettre de M. Thibaudier, notre voisin, qui nous demande l’admission d’un petit garçon de 11 ans. Veuillez lui répondre que cet enfant est trop jeune ; je ne pense pas que vous ayez de la place pour lui ; voyez, examinez toutefois dans votre sagesse et charité si vous pouvez l’admettre, mais pas aux dépens de plus malheureux et plus âgés que lui. Ayez bon courage ; les pauvres et les déshérités, les ignorants et les pécheurs sont notre partage, et notre lot n’est pas le plus petit, plaise à Dieu que nous puissions suffire à la besogne.
J’ai reçu mon celebret que l’ami Delorme m’a envoyé, merci ; j’ai pu célébrer le St Sacrifice aujourd’hui et j’ai prié pour vous tous, afin que vous ayez tous l’esprit de Dieu. Ne cessons pas de le demander tous les jours et de le chercher dans la vie, les exemples et les paroles de Notre Seigneur. Quant à notre vie matérielle, elle est toujours à peu près la même. Je vais commencer mon traitement des eaux, demain lundi, régulièrement. Si les eaux de la terre pouvaient se changer en eaux de grâce, nous en serions bien abreuvés, car il pleut constamment.
C’est curieux comme le monde cherche à retenir la vie du corps. Que de soins, que de remèdes, que de précautions pour retenir cette vie matérielle. Si nous en faisions autant pour retenir la vie spirituelle, autant pour l’entretenir et la conserver, comme nous aurions une bonne santé. Travaillons à acquérir la vie de l’âme qui ne périt pas et priez pour que je croisse plutôt dans cette santé spirituelle qui est infiniment plus utile que cette santé corporelle qui périt toujours, tandis que l’autre ne meurt pas.
Ma mère va passablement. Sœur Antoinette semble aller un peu mieux, le repos lui est très utile.
Donnez-moi des nouvelles du Prado. Si le bon Dieu me rend suffisamment de santé, je l’emploierai à passer quelque temps à St Fons, pour travailler à notre œuvre et acquérir l’esprit de Dieu qu’il me semble devoir exister parmi nous.
Présentez bien mes salutations bien affectueuses au Père Jaillet, au Père Dutel. au Père Jacquier. Je ne crois pas que le Père Bernerd soit de retour ; s’il était arrivé, veuillez ne pas m’oublier auprès de lui.
Salut à tous les frères, à tous nos enfants, soit de la première communion, soit de l’école cléricale.
Salut à toutes les Sœurs qui travaillent pour Dieu et nous aident dans notre œuvre. Salut à toutes nos petites filles et à tous ceux qui nous sont attachés dans Notre Seigneur.
Bonjour affectueux à M. Chamba et à nos préfets.
Prions pour que l’œuvre de Dieu grandisse et se multiplie par vous et que vous grandissiez aussi dans la petitesse et l’humilité, pour que l’œuvre de Dieu soit stable et que vous appreniez de plus en plus à catéchiser les pauvres, à instruire les ignorants et à vous dévouer pour les malheureux.
Priez pour moi, je prie sans cesse pour vous.
Que l’esprit du Seigneur soit sur nous tous et nous fasse fructifier dans le bien.
- Chevrier
Rue de la Chaume, Maison Corré Busson, Vichy, Allier
Lettre n° 158 (121) Mr L’Abbé Farissier, Aumônier de la Providence du Prado,
LYON, GUILLOTIERE
Cher frère et ami
Je réponds à toutes les petites questions que vous m’avez faites dans vos dernières lettres.
Veuillez envoyer un mandat sur la poste de 120 francs à Maurice Daspres au séminaire de Grenoble. Quant à Mlle Marmoiton, il faut laisser la famille se débattre avec la communauté en ce qui concerne la pension, ce n’est pas notre affaire. Si la communauté n’est pas sûre, comme vous le dites, dites-lui de se placer ailleurs.
Quant à M. l’abbé Clerc, employez-le aux petits garçons, comme vous avez déjà fait ; c’est une bonne œuvre à faire, et il faut toujours faire les bonnes œuvres ; notre maison doit être le refuge des malheureux, des affligés et de ceux que le monde ne veut pas. « Venez à moi, vous tous qui êtes affligés et je vous soulagerai. Ante omnia charitatem mutuam habentes et continuam ». Si votre frère tombe en quelque faute, relevez-le avec humilité, pensant que si vous vous étiez trouvé dans les mêmes occasions, vous en auriez fait tout autant. Que serions-nous si le bon Dieu ne nous soutenait ; notre maison est le refuge du pécheur, quel qu’il soit et soyons heureux de les recevoir et de leur rendre service. Oh ! oui, c’est un beau cadeau que je vous fais, puisque je vous donne occasion de pratiquer l’humilité et la charité ; qu’importe ce que le monde dira pourvu que nous fassions le bien.
Quant à donner de l’argent à Sœur Madeleine, j’en ai remis à M. Dutel, qu’elle lui en demande, mais qu’elle ne fasse pas de dépenses sans autorisation de ses supérieures ; on ne doit pas faire plus qu’on ne peut.
J’ai reçu une lettre de Perrichon, que j’enverrai à l’abbé Delorme.
Quant à votre visite à Vichy, j’aurai bien du plaisir à vous voir, mais avant de satisfaire un plaisir, il faut consulter la nécessité ; il faut agir en pauvre en tout ; je suis assez malheureux d’avoir agi en riche encore cette fois, en venant ici, car ce n’est pas la place d’un pauvre.
Veuillez me dire si Mlles Dussigne sont à Lyon, et, si elles y sont, veuillez leur présenter mes devoirs et mes sentiments de gratitude et me donner de leurs nouvelles.
J’ai vu samedi le Père Bernerd qui est venu me voir à Vichy et qui doit rentrer à Lyon aujourd’hui. Présentez mes devoirs et mes sentiments affectueux. Envoyez-moi une petite feuille d’examen de conscience ; je copie le catéchisme, cette feuille me sera utile.
Cherchez un peintre et faites faire deux exemplaires des petits tableaux qui sont dans la chapelle particulière : « la Crèche et le Tabernacle », afin que je puisse les faire placer à St Fons et au nouveau parloir ; vous les ferez faire de la même dimension.
Dites-moi où en est l’acquisition du nouveau terrain qui est derrière la cuisine. Faites placer le plancher du nouveau parloir dés qu’il sera assez sec, afin que l’on puisse s’en servir. Vous ferez peindre les croisées de la même couleur que celle de la grande porte. Je crois que c’est Monsieur François qui a peint cette porte.
Faites nettoyer St Fons, afin que les 3e puissent y faire leur retraite bientôt.
Voilà à peu près les commissions que j’avais à faire.
Je vais écrire aux Sœurs, au Père Jaillet et au Père Jaricot. Je suis bien honteux de vivre dans l’oisiveté quand vous travaillez, vous, et que vous pouvez à peine suffire au travail. Je travaille à recopier mon catéchisme qui doit être pour nous une affaire importante. Priez Dieu pour moi ; je ne vous oublie pas chaque jour ; je vais bien, priez surtout pour la guérison de l’âme, afin que je puisse achever l’œuvre de Dieu, c’est l’essentiel, le reste n’est rien.
Salut à tout le monde, en général et en particulier ; je ne vous oublie pas et je suis toujours avec vous, en union avec Notre Seigneur notre Maître.
- Chevrier
Lettre n° 159 (110) [A Francois Duret] [Vichy, commencement juillet 1878]
Cher frère et ami
Merci de votre bonne lettre ; si les coquins de frères vous ont empêché d’écrire à votre tour, vous vous êtes bien dédommagé en faisant une longue lettre.
Soyez toujours gai et aimable, c’est une des qualités d’un serviteur du bon Dieu. La saison s’avance, il me tarde de retourner auprès de vous qui êtes ma véritable famille, le temps dure éloigné de ses enfants et de son petit troupeau ; je vais donc rentrer au milieu de vous, un peu plus fort et mieux portant que je ne l’étais au départ, sans toutefois être entièrement rétabli, puisque beaucoup de choses ne peuvent digérer et qu’il faut toujours choisir ; mais cela n’empêche pas que ça va mieux. Je vais donc rentrer lundi soir à 3 h 20. Nous partirons par le train de 9 h 1/2 de Vichy pour rejoindre celui de Paris à St Germain-des-Fossés.
Sœur Antoinette va bien mieux, ma mère ne va pas mal aussi, et Mademoiselle Jenny est à peu près la même, enfin, Dieu soit béni, le corps va mieux ; si l’âme allait mieux aussi, car c’est elle qui a la véritable vie.
C’est donc avec plaisir que nous reverrons notre pauvre Prado et surtout ceux qui l’habitent.
Veuillez dire à M. Suchet de venir à la gare, avec sa petite voiture pour amener notre petit bagage. Il faudra l’avertir quelques jours d’avance pour qu’il n’arrive pas le lendemain ; c’est un bon homme que le Père Suchet et il pourrait bien se faire qu’il fût avant nous en Paradis ; il marche peut-être plus vite dans la voie spirituelle que dans la voie temporelle.
J’ai beaucoup de lettres sur ma table, une vingtaine au moins ; dites à ces bonnes gens que, la semaine prochaine, je leur rendrai réponse de vive voix.
Merci au bon ami Broche, de sa lettre qui me donne des détails sur sa classe et les autres personnes qui m’intéressent. Présentez bien mes hommages au Père Jaillet et je pense bien qu’il se consolera de la perte de cette bonne vache qui nous donnait à tous du bon lait. Il faut être reconnaissant envers le bon Dieu de tous ses bienfaits, et surtout des bons animaux qu’il nous a donnés pour nous aider et nous nourrir dans nos besoins.
Je rendrai réponse à l’ami Farissier sur les divers petits points qu’il me signale dans sa dernière lettre.
Mes respects au Père Dutel, mes amitiés au Père Jacquier.
Bonjour à tout le monde en attendant que je puisse vous embrasser cordialement, pour travailler ensemble à notre conversion et à notre sanctification.
Salut à toutes les Sœurs et à tous nos enfants.
Priez pour nous ou plutôt merci de toutes vos bonnes prières.
Votre tout dévoué frère en Jésus Christ.
- Chevrier
Je sais que le Père Berne est à Roanne.
Lettre n° 160 (122) à Mr l’Abbé Farissier [Vichy,] Ce 6 juillet 1878
MONSIEUR L’ABBE FARISSIER, AUMONIER DE LA PROVIDENCE DU PRADO.
RUE CHABROL 55, LYON-GUlLLOTIERE
Cher frère et ami
Veuillez dire à Madame Mioche que je ne puis aller à Lamothe, que je ne puis absenter trop longtemps de la maison, et que, lundi soir, après-demain 8 juillet, je rentrerai au Prado par le train de 3 h 1/2.
Je la remercie bien de sa charitable invitation, mais je ne pourrais lui rendre aucun service, et j’ai le travail du Bon Dieu à faire avant tout ; chacun son travail.
Salut à tout le monde
et que la bénédiction de Dieu soit sur nous tous.
- Chevrier
Lettre n° 161 (123) à monsieur l’abbé Farissier, au Prado. Lyon. 17 septembre 1878
Cher frère et ami
Je suis bien content que vous ayez rangé les choses avec Mlle Chapuis. Je pense que ça ira mieux, une petite visite fait toujours mieux que le reste.
Quant au maçon, il peut passer chez M. Jutton pour déposer ses remblais, c’est convenu. Il est aussi convenu que nous élèverons de moitié un mur de clôture de 3 mètres d’élévation, de 50 cm de largeur. Ayez l’obligeance de voir la limite fixée par le géomètre, et de prendre 25 cm sur le voisin et 25 cm sur nous.
Le mur doit être aux frais des deux propriétaires, il faut qu’il soit en pierre, comme le reste des clôtures voisines.
Merci de vos commissions bien faites.
Salut à tous et amitiés.
- Chevrier
Point d’enveloppe. Point de pain à cacheter.
Lettre n° 162 (138) [A Nicolas Delorme] [1878]
Les pénitences corporelles sont très utiles, mais les pénitences spirituelles le sont davantage et il faut savoir prendre les unes avec modération et prudence et accepter les autres avec joie et amour pour sa sanctification. J’aimerais bien vous voir accepter des pénitences humiliantes qui contrarieraient votre volonté, vous êtes naturellement volontaire et indépendant, peu régulier dans votre vie, il faut que nos pénitences nous rendent saints et bons pour le prochain.
J’aimerais bien que vous prissiez pour pénitence de dire votre bréviaire exactement : matines, la « veille » ; petites heures, le « matin » ; que vous ne sortiez pas sans permission, que vous fassiez bien tous vos efforts pour accomplir vos exercices et que vous soyez bien régulier pour les exercices de l’école.
Que, quand vous avez manqué un exercice quelconque, vous vous en accusiez et demandiez une pénitence.
Quant aux pénitences corporelles, je ne puis vous permettre toutes celles que vous me désignez. Vous savez comment nous avons perdu le pauvre Génon ; il a voulu faire des excès dans ce genre, et cela sans notre permission et malgré nous, et il est mort un peu par sa faute.
Je trouve donc vos pénitences trop exagérées, vous les réduirez comme je les ai marquées plus haut.
Demandons chaque jour l’esprit de Dieu, afin qu’il nous conduise et nous fasse marcher dans cette bonne voie d’humilité, de pénitence, de pauvreté, de charité qui nous rend saints.
Que Jésus notre bon Maître vous bénisse et vous fasse porter de bons fruits.
- Chevrier
Aux autorités ecclésiastiques
Lettre n° 163 (58) Au Père Bruno, Capucin
Mon Révérend Père,
J’ai reçu il y a quelque temps ces permissions de l’Ara Coeli, puis-je m’en servir ? Je n’avais pas fait attention à la dernière ligne qui renferme une condition « ubi fratres »… et j’ai béni plusieurs croix pour les indulgences du chemin de la croix. Que faire ?
J’ai l’honneur d’être avec un profond respect
votre dévoué serviteur et frère en Jésus-Christ
A.Chevrier
Lettre n° 164 (60) [A Monsieur Orcel, Vicaire Général] [24 février 1870]
Monsieur le Vicaire Général,
Les Pères Carmes de Lyon viennent de temps en temps prêcher dans notre petite paroisse du Moulin à Vent. Ils trouveraient l’occasion de confesser, s’ils avaient les pouvoirs.
Voudriez-vous avoir la bonté de les leur accorder, quand ils viendront nous visiter ; cela nous rendrait service et à nos paroissiens aussi.
J’ai l’honneur d’être, avec un profond respect,
votre très humble et très respectueux serviteur.
- Chevrier
au Moulin à Vent, par Vénissieux
Lettre n° 165 (524) [lettre de Mr Orcel copiée par le Père Chevrier] 2 avril 1873
Vénéré Père Chevrier,
Il nous est revenu qu’on aurait publiquement établi un tiers-ordre de franciscains et donné l’habit de cet ordre dans l’église du Moulin-à-Vent, sans aucune autorisation de l’Evêché. La chose a fait assez de bruit dans les environs.
Sans doute que tout cela est nul aux yeux de Dieu et devant les lois de l’Eglise. On prétend même qu’il y aurait des censures encourues, ce que je ne crois pas.
Nous ne voulons pas humilier le prêtre qui a agi de la sorte, en faisant connaître cette nullité mais nous vous prions, Révérend Père, de lui recommander plus de défiance de lui-même et de respect pour les règles de l’Eglise. Nous n’en sommes pas moins reconnaissants des services que vous rendez là et ailleurs, vénéré Père, et vous prions d’agréer nos sentiments respectueux.
Orcel. V.G.
Lettre n° 166 (534) [a m… Vicaire général]
Monsieur le Vicaire Général,
Nous avons sur notre paroisse du Moulin à Vent (près Vénissieux) une négresse qui est domestique chez un de nos bons habitants, elle a une quarantaine d’années. Nous sommes parvenus à lui apprendre les principales vérités de la religion, et nous pensons qu’elle peut être baptisée.
Voudriez-vous avoir la bonté de nous autoriser à lui donner le St Baptême pour qu’elle ne soit pas privée plus longtemps de ce sacrement.
J’ai l’honneur d’être avec un profond respect Monsieur le Vicaire Général votre très humble et très obéissant serviteur.
- Chevrier
au Moulin à Vent
Lettre n° 167 (61) [A Monsieur Pagnon, Vicaire Général] [Novembre 1873]
Monsieur le Vicaire Général
Voudriez-vous avoir la bonté de m’accorder le pouvoir de délier les personnes qui sont tombées dans des fautes qui produisent un empêchement à l’usage du mariage (au moins pour quelques cas). Je vous en serais très reconnaissant pour les pécheurs.
J’ai l’honneur d’être avec un profond respect, votre très humble et dévoué serviteur.
- Chevrier
Serait-ce trop indiscret de demander si nous aurons le bonheur d’avoir Monsieur Ardaine pour nous aider au Prado et si nous pouvons lui préparer une chambre.
Lettre n° 168 (62) A Mgr Thibaudier. évêque de Sidonie, à Lyon Lyon, le 8 novembre 1875
Monseigneur,
Vers la fin du mois de mai dernier, Votre Grandeur eut la bonté d’appuyer de sa bienveillante recommandation une supplique par laquelle nous demandions humblement à Notre Saint Père le Pape la faveur de vivre en communauté, sous la règle du Tiers-Ordre de St François approuvée par Léon X. Le Saint Père daigna nous accorder sa Paternelle Bénédiction, et remettre notre supplique à la Sacrée Congrégation des Evêques et Réguliers.
Permettez-nous Monseigneur, de vous supplier de vouloir bien nous continuer votre protection auprès du Saint Siège afin que nous puissions vivre en communauté pour le bien de notre œuvre et le salut de nos âmes.
Daignez agréer l’hommage du plus profond respect avec lequel je suis, Monseigneur, de votre Grandeur, le très humble et très obéissant serviteur.
- Chevrier, du tiers ordre de St François
aumônier du Prado, à Lyon
Lettre n° 169 (63) Copie de la lettre de Mgr Thibaudier, 9 novembre 1875
A L’OCCASION DE NOTRE DEMANDE A ROME
Cher Monsieur Chevrier,
Vous savez combien l’autorité diocésaine à Lyon apprécie vos différentes œuvres. J’en ai déjà témoigné dans une de vos suppliques au Saint-Siège. Je déclare bien volontiers et affectueusement que si votre pieuse association ne nous paraît pas encore, non plus qu’à vous d’ailleurs, avoir un caractère assez défini et assez solide pour recevoir de Rome la consécration d’une Congrégation religieuse au sens donné en France à ce nom, Mgr l’Archevêque et tous les membres de son administration seront heureux des grâces et indulgences conformes à votre demande ci-jointe, qu’il plaira au S’ Père de vous accorder à vous et aux personnes qui vivent pieusement en société avec vous.
Odon, évêque de Sidonie, auxiliaire de Mgr l’Arch.
Lettres aux sœurs du Prado 1859-1879
Sur cette page, nous trouvons une reproduction du tableau de Saint Fons pour les sœurs.
A Sœur Marie :
Lettre n° 170 (159) [1] A Sœur Marie 29 juin [1869]
Mes bien chères Sœurs en Notre Seigneur,
Je vous remercie bien des prières que vous faites pour ma santé, je pense que le bon Dieu vous exaucera, je vais mieux. Je ne désire la santé que pour achever l’œuvre que le bon Dieu m’a donnée à faire ; aller mieux pour travailler à cette œuvre spirituelle et vous donner ensuite l’esprit de Notre Seigneur pour pouvoir travailler vous-mêmes à l’œuvre de Dieu, c’est tout ce que je désire. Il faut bien l’avouer, vous êtes bien loin d’avoir cet esprit de Dieu qui vous est nécessaire pour être de véritables filles de Jésus-Christ, vous êtes bien loin encore de ce renoncement complet que Notre Seigneur demande pour lui appartenir entièrement et le suivre dans sa charité, son humilité, sa douceur et son dévouement. Ce n’est pas votre faute entièrement, car que pouvez-vous savoir si on ne vous l’apprend pas ? C’est à moi à vous instruire ; et tant que nous n’aurons pas des conférences spirituelles chaque semaine plusieurs fois, nous serons toujours de pauvres êtres, vivant pour ainsi dire comme de bonnes gens du monde ; et tant que je ne vous donnerai pas moi-même l’exemple de toutes les vertus, nous ne serons pas grand chose devant Dieu ; il faudra nous y mettre sérieusement et travailler de tout notre cœur à devenir des saints, en marchant sur les traces de Notre Seigneur ; priez Dieu que je puisse travailler à ma sanctification et à la vôtre, car je gémis dans le secret de mon âme de nous voir tous dans un état si triste et si languissant, nous qui devrions être si humbles, si fervents, si charitables, si dévoués et si pauvres, selon l’esprit de Dieu ; prions, parce que nous avons besoin de beaucoup de grâces pour nous convertir tous et surtout nous avons tous besoin de quelqu’un qui nous donne l’impulsion sainte qui doit nous conduire à Dieu.
C’est là ce que nous devons demander par dessus tout, le reste n’est rien. Je sais que parmi vous plusieurs ont bonne volonté et sont bien décidées à aimer Notre Seigneur. Fortifiez-vous donc dans ces bonnes résolutions et travaillez à acquérir par dessus ce renoncement à soi même, qui est la première grâce de Dieu pour devenir sage et marcher dans les voies de Dieu.
A bientôt. Que Notre Seigneur vous bénisse et vous donne à toutes sa paix.
- Chevrier
Lettre n° 171 (160) [2] A Sœur Marie [1870]
Chère enfant,
Faites toujours passer le devoir avant le conseil, pour les choses de travail.
Quant à la solitude, il faut savoir la trouver même au milieu du monde dans son propre cœur.
La meilleure préparation à l’absolution, c’est l’amour de Dieu et l’humilité.
Défendez à Sœur Claire de jeûner, et ne la laissez pas trop travailler.
Que la charité soit parmi vous.
- Chevrier
Lettre n° 172 (161) [3] A Sœur Marie
Chère enfant
Acceptez ce que Cécile demande. Il lui faudra une grande grâce pour rester.
Traitez-la avec beaucoup de charité et de bonté, afin qu’en s’en allant elle n’ait que de bons souvenirs de vous et puisse revenir plus tard.
Renvoyez votre grande Marie, puisque c’était convenu avec les parents. On vous en amènera une cette semaine.
Que le bon Dieu vous bénisse et vous aide.
- Chevrier
Lettre n° 173 (162) [4] A Sœur Marie [1875]
Sœur Philomène s’est sauvée de la maison, ne voulant pas faire son travail et supporter les petites contrariétés de Sœur Antoinette, quoique je lui aie dit de prendre patience jusqu’après la première communion, qu’alors je verrais.
Vous n’avez donc pas à vous occuper d’elle nullement, et à la traiter tout à fait comme une étrangère puisqu’elle est allée à Limonest sans la permission ni de moi ni de Sœur Thérèse.
Que Dieu vous bénisse.
Nous n’avons personne pour aider à Sœur Antoinette.
A Chevrier
Lettre n° 174 (163) [5] A Sœur Marie [1877]
Ma chère enfant
Il faut bien vivre en union avec Notre Seigneur dans son Saint-Sacrement, c’est là où l’on trouve la paix, la joie et le contentement. Faites bien toutes vos actions pour plaire à notre bon Maître, qui, par amour pour nous, veut bien résider toujours avec nous.
Pensez que vous avez quelques âmes dans lesquelles il faut faire revivre Notre Seigneur par la grâce et remettre l’image de Dieu qui a été effacée et armez-vous de courage pour bien remplir votre devoir.
Courage, confiance et amour de Jésus-Christ qui est notre Maître, notre Sauveur et l’union de nos cœurs.
Je vous bénis et prie pour vous.
- Chevrier
Lettre n° 175 (164) [6] A Sœur Marie, A Saint-André [Avril, 1877]
J’ai reçu avec plaisir la petite lettre qui contenait vos fleurs et vos bonnes pensées spirituelles ; que le bon Maître, le divin Jardinier fasse croître en vous les pieuses semences de vertus qu’il y a jetées, soit dans le baptême, soit dans la sainte Communion ; arrosez tous les jours ces fleurs spirituelles de votre âme par l’oraison et la prière, et vous croîtrez dans l’amour de Notre Seigneur, et vous serez vraiment le jardin du bon Dieu ; ne laissez pas croître les mauvaises herbes, arrachez-les et mettez-en d’autres à la place.
Allons, courage et persévérance. Priez pour moi, je prie aussi pour vous et demande à Notre Seigneur de vous donner sa paix, son amour.
Je vous bénis. Soyez toujours bien sage.
- Chevrier
Lettre n° 176 (165) [7] A Sœur Marie [Rome, mars-juin 1877]
Mon papier est fini et je n’ai rien dit à mes bonnes Sœurs de Limonest et à mes petites filles qui vont faire leur première communion ; dites-leur bien bonjour à toutes pour moi, que je les salue bien dans le cœur du bon Dieu ; que, de loin comme de près, je suis toujours avec vous tous pour prier pour vous et que je me recommande bien à vos prières.
Je vous envoie une feuille d’olivier de mon rameau et que cette feuille d’olivier de Rome vous apporte la paix du bon Dieu, la joie, l’espérance, comme autrefois la colombe à Noé.
Vos santés ne vont pas très bien, mais c’est là le partage du corps de souffrir ; seulement, il faut bien nous aider les uns les autres à bien souffrir et les rendre méritoires par la patience et la charité ; que Dieu vous aide donc toutes et vous console dans vos travaux et vos peines, vos souffrances, sachant bien que la patience sur la terre nous procure une grande gloire dans le ciel.
Je me recommande à vos prières afin que je fasse en toutes choses la sainte volonté de Dieu et qu’il me donne son esprit. Appelez sur nous les bénédictions du ciel, je les appelle sur vous et suis votre bien dévoué et heureux serviteur en Jésus-Christ notre Maître.
- Chevrier
Lettre n° 177 (166) [8] A Sœur Marie [1878]
Chère Sœur Marie,
Dites à cette personne qu’elle vienne passer quelques jours à la maison et que nous verrons si elle est pour notre maison. Parlez à M. le Curé pour avoir des renseignements sur elle, sa piété, son caractère, sa santé.
Je vous envoie 200 francs pour vos dépenses.
Dites à Mlle Marie Rampignon de venir lundi subir son examen sur le rosaire, le chemin de croix et les commandements. Dites à ma sœur F. Xavier que je dirai la messe demain pour elle.
Salut.
- Chevrier
A Sœur Véronique
Lettre n° 178 (228) [1] à notre sœur Véronique [Mai 1870]
Chère enfant
Vous voyez qu’il y a deux partis bien tranchés et vous savez ce que dit Notre Seigneur : Toute maison divisée en elle-même tombera en ruine.
Il faut donc se débarrasser de ces esprits d’opposition qui ne font que nuire gravement aux maisons ; puisque Sœur Françoise a fait son paquet pour partir, il faut qu’elle se décide parce que ces états d’indécision ne valent rien et sont très nuisibles pour les autres.
Quant à celles qui sont de mauvaise humeur, voyez de quel côté elles sont. Si elles sont du mauvais côté il faut être ferme et les faire plier ou partir, autrement soyez bonne pour les autres.
Quand Sœur Augustine reviendra vous lui ferez expier les paroles indiscrètes et menteuses, qu’elle a dites en entrant au Prado après votre nomination – disant qu’elle savait – et vous lui ferez faire sa pénitence publiquement.
Priez beaucoup, ne faites pas d’autres pénitences que les ordinaires, et espérez en la miséricorde du bon Dieu. Le reste va bien.
Lettre n° 179 (229) [2] à notre sœur Véronique
Sœur Véronique trop faible pour reprendre ses sœurs,
Pas assez vigilante pour tout surveiller et tout voir.
Plus d’activité pour faire le bien.
C’est prendre les intérêts de Dieu que de reprendre et de détruire le péché dans soi et dans les autres.
Lettre n° 180 (230) [3] à notre sœur Véronique [1872]
Chère enfant
Obtenez du bon Maître la grâce dont vous avez besoin par la pénitence.
Il faut renoncer à son corps pour être plus libre et aller au bon Dieu ; c’est parce que nous avons beaucoup de choses avec nous que nous ne pouvons pas nous élever en haut. Sortez de vous tout ce qui est de trop et vous irez mieux. Ne laissez pas jeûner Marie Rampignon.
Courage, travaillons à nous sanctifier pour glorifier davantage Notre Seigneur.
Nos enfants vont mieux, tant mieux, que Dieu soit béni.
- Chevrier
Lettre n° 181 (231) [4] à notre sœur Véronique au Prado 30 juin 1873
Ma bonne Sœur Véronique
Je ne demande à Notre Seigneur pour vous et pour tous ceux de la maison que l’attrait spirituel pour bien faire le catéchisme, l’amour de la pauvreté et la charité. Si nous pouvons croître dans cet attrait et dans l’amour de Notre Seigneur nous aurons tout gagné.
Qu’il est triste de voir tout ce monde ne s’occuper que de choses étrangères à celles auxquelles nous devrions nous consacrer entièrement. Ne sommes-nous pas là pour cela et pour cela seul : connaître Jésus-Christ et son Père et le faire connaître aux autres, n’est-ce pas assez beau et n’avons-nous pas là de quoi nous occuper toute notre vie sans aller chercher ailleurs de quoi occuper notre esprit ; aussi est-ce là tout mon désir d’avoir des frères et des sœurs catéchistes. J’y travaille moi-même avec joie et bonheur ; savoir parler de Dieu et le faire connaître aux pauvres et aux ignorants, c’est là notre vie et notre amour.
Travaillez donc, chère Sœur, à acquérir ce but qui doit être le nôtre, le reste n’est rien ; et si je puis mettre en vous tous cet attrait, j’aurai tout gagné. Chercher à convertir les autres, à les corriger, à les réformer, c’est perdre son temps et c’est prendre un chemin pénible et difficile et l’on arrive rarement à tout, mais mettons l’amour de Notre Seigneur, l’attrait pour travailler au but que nous nous proposons ; quiconque ne sent pas cet attrait ou ne veut pas s’y donner n’est pas pour nous ; ce qui me plaît en vous, c’est cet attrait que le bon Maître y a placé. Allons, marchons vers ce but et regardons-le comme l’affaire importante, essentielle et le bon Dieu nous bénira.
Ne vous ennuyez pas trop de tous ces petits désaccords, que l’amour de Notre Seigneur vous aide et vous console, mettez-vous au-dessus de toutes ces petites misères et marchez ; si un voyageur s’arrêtait à toutes les pierres ou épines qu’il rencontre sur son chemin, il n’arriverait jamais à son but ; ainsi de nous, ayons un but, marchons vers ce but, allons-y malgré tout, et alors nous serons les véritables disciples et ouvriers de Notre Seigneur. Voyez Notre Seigneur, ne marchait-il pas malgré les pharisiens malgré ses apôtres qui souvent l’entravaient ; aussi est-ce bien ma résolution pour plus tard d’aller, de marcher, de catéchiser. Que ceux qui veulent marchent avec nous et que les autres restent en route s’ils ne veulent pas marcher.
Courage donc, pauvre enfant.
Prions et allons au but de tout notre cœur et le bon Dieu ne nous abandonnera pas.
Priez pour moi et faites comme je vous dis.
Que Jésus vous bénisse.
Votre Père.
- Chevrier
Lettre n° 182 (232) [5] à notre sœur Véronique [1873]
Chère enfant
Vous pouvez encore rester toute la semaine et profiter de l’invitation que Notre Seigneur faisait à ses apôtres, venez à l’écart vous reposer un peu.
Que votre âme et votre corps se fortifient dans le repos du Seigneur. Je vous bénis.
- Chevrier
Lettre n° 183 (233) [6] à notre sœur Véronique Au Prado, Lyon [St Fons, 1874]
Chère enfant
Vous ajouterez à la lettre que je vous envoie le nom et l’adresse de la malade qui a besoin de ce renouvellement. Si vous venez demain avant 6 h du soir, je serai sur ma montagne.
Vous n’aurez qu’à vous amuser dans les champs qui m’avoisinent et j’irai vous voir, je ne permets à personne de venir dans ma solitude. Si vous venez après 6 h, je serai à St Fons.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 184 (234) [7] à notre sœur Véronique [Limonest 1875]
Ma chère enfant
Je n’ai pas l’intention de recevoir cette sœur de Condrieu ; si elle revient au Prado, vous pouvez lui dire de ma part qu’elle cherche une autre maison ; quant à Eléonore elle est bien jeune de tête et de cœur, Elle a besoin de grands soins et il sera bien difficile d’en venir à bout. Ne la découragez pas cependant et faites-lui bien remarquer ses défauts et obtenez d’elle tout ce que vous pourrez pour sa correction.
Reprenez Sœur Louise, je remarque en effet qu’elle est toujours enfant et qu’elle aurait besoin d’une direction bien solide et bien ferme ;
dites bien à Sœur Claire de l’avertir de ses défauts en classe
et ne la ménagez pas.
Courage, élevez votre cœur, chère enfant, que les misères des autres ne vous découragent pas, mais travaillons comme de bons soldats et occupons-nous surtout de faire tout le bien que nous pouvons ; nous avons bien à faire mais j’espère, avec la grâce de Dieu, que nous arriverons à bout parce que nous faisons l’œuvre de Dieu et que Dieu nous a trop aimés jusqu’à présent pour nous laisser.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 185 (235) [8] Sœur Véronique a Saint André. Limonest [Juin 1876]
Ma bien chère enfant
Faites une bonne petite retraite, elle vous sera profitable pour 1’âme et le corps. Remerciez le bon Dieu de vous donner un peu de repos, afin de fortifier un peu tout en vous.
Ne restez pas sans dire vos petites peines ; quand on les garde dans son cœur, elles grandissent et ne font que du mal à l’âme.
Je prie pour que vous grandissiez dans l’amour du bon Dieu et preniez de la vigueur pour le bien et deveniez une bonne catéchiste.
Ne vous ennuyez pas et mettez tout aux pieds du bon Dieu.
Priez pour moi. Je prie aussi pour vous.
- Chevrier
Lettre n° 186 (236) [9] à notre sœur Véronique
A NOTRE SŒUR VERONIQUE. AU Prado [Vichy, août 1876]
Chères Sœurs
Je pense que le bon Dieu me permettra de bientôt rentrer dans ma famille, il y a si longtemps que je suis dehors, je vais mieux, quoique pas bien fort ; je pense vous retrouver toutes bien sages et bien portantes aussi.
J’ai su de vos nouvelles par le Père Berne ainsi que de celles de nos enfants ; mais bientôt je pourrai voir par moi-même toutes choses et recommencer un peu mon travail, sinon tout entier au moins en partie.
Présentez mon bonjour bien paternel à toutes les Sœurs, grandes, anciennes, et petites, et nouvelles.
Je désire vous revoir toutes bien sages, bien ferventes, et que tous ensemble nous puissions célébrer la belle fête de l’Assomption, en attendant que nous puissions la célébrer au ciel.
Que la paix du bon Dieu soit avec vous.
- Chevrier
Lettre n° 187 (237) [10] à notre sœur Véronique au Prado Limonest, 7 mars 1877
Ma bien chère enfant
Ne vous désolez pas d’avance, le bon Dieu pourvoira à tout, car quand le bon Dieu veut une chose, il sait bien faire en sorte que tout aille pour le mieux, continuez à vous occuper de la maison ; vous voyez comme tout ce monde a besoin d’une main pour le conduire, d’un œil pour le surveiller et de ne pas laisser prendre de mauvais plis à ces jeunes filles ; sœur Louise est trop enfant, il faudra lui ôter la direction des enfants et la mettre à un emploi où elle soit sous la direction de quelqu’un et non pas la laisser maîtresse, il faudrait même le faire au plus tôt. Si Sœur Madeleine ne veut pas de Sœur Thérèse de cette manière, vous la formerez vous-même à aller voir les malades ou bien confiez-là à Sœur Hyacinthe pour qu’elles aillent les voir ensemble. Je n’aime pas ces gens qui mettent le marché à la main et qui imposent leur volonté ; j’ai une raison pour que Sœur Marie-Thérèse ne soit pas de suite entièrement chez Sœur Madeleine, autrement elle ferait bientôt pire que Sœur Louise ; tout ce monde n’est pas formé à rien et ça n’a pas l’esprit de Dieu. Comme nous avons à faire pour mettre l’esprit de Dieu dans toutes ces têtes, en viendrons-nous à bout ?
Priez, chère enfant, si je me retire c’est bien pour cela ; j’espère bien que le bon Dieu aura pitié de nous et que j’aurai peut-être quelques aides dans mes quatre jeunes prêtres pour travailler à l’œuvre de Dieu.
Donnez-vous toujours bien aux bonnes œuvres, c’est la volonté de Dieu que nous travaillions au salut du prochain, faisons-le de tout notre cœur ; prions bien pour cela et ne négligez pas l’oraison et demandez tous les jours bien l’esprit de Dieu pour vous, pour moi et pour les autres.
A Dieu, chère enfant, à vendredi soir.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 188 (238) [11] à Sœur Véronique [Rome, 16 avril 1877]
Ma bonne Sœur Véronique
J’ai reçu avec plaisir les nouvelles que vous me donnez de la petite communauté de Sœurs du Prado. A Rome, comme à Lyon, je suis toujours uni à vous tous et je pense à vous, et on dirait même que plus on est loin plus on y pense.
Continuez bien à faire votre petit catéchisme le jeudi et le dimanche, c’est là notre mission et je ne serai content que lorsque je verrai tous mes frères et sœurs bien faire le catéchisme à tous les enfants et les pauvres c’est là notre mission ; quand nous aurons appris aux autres à connaître Dieu et à l’aimer, nous aurons fait notre devoir. Oh ! Que nous sommes loin encore de cette belle mission que le Seigneur nous a confiée et que nous la remplissons mal.
Travaillons donc à nous perfectionner dans l’art d’apprendre aux autres à connaître Dieu et à l’aimer, et pour cela travaillons par la prière et l’étude à le connaître et à l’aimer.
Nous allons travailler ici avec nos jeunes abbés à apprendre à bien faire le catéchisme, le rosaire, le chemin de la croix, la Ste Messe. Si nous savions seulement bien cela nous pourrions faire beaucoup de bien. Comme nous avons besoin de prière, j’en sens plus que jamais le besoin, aussi ne craignez pas de prier pour nous et pour moi en particulier ; je ne suis pas venu ici pour chercher des approbations, faire des constitutions, mais je suis venu ici pour mettre autant que je pourrai l’esprit de Jésus-Christ dans nos cœurs. Quand nous aurons l’esprit de Dieu ça ira bien ; quand nous aurons l’esprit de Dieu, les approbations ne nous manqueront pas, mais si nous n’avons pas l’esprit de
Dieu, à quoi nous serviraient-elles ? à rien, elles ne serviraient qu’à notre honte et à notre condamnation ; demandons donc d’abord l’esprit de Dieu, que l’Esprit-Saint nous communique sa charité, son humilité surtout, sa douceur, son zèle, et tout ira bien, mais sans cela nous ne serons jamais rien et nous ne ferons jamais rien. L’esprit de Dieu, oh ! Demandons-le toujours et tous les jours, ne cessons pas de le demander, c’est là la recommandation que je vous fais à toutes et à tous, travaillons à acquérir l’esprit de Dieu et tout ira bien.
D’ou vient que parmi nous il y a tant de petites misères, de susceptibilité, de jalousie, de méchanceté, de négligence ; c’est que l’esprit de Dieu n’y est pas ; quand nous aurons l’esprit de Dieu, il y aura union, charité, amour, zèle et renoncement à soi-même ; demandez-le vous-même et que toutes parmi vous le demandent pour tous, faites bien chaque jour avec foi et humilité la dévotion au St Esprit afin que l’esprit de Dieu vienne sur nous.
Présentez mon salut à toutes les sœurs anciennes, et qu’elles croissent dans la fidélité, dans l’oraison, dans la charité et le bon exemple ; que vos emplois soient bien remplis, que vos prières soient bien faites et qu’il y ait parmi vous toutes l’union, la charité, le silence et la régularité ; que vous ne soyez pas seulement des sœurs de nom, mais des sœurs de fait par la pratique des vertus solides.
Je recommande aux jeunes sœurs la prière, le silence et l’humilité et la soumission aux sœurs anciennes et surtout à celles qui sont chargées d’elles pour leur emploi, se rappelant souvent notre belle vocation qui est d’apprendre aux autres à aimer Dieu et à le connaître, et que pour cela il faut avoir le cœur et l’esprit bien unis à Notre Seigneur, que ceux ou celles qui ne sont pas unis à Notre Seigneur ne peuvent rien faire. Sans moi, vous ne pouvez rien faire, dit Jésus-Christ. Si donc nous voulons faire quelque chose il faut rester uni à Jésus-Christ notre Maître.
Je prie Sœur Véronique de bien avoir soin de toutes les Sœurs, du corps et de l’âme, de reprendre quand quelque chose ne va pas, parce qu’il faut reprendre, c’est parce qu’on ne reprend pas que les défauts grandissent et que les défauts font ensuite tant de mal dans le champ du Père de famille.
Il faut chaque soir avouer humblement ses fautes, se reprendre les unes les autres et être heureuses d’être reprises pour se corriger de ses défauts et pour devenir plus agréables à Dieu et plus utiles au prochain.
J’apprends avec plaisir que vos malades vont mieux.
Je prie pour vous toutes afin que Dieu vous conserve la santé de l’âme et du corps ; pour moi, je vais mieux, d’abord je ne suis pas persécuté toute la journée comme au Prado et notre vie est plus régulière. Je voudrais, si c’est la volonté de Dieu, faire assez provision de santé à Rome pour vous revenir assez bien portant pour reprendre les catéchismes et faire les exercices de religion nécessaires pour devenir tous ensemble de véritables disciples de Jésus- Christ.
Bonjour à Sœur Thérèse, je prie Dieu qu’il lui rende la santé pour devenir une bonne pharmacienne au Prado.
Bonjour et salut à Sœur Claire afin qu’elle ait bien soin de nos petites filles et qu’elles fassent une bonne Première Communion.
A Sœur Dominique, afin qu’elle ait patience au milieu de ses travaux et qu’elle donne à chacun ce qui lui convient.
A Sœur Antoinette et Sœur Françoise afin qu’elles sachent se contenir dans leurs travaux pénibles et qu’elles gardent la douceur et la patience.
A Sœur Elisabeth, courage et humilité en montant les escaliers.
A Sœur Hyacinthe, qu’elle trouve dans le St Sacrement où elle va souvent l’amour de Dieu et l’amabilité pour le prochain.
A Sœur Agnès le silence et la discrétion et la solitude de l’âme.
Sœur Louise, qu’elle grandisse et ne se fie pas trop à elle-même.
A Sœur Gabriel, qu’elle ait courage et confiance en Dieu et qu’elle se fortifie dans l’amour de Notre Seigneur ; bonjour à sa mère et à ses frères.
Sœur Stanislas, qu’elle grandisse aussi et qu’elle bouge un peu pour chasser la maladie.
A Sœur Marie-Bernard, santé, humilité et soumission en tout à la volonté de Dieu.
A Sœur Marie-Thérèse, renoncement à la famille et au monde et esprit de prière et à Mlle CIaudine, patience dans la maladie. On peut mériter en souffrant.
Que le bon Maître vous bénisse toutes.
Je prie pour vous priez pour moi.
- Chevrier
Lettre n° 189 (239) [12] à notre sœur Véronique Lyon – [Rome, mai 1877]
Chère enfant
Il faut bien prendre un petit peu de repos après le travail et tâcher d’arranger cela un peu pour tout le monde et aussi pour vous ; ne vous découragez pas, je sais mieux que personne combien il est difficile de faire l’œuvre de Dieu, et jamais mieux que maintenant j’ai compris combien il faut être Saint pour faire quelque chose ; priez pour que je devienne un peu saint, que je me remplisse de l’esprit de Dieu, oh ! que j’en ai besoin pour moi et pour vous tous ; ayez bien une grande et juste idée de votre sublime vocation, nous devons donner la foi aux autres et leur communiquer un peu l’amour du bon Dieu, c’est bien beau, et rien ne doit nous décourager dans cette voie ; aujourd’hui, dans l’Evangile, Notre Seigneur dit : Je suis le bon Pasteur et je donne ma vie pour mes brebis ; si nous ne donnons pas notre vie tout d’un coup, donnons-en un petit morceau tous les jours et nous serons les images du vrai Pasteur.
Vous avez bien fait de laisser aller Sœur Gabriel chez sa mère, quand la charité demande il faut toujours accorder ; dites-lui bien le bonjour de ma part à cette bonne Mère et qu’elle ne se décourage pas avec ses fils, ils iront bien, la bénédiction de Dieu est sur elle et sur ses enfants.
Continuez à bien réunir les petits enfants et faites-leur faire de petits exercices, ça leur fait du bien.
Courage, je vous bénis et ne vous oublie pas ; priez pour moi, j’en ai bien besoin, car je me trouve si pauvre que j’ai honte de moi-même.
Votre Père.
- Chevrier
Lettre n° 190 (240) [13] à notre sœur Véronique, Prado, [Rome,] 14 Juin [1877]
Ma chère sœur
J’ai lu avec plaisir votre lettre ainsi que celles de nos jeunes Sœurs du Prado. Merci de votre bon souvenir et de vos bonnes prières, il me tarde bien aussi de rentrer au milieu du bercail ; nous avons retardé notre retour pour voir le cardinal de Lyon qui doit arriver cette semaine à Rome, nous n’aurions pu le voir à Lyon à notre arrivée, ce qui est cause de notre retard, sans cela nous arriverions à Lyon au lieu de la lettre. Priez pour que cette entrevue nous soit utile et que Mgr veuille bien consentir à me laisser mes nouveaux collaborateurs, que la volonté de Dieu se fasse en tout. S’il faut souffrir il faut savoir le faire jusqu’au bout. Nos Messieurs vont bien et rentreront tous avec plaisir si le bon Dieu veut. Je pense bien toujours à vous toutes et à nos enfants. En arrivant, nous nous mettrons au catéchisme ; que le bon Dieu bénisse notre œuvre bien belle aux yeux de Dieu, mais il faut la bien faire.
Salut à toutes les Sœurs anciennes, que le bon Dieu leur donne l’esprit de prière et de charité.
Salut aux jeunes Sœurs, que le bon Maître leur donne à toutes l’amour de Notre Seigneur, le dévouement, la douceur, la charité. Je vous apporte votre patronne, bénite par le Saint Père… et je vous envoie une feuille de lierre cueillie dans le jardin du St Père, afin que vous vous attachiez à Jésus-Christ et à son Eglise, comme le lierre s’attache à l’arbre sur lequel il vit.
Courage donc, chères enfants.
Travaillons pour Dieu, instruisons les pauvres, c’est là notre lot, faisons le bien, faisons-le avec persévérance, renouvelons-nous dans cette sainte vocation et devenons des Saints, surtout par l’amour de Jésus-Christ car tout est dans l’amour de Dieu ; celui qui a l’amour de Jésus, il a tout ce qu’il faut et il peut tout, il ne craint rien ; croissons donc dans l’amour de Jésus-Christ et nous serons heureux.
Salut et bénédiction à toutes nos sœurs du Prado.
Salut à tous nos enfants que nous reverrons bientôt avec joie pour continuer notre tâche.
Nous arriverons probablement à la fin de la semaine prochaine.
Sœur Claire part de Rome aujourd’hui, elle arrivera probablement dans quelques jours, à moins qu’elle ne s’arrête chez Mlle Chalon, à la Tour du Pin
Bonjour à ma mère et à la Sœur Antoinette.
Que Notre Seigneur Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 191 (241) [14] à notre sœur Véronique, Prado, [Vichy,] 6 juil. 1878
Bien chère enfant
Je ne veux pas partir sans répondre à votre petite lettre et vous montrer l’estime que je fais d’une ancienne sœur du Prado qui travaille à l’œuvre des petits enfants. Oui, tâchez de mériter ce titre de sœur des petits enfants, Notre Seigneur aimait les petits enfants et les appelait à Lui ; continuez donc à travailler avec courage et persévérance à votre petite œuvre, et si les succès ne sont pas toujours bien brillants, ils porteront des fruits plus tard ; on ne voit pas les fruits de la semence tous les jours, mais c’est au bout de l’année, pour la moisson, que l’on voit les fruits ; c’est aussi au jour de la moisson que vous verrez les fruits que le bon Dieu vous fera connaître.
Aimez bien le catéchisme, donnez-vous y de tout votre cœur c’est là une belle œuvre et, en la faisant, vous êtes sûre d’être agréable au bon Dieu et de me faire plaisir.
Courage, je vous bénis, et à mon retour j’irai voir ces petits du bon Dieu.
Salut à Sœur Madeleine et à Sœur Félicité.
Priez pour moi ; je ne vous oublie pas devant le bon Dieu.
Je rentre lundi et aurai le plaisir de vous voir tous.
Votre tout dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier
A sœur Thérèse Brun
Lettre n° 192 (167) [1] A Demoiselle Brun, Saint Maurice. [La Cité,] 25 août 1859
Mademoiselle
Je vous envoie l’accordéon qui est maintenant en bon état et je vous prie reprendre vos fonctions comme à l’ordinaire ; ce n’est pas quand on est découragé que l’on donne sa démission ; cette démission que vous m’adresser ne vient que d’un sot orgueil qui a été peut-être un peu humilié dans quelque circonstance. Si vous n’avez pas réussi autant que vous voudriez, il ne faut pas vous en étonner ; il faut l’attribuer à votre peu d’esprit de prière et attendre du bon Dieu le succès ; je n’accepte donc pas votre démission, il faut voir plus de courage, plus d’énergie et plus de confiance en Dieu et ça ira mieux plus tard.
Votre tout dévoué en Notre Seigneur Jésus-Christ.
- Chevrier
Lettre n° 193 (167 bis) [2] Notre Sœur Thérèse Brun, aux Chartreux. Lyon [Prado,] 19 m. 1865]
Ma chère Sœur
Prenez bien vos petites vacances et profitez avec reconnaissance des bons soins que ces bonnes sœurs veulent vous donner ; ne soyez pas si sauvage et ne craignez pas de vous montrer, ce n’est pas simple, montrez-vous telle que vous êtes, n’ayez pas peur.
Je ne vous conseille pas de faire une confession générale, vous n’avez pas la tête assez fixe pour entreprendre une chose aussi grave ; allez avec confiance, priez Dieu qu’il vous accorde la grâce de bien vous convertir, c’est ce que nous demandons pour vous. Courage, et ne vous inquiétez pas non plus de ces tentations que vous avez par rapport à moi, je ne suis ni plus sévère pour vous dans un temps que dans un autre ; si c’est un défaut chez moi de n’être pas toujours égal d’humeur, je tâcherai de m’en corriger mais vous comprenez que vous n’êtes pas seule et que les pauvres gens qui viennent continuellement ne m’apportent pas toujours des roses. Supportez-moi, je tâche de supporter tout le monde.
Priez pour nous dans votre solitude.
Je prie pour vous.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 194 (168) [3] à notre sœur Thérèse [1871]
A NOTRE SŒUR THERESE, CHEZ LES SŒURS DE L’ADORATION RUE DE L’ENFANCE, CROIX-ROUSSE
Chère enfant
Je vous permets bien de prolonger votre vacance, je ne pourrai aller vous voir parce que je suis en retraite avec mes séminaristes.
Remettez-vous bien et priez beaucoup Notre Seigneur pour la Sainte Eglise et pour son pauvre serviteur.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 195 (169) [4] A Notre Sœur Thérèse St Fons, [1872]
Ma bonne Sœur Thérèse,
Je suis parti de Lyon sans répondre à votre lettre, vous savez qu’à Lyon je ne sais souvent où donner de la tête et je laisse beaucoup de choses à faire, quelquefois même importantes.
Ne vous ennuyez pas, chère enfant, courage, au milieu de vos misères spirituelles et temporelles.
Ne négligez pas surtout vos exercices de piété, lecture et communion.
Remettez-vous bien vite parce que j’aurai du travail à vous donner quand vous reviendrez.
Ne vous laissez pas aller à vos tristesses. Cherchez dans votre rosaire et votre chemin de la croix la grâce de force et de patience nécessaire pour mettre à profit votre misère et soyez persuadée que nous vous verrons revenir avec plaisir.
Ne vous mettez pas dans la tête non plus que vous êtes à charge à la maison, que vous nous embarrassez ; point du tout, au contraire, vous nous êtes très utile, à moi surtout, vous êtes ma petite secrétaire ; allons, courage patience, confiance en Dieu et Dieu vous bénira. Je prie pour vous et vous bénis.
- Chevrier
Lettre n° 196 (170) [5] Sœur Thérèse [1873]
Sœur Thérèse
Quand je vous demanderai des effets pour les enfants ou autres personnes, je mettrai à côté de l’objet demandé la lettre « a » quand ce sera pour les dimanches ; ‘b’ quand ce sera passable ; ‘c’ quand ce sera pour tous les jours.
Pantalons ‘b’.
- Chevrier
Lettre n° 197 (171) [6] A Notre Sœur Thérèse au Prado [1873]
Chère Sœur Thérèse,
Quand vous aurez copié les deux papiers que je vous ai donnés, soit « l’oraison » et le chapelet, vous copierez les mystères joyeux et vous ajouterez à chaque mystère l’examen des vertus que je vous envoie.
Voici l’ordre dans lequel vous copierez chaque article dans un mystère :
Le fait évangélique.
L’analyse ou l’abrégé du Mystère.
La division du Mystère.
Les personnages.
L’examen des vertus.
La Prière.
Voilà l’ordre dans lequel vous copierez chaque article. Faites d’abord un cahier pour tous les mystères joyeux.
Dans l’incarnation, vous pourrez y mettre ce qui regarde le Précurseur.
Je ne sais si vous pourrez bien me lire. Vous vous ferez aider par Sœur Claire s’il y a besoin.
Je demande à Dieu pour vous une bonne santé.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 198 (172) [7] Sœur Thérèse. Au Prado [1874]
Ma chère Sœur Thérèse
Je vous envoie mon petit écrit pour compléter les mystères douloureux. Vous les copierez dans le même ordre que je vous ai donné pour les joyeux, c’est-à-dire :
Récit évangélique.
L’abrégé.
Division et explication des personnages.
Examen des vertus.
Prière et pratique.
Ne donnez rien à copier.
Plus tard je donnerai ce qu’il faudra faire.
Copiez l’Agonie comme vous l’avez dans les petits cahiers, il n’est pas nécessaire de copier le discours, faites un cahier à part pour les mystères douloureux, mais semblable au premier.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 199 (173) [8] A Notre Sœur Thérèse. Au Prado [1875]
Chère enfant
Assistez autant que vous le pourrez aux exercices, et quand il y aura quelque temps, vous vous excuserez de ne pouvoir assister aux autres. Priez beaucoup et demandez à Dieu sa lumière et sa grâce. A. Chevrier
Lettre n° 200 (174) [9] A Notre Sœur Thérèse Au Prado [1876]
Ma chère Sœur Thérèse
Il y a bien longtemps que je n’ai pas eu de vos nouvelles et j’ai été bien en peine de vous pendant ces jours, ne négligez pas de prendre tous les soins que demande votre santé, vous êtes une de nos anciennes et il faut bien avoir soin des « vieux ».
Offrez bien vos souffrances à Dieu, unies à celles de Notre Seigneur, elles vous seront bien profitables.
Je vais un peu mieux et je vais rentrer lundi soir pour la fête et reverrai encore ce pauvre Prado que je n’ai pas vu depuis si longtemps.
En attendant le plaisir de vous revoir, recevez mes salutations toutes paternelles en Notre Seigneur Jésus-Christ.
- Chevrier
Lettre n° 201 (175) [10] à notre sœur Thérèse [Lantignié, 9 juin 1876]
A NOTRE SŒUR THERESE, A LA PROVIDENCE DU PRADO, RUE DUMOULIN 14. LYON. GUILLOTIERE
Ma chère Sœur
J’ai appris par M. Berne que vous étiez bien fatiguée.
La souffrance est un temps difficile à passer… c’est une épreuve qu’il faut endurer avec soumission à la volonté de Dieu.
Acceptez-là avec la foi d’une bonne chrétienne et même d’une bonne chrétienne. La souffrance nous fait expier beaucoup de péchés et nous prépare au ciel ; c’est un temps que le bon Dieu nous donne ordinairement pour nous préparer à aller à lui et nous rendre digne de nous présenter devant lui. La souffrance nous ouvre le ciel et nous fait expier mille petites et grosses fautes de la vie, c’est un temps de miséricorde et de bonté de la part du bon Dieu ; elle nous aide à faire le sacrifice de nous-même, à nous détacher de nous-mêmes et de toutes les créatures ; sans la souffrance, nous aurions de la peine à nous détacher de tout cela.
Allons, courage, acceptez donc bien cette épreuve et croyez bien qu’elle est pour votre bien. Offrez au bon Dieu vos souffrances, pour le bien de l’œuvre, pour attirer les bénédictions de Dieu sur nous tous, pour que l’humilité et la charité règnent parmi nous ; vous méritez pour tous dans votre état et vous nous obtiendrez ce que nous n’aurions pas pu obtenir autrement. Faites la communion quelquefois pour obtenir la paix, la soumission, l’amour de Dieu. Ecrivez-moi ou faites-moi écrire par Sœur Véronique, pour me dire comment vous allez et comment tout mon monde va, si on est sage, les grandes sœurs, les petites sœurs, les nouvelles sœurs et les aspirantes ; donnez-moi des nouvelles de toutes, je les recevrai avec plaisir et de nos petites filles aussi.
Je demande pour vous toutes à Dieu le bon esprit dont vous avez tant besoin ; demandez-le pour moi, parce que si on a l’esprit de Dieu, on a tout ce qu’il faut pour être sage et agréable à Dieu et utile au prochain.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier A Lantignié, près Beaujeu, chez M. Chanuet, Rhône
Lettre n° 202 (176) [11] à notre sœur Thérèse, Prado, Rome, 25 avril [1877]
Ma pauvre Sœur Thérèse
Comment allez-vous ? comment vont vos jambes, votre tête, vos membres, vous étiez bien fatiguée quand je suis parti, allez-vous mieux ? pourrez-vous bientôt être notre pharmacienne en pied ? Allons, du courage, le bon Dieu vous donnera encore quelque temps, il faut bien l’espérer, pour travailler et continuer à nous aider ; faites autour de vous le bien que vous pourrez parmi ceux qui vous servent, Mlle Clotilde, Mlle Claudine ; dites-leur bien bonjour de ma part et que vous offriez bien toutes vos souffrances au bon Dieu pour la gloire de Dieu et le succès de notre œuvre, pour notre conversion d’abord.
Nous prions Dieu pour vous tous.
Si Sœur Claire est rentrée de Crémieu ou de Bourgoin, dites-lui que des sœurs, où je vais dire la Messe tous les jours, lui donneront une petite chambre pour elle et Mlle Chalon qui doit venir avec elle ; donnez-moi des nouvelles des sœurs, comment va Sœur Marie-Bernard, est-elle toujours chez ses parents, va-t-elle mieux, et toutes les autres sœurs et aussi Annette.
Priez Dieu pour nous, je sais bien que vous le faites, mais demandez surtout notre conversion, que notre séjour à Rome nous soit utile à tous et que nous puissions devenir tous de bons catéchistes, c’est la grâce que je demande à Dieu par l’intercession de St Pierre et St Paul.
Bonjour et salut en Notre Seigneur à toutes, bonjour à nos petites filles qui viennent le dimanche, salut à tous nos petits enfants du dimanche et du jeudi ; donnez-moi des nouvelles du P. Dutel qui est bien malade.
Je prie pour vous toutes et vous bénis. A. Chevrier
Donnez les petites images à Mlles Clotilde et Claudine, et la grande pour vous, elles ont reçu la bénédiction du Pape.
Lettre n° 203 (177) [12] A Notre Sœur Thérèse, Au Prado [1877]
Ma bonne sœur
Je crois qu’il serait plus honnête d’aller voir vous-même Mme Franchet, chez elle, rue du Plat 2. J’avais promis d’aller la voir et puis je vous dirai franchement que je n’ai pas bien osé, soit peur de la déranger, soit des explications que je n’aime pas.
Veuillez lui présenter mes respects et ma bien sincère reconnaissance pour tout le bien qu’elle nous a fait.
Je vous enverrai bientôt un petit travail sur le Saint-Esprit que vous aurez l’obligeance de faire.
Dites à Sœur Catherine qu’elle soit toujours bien sage et qu’elle ne s’ennuie pas, qu’elle demande à aller voir M. Chapuis si elle le désire.
Votre tout dévoué. A. Chevrier
Lettre n° 204 (178) [13] A Notre Sœur Thérèse [1878]
Ma chère Sœur
J’ai appris avec peine la triste nouvelle de la mort de votre mère.
Mais sa mort est encore une grâce du bon Dieu. La prévision de la mort chez elle aurait été plus terrible que la mort elle-même à cause de ses inquiétudes naturelles, ainsi reconnaissez même dans cet accident encore un effet de sa miséricorde, et puis elle était bien préparée.
Ainsi n’ayez pas d’inquiétude sur elle.
J’ai déjà prié pour elle, mais vendredi j’offrirai spécialement le Saint-Sacrifice pour elle.
- Picollet fait demander ses livres, veuillez les lui faire remettre au plus tôt. Votre santé est toujours faible, ayez courage et patience, espérez en Dieu et travaillons à la gloire du bon Dieu et à notre sanctification.
Priez pour moi. Je vous bénis. A. Chevrier
Lettre n° 205 (179) [14] A Notre Sœur Thérèse, [Hôpital homéopathique, 3 janvier 1879]
Providence de Saint André, Limonest
Chère enfant
Merci de vos bons souhaits et de ceux de vos Sœurs de Limonest.
Continuez bien votre petite œuvre et faites ce que vous pouvez pour la faire réussir et mettre la paix, l’union, la charité et la joie dans tous les cœurs.
Je vous souhaite à toutes l’amour de Notre Seigneur et la persévérance dans votre vocation et vous bénis de tout mon cœur. A. Chevrier
A Sœur Claire
Lettre n° 206 (180) [1] A Sœur Claire 24 août 1867
Bien chère enfant
Le démon vous fait toujours bien la guerre, quand viendra le jour où vous remporterez une bonne victoire sur lui, ne plus croire à toutes ses mauvaises inspirations. Allez donc, vous n’avez qu’à marcher pour aller à Dieu, il n’y a d’obstacles que dans votre imagination qui vous grossit toujours les choses beaucoup plus qu’elles ne le sont en réalité.
Vous vous troublez de ce que je vous ai dit que vous ne ferez rien de votre vie tant que vous resterez dans cet état d’inquiétude, de trouble. Que voulez-vous faire ! vous êtes enchaînée, sans liberté, sans lumière ; dégagez-vous de tous ces liens du diable et vous ferez alors la volonté de Dieu. Vous avez tout ce qu’il faut pour être une bonne religieuse, une bonne petite sœur du Prado, mais commencez par agir avec plus de liberté, d’amour de Dieu ; la crainte fait les esclaves, l’amour fait les enfants de Dieu ; la crainte enchaîne les âmes, L’amour les délie et les fait voler vers les cieux. Courage donc, chère enfant, aimez le bon Dieu, allez à Dieu par l’amour qu’il nous a donné en venant en ce monde et ne craignez pas tant Dieu, aimez-le et tout ira bien.
Amenez cette petite fille de Crémieux, et que Jésus vous bénisse et vous donne sa grâce.
- Chevrier
Lettre n° 207 (181) [2] A Sœur Claire 4 septembre [1867]
Vous devez travailler à renoncer aux créatures, ne les aimer que pour Dieu et en Dieu, éviter de donner des signes extérieurs d’affection sans raisons graves et permises par les supérieurs ; ne vous attachez à personne en particulier.
Renoncez à vous-même par la mortification des sens et l’obéissance complète et d’esprit et de cœur.
Porter la croix chaque jour et suivre Jésus, et vous entrerez dans le chemin de la perfection.
Que Jésus vous bénisse. A. Chevrier
Lettre n° 208 (182) [3] A Sœur Claire [1868]
Ma bonne Sœur
Je ne vous ai pas répondu tout de suite, veuillez m’excuser. Quant à votre demande, je la crois entièrement inutile, vu que je vous ai dit de donner 15000 francs dans votre testament à votre famille.
Mais pour votre satisfaction personnelle, je vous permets d’y aller un jour où vous ne perdrez pas votre temps pour vos enfants.
Soyez bien sage et préparez-vous bien à vous confesser pour pouvoir faire la Communion plus souvent.
Je vous bénis. Courage, confiance. A. C.
Lettre n° 209 (183) [4] A Sœur Claire [1868]
Bien chère enfant
Sœur Marie vous a écrit, j’y ai mis un petit mot pour vous dedans. Je réponds à celle que vous m’avez envoyée hier.
J’ai éprouvé de la peine en voyant que vous ne faites plus vos Communions. Si vous ne recevez pas le bon Dieu, comment pourrez-vous faire ! que pouvez-vous devenir !
Ne vous laissez donc pas aller à toutes vos craintes, devenez donc une enfant de Dieu, cessez d’être son esclave. Servez-le avec joie, et vous verrez que tout ira bien.
Si vous aviez fait vos Communions et rempli vos exercices, je vous aurais permis avec plaisir de rester auprès de Madame St Cœur de Joseph qui a été bonne pour vous, mais je n’ose pas vous permettre longtemps à moins que vous ne vous décidiez à vous réconcilier auprès de quelque prêtre à Bourgoin ou ailleurs ; et puis voilà aussi la première communion, Sœur Marie aura soin de vous pour les enfants.
Courage, chère enfant, aimez Dieu par-dessus tout et tout ira bien. Je vais un peu mieux, je commence à marcher. Ma mère vous envoie ses amitiés.
Que Jésus vous bénisse. Tout à vous en Notre Seigneur. A. Chevrier
Lettre n° 210 (184) [5] A Sœur Claire [Moulin à Vent]
Chère enfant
Voici la liste de tous les chapitres que vous avez copiés : humilité, pauvreté, obéissance, charité, douceur, renoncement, pureté, l’homme spirituel, perfection chrétienne, famille, foi, souffrance, supérieurs, « apôtres ». Tous les autres ne sont pas copiés, ainsi tous ceux que vous désignez ne le sont pas.
Quant à vos communions, faites-les ; ce que l’on dit ou fait par inadvertance ou sans mauvaise volonté n’est jamais grave
Quant au cahier des mystères joyeux et glorieux, je ne vous le prêterai que le jeudi au Prado, parce que j’en ai besoin un peu tous les jours.
Courage, je suis content de vous et de vos dispositions, tout notre bonheur en ce monde est dans l’étude et la connaissance de Jésus-Christ.
Votre dévoué Père en Jésus-Christ. A. Chevrier
Lettre n° 211 (185) [6] A Sœur Claire [1868]
Bien chère enfant,
Je crois que le démon fait tout ce qu’il peut pour mettre la division et la haine ; j’en suis vraiment désolé et peiné, et si je connaissais le remède, je l’emploierais certainement ; et dans ces mauvais moments, ce qu’il y a à redouter c’est que toutes les plus petites choses grandissent et deviennent des monstres, on se rappelle tout ce qui a pu vous peiner et on trouve un aliment à ses antipathies ; tout cela, ce n’est pas l’esprit de Dieu.
Permettez-moi de vous expliquer deux choses qui vous ont fait de la peine et que vous semblez rejeter sur Sœur Madeleine et Sœur Marie D’abord votre profession….je n’ai jamais admis personne à la profession après une année littéralement expirée, toutes les Sœurs qui ont précédé sont restées deux ou trois ans avant de faire profession ; j’ai fait cela par délicatesse pour les autres, afin qu’intérieurement on ne dise pas que je fais des préférences ; voilà le seul motif qui m’a fait agir et nullement des reproches qu’on a faits de vous, parce que je puis vous assurer que les Sœurs Marie et Madeleine ne m’ont rien dit qui pût me détourner de vous faire faire votre profession plus tôt.
Quant à la nomination de Supérieure, je suis convaincu que vous n’y tenez pas et que pour vous ce serait une occasion de peine et d’inquiétude continuelles, voilà la raison qui m’a engagé à vous dire de ne [pas] accepter une charge qui vous serait nuisible pour le moment. Si vous étiez à la maison depuis plusieurs années et que votre conscience fût formée, j’aurais peut-être agi autrement, mais pour le moment, j’ai cru devoir prendre vos intérêts. Je puis vous certifier qu’en tout cela je vous dis la vérité.
Quant à ces pensées que vous avez vis a vis de votre incapacité, je ne sais rien de tout cela. Je sais et suis certain que toutes les Sœurs vous aiment et vous estiment ; qu’il ne faut pas mal interpréter des actions ou des paroles qui ont pu être dites en l’air et sans mauvaise intention.
Moi, je crois que tout ce qui se passe vient du mauvais esprit, vous voyez d’ailleurs combien les enfants vous aiment et les Sœurs vos compagnes ; pour moi, j’ai toujours cru que c’était le bon Dieu qui vous avait amenée ici pour suivre l’attrait que Dieu avait mis dans votre cœur d’instruire les pauvres et de vivre avec les pauvres, et que dans tout ce qui se passe il n’y a rien qui puisse vous faire changer de vocation.
Jusqu’ici vous avez regardé mes avis et mes conseils comme venant de Dieu, je crois que je n’ai pas changé à votre égard.
Veuillez prier Dieu et croire à mon dévouement sincère.
A Chevrier
Lettre n° 212 (186) [7] A Sœur Claire
Ma bien chère enfant,
Je veux conserver votre lettre comme le témoignage de vos bons désirs et bonnes résolutions. Je sais bien que vous n’êtes pas méchante et que vous avez bonne volonté, je n’en ai jamais douté, et croyez bien que le mauvais esprit a grossi bien au-delà des limites tout ce que vous avez pu entendre dire et que l’on vous a rapporté. Moi, je ne suppose pas qu’il y ait aucune mauvaise intention dans aucune de mes enfants, je crois que vous avez toutes bonne volonté et que s’il y avait plus d’humilité et de charité tout irait bien ; ainsi ne vous laissez pas aller aux tentations, croyez fermement que vous faites la volonté de Dieu en faisant votre petit travail et que tout le monde cherche aussi à le faire ; que la charité mette dans notre esprit de bonnes pensées à l’égard des autres et alors on aura toujours la paix, la joie et le bonheur.
Allons, courage, faites bien votre oraison, n’oubliez pas le petit travail que je vous ai donné sur les stations, faisant bien ressortir les vertus et les vices de chaque personnage des stations et voyant la conduite de Jésus-Christ au milieu de tout le monde, rien ne nous fortifie plus que cela.
Et puis j’irai vous voir ainsi que vos petites filles.
Faites vos communions comme je vous l’ai commandé.
Je vous bénis de tout mon cœur.
- Chevrier
Lettre n° 213 (187) [8] A Sœur Claire
Retraite de Fourvière
Vous assisterez aux instructions de M. l’aumônier des Sœurs.
Les 3 premiers jours, vous demanderez à Dieu, par l’intercession de la Ste Vierge et de St François, la paix de l’âme et le calme nécessaire pour faire une bonne retraite.
Pour cela, faire quelques pratiques de pénitence, petits jeûnes, discipline, actes d’humilité, pour acheter la grâce de Dieu et sa lumière, faisant humblement l’aveu de vos fautes et vous préparant à recevoir le pardon.
Vous verrez dans la lumière de Dieu et le calme que ce malaise de votre âme, cet état pénible dans lequel vous vous trouvez, vient d’un fond d’amour-propre excessif en vous, d’une recherche continuelle de vous-même, le désir d’être aimée, l’appréhension continuelle où vous êtes de croire que les autres ont quelque chose contre vous, et mille autres choses, telles que susceptibilité, petites rancunes, haine, aigreurs, jugements téméraires, affections mal placées, tout autant de choses qui lient votre âme, détruisent en vous la liberté des enfants de Dieu et vous font manquer à votre devoir ; voilà en général, les défauts principaux que vous avez à combattre. Il faut commencer à demander à Dieu la véritable humilité, le mépris de soi-même et prier beaucoup pour que la lumière se fasse en vous.
Je vous promets de prier Dieu pour vous, parce que, au milieu de tous ces défauts, il y a de bonnes qualités qui pourraient s’utiliser si vous entriez tant soit peu dans la voie de Dieu.
Votre Père qui vous bénit. A. Chevrier
Lettre n° 214 (188) [9] A Sœur Claire [1868]
Bien chère enfant
Je suis bien aise de penser que vous vous êtes décidée à faire la Ste Communion, dimanche. N’oubliez pas le bon Dieu et revenez-nous bien sage, tous ces découragements viennent du mauvais esprit qui veut vous détourner de vos bonnes résolutions, courage.
Ma santé va un peu mieux, je commence à marcher, ma tête est toujours un peu fatiguée, je vais passer quelques jours à la Tour du Pin.
Monsieur Guinand n’est pas à Lyon, de sorte que vous ne pourrez pas recevoir une réponse de lui ; si vous ne pouvez pas payer la pension de cette petite de suite, vos bonnes Sœurs attendront quelques jours.
Allons soyez bien sage, ne négligez pas vos prières, votre office et vos communions, et tout ira bien.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 215 (189) [10] A Sœur Claire [1869]
Pauvre enfant
Toujours des montagnes pour des grains de sable !
Quand donc saurez-vous distinguer une fourmi d’un éléphant, marchez donc et allez donc droitement, sans vous embarrasser de toutes les épines que le démon met sur votre route ; avec votre conscience scrupuleuse, vous n’avancerez jamais dans l’amour de Dieu, je vous défends de vous inquiéter de cela et même de vous en confesser et même d’y penser.
Tout à vous. A. Chevrier
Lettre n° 216 (190) [11] A Sœur Claire [1870]
Vous êtes comme ces pauvres malades qui ne veulent pas prendre le remède du médecin, ce n’est qu’en méprisant vos tentations et vos scrupules que vous pourrez vous en corriger. Je vous l’ai dit : quand vous direz des choses utiles qui auront trait à votre sanctification ou à l’éducation de vos enfants, je vous écouterai ; autrement, quant à toutes ces choses que vous me dites depuis deux ans, je n’y ferai nulle attention.
Avez-vous fait votre petit cahier, votre méditation, continuez-vous mon petit travail ? voilà des choses importantes ; quant au reste, inutile d’en parler.
Priez, et méprisez toutes ces idées qui vous passent par la tête.
Je ne veux m’occuper que de choses utiles à votre âme et à celui des autres.
Que Jésus vous bénisse. A. Chevrier
Lettre n° 217 (191) [12] A Sœur Claire [1870]
Chère enfant
Tout ce que vous me dites dans votre Lettre n’est que scrupule, inquiétude sans fondement réel ; faites vos communions et cherchez à vous débarrasser de tout cet amas de choses inutiles, qui ne sont rien, que des imperfections ou tout au plus de petits péchés véniels. Je vais descendre au confessionnal, ma douleur est un peu passée.
Soyez bien sage et puis patience et courage au milieu de vos tentations et de l’abandon de votre famille.
Votre tout dévoué Père spirituel.
- Chevrier
Lettre n° 218 (192) [13] à notre sœur Claire [1870]
Ma bien chère enfant
Pourquoi donc toujours vous tourmenter ainsi. Je vous ai dit plusieurs fois que j’étais content de vous, que pourvu que vous vous occupiez bien de vos catéchismes et que vous continuiez comme vous avez fait depuis quelque temps, ça allait très bien ; laissez dire, tout ce que vous entendez ne vient pas de Dieu, mais du démon pour vous tourmenter et vous décourager ; ne faites donc nulle attention à tout cela et travaillez avec ardeur, profitez de tout cela pour votre sanctification et apprenez bien à mourir à toutes vos susceptibilités ; « les paroles des hommes sont vaines », dit le St Esprit, qu’elles ne vous troublent donc jamais. C’est une preuve que nous ne sommes pas encore bien à Dieu quand nous nous troublons pour si peu de chose ; allons, courage, ne vous laissez pas aller aux tentations à mon sujet.
Pour moi, j’ai toute confiance que vous deviendrez une bonne Sœur catéchiste, vous savez que c’est cela que je demande et quand nous saurons bien instruire nos enfants, tout ira bien, le bon Dieu sera content. C’est tout ce qu’il faut.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Ne négligez pas vos Communions.
Lettre n° 219 [14] à sœur Claire St Fons, 1871
Ma chère enfant
Vous voyez que les enfants ont besoin de votre présence au Prado toutefois, je vous permets de rester jusqu’à mercredi si votre santé va un peu mieux, vous ne m’en parlez pas ; ayez bien soin de vous, et faites en sorte de laisser à Limonest votre toux et votre mauvaise mine, pour être forte.
Quant à votre propriété vis-à-vis de ce Monsieur qui veut faire l’œuvre des idiotes, je crois que vous avez bien décidé comme vous me dites, vous savez que je n’aime pas donner des conseils en matière d’intérêts. S’il veut faire l’œuvre, il faut qu’il fasse seul, car je ne pense pas que nous puissions nous joindre à lui, il faudrait pour cela entrer dans la maison de M. Reuil et faire partie de sa congrégation.
Voilà ce qui me semble. Si ce Monsieur achète la propriété Guy pour l’œuvre des idiotes filles, et que la vôtre lui soit entièrement nécessaire pour les garçons idiots, vendez-la lui. Il vaut mieux souffrir quelque chose que de faire manquer une œuvre si utile. Mais, s’il n’achète pas, restez comme vous êtes, nous pourrons peut-être l’employer pour ce même but plus tard. Voila ce qu’il me semble raisonnable et conforme à la volonté de Dieu.
Ne vous fatiguez pas trop en écrivant, prenez du repos. Ne vous ennuyez pas non plus et ne laissez pas vos exercices, ni même la communion.
Que le bon Maître vous aide et vous bénisse.
Tout à vous en Jésus-Christ. A. Chevrier
Lettre n° 220 (194) [15] à notre sœur Claire à Limonest [1871]
Chère enfant
Il n’est nullement question de mettre la lingerie du côté des garçons, je n’y ai jamais pensé et je ne le permettrai jamais, vous avez pris peut-être une parole en l’air de ma mère pour une détermination.
Je crois que M.Guerrier ne pourra pas aller à Limonest parce que son petit enfant est malade, à ce que j’ai entendu dire tout à L’heure.
J’ai toujours eu confiance en vous, ce que j’ai fait le prouve.
Je ne désire qu’une chose de vous, c’est que vous vous corrigiez de ce travail continuel de l’esprit qui travaille toujours du mauvais côté, quand c’est l’imagination qui agit.
Il vous faut une grande dose d’humilité, de renoncement à vous-même ; l’humilité, l’obéissance et la charité, travaillez à acquérir ces vertus par la pratique de l’oraison et de la Ste Communion. Si vous deveniez humble et obéissante, comme vous seriez utile à notre œuvre et une bonne ouvrière du bon Dieu.
Corrigez-vous, chère enfant, et devenez une bonne petite Sœur du Prado.
Tout à vous, votre Père. A. Chevrier
Lettre n° 221 (195) [16] à notre sœur Claire
Je vous défends de vous occuper de votre conscience.
Vous devez m’obéir et rester tranquille sur toutes ces choses, puisque je vous le dis.
Faites vos communions.
Aimez Dieu et ne vous inquiétez pas du reste.
Lettre n° 222 [17] à notre sœur Claire
Ma bien chère enfant
Je réponds à toutes vos demandes.
Vous avez bien fait de passer ce matin sur votre goutte d’eau, c’est ainsi qu’il faut faire toujours, vous vous rincez la bouche la veille pour être à l’abri de cet ennui.
– Le bon Dieu demande de vous une vertu grande et élevée, sans cela vous serez toujours malheureuse ; n’hésitez pas, je vous promets le bonheur à cette condition. Obéissez à cette voix intérieure qui vous pousse à la vertu et à l’obéissance.
– Quant à la pénitence d’humilité que je vous ai imposée, faites-la un instant, quelques minutes, 5 minutes, en vous humiliant bien de cœur et d’esprit, ne vous inquiétant nullement de tout ce qui peut vous passer par l’imagination.
– Ce sera un acte de vertu à vous priver de ces petites satisfactions de cœur, mais ce n’est pas un péché grave ; défiez-vous bien de toutes vos imaginations.
– Il faut tout dire, « tout, tout », sans aucune crainte ou plutôt ne dire que ce que je vous permets de dire.
– Je vous connais mieux que vous ne le pensez ; ayez confiance et reposez-vous entièrement sur moi, ne revenez jamais sur vos confessions passées. Laissez-vous aller à une entière confiance en Dieu pour toute votre vie, Dieu vous aime et ne veut pas vous abandonner.
– J’espère que vous me donnerez désormais autant de satisfaction que vous m’avez causé d’ennui et de tristesse jusqu’à ce jour.
Votre Père qui vous bénit.
- Chevrier
Lettre n° 223 (197) [18] à notre sœur Claire
Ce matin, j’ai pensé que pour vous corriger et arriver à un bon résultat, il était nécessaire que vous fissiez la communion tous les jours jusqu’à ce que vous alliez mieux. Ainsi, je vous commande de faire la communion tous les jours, et vous la ferez pour obtenir un nouvel esprit, et je vous défends de vous occuper de votre conscience, hormis un quart d’heure avant votre confession.
Votre Père
- Chevrier
Lettre n° 224 (198) [19] à notre sœur Claire
Chère enfant
Tenez-vous tranquille sur toutes vos confessions passées, je vous défends de les recommencer. Ce n’est pas de tout cela dont il faut vous occuper.
Il faut vous occuper sérieusement de l’obéissance et de l’humilité ; les jugements téméraires sont compris dans les pensées.
Ne vous occupez pas de votre confession, allez-y tous les 8 jours et faites régulièrement vos communions sans crainte, animée d’une bonne, mais bonne volonté, cela suffira, car il faut absolument sortir de votre bourbier. Pauvre enfant, que vous avez perdu du temps et que vous avez été malheureuse, levez-vous et marchez !
Par obéissance, vous recopierez bien le petit règlement que je vous ai donné avant de partir et, tous les deux jours, vous rendrez compte à Sœur Véronique de son accomplissement et lui demanderez une petite pénitence pour les manquements ; voilà le premier pas que vous ferez dans l’humilité et l’obéissance qui attireront sur vous plus de grâces que toutes les pratiques extraordinaires auxquelles vous pourrez vous livrer et qui ne sont au fond que satisfactions de l’amour propre et un piège du diable. Soyez exacte à tout cela : confession tous les 8 jours, communions 3 fois par semaine et dimanche, rendement de compte de votre règlement et Dieu sera avec vous.
C’est à moi que vous avez promis obéissance et c’est à moi que vous la devez pour la gloire de Dieu et votre salut.
Je serais bien heureux si je gagnais votre âme à Dieu.
Ayez bonne volonté et tout ira bien.
Votre Père. Je vous bénis.
- Chevrier
Lettre n° 225 (199) [20] à notre sœur Claire
Jésus a été obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix.
Je m’engage par vœu d’accomplir ce petit règlement pour un mois et d’obéir à mon confesseur dans les points qui concernent la direction de mon âme.
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4h1/2 |
Lever. Faire mon lit. |
1h1/2 |
Chapelet |
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5h |
Prières. Oraison |
2h |
Travail |
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6h |
Etude du catéchisme |
4h1/2 |
Visite au St Sacrement |
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7h |
Messe de communauté |
5h |
Catéchisme |
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8h |
Déjeuner |
6h |
Histoire sainte |
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9h |
Catéchisme |
6h1/2 |
……………… |
|
10h |
Classe aux enfants |
7h1/2 |
Exercice à la chapelle |
|
11h1/2 |
Catéchisme, command… |
8h1/2 |
Coucher des enfants |
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12h |
Dîner, récréation |
|
Examen |
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1h1/2 |
Office – Semaine |
9h1/2 |
Coucher, silence |
Toutes les fois que j’aurai manqué à ce règlement, je m’en accuserai à mon confesseur ou à ma Supérieure et je demanderai une pénitence.
Confession le lundi et direction le jeudi.
Communion à fois la semaine et le dimanche.
Soumission aux pratiques d’humilité imposées par mon confesseur.
Je renouvellerai chaque mois mon vœu jusqu’au 10 décembre.
Approuvé par le confesseur.
- Chevrier
Dimanche
7 h Catéchisme et déjeuner.
11 h Explication du rosaire.
5 h du soir…Choeur de chant.
6 h………Exercice à la chapelle.
Points de direction
Eviter la recherche de soi-même.
Ne pas résister à la grâce,
Ne s’occuper de sa conscience que un quart d’heure avant la confession, et le temps de l’examen particulier chaque jour.
Que Jésus vous aide… et vous bénisse.
Lettre n° 226 (200) [21] à notre sœur Claire [1872]
Chère enfant
Une fois confessée et pardonnée, vous ne devez plus vous occuper de vos péchés, passés, oubliés, mal dits ou pas dits, laissez tout cela de côté. Vous savez que vous avez dans votre conscience un ennemi à vaincre ; il vous faut lutter contre tous ces doutes, ces perplexités, ces ennuis, ces peines, autrement vous ne marchez jamais dans la vertu ; occupez-vous à pratiquer les vertus d’humilité, de charité, d’obéissance et ne négligez jamais vos communions pour aucun trouble de conscience, parce qu’il ne faut pas laisser Dieu pour des bagatelles et des ombres.
- Chevrier
Veuillez m’envoyer par Suchet mes cahiers des prophéties.
De nouveau, ne vous inquiétez pas de votre conscience ; allez à Ars et faites vos communions.
Saint Jean-Baptiste fait partie de la seconde partie et se copie avant l’incarnation.
Lettre n° 227 (201) [22] à notre sœur Claire au Prado [1872]
Je vous envoie la lettre de Mademoiselle Pract et de Monsieur Guy. Terminez donc cette affaire et demandez cinq ans pour payer les 43 mille francs.
Tout à vous en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 228 (202) [23] à notre sœur Claire
Chère enfant
Je confirme la décision, que je vous ai donnée hier et les années précédentes, qui est celle-ci : Je vous défends de revenir sur le passé. Je vous défends de faire une confession générale ; vous avez fait au-delà de ce qu’il faut pour satisfaire à l’intégrité de la confession, en vous accusant comme vous l’avez fait et en vous accusant en général comme je vous le fais faire et ayant l’intention de comprendre dans ces aveux généraux toutes les fautes de votre vie.
Ce que je demande de vous et ce que le bon Dieu demande aussi, c’est une volonté sérieuse de travailler à votre perfection, à la pratique des vertus solides et à ne pas perdre votre temps avec votre conscience.
La contrition du passé, la bonne volonté pour l’avenir et la pratique des vertus sérieuses chaque jour, et avec cela vous serez sûre de votre pardon et de votre salut.
Votre Père.
- Chevrier
Lettre n° 229 (203) [24] à notre sœur Claire
Je vous défends de vous occuper de votre conscience et je vous ordonne de faire vos communions. Obéissance.
- Chevrier
Lettre n° 230 (204) [25] à notre sœur Claire
Ne vous inquiétez plus de rien, chère petite enfant, ayez confiance ; vous avez fait un grand acte d’humilité et de confiance en avouant vos folies d’imagination ; que le bon Dieu vous aide, vous bénisse ; je suis bien content que vous vous soyez débarrassée de tout cela, mais en tout cela il n’y avait pas de faute parce que c’était tout dans votre imagination. Faites vos communions ne vous inquiétez de rien.
Commencez à être bien sage et confiance.
Vous ferez bien vos communions trois fois par semaine.
Je vous bénis.
- Chevrier
Lettre n° 231 (205) [26] à notre sœur Claire
Chère enfant
Ne vous inquiétez pas des textes que vous ne trouvez pas, continuez votre petit travail. Il y a les textes qui ont rapport au sacerdoce de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Je vous donnerai le catéchisme quand je pourrai. Continuez à prier Dieu pour votre pauvre en Jésus-Christ. A. Chevrier
Lettre n° 232 (206) [27] à notre sœur Claire
Je vous défends de vous préoccuper de toutes ces choses de conscience et obéissez exactement, l’obéissance avant tout.
Vous ferez la communion demain pour demander à Notre Seigneur le calme de l’esprit.
Faites bien mes petits cahiers, c’est pour moi le plus grand service et aussi pour la maison.
- C.
Lettre n° 233 (207) [28] à notre sœur Claire
Ma bien chère enfant
Votre lettre m’a fait bien plaisir ; quand je vois votre bonne volonté pour mourir à vous-même et l’acceptation des peines, des humiliations, rien n’est plus agréable à Dieu et à votre confesseur.
Persévérez donc et travaillez dans cette voie, elle vous mènera au ciel.
Acceptez tout avec une humble soumission à Dieu, ne vous troublez pas au sujet de votre conscience, allez avec confiance et qu’elle soit plus grande que la crainte ; sortez, sortez de l’enfance et grandissez,
Votre Père.
- Chevrier
Lettre n° 234 [29] à notre sœur Claire [21 novembre 1872]
Chère enfant
Considérez bien l’importance de l’acte que vous allez faire aujourd’hui, pour vous et pour moi, et pour l’Œuvre, et les conséquences qui en résulteront.
Pour vous, en vous donnant ainsi, vous contractez l’obligation d’obéir entièrement à votre Supérieur actuel et à celui que je nommerai après moi.
Obéissance complète pour votre âme, votre conscience, sans raisonnement et sans arrière-pensée.
Obligation pour vous de travailler sérieusement à vous corriger de vos jalousies, susceptibilités et recherches de vous-même et d’accepter humblement toutes les corrections, humiliations qui vous seront nécessaires pour arriver à votre conversion.
Obligation de vivre avec les sœurs, de les aimer et de travailler de tout votre pouvoir à opérer cette union parfaite qui doit exister entre des sœurs travaillant au même but.
Obligation de rester avec les enfants pauvres, de les instruire et de n’avoir d’autre but dans votre vie que de faire le catéchisme aux pauvres et de vous employer aux œuvres de notre maison.
Obligation d’employer votre bien ou au moins votre propriété de Limonest à l’œuvre et de la faire entrer dans le nombre des biens de la communauté en fusionnant avec ces dames.
Obligation de détacher votre cœur de tout autre chose pour ne l’attacher qu’à notre œuvre et aux personnes qui y travaillent. Pour moi, je contracte l’obligation de vous garder toujours avec nous.
Obligation pour moi de vous commander et de vous faire marcher dans la voie la plus parfaite des conseils évangéliques.
d’employer quelquefois des moyens durs et pénibles pour vous corriger de vos défauts, comme le médecin coupe et brûle, pour votre plus grand bien et le salut de votre âme,
de vous faire grandir par tous les moyens possibles,
de vous faire souffrir souvent malgré l’affection que l’on peut avoir pour vous, et cela pour le bien de votre âme.
Comprenez bien tout cela et priez afin que Dieu vous éclaire.
Plus on fait de sacrifices pour Dieu, plus on est heureux.
Si vous voulez marcher véritablement dans la voie de Dieu et être heureuse sur la terre et dans l’autre vie, ne craignez pas de vivre de sacrifice et de renoncement.
Que Dieu vous aide, ayez confiance en sa grâce et protection, et de la Ste Vierge Marie.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 235 (209) [30] à notre sœur Claire 21 novembre 1872
Ce jour 21 novembre 1872, Jour de la présentation de la Ste Vierge.1
Moi, Sœur Claire, du Tiers-Ordre St François d’Assise, entrée au Prado il y a cinq ans pour obéir à l’attrait que le bon Dieu m’avait donné de me consacrer au service et à l’instruction des pauvres, persuadée et convaincue que telle était la volonté de Dieu sur moi.
Je prends aujourd’hui la résolution solennelle de me consacrer pour toute ma vie à l’œuvre du Prado qui a pour but d’instruire les pauvres et les ignorants. Je m’y dévoue entièrement et j’y consacrerai mon temps, ma vie et les biens que le bon Dieu m’a donnés. Je m’y consacre sous la direction du Supérieur actuel et de ceux qui viendront après lui.
Je lui promets l’obéissance la plus absolue, me laissant diriger et conduire comme il lui plaira, selon la volonté de Dieu, lui obéissant entièrement pour ce qui concerne ma conscience, mon esprit et mon cœur.
Je promets, en outre, de faire tous mes efforts pour vivre en bonne union avec les Sœurs, leur donnant mon affection pour travailler ensemble à la gloire de Dieu et au salut des âmes, reconnaissant l’autorité de la Supérieure qui y est établie et lui demandant les permissions avec soumission de cœur et d’esprit.
Et acceptant tous les emplois qui me seront donnes par elle et par mon Supérieur spirituel.
Je prie Dieu qu’il veuille bien m’accorder la grâce d’être fidèle à ces résolutions et je demande à la Ste vierge de les présenter elle-même à mon Seigneur et Maître, afin qu’elle m’obtienne la fidélité et la persévérance.
Sœur Claire
(1). Texte écrit de la main du Père Chevrier et recopié par Sœur Claire
Lettre n° 236 (209 bis) [31] à notre sœur Claire 10 décembre 1872
J’accepte la donation de ma Sœur Claire, et je prie Dieu qu’il lui donne la grâce et la force d’accomplir fidèlement ses promesses, et que par sa fidélité, elle obtienne le bonheur éternel.
- Chevrier
Lettre n° 237 [32] à notre sœur Claire 21 janvier [1873]
Ma bien chère enfant
Je n’ai nullement l’intention de vous renvoyer, au contraire, je veux vous garder et vous garder toujours, et si j’avais l’intention de ne pas vous garder, je n’aurais pas fait ce que j’ai fait pour vous.
Vous nous serez très utile pour l’instruction des jeunes sœurs si le bon Dieu nous en envoie.
Je désire de tout mon cœur que vous vous corrigiez de vos défauts.
Vous savez que votre défaut grand et principal est de laisser travailler votre esprit qui est une machine à vapeur dont il faut vous défier et que, malheureusement tout ce qui touche à votre amour-propre prend tout de suite des proportions gigantesques ; aussi, laissez donc de côté toutes ces petites misères, suppositions, jugements, qu’est-ce que tout cela ? ce n’est rien, offrez-le au bon Dieu et tout ira bien ensuite ; devenez sage, devenez humble, devenez indifférente à beaucoup de choses et tout le reste ira bien.
J’ai reçu vos petites pâtisseries et le reste : merci, chère enfant, de tous vos bons petits soins.
Soyez aimable toujours pour tout le monde, comme le bon Dieu vous en fait la grâce et faites-le pour un motif de charité surnaturelle.
Allez trouver simplement Monsieur Jaillet, il vous recevra bien, c’est un bon Père, mais seulement pour mon absence ; quand je rentrerai, nous nous reverrons et vous me rendrez compte de tout ; quand je confesserai à St Fons, je vous le ferai dire et je vous permettrai de venir, mais Monsieur le Curé de St Fons ne part pas encore, je n’ai des pouvoirs que pendant son absence.
Quant à votre pèlerinage de Paray, je ne vous le refuse pas ; je suis bien content que vous y alliez, mais je ne voudrais pas vous voir y aller avec Sœur
Agnès, car ces rapports continuels que vous avez toujours ne peuvent pas être très bien vus des autres ; enfin, si vous ne pouvez l’éviter d’aller avec elle, allez, vous prierez bien le bon Dieu pour moi et pour notre pauvre maison.
Quant aux lettres, je ne vois nulle raison pour qu’elles soient décachetées par personne que par moi.
Vous êtes autorisée à recevoir vos lettres cachetées, vous n’avez qu’à le dire quand vous les recevez, il n’est pas nécessaire que les Sœurs sachent vos affaires spirituelles et temporelles.
Quant à vos péchés passés, je vous défends d’en parler en aucune façon ; si vous en parlez, vous me désobéissez. Laissez de côté toutes ces tentations du passé, occupez-vous du présent, il y en a bien assez ; n’entrez dans aucun détail quand même vous êtes persuadée ne les avoir jamais accusés, restez tranquille ; allez avec grande confiance, allez, le bon Père Jaillet vous dira bien tout ce qu’il faut, c’est un bon directeur.
A Dieu, chère enfant, travaillez bien à vous corriger, devenez bien sage humble et obéissante, ne laissez pas travailler votre esprit.
Suivez les conseils que je vous ai donnés pour ce qui regarde la…
Ne vous ennuyez pas, ayez confiance, marchez, ne pensez pas à tout cela. Elevez votre âme, dilatez votre cœur, élargissez-le pour Dieu ; vous êtes trop petite, trop étroite pour le bon Dieu, c’est pour cela que vous ne marchez pas.
Allez donc, ayez bonne volonté, marchez avec de bonnes intentions et ne vous inquiétez pas du reste.
A Dieu, je vous laisse dans le cœur de Notre Seigneur.
A Chevrier
Quand vous aurez occasion, vous m’enverrez du papier buvard, ça ne presse pas.
Lettre n° 238 (211) [33] à notre sœur Claire [1873]
Chère enfant
Votre lettre va bien.
Le café à l’eau ne rompt pas le jeûne. Vous pouvez en prendre tant que vous voudrez par nécessité.
Je ne vous permets pas de prendre des instruments de pénitence.
La pénitence la plus agréable à Dieu, croyez-moi, sera celle qui vous fera pratiquer l’humilité ; j’aimerais mieux vous voir manger du poulet tous les jours et pratiquer quelques grains d’humilité que de vous voir faire de grandes pénitences et conserver votre esprit d’orgueil et de désobéissance, un acte de soumission de votre esprit à Dieu et à votre confesseur vaut mille fois mieux que tous vos jeûnes et vos macérations.
Et la preuve, c’est qu’il vous en coûte plus d’obéir que de jeûner.
Le St Esprit lui-même le dit : « Melior est obedientia quam victimae » L’obéissance vaut mieux que le sacrifice.
Ainsi donc, obéissance. Obéissance, soumission d’esprit pour tout ce qui regarde votre conscience, votre esprit. Humilité, obéissance, voilà la voie de votre salut et de votre bonheur.
Quand vous voudrez entrer réellement dans cette voie, dites-le moi et nous marcherons.
Quant à votre testament, je n’ai pas fait attention ce matin.
Voila ma pensée :
c’est que maintenant que l’affaire Guy est terminée, vous mettiez en communauté votre propriété.
Alors, ces dames pourront aller loger chez vous, cela vaudrait mieux que de l’autre côté, à cause des garçons que j’espère y mettre plus tard.
Puis, vous achèterez ensemble le morceau de terrain, en face de vous,
Ou bien, on construira la chapelle et la maison de nos mères temporelles dans votre terrain.
Voilà mes pensées, je crois qu’elles sont admissibles et raisonnables.
A Dieu, tout à vous, ma fille et mère de nos enfants.
Lettre n° 239 (212) [34] Sœur Claire, Au Prado
Chère enfant
J’ai communiqué à ma mère votre désir, elle ira peut-être samedi soir vous voir.
Je n’ai pas encore parlé de cela à Mlle de Marguerye, mais je pense qu’elle acceptera, seulement pour un jour ou deux.
Vous avez bien raison de dire que je suis peiné de voir qu’il y a si peu de charité dans notre maison ; mais j’espère, j’attends et je pense que le bon Dieu éclairera ces âmes étroites, égoïstes, jalouses, qui remplissent le Prado. Priez pour que tout cela s’arrange et que le St Esprit éclaire un peu les âmes.
Continuez, chère enfant, à marcher dans la voie de l’humilité, du détachement de soi-même.
Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, en suivant Notre Seigneur, on ne se trompe pas ; or, jamais nous ne nous ferons si petit que lui, jamais si humble, jamais si pauvre, jamais si humilié, jamais si charitable.
Courage, pauvre petite Sœur, ne craignez pas ; que Jésus soit avec vous et je serai toujours content de vous.
- Chevrier
Lettre n° 240 (212 bis) [35] à notre sœur Claire
Chère enfant
Faites vos communions, malgré toutes vos inquiétudes, et faites-les toutes les fois que vous en aurez le désir. Méprisez vos tentations, si vous voulez avancer dans la vertu.
Votre Père.
- Chevrier
Lettre n° 241 (213) [36] à notre sœur Claire [Janvier 1873]
Ma chère enfant
Je vous ai envoyé une lettre bien sévère ce matin. Elle venait de partir quand j’ai reçu cette dernière. Merci de ce que vous avez fait chez Monsieur Guinand.
Vous avez bien fait de lui demander les 30.000 francs de Mad. Girardot. Avec cela nous pourrons payer les 25 mille et nous devrons bénir le bon Dieu de nous avoir aidé ainsi.
Si le bon Dieu nous bénit temporellement, c’est une grâce certainement, mais je demanderai bien les grâces spirituelles, surtout celles qui devront vous convertir et vous fixer en Dieu ; qu’il m’est triste de voir en vous une âme si inquiète, si tourmentée, vous laissant aller à tous les travers de votre imagination ; vous n’avez qu’un seul moyen, c’est de vous fixer sur Dieu et sur votre directeur, que voulez-vous devenir autrement ? Sortez donc de votre ornière, de votre bourbier, un acte de confiance en Dieu ; quand je vous assure de la part de Dieu que tout cela n’est rien que l’effet de votre folle imagination, pourquoi ne me croyez-vous pas ? Pourquoi écoutez-vous le mauvais esprit ? Ne voyez-vous pas que le démon est notre ennemi et qu’il cherche à vous détourner de l’œuvre, de moi, pour nuire à notre œuvre en lui ôtant un soutien, parce que vraiment vous pourrez être un soutien de notre œuvre ; soyez donc plus généreuse et marchez donc dans la voie de l’humilité, de l’obéissance.
Je désire sincèrement vous garder et vous attacher à l’œuvre, je vous en ai donné une grande preuve en vous donnant ce que j’avais pour assurer l’avenir temporel de l’œuvre. Maintenant c’est à vous d’être raisonnable, de ne pas écouter votre tête et de marcher carrément dans la voie de l’humilité et de l’obéissance et travaillant à convertir les âmes en les instruisant, et vous attachant à nous sincèrement de cœur et de travail.
Je prie pour vous, écrivez-moi encore cette semaine pour me dire comment vous allez.
- Chevrier
Lettre n° 242 (213 bis) [37] à notre Sœur Claire, 1er Janvier 1874
Que Jésus vous donne la fidélité et la persévérance.
- Chevrier
Lettre n° 243 (214) [38] à notre Sœur Claire, [1874]
Je vous le répète, chère enfant, que votre cœur et votre esprit se remplissent tellement de votre catéchisme, de vos enfants, que vous n’ayez pas le temps de vous occuper d’autre chose.
Quand votre cœur sera plein de Dieu et de vos enfants, vous verrez que toutes ces petites misères disparaîtront et que vous mépriserez tout ce qui vous ennuie.
Ne perdons pas notre temps à toutes ces bagatelles, à tous ces mots, à ces manières, ces gestes, ce qu’on peut dire ou faire contre nous ; qu’est-ce que tout cela vis-à-vis de la pensée de Dieu ?
Le démon cherche à nous faire perdre notre temps, à nous dérouter, à nous faire perdre notre vocation, voila tout ; gardez-vous de l’écouter. Quant à vos confessions, ne vous troublez pas.
Allez au bon Dieu avec confiance et faites tout par amour pour Notre Seigneur.
Votre Père qui vous bénit. A. Chevrier
Lettre n° 244 (215) [39] à notre Sœur Claire [1875]
Ne laissez donc pas travailler votre esprit pour des riens. Vous voyez bien que vous vous imaginez toutes sortes de choses. Le calme dans l’esprit, dans le cœur ; l’esprit et le cœur tout entier à son travail, à son devoir, rien que cela et le bon Dieu sera content et vous aussi.
Rejetez tout le reste comme de grosses tentations qui ne font que nuire à votre conscience et à tout le reste.
Je serai à St Fons dimanche soir jusqu’à 4 h 1/2. Si vous pouvez venir vous confesser, venez, et soyez plus calme et ne vous troublez de rien.
- Chevrier
Lettre n° 245 (216) [40] à notre sœur Claire [1875]
Ma pauvre enfant
Si vous écoutiez ce que l’on vous dit et que vous sachiez le mettre en pratique, vous ne seriez pas ennuyée, mais vous n’écoutez jamais que votre tête ;
on a beau vous dire, vous répéter 100 fois la même chose, c’est comme si on chantait, de sorte que ça finit par lasser ; vous ne m’écoutez en rien, vous ne faites rien de ce que l’on vous dit, c’est toujours la même histoire, il faut venir vous confesser 4 ou 5 fois pour recevoir l’absolution et encore vous avez toujours de l’ennui et des imaginations, que voulez-vous que je fasse.
Pour moi, je vous l’avoue franchement, vous me faites beaucoup, beaucoup de peine, je voudrais pouvoir vous en sortir et je n’en viens pas à bout ; c’est à vous de travailler sérieusement à être humble et obéissante, il n’y a pas d’autre moyen de salut pour vous que celui-là.
Si vous ne devenez pas humble et obéissante, je ne réponds nullement de vous, je vous l’ai déjà [dit] 100 fois, mais il faut toujours répéter la même chose avec vous.
Si vous voulez obéir, venez et soumettez-vous ; si vous ne vous sentez pas la force d’obéir, il vaut mieux aller trouver un autre confesseur qui aura plus d’ascendant sur vous que moi.
Priez et priez beaucoup.
Je prie pour vous et je demande pour vous humilité et obéissance.
Tout à vous en Jésus-Christ.
- Chevrier
Lettre n° 246 (217) [41] à notre Sœur Claire [1876]
Chère enfant.
Vous pouvez communier, mais vous aviez une raison suffisante pour dire à Mad. Grager que vous ne pouviez rester plus longtemps avec elle.
Continuez vos méditations, faites-les sur : Adieux de Notre Seigneur à ses apôtres, après la Cène.
A jeudi mes cahiers et soyez toujours sage,
Votre Père.
- Chevrier
Lettre n° 247 (218) [42] à notre Sœur Claire [1876]
Chère enfant,
Ne vous tourmentez pas, je vous prie, ayez confiance, venez demain matin avant la Messe.
Je suis très content de votre travail ; seulement, ne vous fatiguez pas tant, je crains bien que vous ne tombiez malade.
Votre Père qui vous bénit.
- Chevrier
Lettre n° 248 (219) [43] à notre Sœur Claire Au Prado 9 juin [1876]
Chère enfant
J’ai reçu votre petit paquet samedi passé, merci de votre petit travail, il ira bien.
Quant à venir ici, je verrai dans une quinzaine de jours si cela peut se faire ou bien si, à la fin, j’irai à Limonest pour vous faire écrire ce que j’aurai à transcrire. Nous examinerons cela.
En attendant, soyez sage, ayez soin de vos enfants et priez, ne négligez pas de faire quelquefois la Ste Communion. Allez vous confesser, n’ayez donc pas peur, il faut bien sortir de cet état d’enfance et d’imagination.
Allez trouver le Père Jaillet ou le Père Giraud, mais ne restez pas sans communion ; votre oraison et les petits exercices que je vous ai prescrits, ne les négligez pas, tout est là.
Ayez bien soin de vos enfants et travaillez à devenir plus sage, et plus régulière et plus obéissante.
J’ai bien besoin de la grâce du bon Dieu, priez pour moi, je prie pour vous.
Je vous bénis et suis en Jésus-Christ votre dévoué.
A Chevrier
Lettre n° 249 [44] à notre Sœur Claire [1877]
Ma bonne Sœur
Vos deux dernières lettres m’ont bien fait plaisir, j’aime quand vous écrivez avec la joie et la confiance, alors, tout va bien ; chassez une bonne fois pour toutes ces tristesses, ces noirs qui vous assaillent et vous font trébucher. Avec la confiance en Dieu, ça ira toujours bien.
Vous avez arrangé votre voyage pour la Salette, tant mieux ; j’espère que la Ste Vierge affermira votre vocation et vous rendra cette confiance et cette humilité dont vous avez tant besoin.
Rappelez-vous aussi que pour bâtir une maison sur le solide, il faut bien donner des coups de pioche et creuser profond, autrement elle croule. Laissez bien donner des coups de pioche et quand vous viendrez me dire : J’ai reçu aujourd’hui deux, trois coups de pioche sans rien dire, j’en serai bien content ; allons, tout pour le bon Dieu qui a bien souffert et étudiez bien pour nos enfants.
Je vous attends samedi avec Mademoiselle de Marguerye ; ma mère sera bien contente de vous voir. Si vous avez reçu votre argent, vous pouvez le remettre à ces demoiselles de la mairie, nous trouverons à l’employer vous savez à quoi.
A Dieu, que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 250 [45] 1877
Voila encore une tempête, pauvre enfant, hier, avant-hier, tout allait bien ; est-ce que vous ne devriez pas être contente de voir vos petites filles remplies de la grâce du bon Dieu, et ne devriez-vous pas penser faire fructifier les dons de Dieu en elles, mais le démon vient toujours vous détourner et vous faire voir autre chose.
Vous me croyez indifférent à votre égard, mais ne suis-je pas allé vous voir en premier lieu. Ce que je fais aux enfants, n’est-ce pas pour vous que je
le fais ; le contentement que j’avais de voir ces petites ne retombe-t-il pas sur vous qui les avez soignées ; faut-il donc vous dire à chaque instant que je suis content de vous et devant tout le monde ? Vous savez bien que ce n’est pas ma manière de faire ; oui, pour vous le dire franchement, j’ai été content de vos enfants et par conséquent de vous aussi, surtout depuis quelques mois je vous l’ai dit je ne sais combien de fois, je ne sais comment le dire encore. Ne soyez pas comme ça, pauvre enfant, soyez donc plus grande et ne vous laissez pas tourmenter par le tentateur.
Passez de bonnes vacances. « Je ne veux pas que vous alliez avec Sœur Louise ». Qui n’est pas avec moi est contre moi, dit Jésus-Christ. Or, Sœur Louise s’est séparée entièrement de nous : je ne la regarde plus comme de la maison.
Priez un peu plus et vous verrez que tout ira mieux. Ne négligez pas vos communions, allez trouver M. Boulachon qui vous connaît. Si vous allez trouver un prêtre qui ne vous connaît pas, il vous troublera.
Votre Père dévoué.
- Chevrier
Lettre n° 251 (222) [46] à notre sœur Claire au Prado [Rome, fin avril 1877]
Ma chère enfant,
Je vous ai permis de venir en pèlerinage à Rome. Je vous l’ai permis de bon cœur et je ne rétracte pas ma permission. Venez donc, on a devancé le départ, vous serez donc plus tôt. Venez avec Mlle Chalon et tâchez même d’amener ma mère et Mlle Mercier si cela peut leur faire plaisir et ne pas trop les fatiguer. Quant à la chambre, on ne peut retenir de chambre si longtemps d’avance.
Je tâcherai de vous trouver quelque chose au commencement de mai, vous me direz combien vous serez. Je crois que vous resterez tout le mois de mai à Rome, tout est bien cher, il faut bien apporter 500 francs pour s’en tirer de tout.
Je suis bien content de voir les bonnes dispositions que vous me manifestez dans votre lettre. Oui, votre mission est belle, et si on la remplit bien, on gagne bien des âmes au bon Dieu. Ainsi renouvelez-vous bien dans ces dispositions sérieuses et ne gaspillez plus votre temps comme vous faisiez ; de la bonne volonté, et laissez de côté tout le reste, toutes ces inquiétudes, ces ennuis de conscience, tout cela ne sert de rien ; bonne volonté et puis du courage et de la vertu et tout ira bien. Faites une bonne retraite si vous pouvez. Si vous allez à Crémieux, présentez bien [mon] respect à Sœur St Cœur de Joseph. Quant à Sœur Louise, fixez-lui un petit travail et ne la laissez pas indépendante dans son emploi, comme vous avez fait, parce que ce serait une enfant perdue et qui n’aurait nullement l’esprit de soumission et d’obéissance je brûle vos lettres, soyez sans inquiétude.
Il faut absolument que vous preniez le dessus et que vous répariez vos fautes passées par une grande assiduité à votre emploi. Une vie de règle et d’obéissance vaut mieux pour vous que cent confessions.
Je suis bien content du… que vous m’avez fait de la conduite de vos petites filles. Soignez-les bien.
Soyez bien sage.
Je vous bénis et vous attends pour le pèlerinage.
- Chevrier
Lettre n° 252 (223) [47] à notre Sœur Claire au Prado [Rome, 4 mai 1877]
Chère enfant
Nous avons arrêté votre chambre Pour vous et pour Mlle Chalon, tout est bien cher à Rome à cause de l’affluence du monde, la chambre et la nourriture tout compris vous coûteront 4,50 par jour ; c’est bon marché, vu le temps et les circonstances ; veuillez nous écrire l’heure de votre arrivée, afin que nous allions vous chercher, surtout si c’était tard ; nous vous souhaitons un bon voyage à tous, apportez-nous de bonnes nouvelles de tout le monde. Si vous ne pouvez pas nous écrire l’heure fixe de votre arrivée par une lettre lundi, envoyez-nous un télégramme de Pise ou de la dernière gare où vous vous arrêterez un peu de temps, afin que nous allions vous chercher.
Salut à tous, bon voyage et que votre bon ange vous accompagne.
- Chevrier
Via d’ell’ orazione e morte 92. Roma
Si on vous donne des billets circulaires, vous pourriez peut-être ne pas vous arrêter si longtemps en route, et venir plus tôt, si vous pouvez. Faites pour le mieux. Garnissez bien votre bourse.
Lettre n° 253 (224) [48] à notre sœur Claire [Novembre 1877]
Ma pauvre enfant
Je vous ai dit au confessionnal de faire la Ste Communion aujourd’hui, dimanche, et une autre fois trois fois et de ne pas vous occuper de toutes vos imaginations ; vous ferez toutes vos communions sans vous confesser de nouveau. Vous ferez un acte de contrition sérieusement avant votre communion et vous renouvellerez votre acte de bonne volonté envers Notre Seigneur. Vous m’écrirez chaque jour le sujet de votre oraison et deux ou trois réflexions et la résolution et vous demanderez à Sœur Hyacinthe une pénitence chaque jour pour vos manquements à la règle. Je ne veux plus que vous me parliez de vos confessions ni de vos péchés, ni de toutes vos folies d’imagination, occupez-vous de l’œuvre de Dieu, c’est tout.
Votre Père
- Chevrier
Lettre n° 254 (225) [49] à notre Sœur Claire J. M. J.
Je vous en prie, ma pauvre fille, laissez tous vos scrupules de côté, allez, marchez avec confiance.
Tant que vous vous laisserez aller à tous vos dérèglements d’imagination, vous ne serez bonne à rien.
Laissez-moi tout cela de côté et marchez droit et obéissez. Marchez comme si vous étiez sûre d’être en état de grâce et ayez confiance en Dieu.
Dieu n’abandonne jamais une âme qui veut l’aimer et qui, a confiance en sa miséricorde.
Vos imaginations vous tuent, vos scrupules vous empêchent d’être à Dieu ; si vous saviez combien vous faites souffrir Dieu de vous voir si inquiète, si tourmentée et combien vous contentez le démon qui vous tient toujours enchaînée.
Si vous ne voulez pas m’obéir et m’écouter quand je vous dis d’être tranquille, je me verrai forcé de vous abandonner parce que réellement cet état de choses ne peut durer ; vous êtes dans une très mauvaise voie, voie d’entêtement, voie de scrupule, voie fausse, voie qui, si elle était vraie, il faudrait abandonner tout, et la religion et le reste, voie qui jette dans le désespoir.
Si vous continuez à marcher dans cette voie, vous tomberez dans le désespoir et l’abandon de tout devoir ; retenez bien ce que je vous dis : il faut abandonner votre voie de perdition, d’imagination, de scrupule, de folie, de désespoir pour entrer dans la voie sûre de l’obéissance. Vous devez prendre le dessus, n’écouter ni vos imaginations, ni votre conscience fausse, erronée, entêtée, pour n’obéir qu’à celui qui a droit de vous commander, sans cela je renoncerai entièrement à vous.
Si vous n’avez pas confiance en ma parole, allez trouver un autre prêtre, mais ne revenez plus, car il faut une bonne fois finir toutes ces tergiversations et marcher une bonne fois dans la voie de Dieu et de l’obéissance ; quand je vous dis de marcher, vous ne devez nullement écouter votre tête comme vous avez toujours fait malheureusement.
A Dieu, je vous bénis et prie pour vous.
Je vous permets de faire ce que vous me demandez, mais je vous défends d’omettre vos communions sous aucun prétexte, autrement, séparation.
Lettre n° 255 (226) [50] à notre Sœur Claire
Ma bien chère enfant,
Obéissez, je prends tout sur moi ; aimez le bon Dieu et ne vous inquiétez de rien ; surmontez toutes ces tentations, vous voyez bien que c’est le démon qui vous entraîne. Ayez donc confiance et croyez que je suis votre Père et que je vous regarde comme mon enfant.
A Chevrier
Lettre n° 256 (227) [51] à notre Sœur Claire J. M. J.
Chère enfant
J’écris à ces dames de Montchat pour leur dire combien j’étais peiné de leur indisposition et les engage à venir quand elles pourront ; veuillez leur porter la lettre.
Ne vous inquiétez pas de votre conscience, faites vos communions ; comme vous êtes acharnée à vos idées : vous sortez du confessionnal, je vous dis de ne plus vous occuper de votre conscience et il faut encore m’écrire deux minutes après pour m’expliquer vos péchés, quand aurez-vous fini, pauvre enfant. Marchez donc une bonne fois et ne vous occupez donc pas de vous ni de vos péchés ; vous voyez bien que c’est le démon qui vous amuse et qui vous fera passer ainsi une vie inutile pour vous et pour les autres.
Obéissez donc et marchez tout de bon et que je ne sois pas obligé de vous répéter tous les jours la même chose.
- Chevrier
A Sœur Gabriel
Lettre n° 257 (242) [1] à Sœur Gabriel 1873
Ma bonne petite Sœur
Il faut penser davantage à Notre Seigneur qu’à nous et à nos propres misères ; si un peintre se regardait toujours lui-même au lieu de regarder son modèle, il n’arriverait jamais à le copier ; c’est ce que vous avez à faire, chère enfant, regardez Notre Seigneur souvent, souvent, et ne vous considérez pas trop vous-même, et alors vous aurez plus de vie ; appliquez-vous à imiter Notre Seigneur et cela sans trouble, sans peine, considérez-le avec amour et avec le désir de l’imiter, voilà tout ; vos fautes, vos misères, laissez-les dans l’océan de sa miséricorde, quand on aime Jésus il faut peu s’inquiéter du reste.
Voilà le conseil que je vous donne : quand on est dans un jardin on ne regarde pas le fumier qui s’y trouve mais les fleurs, ainsi Notre Seigneur est le jardin rempli de fleurs et vous vous êtes le fumier qui doit servir à les faire pousser, jetez le fumier et laissez-le sans y penser davantage.
Entrez dans le Tiers-Ordre, faites votre profession, il ne faut pas refuser les grâces de Dieu ; et en faisant votre profession faites vos efforts pour vous conformer davantage à votre divin Maître, à l’imiter, à pratiquer surtout la pauvreté et la souffrance. Faites, de votre petit catéchisme, votre œuvre de prédilection.
Faites croître Jésus dans ces petites âmes ; quelle consolation pour nous de voir ces jeunes âmes aimer Dieu, de jeter dans leur esprit un rayon de la foi qui les sauvera, un sentiment d’amour qui les fortifiera.
Courage, chère enfant, travaillez à cette œuvre et persévérez jusqu’à ce que le bon Maître vous choisisse pour lui.
Que le Seigneur notre Maître vous bénisse et vous accorde sa paix et la persévérance.
- Chevrier
Lettre n° 258 (243) [2] à Sœur Gabriel au Prado [1877]
Chère enfant
Prenez courage, et ayez confiance en Dieu ; une seule chose est nécessaire : bien aimer Dieu et être utile à son prochain, que Jésus seul vous suffise. Laissons dire et faisons bien.
Le temps passe, l’éternité approche.
Je vous bénis. A. C.
Lettre n° 259 (244) [3] à Sœur Gabriel au Prado [1878]
Ma bien chère fille
Aimez Notre Seigneur par-dessus tout et que lui seul remplisse votre cœur ; je vous permets bien d’aller trouver M. Farissier ; il vous faut un soutien dans vos peines, vous le trouverez en lui, il connaît déjà un peu vos misères.
Courage et confiance, ne négligez pas votre oraison et priez ; demandez à faire la Ste Communion souvent et en recevant Notre Seigneur demandez-lui bien son amour ; quant à faire le catéchisme le dimanche, demandez à Sœur Marie si elle vous le permet, je veux bien.
Courage, chère petite enfant, soyez bien sage et ne perdez pas votre vocation mais au contraire fortifiez-vous bien dans les petites épreuves que le bon Dieu vous a réservées.
Votre Père.
- Chevrier
Lettre n° 260 (245) [4] à Sœur Gabriel [1879]
Chère enfant
Tenez-vous fortement attachée aux conseils de votre directeur, confesseur, parce que lui seul plus que tout autre a la grâce pour vous conduire et diriger d’une manière vraiment spirituelle, en suivant ses conseils vous suivez la voie du St Esprit, ce qui vient d’ailleurs est presque toujours mêlé de petits sentiments naturels qui proviennent ou d’affection ou de jalousie ; rappelez-vous que, autrefois, votre cœur vous a fait faire beaucoup de petites folies, vous avez raison de n’y plus donner prise, soyez forte et ferme sur ce point et rappelez-vous que toujours, ou presque toujours, on est haï et détesté par ceux que l’on a le plus aimé ; c’est une punition du bon Dieu qui le permet ainsi pour nous apprendre que les affections terrestres sont éphémères et nuisibles à notre âme.
Et Notre Seigneur a dit : Bienheureux quand on vous haïra. Malheur à vous quand on vous flattera, qu’on vous louera. Remerciez le bon Dieu de ce qu’il vous fait un peu passer par cette voie pour vous faire un peu grandir et vous fortifier dans la vertu.
Courage, je vous bénis.
Ne soyez plus enfant mais soyez grande et forte.
- Chevrier
Lettre n° 261 (246) [5] à Sœur Gabriel
Fidélité à la grâce du bon Dieu et force dans l’âme et le corps.
- Chevrier
Priez votre bon ange de vous donner la bonne lumière et la force pour vous détacher.
Allez simplement et écoutez la règle de Notre Seigneur encore :
Soyez doux comme des agneaux, prudents comme des serpents et simples comme des colombes.
Que le St Esprit vous instruise et vous rende de plus en plus sage.
Continuez à méditer sur ces trois paroles et qu’elles soient la règle générale de notre conduite… (Tout pour Jésus-Christ).
Il ne faut pas parler au pluriel, ce n’est que pour vous que vous faites votre oraison, on dirait que vous prêchez.
Je vous pardonne bien et vous bénis et désire que vous persévériez.
Continuez à bien prier, chère enfant, et vous verrez combien il y avait de misères en vous, ne vous en étonnez pas mais ayez confiance en Notre Seigneur notre grand médecin, il se chargera de vous guérir.
Courage, continuez à bien prier et à étudier Notre Seigneur et vous verrez qu’il vous instruira et vous l’aimerez. Je vous bénis et prie pour que vous mourriez bien à toutes choses.
Ne pensez plus à tout cela, tout est oublié, il ne faut plus penser qu’à glorifier Notre Seigneur par une bonne conduite et chercher à le faire connaître.
Malheur à vous quand les hommes vous loueront.
Bienheureuse vous serez quand ils vous persécuteront. Reproduisez bien en vous tous les traits de la vie de Jésus- Christ votre Maître.
Vous pensez trop à vous et aux autres, il ne faut penser qu’à Jésus-Christ votre Modèle et votre Maître, laissez-moi de côté tout cela et ne vous arrêtez pas à toutes ces bêtises ; vous voyez bien que le diable s’amuse de vous et vous fait croire tout ce qu’il veut. Allons, sortez donc de ce misérable état. Courage,
je prie Dieu pour vous. A. C.
A Sœur Elisabeth
Lettre n° 262 (247) A Sœur Elisabeth Rome, 25 avril 1877
MADAME VALMY, RUE DE LYON 67, LYON, RHONE, FRANCE POUR REMETTRE A SŒUR ELISABETH Rome, 25 avril 1877
Ma bonne Sœur Elisabeth,
J’ai reçu votre lettre, merci de toutes les nouvelles que vous me donnez et donnez bien le bonjour pour moi à tous ceux qui vous demanderont de mes nouvelles, en particulier à Mad. Valmy, à Mme Clauselle, nous prierons le bon Dieu pour le fils malade.
Il n’y a que misère sur la terre, il faut que nous changions nos maux en bien par la foi et l’amour.
Donnez ce petit billet à Mad. Perraud, cette bonne dame sera bien aimée du bon Dieu. Je prie pour elle. J’écrirai à Mlles Dussigne.
Quant à St Benoît Labre, il sera difficile de l’avoir en statue ; on le trouve plus facilement en peinture, il y en a de très bien faites.
Si on veut une peinture-tableau je pourrai l’acheter, mais en statue il faudrait le faire faire et ce serait bien coûteux à moins de l’acheter en petit.
Continuez bien votre petit travail et que le bon Dieu bénisse vos pas.
Nous allons bien, nous prions et travaillons. Ces Messieurs ont subi leur examen de prêtrise et ils seront prêtres dans un mois. Prions bien Dieu pour eux afin qu’ils puissent bien travailler à l’œuvre de Dieu.
Notre St [Père] le Pape a béni notre Maison et tous les bienfaiteurs.
Que le bon Dieu vous bénisse. Salut à tous nos frères et Sœurs en Jésus-Christ et à tous nos bienfaiteurs.
- Chevrier
A Sœur Hyacinthe
Lettre n° 263 (248) A Notre Sœur Hyacinthe, au Prado Rome 1877
Ma bonne Sœur,
Que Notre Seigneur vous bénisse, vous donne son amour et son détachement complet de lui-même pour que vous ne viviez que pour lui.
Que rien ne nous trouble et ne nous arrête dans le chemin. Jésus-Christ est le seul but de notre vie, le reste n’est rien ; pourvu que nous aimions Jésus-Christ et que nous allions à lui peu importe le reste. Sachez bien sacrifier à Notre Seigneur toutes vos peines d’esprit et de cœur. La terre n’est rien, le monde n’est rien, Jésus-Christ est tout et surtout pour une âme qui s’est donnée à Lui.
Présentez bien mon bon souvenir à Mlle Grand ; dites-lui que je demanderai une bénédiction pour elle, deux, et pour sa société de veilleuses, mais que pour avoir quelque chose du St Père ce n’est pas facile.
Mes salutations à M. Belmont et mes félicitations pour le succès de sa demoiselle, le bon Dieu est avec cette bonne famille.
Une petite image à Mlle Pauline Miland, boulanger de la maison, elle saura ce que ça veut dire ; dites-lui que je recommanderai tout au bon Dieu.
Bonjour à M. et Mad. Miland.
Priez pour nous auprès de Notre Seigneur qu’il me donne le bon esprit, j’en ai tant besoin.
Mes respects au bon Père Juste. Que le bon Dieu le guérisse pour continuer le bien sur la terre.
Je vous bénis et suis votre Père.
- Chevrier
Une petite image à Sœur Marie-Bernard. Dites-lui que je prie Dieu pour elle et qu’elle soit toujours bien sage et que le bon Dieu la guérisse vite.
Lettre n° 264 (249) à Mademoiselle Marie Tripier, [Prado,] 20 juillet [1868]
A RUY, PAR BOURGOIN, ISERE
Ma bien chère enfant
Je réponds un peu tard à votre lettre, mais vous savez combien je suis harcelé de toutes parts.
Quand vous serez décidée à venir, je vous recevrai avec plaisir croyant que c’est le bon Maître qui vous appelle auprès de nous, pour travailler à notre Œuvre ou plutôt à l’Œuvre de Dieu ; venez avec simplicité et bonne volonté.
Courage, priez bien et Dieu vous aidera à vaincre les difficultés qui pourraient survenir.
Je vous bénis et vous attends.
Que Jésus vous donne sa paix.
- Chevrier
Lettre n° 265 (250) [Rome, 1877]
Mes bonnes petites filles
Vous êtes bien sages de m’avoir écrit une si jolie lettre avant votre Première Communion, je l’ai lue deux fois et la garderai bien comme un souvenir de vous, et si je n’ai pas le bonheur de vous donner la Ste Communion, je vous promets bien de penser à vous et de dire la Ste Messe pour vous, afin que vous fassiez toutes une bonne Première Communion.
Pensez bien au grand bonheur que vous aurez dimanche prochain et ayez bien une volonté sérieuse de faire une bonne Communion et dites : Oui, je veux sérieusement devenir sage, je veux bien purifier mon cœur pour bien recevoir Jésus-Christ, je veux faire une bonne confession, bien dire tous mes péchés sans crainte et avoir bien la contrition.
Oh ! le bon Dieu aime bien les enfants et il les reçoit bien avec amour quand ils ont la bonne volonté. N’ayez pas peur, mes enfants, le bon Dieu vous aime bien et il veut vous pardonner d’abord si vous dites bien vos fautes et il veut venir en vous pour vous aider à être bien sages.
Vous continuerez bien à venir de temps en temps au Prado voir les Sœurs et quand je serai de retour vous viendrez toutes me voir et j’aurai bien du plaisir à vous donner à toutes un petit souvenir de Rome.
Allons, soyez bien sages, faites une bonne retraite et je serai bien content d’apprendre la semaine prochaine que vous avez été bien sages et que l’on a vu sur vos fronts la grâce du bon Dieu, dans la joie et la paix qui y régnaient.
Je prie le bon Dieu pour vous, veuillez prier pour moi aussi et pour les quatre diacres qui vont bientôt être prêtres et qui feront plus tard le catéchisme aux petites filles et à vous aussi quand vous reviendrez :
Je vous bénis de tout mon cœur et demanderai cette semaine une bénédiction pour vous à Notre Saint Père le Pape si nous pouvons le voir.
A Dieu, mes enfants, que la grâce du bon Dieu soit dans vos cœurs pour toujours.
Votre Père.
- Chevrier
Lettres à Mesdemoiselles Mercier et Bonnard 1860 – 1878
Plan de la Guillotière en 1852
A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard
Lettre n° 266 (251) [1] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard 6 février 1860
MESDEMOISELLES BONNARD MERCIER, PLACE DE LA MAIRIE 5, GUILLOTIERE
Mesdemoiselles
J’ai réfléchi et j’ai pensé que, si [vous] voulez me le permettre, je choisirai moi-même le drap de ma soutane chez notre fournisseur ; en le faisant moi-même, je n’aurai point de regrets, vous ferez un acte d’obéissance, et votre acte de charité sera plus agréable à Dieu. C’est pour cela que je vous envoie de bon matin mon petit commissionnaire, je veux que vous fassiez cet acte de soumission.
Votre très humble et dévoué en Notre Seigneur Jésus,
- Chevrier
Lettre n° 267 (252) [2] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard Chatanay, [7 octobre 1860]
MESDEMOISELLES MERCIER BONNARD, PLACE DU PONT DE LA GUILLOTIERF-, 12 MAISON MILLIAT, LYON, RHONE
Mesdemoiselles et chères sœurs en Notre Seigneur Jésus-Christ,
Je viens de recevoir votre caisse qui est arrivée intacte et sans accident, je vous en remercie de tout mon cœur, mais que de choses vous m’envoyez. Ne serait-ce pas un péché d’avoir tant soin de ce misérable corps… il me faut si peu de choses et je trouve toujours plus que le nécessaire. Croyez-le bien, j’ai plus qu’il ne faut et jusqu’à présent je n’ai pas eu besoin de faire de cuisine ; je déjeune le matin chez le bon curé de St Jean où je dis la Ste Messe, à demi-heure de ma retraite ; j’ai dîné chez ce bon curé deux fois, et une fois à la Tour-du-Pin. Le soir, je trouve ma soupe chez une cousine qui demeure à côté de moi, de sorte que je puis dire que Dieu m’a toujours nourri jusqu’à ce jour ; la semaine prochaine, la Providence m’envoie votre caisse… Voyez comme Dieu est bon, il me traite vraiment mieux que je ne le mérite, il y a tant de malheureux qui mériteraient d’être mieux que moi et qui cependant manquent du nécessaire, quel droit ai-je d’être mieux traité qu’eux. Croyez-le bien, je ne mérite rien et quand je me trouverais qu’avec un peu de pain et d’eau, j’aurais encore plus que ne dois avoir. Je prierai Dieu, pour qu’il vous rende un peu tout ce que vous faites pour son misérable prêtre.
Je mettrai à profit vos conseils.
Quant à ce que vous me demandez, de m’envoyer chaque semaine quelque chose, ce serait bien trop de peine ; je puis faire venir de la Tour du Pin la viande et le pain qui pourraient m’être nécessaires. Il y a des gens de bonne volonté qui me l’apporteront et il n’y aura pour moi que l’ennui de le faire cuire.
Je suis très bien dans ma solitude. Je travaille le temps de la journée à étudier mon Evangile et la sainte loi de Dieu, afin de l’apprendre plus tard aux autres d’une manière plus parfaite. Je ne demande au bon Dieu qu’une chose, c’est qu’il me donne bien son esprit et qu’il me convertisse entièrement.
Je suis bien tranquille, je ne sais combien de temps je resterai, je vais assez bien, maintenant je reprendrai promptement mes forces. Le temps est beau depuis deux jours, nous espérons qu’il continuera ; les pauvres campagnards se plaignent beaucoup des pluies, ils ne peuvent ni labourer, ni semer ; c’est vraiment un fléau de Dieu, c’est que partout on l’offense et Dieu a lieu d’être irrité contre son. Peuple ; priez pour que la volonté de Dieu s’accomplisse en tout et qu’il trouve sa gloire dans les châtiments qu’il veut infliger au monde qui a bien besoin de reconnaître son Maître qu’il ne cesse d’offenser. Conservez toujours bien le bon esprit de Notre Seigneur qui est un esprit de charité, d’espérance et d’amour ; le monde est bien mauvais et ne cesse de critiquer ce qu'[il y] a de saint et de juste sur la terre, mais conservez bien la foi au milieu de tant d’impiété et de dévergondage et de division ; attachez-vous à Notre Seigneur de plus en plus, c’est à lui seul qu’il faut être, lui seul qu’il faut aimer, en lui seul qu’il faut croire, à lui seul qu’il faut obéir et à sa sainte Eglise que le monde persécute aujourd’hui. Courage, aimons beaucoup Jésus notre bon Sauveur, tâchons bien de l’imiter. Priez souvent et ne négligez point la Ste Communion, c’est là qu’est la vie et le bonheur du chrétien, que de trésors renfermés dans ce beau Sacrement et que l’on perd en s’éloignant de lui.
A Dieu, mes bonnes sœurs, priez pour moi.
Je pense à vous au St Sacrifice de la Messe.
Tout à vous en Notre Seigneur Jésus-Christ.
- Chevrier
A la Tour du Pin, hameau de Chatanay.
Lettre n° 268 (253) [3] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard
MESDEMOISELLES MERCIER BONNARD, PLACE DU PONT DE LA GUILLOTIERE, 12, MAISON MILLIAT, LYON
Mes bonnes sœurs en Notre Seigneur Jésus-Christ,
Voilà ma campagne qui s’avance. J’ai bien profité de mon temps et le bon Dieu, dans sa Providence, m’a donné plus qu’il ne fallait pour vivre dans ma retraite. Notre Seigneur ne veut pas que je souffre nulle part, c’est un si bon Maître, il donne même à ceux qui ne le méritent pas.
Ma retraite n’est plus une retraite parce que je suis obligé d’aller dîner de côté et d’autre et je ne puis plus travailler comme je le voudrais, cependant j’aurais encore bien besoin de temps pour prier et étudier, car pour arriver à bien connaître Dieu c’est une étude si grande, si étendue et en même temps si douce que l’on ne saurait y donner trop de temps. Malgré cela, il faudra me décider à partir… et samedi, je pense arriver à Lyon. Si j’arrive par le convoi du matin, j’irai vous souhaiter mon bonjour et vous remercier de toutes vos complaisances, si je n’arrive que par celui du soir ce sera pour un autre jour.
Que fait le bon frère Pierre ? Il m’inquiète toujours ce pauvre jeune homme, je voudrais bien lui être utile, il est si généreux pour le bon Dieu, mais il a trop de confiance en moi, il m’attend toujours, il espère toujours que j’entreprendrai quelque chose, mais je n’ai pas assez de confiance en moi pour oser faire des choses que le bon Dieu n’approuverait pas peut-être ; il ne faut pas cependant que pour le sortir d’embarras je m’y mette moi-même, j’aime peu ce qui attire de l’opposition, des contrariétés de la part de l’autorité, je ne sens pas vraiment mes épaules assez fortes pour porter un si grand poids ; les événements d’ailleurs ont si mauvaise apparence, ma santé n’est pas trop robuste et par dessus tout je n’ai pas assez l’esprit éclairé et ingénieux pour prendre à ma charge de pareils soucis ; ma vocation est plutôt d’être dans un petit coin inconnu, ignoré et de faire l’ouvrage qui se présente sans aller trop en avant.
Dans chaque voie, dans chaque vocation il y a ses peines, ses inquiétudes, ses soucis. Il ne faut demander au bon Dieu qu’une chose, c’est de bien l’aimer, de l’aimer simplement et que sa sainte volonté s’accomplisse en tout.
Que Notre Seigneur Jésus vous donne sa sainte bénédiction, ainsi qu’à son indigne ministre qui vous écrit.
- Chevrier
Lettre n° 269 (254) [4] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard
MESDEMOISELLES MERCIER-BONNARD, LYON
Voulez-vous avoir la bonté de remettre à Monsieur Suchet les souliers que j’ai laissés, j’ai un garçon qui n’a pas de chaussures. A. Chevrier
Lettre n° 270 (255) [5] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [1861]
MESDEMOISELLES MERCIER BONNARD, PLACE DE LA MAIRIE 13, LYON
Mesdemoiselles et chères Sœurs
Voudriez-vous m’envoyer par M. Suchet une ou deux chemises et un caleçon.
En attendant que je puisse vous remercier de vive voix, recevez mes salutations bien sincères.
- Chevrier
Lettre n° 271 (256) [6] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard Chatanay, 16 juillet 1862
MESDEMOISELLES MERCIER-BONNARD, PLACE DU PONT DE LA GUILLOTIERE, 13, MAISON MILLIAT, LYON RHONE
Mesdemoiselles et chères Sœurs en N.S.J.C.
Nous voici à la Tour du Pin, tout va bien, mon petit ermitage n’a pas changé d’aspect.
J’y suis pour jusqu’à samedi ; je pense rentrer dans le courant du jour. Je ne puis rester longtemps absent, il faut que le pasteur soit au milieu de son troupeau, le bon Dieu aura soin de ma santé.
Je vous prie bien de m’excuser si je n’ai pu aller lundi vous voir comme je l’avais promis à Mademoiselle Pierrette, mais j’ai été entraîné chez M. Boulachon qui m’a retenu à dîner, c’est ce qui fait que je n’ai pu aller vous voir comme je me le proposais.
Si vous allez voir mon père, veuillez donc lui dire qu’il ne s’ennuie pas, qu’il nous reverra samedi.
Vous lui ferez cuire son dîner de demain, car vous savez qu’il n’est pas bon cuisinier et qu’il ne sait pas se servir.
Si je connaissais pas toute votre charité et votre dévouement, je n’oserais pas vous charger de pareilles commissions, mais je vous connais et c’est pour cela que je ne me gêne pas.
Je n’ai pas besoin de grandes provisions vu que je ne reste que trois jours et que c’est après-demain vendredi, il n’y aurait que pour samedi que j’aurais besoin de quelque chose, vous enverrez ce que vous voudrez ; les départs sont à 5h du matin, 8h1/2, une heure, et 5 heure du soir. Ma mère se joint à moi pour vous remercier et vous présenter son affectueuse reconnaissance.
Mon adresse est : M. L’Abbé Chevrier, à la Tour du Pin, chez M. Ferrand, chemin de Chatanay, Isère.
Lettre n° 272 (257) [7] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard Chatanay, 23 avril [1863]
MESDEMOISELLES MERCIER-BONNARD, MERCIERES, PLACE DU PONT DE LA GUILLOTIERE, MAISON MILLIAT 13, LYON
Mesdemoiselles et chères sœurs en Notre Seigneur,
Nous sommes arrivés hier au soir sans accident à la Tour du Pin. Je ne vais pas plus mal, il semble au contraire que ma voix revient un peu ; je fais tout à fait le paresseux, je dors et je mange, pour le temps passé et à venir. Ma mère a soin de moi et avec elle je ne manque de rien.
Vous prenez aussi beaucoup de peine pour nous, je demande au bon Dieu qu’il vous récompense et vous donne une grande soumission à toutes ses adorables volontés.
Veuillez nous dire comment va mon père, si le temps lui dure ; si vous savez quelques nouvelles du Prado, envoyez-les nous. Je pense bien qu’il y aura une messe dimanche.
Mon adresse est toujours la même : à la Tour du Pin, chemin de Chatanay, maison Fréchet. Isère. J’ai donné commission au facteur de nous apporter tout ce qui nous sera adressé, de sorte que vous pouvez adresser ce que vous voudrez, tout nous parviendra promptement.
Veuillez agréer nos sentiments d’une affectueuse reconnaissance. Ma mère vous prie d’agréer ses amitiés et ses respects bien sincères.
Dites à mon père que nous allons bien, je lui ai écrit en même temps qu’à vous.
- Chevrier
Lettre n° 273 (258) [8] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [La Tour du Pin, 28 avril 1863]
MESDEMOISELLES BONNARD MERCIER, PLACE DU PONT DE LA GUILLOTIERE, 13 MAISON MILLIAT, LYON
Mesdemoiselles et chères sœurs en Notre Seigneur,
La campagne m’a bien été favorable, ma voix est entièrement revenue grâce à Dieu et je pourrai bientôt revenir reprendre mes occupations.
Le temps dure quand on ne fait rien et que l’on mène une vie si oisive que celle que je suis obligé de mener. Je pense rentrer jeudi soir pour l’ouverture du mois de Marie ; je pense bien que Mademoiselle Bourchanin préparera un peu l’autel de la Ste Vierge comme l’année précédente ; sans avoir l’air de rien dire veuillez le lui faire comprendre.
Ma mère et moi nous vous remercions des soins que vous voulez bien prendre pour mon bon père. Dieu vous rendra tout, et votre bonté ne sera pas sans récompense puisque Dieu récompense un verre d’eau froide.
Je reçois la visite de M. le curé, je finis. Veuillez ne rien envoyer s’il vous plaît. Ma mère vous présente bien ses amitiés. Tout à vous en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 274 (259) [9] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard Rome, 29 septembre 1864
MESDEMOISELLES MERCIER-BONNARD, PLACE DU PONT DE LA GUILLOTIERE, MAISON MILLIAT 12, LYON, FRANCE
Mesdemoiselles et chères sœurs en Notre Seigneur,
Je reste plus longtemps en voyage que je ne pensais ; un mois, c’est bien long pour moi, pour ma maison, mais on ne fait pas comme l’on veut et nous ne pouvions pas faire nos affaires en moins de temps.
Je me porte très bien, ma santé s’est fortifiée ; quand on ne fait rien, qu’on ne fait que se promener, on ne peut moins faire que de se bien porter.
Mon voyage n’a pas été inutile : je rapporte des indulgences pour ma chapelle et des pouvoirs pour le Tiers-Ordre dont j’avais besoin pour ma maison et pour les fidèles ; je suis, en résumé, très content de mon voyage, je pense même obtenir la signature du St Père pour l’œuvre des prêtres pauvres ; un bon père Jésuite s’en est chargé et à la prochaine audience qu’il aura avec le Pape, il me l’obtiendra et me l’enverra à Lyon ; c’était surtout cela que je désirais, avec cela, je marcherai avec plus de hardiesse.
Nous partons de Rome demain matin pour aller à Lorette et à Assise, ce sont deux beaux pèlerinages que je vais faire avec beaucoup de plaisir, visiter le tombeau de St François pour obtenir sa pauvreté et son amour pour Dieu, je voudrais bien en rapporter quelque chose de ses vertus.
Nous nous embarquerons vendredi prochain 7 à Gênes pour Marseille et nous arriverons à Lyon, dimanche ou lundi. Ce sera avec plaisir que je reverrai Lyon, mes parents, mes amis et connaissances, ma pauvre baraque et recommencer ma petite besogne. J’espère vous retrouver en bonne santé, je ne vous oublie pas dans mes prières et Saint-Sacrifice.
Veuillez consoler un peu mes parents de ma longue absence et leur dire que les quelques jours qui restent encore seront bientôt passés.
Tout à vous en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 275 (260) [10] Mesdemoiselles Mercier et Bonnard La Tour du Pin, 7 sept. 1867
MESDEMOISELLES MERCIER BONNARD, PLACE DU PONT DE LA GUILLOTIERE 12, LYON
Mesdemoiselles et chères sœurs en Notre Seigneur,
Nous voici arrivés à Chatanay depuis avant-hier, le bon air et le repos me remettront vite, je l’espère ainsi que le secours des bonnes prières ; je marche mieux, la tête est toujours un peu lourde, j’ai commencé à prendre les prises de M. Emery ; cette nuit j’ai moins transpiré de la tête, mais j’ai transpiré des pieds et des mains, ce qui ne m’était pas arrivé depuis 20 ans ; je ne sais pas si
ça continuera, ce serait un bon effet obtenu par ces remèdes ; tout à la garde du bon Dieu. Je ne désire rien qu’une chose, c’est de vite guérir et de retourner vers mon petit monde.
Ma mère ne va pas mal, elle se plaît assez au pays quand elle n’est pas seule, elle vous envoie bien le bonjour et vous prie bien de nous donner de vos nouvelles. Vous étiez toute fatiguée quand nous sommes partis, vous auriez bien besoin de repos, plus encore que moi, et j’ai bien honte quand je vois les autres travailler et moi faire le paresseux… mais souffrez bien avec foi et patience et le bon Dieu qui ne laisse rien sans récompense n’oubliera pas vos travaux, vos assujettissements au monde, et au ciel nous aurons le loisir de nous reposer ; toutefois, il faut espérer qu’avant d’y arriver le bon Dieu vous donnera quelques jours pour vous repeser dans ce monde.
Ma mère et moi nous attendons de vos nouvelles et nous vous envoyons nos affections bien sincères.
- Chevrier
Lettre n° 276 (261) [11] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [Lyon,] 19 novembre [1872]
MESDEMOISELLES MERCIER BONNARD, A MONCHAT, AVENUE DU CHATEAU, 24
Mesdemoiselles et chères sœurs en Notre Seigneur,
Sœur Françoise a apporté ce matin une lettre de Limonest qui vous est adressée, je vous l’envoie par monsieur Suchet ; j’ai écrit ce matin à Mgr qui nous a autorisé à célébrer la Ste Messe à Limonest et à y établir notre œuvre.
Le jour de la Présentation de la Ste Vierge qui est jeudi est un bon jour pour attirer sur la maison la bénédiction de Dieu.
Nous ferons cela sans bruit et sans trompette : j’irai dire la Messe lundi matin et nous prierons bien le bon Dieu pour que tout aille pour le mieux, pour sa gloire et le salut des âmes.
Veuillez donc venir demain soir, monsieur Jaricot ira préparer la chapelle et nous ferons tout pour le mieux.
Je suis en Notre Seigneur, votre tout dévoué et reconnaissant,
- Chevrier
Lettre n° 277 (262) [12] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard 15 novembre [1873]
MESDEMOISELLES MERCIER BONNARD, PLACE DU PONT, GUILLOTIERE. LYON
Mes bonnes sœurs en Notre Seigneur Jésus,
Je commence une neuvaine ce soir, veuillez vous unir d’intention à moi.
Vous savez que c’est par la croix que nous avons été sauvés, c’est aussi par la croix que je guérirai, parce que les pensées de Dieu sont bien élevées au-dessus de celles des hommes ; pour obéir donc aux inspirations de la grâce, je vais passer ces neuf jours dans la prière, la solitude et la pénitence, me contentant pour la nourriture de ce qu’on voudra me faire à la maison.
Je mets toute ma confiance en Dieu seul et je sais que Dieu est tout puissant et qu’un morceau de pain qu’il bénit vaut mieux que tout les remèdes du monde.
Si donc je ne sors pas pendant ces jours, n’en soyez pas surprises, attribuez seulement au désir de faire la volonté de Dieu et suivre les inspirations de sa grâce,
et croyez à l’estime et à l’affection toute sincère que j’ai pour vous, mes bonnes sœurs que j’aime en Jésus Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 278 (263) [13] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [Limonest, avril 1874]
MADEMOISELLE MERCIER, A MONCHAT, LYON
Mademoiselle et chère sœur en Notre Seigneur,
Sœur Elisabeth vient heureusement ce matin pour vous porter ma lettre.
Je vous dirai que j’ai éprouvé ce matin une grande peine quand on m’a dit que vous étiez partie.
Ne pouvant attribuer votre départ qu’à quelque peine que vous avez dû éprouver, je viens vous prier de ne point vous chagriner ni vous décourager dans votre œuvre de charité à mon égard ; les bonnes œuvres ont toujours des traverses et elles sont d’autant plus agréables à Dieu qu’elles éprouvent des contrariétés.
Ma mère paraît bien disposée à faire comme vous voudrez.
Je suis bien seul maintenant, seul dans ma chambre, seul à me promener, j’espère bien que mes majors ne me laisseront pas entièrement.
Si vous pouviez voir Monsieur Levrat, vous lui demanderiez ce qu’il y aurait à faire pour couper cette fièvre qui me tient presque constamment et qui m’empêche de reprendre mes forces.
Je prie Dieu pour vous afin que votre santé se fortifie et que le bon Maître vous donne ses bénédictions.
Au revoir, recevez mes salutations bien affectueuses.
- Chevrier
Lettre n° 279 (264) [14] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard 12 mai [1874]
Mesdemoiselles et chères sœurs en Notre Seigneur,
J’ai appris que vous étiez malades, cela n’est pas étonnant après les peines que vous avez eues après moi ; rester plus d’un mois sans se coucher ni reposer et le travail que vous avez eu. je ne pourrai jamais vous rendre tout ce que vous avez fait pour moi, non seulement pendant cette maladie mais encore depuis que j’ai le bonheur de vous connaître, je voudrais pouvoir faire quelque chose pour vous ; soyez bien persuadées que tout ce que j’ai et tout ce dont je puis disposer est à votre service, et je vous prie d’en user comme vous appartenant.
Si vous avez besoin de nos Sœurs pour vos commissions ou travail intérieur, elles se feront un plaisir d’aller vous rendre service.
Ne vous gênez donc en rien avec nous, nous sommes à vous comme vous avez été à nous, puisque nous ne devons former qu’une même famille devant Dieu.
Pour moi, je vais de mieux en mieux. Si le froid ne continuait pas à se faire sentir toujours, je pourrais aller mieux encore parce que je suis un peu privé de sortir dehors.
Je pense pouvoir commencer à dire la Ste Messe jeudi, jour de l’Ascension, il y a bien longtemps que j’ai été privé de ce bonheur ; si ce n’était pas si loin et que vous ne fussiez pas fatiguées, je vous inviterais.
Nous avons eu notre grand congé jeudi passé où j’ai eu tous mes latinistes et ces messieurs, à part M. Dutel et M. Jaricot.
Hier lundi, monsieur le curé de Limonest est venu dire la Messe dans la chapelle de St André, la paroisse y était en procession.
Il y a bien des circonstances où vous devriez figurer comme maîtresses de ces lieux ;
et je désirerais bien que vous eussiez un logement convenable dans la maison afin que vous puissiez représenter comme maîtresses et que l’on sache où vous trouver et que l’on puisse dire : ces dames sont là, elles demeurent là. Il faudra bien pouvoir arranger cela et ce ne sera pas difficile.
Ma mère ne va pas mal quoiqu’elle ait eu un oeil enflé et la tête un peu fatiguée pendant quelques jours.
Au revoir, à bientôt si vous pouvez, en attendant que j’aille moi-même vous visiter.
Recevez mes salutations bien affectueuses et bien reconnaissantes.
- Chevrier
Lettre n° 280 (265) [15] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard 2 novembre [1874]
Mesdemoiselles et chères sœurs en Notre.
Je pense que cette fois nous allons commencer notre petite œuvre de Limonest et je désirerais bien que vous y fussiez pour compléter l’inauguration de cette affaire. Voici comment nous pensons faire.
Demain soir, mardi, monteront à Limonest Sœur Joséphine, Sœur Marie, Sœur Françoise et Sœur Catherine, accompagnées de deux nouvelles et de deux grosses filles de notre maison.
Mercredi matin, je dirai la Messe pour attirer les bénédictions de Dieu sur ce petit commencement et monsieur Jaricot qui est en retraite maintenant y montera à la fin de la semaine pour y rester et faire les exercices religieux qu’il y aura à faire. J’ai écrit avant-hier à Monsieur le Curé pour le prévenir et je l’ai invité è venir nous voir mercredi, dans la matinée ; il a promis de venir nous bénir, probablement il acceptera une petite collation à midi, s’il veut rester.
Je compte donc sur vous et que vous soyez à votre place comme maîtresse de maison.
Nous avons bien besoin de la grâce et de la protection de Dieu pour que tout s’arrange pour le mieux ; ayez soin de votre santé et que la bénédiction de Dieu soit sur vous.
Daignez accepter mes salutations affectueuses et sincères.
- Chevrier
Lettre n° 281 (266) [16] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [1875]
Mesdemoiselles et chères sœurs en Notre…
J’ai appris que Monsieur Bertholier devait aller demain à Villefranche acheter un âne pour lui ; nous en aurions bien besoin d’un aussi pour transporter le linge au lavoir, surtout dans l’hiver où les chemins sont mauvais. Si vous vouliez, nous donnerions commission à ce voisin de nous en acheter un pour notre usage.
Si je n’avais pas ma retraite à prêcher cette semaine, je serais allé vous voir, mais il m’est impossible de sortir.
Ma mère est partie hier à la Tour du Pin voir sa sœur.
Courage et patience.
Votre tout dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 282 (267) [17] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [Lantigné,] 9 juin [1876]
MESDEMOISELLES MERCIER-BONNARD, AVENUE DU CHATEAU A MONTCHAT, PRES LYON
Mesdemoiselles et chères sœurs
Je viens vous donner un peu de mes nouvelles.
Me voici retiré à Lantigné, près Beaujeu, chez M. Chanuet, Rhône.
J’y suis bien. J’ai la solitude et le temps pour travailler et une petite chapelle pour y dire la Messe.
La famille Chanuet n’y est pas, elle ne viendra qu’à la fin du mois, de sorte que je suis bien tranquille ; je n’ai besoin maintenant que des lumières du bon Dieu pour m’éclairer et bien faire le petit travail que je crois devoir faire pour le bien de tous, puisse le bon Dieu me donner ses grâces et ses lumières.
Je vais bien mieux que je n’allais quand je suis parti et j’espère que je me fortifierai de plus en plus.
Donnez-moi de vos nouvelles, comment vous allez ; ma mère est partie au donjon avec la famille Crouzier, j’ai eu de ses nouvelles, elle va mieux, elle se sert de son bras sans difficulté.
Je ne sais pas combien de temps je resterai à Lantigné, je ferai ce que je pourrai pour revenir au plus tôt.
Priez pour moi ; je ne vous oublie pas auprès du bon Dieu.
Votre tout dévoué.
- Chevrier
Lettre n° 283 (268) [18] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [Octobre 1876]
Mesdemoiselles et chères sœurs
Nous sommes en retraite à Limonest depuis lundi. Il paraît que le vin a cessé de bouillir depuis hier, votre présence serait bien nécessaire pour arranger ces choses.
Veuillez donc venir, s’il vous plaît ; si ma mère peut venir, elle me fera plaisir. Votre tout dévoué. A. Chevrier
Je vous enverrai demain matin la voiture.
Lettre n° 284 (269) [19] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [Rome, 28 mars 1877]
Mesdemoiselles et chères Sœurs
J’attends de vos nouvelles et de celles de ma mère, je pense que vous allez toutes bien.
Il n’y a rien de nouveau à Rome, nos santés vont bien ; j’ai été un peu enrhumé deux jours, parce que j’étais sorti, mais depuis hier, il a disparu.
Nous avons une très bonne femme pour notre service, ce n’est pas du tout comme dans les hôtels, elle cherche vraiment à nous faire plaisir et à nous donner ce que nous aimons, on nous fait la cuisine au beurre et pour moi elle fait à tous les repas des petits plats particuliers : cervelles, biftecks, nous sommes vraiment bien.
Nous avons aussi à côté de nous un séminariste malade, de Lachassagne ; il a fait venir une centpote de vin de son pays et il m’en enverra 20 bouteilles, c’est du vin de Lachassagne de 19 ans qui est très bon, de sorte que je me trouve tout à fait en France et j’espère que le repos me donnera de plus en plus de forces et que mon séjour à Rome ne me sera pas nuisible ; ainsi veuillez donc dire à ma mère qu’elle soit bien tranquille.
Je ne sors guère, le temps n’est pas beau depuis quelques jours, il pleut ; je travaille dans ma chambre et je suis avec mes jeunes gens.
Veuillez prier pour moi afin que je puisse arriver à un bon résultat avec eux et qu’ils puissent m’aider plus tard.
Embrassez ma mère pour moi et dites-lui que je l’aime bien.
J’envoie ce petit billet à Sœur Claire qui m’a écrit, veuillez le lui remettre et croire à mon sincère attachement.
- Chevrier
Via d’ell orazione e morte, 92, Roma, Italia
Lettre n° 285 (270) [20] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [St Fons,] 23 juin [1877]
MESDEMOISELLES MERCIER-BONNARD, A MONTCHAT, PRES LYON
Mes bien chères demoiselles et sœurs en N.S.J.
Je me suis retiré à St Fons pour quelques jours afin d’y travailler et d’y prier tranquille ; quoique dans ma solitude je ne laisserai pas passer vos fêtes de St Jean et de St Pierre sans vous envoyer un petit mot de souvenir, y joignant une petite fleur de la montagne de St Fons.
Je prie Dieu pour qu’il vous donne une bonne santé, que Dieu nous permette d’achever l’œuvre qu’il a commencée par nous et que vous fondiez l’association de nos mères temporelles pour le soutien de nos œuvres du Prado.
Si vous aviez quelque chose à me faire dire vous pourriez écrire à Monsieur le curé de Saint Fons pour remettre à Monsieur l’abbé Chevrier, par Vénissieux.
Je me recommande à vos prières et je ne vous oublie pas dans les miennes.
En attendant que j’aie le bonheur de vous voir, veuillez recevoir mes sentiments bien sincères de gratitude et d’affection en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 286 (271) [21] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard 30 avril [1878]
Mesdemoiselles et chères sœurs en Notre Seigneur
Je donne un congé mardi prochain à nos élèves, ces messieurs y viendront aussi et je resterai à Limonest avec ma mère jusqu’au lundi ou mardi suivant ; venez donc, nous passerons quelques jours ensemble ; veuillez me dire le jour, je vous enverrai chercher par l’équipage modèle, si vous pouvez venir vous rendre avant 9 h, ou bien fixez votre jour.
Agréez mes salutations bien affectueuses et sincères.
- Chevrier
Lettre n° 287 [22] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [Vichy,]29 juin 1878
Mademoiselle et chère sœur en Notre Seigneur
C’est aujourd’hui la fête de St Pierre, votre patron. Je vous l’ai souhaitée en disant la Messe pour vous et j’ai demandé à St Pierre de vous donner sa foi et son amour pour Notre Seigneur, je n’avais pas de meilleur bouquet à vous offrir.
Nous allons tous à peu près bien, mademoiselle Jenny va toujours de même, elle va boire son eau à la grande grille chaque jour et moi aussi ; nous passons notre temps à nous promener, à manger et à causer, c’est vraiment une vie de paresseux, il me tarde de rentrer pour travailler un peu ; je vais
mieux mais mon estomac n’est pas encore entièrement rétabli puisqu’il ne peut supporter les pommes de terre que j’aime cependant bien ; ma mère ne va pas mal, elle a bon appétit et ne peut pas attendre le dîner sans manger, sœur Antoinette va beaucoup mieux.
Nous espérons que vous allez bien et que bientôt nous vous reverrons en bonne santé ; nous vous souhaitons tous une bonne fête, puissions-nous la célébrer tous un jour dans le ciel.
Veuillez agréer nos salutations bien affectueuses et mes remerciements en particulier pour nous avoir cédé mademoiselle Mercier.
Que le bon Dieu vous aide et vous donne sa paix.
- Chevrier
Lettres de direction 1862-1878
Gravure de l’église de la Charité, place Bellecour
A la famille Velly
Lettre n° 288 (435) A Monsieur Velly [1862]
Ayez plus de confiance en Dieu, vous en manquez un peu et C’est pour cela que vous souffrez davantage.
Si vous priez avec foi , Dieu vous délivrera de votre surdité et vous reconnaîtrez que Dieu ne vous abandonne pas, seulement il faut le mériter par la confiance. Dites de tout votre cœur à cette intention, 9 pater et ave, pendant 9 jours. Nous nous unirons d’intention et il faut beaucoup espérer en Jésus, Notre Seigneur qui a dit : Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon [nom] vous sera accordé. Dieu n’abandonne pas ceux qui l’aiment et qui espèrent en lui.
Croyez que votre maladie servira beaucoup à votre conversion et à votre sanctification et que vous serez heureux plus tard d’avoir souffert quelque chose pour l’expiation de vos péchés et votre salut.
Que Jésus vous bénisse.
Lettre n° 289 (436) A Mademoiselle Velly (Sœur Saint Andre) 16 juillet 1871
Ma chère Sœur,
Vous avez grandement tort de vous occuper de Sœur Valentin, le bon Dieu ne vous demandera pas compte de son âme seulement de la vôtre.
Ainsi priez Dieu pour qu’il vous donne la véritable charité. Dieu est mort pour nous tous et nous perdons grandement notre temps quand nous pensons aux défauts des autres. Ne négligez pas votre oraison, étudiez Notre Seigneur, sa bonté, sa charité pour les hommes et vous trouverez là de quoi calmer toutes vos irritations.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n°290 (437) Sœur Marie Saint André [1873]
Chère Sœur en Notre Seigneur Jésus-Christ,
Vous n’avez pas bien compris le passage du Père de Saint-Jure, on peut penser à tout pour Dieu : tout nous représente Dieu sur la terre et tout doit nous porter à Dieu. Il n’est pas nécessaire non plus, d’y penser actuellement, toujours, il suffit d’offrir à Dieu ses pensées le matin, et pourvu qu’on ne fasse pas d’acte contraire, l’intention habituelle suffit. Courage donc et ne vous effrayez pas ; Dieu est bon et n’abandonne pas ses enfants. Dieu vous aime et vous accordera sa grâce pour persévérer. Ouvrez votre cœur à une bonne compagne, ne restez pas seule, c’est si triste ; confiez-vous à quelque bonne âme et vous trouverez soulagement dans votre misère spirituelle.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettres à Madame Franchet, Quai Saint Vincent 43, Lyon
Lettre n° 291 (273) [1] à Madame Franchet Mercredi des cendres [1863]
Madame et chère sœur en Notre Seigneur Jésus-Christ
En acceptant toutes souffrances pour l’amour de Notre Seigneur et pour pratiquer l’humilité, la patience et la charité, vous êtes certainement agréable à Notre Seigneur et je crois que le bon Maître nous voit avec plaisir quand nous croissons dans son amour, et les tribulations et les croix sont les moyens les plus prompts, les plus sûrs pour nous faire arriver à la perfection de la charité.
Soyez fidèle à votre oraison, approchez-vous de la Ste table et si Notre Seigneur vous amène encore auprès de moi je tâcherai de vous être utile ou plutôt je laisserai faire Dieu parce qu’il saura mieux faire que moi.
Priez pour un pauvre et indigne Prêtre de Jésus-Christ.
- Chevrier
Lettre n° 292 (274) [2] à Madame Franchet [Prado,] 3 décembre [1863]
Madame et chère sœur en Notre Seigneur
Je pensais vous faire un grand honneur en vous invitant à venir peigner mes petits pauvres. Notre Seigneur a dit que quand on servait un pauvre on le servait lui-même, vous avez donc refusé à Notre Seigneur ce petit service qu’il vous demandait, et vous vous êtes privée d’une grande grâce ; je l’ai fait à votre place et j’ai été très heureux de remplir ce petit acte de charité, et désormais je ne céderai pas ma place à un autre, car le bon Maître sait bien payer généreusement les petits services qu’on lui rend ; seulement, pour participer à cette bonne œuvre je vous prierai bien de vouloir m’apporter un peigne un peu meilleur que le mien, la prochaine fois que vous viendrez. Je demande à Dieu pour vous que vous ayez un peu plus de générosité à son service.
Si vous pensez que Dieu dorme et ne vous entende pas, réveillez-le comme les apôtres en criant plus fort par la prière et attirant les bénédictions de Dieu sur vous par des actes de miséricorde ; je sais depuis longtemps qu’il est plus facile de peigner les têtes que de peigner les esprits, de laver les pieds que de laver les âmes, avant donc de venir me trouver vous prierez Dieu pour moi afin que je trouve un remède salutaire pour vous.
Rappelez-vous bien aussi que tout ce qui nous arrive n’arrive que par la permission de Dieu et que les voies de Dieu sont bien inconnues aux hommes. Soyez plus calme dans vos peines et dites comme votre bon Maître : Que votre volonté se fasse et non la mienne, et cette humble soumission rendra bien méritoire le sacrifice que vous ferez à Dieu de tout ce qui vous est si cher à juste titre il est vrai, mais rien ne nous doit être plus cher que la volonté sainte de notre bon Maître, que vous voulez suivre et aimer.
Que Notre Seigneur Jésus et sa bonne Mère vous bénisse, vous, votre cher fils et votre bon époux.
- Chevrier
Lettre n° 293 (275) [3] à Madame Franchet [Rome, 20 septembre 1864]
Je tiens à la promesse que je vous ai faite de vous écrire, ma bien chère Sœur, avez-vous tenu à la vôtre, d’être sage pendant mon absence ? Avez-vous fait vos Communions, votre oraison ? Avez-vous été constante dans vos bonnes résolutions ? je l’espère ; si vous ne l’avez pas été entièrement reprenez courage et remettez-vous à servir Dieu de tout votre cœur, il sait bien être généreux quelque fois, il sait bien aimer le Sauveur quand il est disposé, faites que tous les jours se ressemblent en joie et en amour.
Que celui qui a la foi est heureux, il n’a pas besoin de tant voyager pour voir de belles choses, il a tout dans la Ste Eucharistie, il se retrouve à la Crèche, au Calvaire, au Cénacle ; on voyage pour visiter les grandes reliques des saints et des saintes et notre bon Sauveur nous a laissé la belle et précieuse relique de son corps et de son sang.
Comme nous sommes heureux d’avoir tant de richesses et cela partout, de sorte que le pauvre paysan peut, sans voyager et sans dépenser un sou, faire tous les beaux pèlerinages du monde, n’est-il pas vrai ? et à St Louis, dans votre paroisse, vous pouvez faire les grands pèlerinages de Rome et de Jérusalem ; allez donc avec foi et avec amour à la Crèche et au Calvaire de notre bon Sauveur.
Priez-le bien, aimez-le bien pour vous et pour moi qui ne l’aime pas assez ; je suis si pauvre, si misérable, j’ai si honte de me trouver au monde et en présence du monde que je me cacherais tout entier dans un petit trou, cependant, je verrai peut-être le St Père, je veux lui faire une demande. Veuillez prier, s’il vous plaît, pour que la volonté de Dieu s’accomplisse en moi et en d’autres et que la réponse soit celle de Notre Sauveur. Que je serai heureux de pouvoir contribuer à la gloire de Jésus par la pauvreté et le sacrifice, qu’il y ait d’autres Jésus-Christ sur la terre dans ses prêtres et que nous puissions renouveler sur la terre la Crèche, le Calvaire et le Tabernacle par la pratique des vertus dont il nous donne de si beaux exemples ; priez un peu pour moi et pour tous ceux que le Seigneur appelle à la sainte Pauvreté de son Christ.
Aimez Dieu ! aimez-le pour toutes les créatures qui ne l’aiment pas, aimez-le pour moi ;
que je l’aime aussi pour vous et pour toutes les créatures de la terre, c’est là tout ce que nous pouvons demander et désirer sur la terre et au ciel.
Que Jésus vous bénisse et votre famille.
A.Chevrier
Via d’ella Minerva 53, Rome
Lettre n° 294 (276) [4] à Madame Franchet J.M.J [St Jean de Dieu,] 15 mars 1865
Ma bien chère Sœur en Notre Seigneur Jésus-Christ,
Je suis à St Jean de Dieu pour quelques jours, je reçois votre lettre maintenant et j’y réponds comme ma conscience me l’inspire, et, je vous dis franchement la vérité.
Lorsque vous êtes venue me trouver pour la direction de votre conscience vous y êtes venue attirée par je ne sais quel bruit d’une fausse réputation de science et de sainteté qui m’a été faite je ne sais ni pourquoi ni comment et de laquelle je suis vraiment très humilié quelquefois, parce que beaucoup de gens croient trouver en moi quelque chose et quand ils m’ont vu quelque temps ils comprennent leur illusion et leur erreur et se trouvent très désappointés, comme vous par exemple ; le bon Dieu permet cela pour m’humilier et me faire comprendre que tout ce qui se fait c’est lui et non pas moi qui le fais et je l’en remercie de tout mon cœur ; beaucoup de gens très instruits et même du clergé disent que l’Œuvre du Prado ne peut pas tenir parce que je suis trop bête, ceux-là ont bien raison et ce sera bien la vérité que si notre Œuvre réussit ce ne sera vraiment pas moi qui l’aurai fait réussir mais bien le bon Dieu ; il n’y a qu’une chose qui m’étonne vraiment, c’est de voir venir des braves personnes me demander des conseils et se confesser encore, je pense quelquefois que le démon y a quelque part afin de les faire mieux tomber dans l’erreur par mon incapacité et me rendre responsable ensuite des fautes dans lesquelles elles tombent ensuite.
Ainsi donc le meilleur conseil que je puis vous donner et je vous le donne tout de bon et en sûreté de conscience, c’est que vous ferez très bien d’aller trouver un autre prêtre pour vous diriger ; le plus petit novice des religieux pourra vous donner de meilleurs conseils que moi et votre âme sera en plus grande sécurité entre ses mains qu’entre les miennes.
Je vous engage et vous supplie de prier pour moi car je suis bien malheureux : un gros fardeau sur les épaules, toute cette pauvre baraque à conduire, tous ces enfants à convertir ; je sens quelquefois mes épaules fléchir et je cherche quelqu’un pour m’aider à porter ce poids, je cherche et je ne trouve presque personne. Que les bons ouvriers sont rares et que nous gâtons donc l’ouvrage de Dieu, plutôt de faire nous défaisons souvent ; combien ma paresse me fait souffrir, que je suis donc pauvre devant Dieu. Priez pour ce pauvre qui devrait bien rester où il est plutôt que de retourner à l’ouvrage pour ne rien faire.
A Dieu, ma chère Sœur, au moins ne m’oubliez pas dans vos prières et quand vous pourrez me faire l’aumône, faites-la moi s’il vous plaît, je vous en serai toujours reconnaissant.
Veuillez me dire si je puis vous envoyer le petit cahier de souscription.
Que Jésus vous bénisse, vous et votre fils et aussi votre mari qu’il faut aimer pour l’amour de Jésus.
- Chevrier
Lettre n° 295 (277) [5] à Madame Franchet [1865]
Bien chère enfant,
Merci de votre bonne lettre, la vérité fait toujours plaisir, je sens si bien la vérité de tout ce que vous me dites que je voudrais le voir s’exécuter de suite, car ce désordre, ce manque de règle qui règne dans la Maison est comme un grand poids qui me pèse et je voudrais pouvoir m’en débarrasser ; et d’un autre côté je sens tellement mon impuissance, mon incapacité que je dis souvent au bon Dieu : Mon Dieu est-ce que vous ne vous êtes pas trompé en mettant à la tête d’une grande Œuvre un pauvre être aussi chétif que moi ; je suis si pauvre, si pécheur, si ignorant, que vraiment si le bon Dieu n’envoie pas quelqu’un pour faire son ouvrage il ne peut que périr. Que de qualités, que de vertus il faut pour établir quelque chose, pour faire bien comme il faut l’œuvre de Dieu ; je sais bien que Dieu choisit ceux qu’il veut et les plus petits et les plus pauvres souvent pour manifester sa gloire et sa puissance et que tout le monde puisse bien dire : c’est bien Dieu qui a fait cela, mais il faut aussi que ce pauvre être corresponde bien à la grâce, il faut qu’il soit un homme de prière et de sacrifices et je sens que je résiste toujours à la sainte volonté de Dieu, que je retarde son Œuvre ; il me faudrait quelqu’un là, constamment à côté de moi qui me pousse et me rappelle ce que je dois faire ; que je suis malheureux, que je suis à plaindre, si je ne fais pas ce que le bon Dieu veut quelle responsabilité, quel jugement, quelle condamnation pour moi. Pendant bien des années je disais au bon Dieu : Mon Dieu, si vous avez besoin d’un pauvre, me voilà, si vous avez besoin d’un fou, me voilà et je sentais que j’avais la grâce pour faire tout ce que le bon Dieu aurait demandé de moi, et maintenant qu’il faudrait agir je suis paresseux, je suis lâche. Oh ! s’il n’y a pas des âmes qui prient pour moi, qui me poussent, je suis perdu ; si le bon Dieu m’envoyait un bon confrère, qui comprît bien l’œuvre de Dieu, alors je me sentirais plus de courage, plus de force, mais seul, toujours seul, je sens que je n’ai pas la force ou il faudrait une grâce extraordinaire que je n’ai pas encore méritée car les grâces de Dieu, il faut les acheter, et pour acheter les grâces de Dieu on ne saurait trop faire, surtout quand elles doivent contribuer au salut des âmes et la gloire de l’Eglise.
Pardon, chère enfant, si je vous parle si ouvertement et que je vous dévoile un peu la tristesse de mon âme, mais c’est afin que je puisse trouver en vous une âme qui prie et qui m’aide à accomplir la sainte volonté de Dieu, car si Dieu a fait le Prado ce n’est pas certainement pour me donner une propriété de cent mille francs, qu’ai-je à en faire ? j’ai tout donné à Dieu et je ne lui ai demandé que la Ste Pauvreté pour héritage, il y a donc quelque autre chose. Eh bien ! aidez-moi à faire ce que le bon Dieu demande, surtout cette œuvre de Prêtres pauvres pour les paroisses. Le Prêtre, oh ! il n’y a que le Prêtre qui puisse faire quelque chose. Le Prêtre, c’est tout… C’est Jésus-Christ sur la terre ; il faut que je sois un autre Jésus-Christ sur la terre afin que ceux qui viendront ici puissent être aussi eux-mêmes d’autres Jésus-Christ vivant, il n’y a que cela qui peut convertir les âmes.
Votre fils fait de belles statues, mais les statues d’ivoire, de marbre ne convertiront pas les âmes ; s’il pouvait faire de lui-même une belle statue vivante de Jésus-Christ, ah ! qu’il ferait un ouvrage bien plus agréable à Notre Seigneur et plus utile à l’Eglise.
Prions donc, que la Ste volonté de Dieu s’accomplisse dans chacun de nous, et que par notre paresse et notre négligence nous ne fassions pas échouer l’œuvre de Dieu.
Ce n’est pas la peine de vous parler de moi, cependant, puisque vous le demandez, je vous dirai que je vais mieux : je marche, ma tête est libre ; je prends régulièrement les prises de M. Emery.
Je rentre mercredi soir au Prado pour recommencer mon travail, puisse Dieu le bénir et que j’accomplisse bien sa sainte volonté et vous aussi.
Que Jésus vous bénisse vous et votre famille
- Chevrier
Lettre n° 296 (278) [6] à Madame Franchet 20 mars [1866]
Madame et chère Sœur en Notre Seigneur,
Je vous écris pour me recommander à vos prières durant cette semaine, j’ai besoin de me recueillir pour prier Dieu, me convertir et obtenir les grâces et les lumières dont j’ai besoin si grand pour remplir mes devoirs de prêtre et les autres.
Je vous remercie aussi de ce que vous avez pensé à nous et à nos enfants. Nos petites filles auraient besoin de robes, celles qu’elles ont sont déjà bien usées, vous nous ferez donc plaisir de nous en donner l’étoffe.
Quant à la couronne de lumières, notre chapelle, je crois, ne peut comporter des objets qui ressentent le luxe et la grandeur. Si à la place de cet objet vous pouviez accepter l’entretien du luminaire du St Sacrement pendant votre vie, je préférerais, et je crois que vous auriez atteint le même but.
Je vous prie bien de me pardonner toutes les peines que j’ai pu vous faire et aussi toutes les fautes que vous avez remarquées en moi, et priez Dieu qu’il me fasse miséricorde et que je ne laisse pas périr ceux qu’il m’a confiés.
En priant pour moi et ma conversion vous me rendrez plus agréable à Dieu et plus digne de prier pour les autres et pour vous et votre famille.
Je suis, dans les cœurs de Jésus et de Marie, votre tout dévoué et reconnaissant serviteur.
- Chevrier
Lettre n° 297 (279) [7] à Madame Franchet [1866]
Chère sœur et fille en Notre Seigneur,
Ste Catherine se plaignait un jour à Jésus de la croix pesante qu’il lui faisait porter et Notre Seigneur lui répondit : Que j’aime à te voir sous le poids de la croix, tu me glorifies plus dans un moment de souffrance avec moi que par plusieurs années de joie et de consolation. Chère enfant, vous êtes mille fois plus agréable à Jésus dans ces jours de tribulation et d’épreuve que vous ne l’avez été autrefois dans tous vos moments de joie et de bonheur ; consolez vous, Jésus accomplit vos désirs, vous avez désiré être toute à lui ; il se charge lui-même d’effectuer vos désirs ; la pauvre nature se révolte il est vrai, il est si dur de se quitter tout entier, mais il le faut et vous ne serez jamais à lui tant qu’il ne vous aura pas détachée de tout sur la terre, vous savez combien le naturel agit chez vous, eh bien, pour le détruire, il faut du temps, il faut bien des coups de marteau, laissez-les donner à Jésus, il se charge de tout. Voyez vous, comme il a bien commencé et comme c’est un bon ouvrier, allez, laissez-le faire, il taillera bien et enlèvera tout ce qu’il y a de trop en vous.
Acceptez tout avec soumission, vos souffrances me font peine mais je ne puis m’empêcher de remercier le bon Dieu de si bien faire son ouvrage et je demande pour vous qu’il vous accorde la grâce de le comprendre et de ne pas vous opposer à l’œuvre de Dieu en vous.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Vous viendrez travailler au Prado comme à l’ordinaire, quand même vous penseriez être un objet d’horreur à tout le monde.
Tout pour l’amour de Jésus.
Lettre n° 298 (280) [8] à Madame Franchet J.M.J Prado, 15 mai 1867
Bien chère enfant
Offrez à Dieu le petit sacrifice que je vous ai demandé et le dépouillement de vous-même vous méritera les grâces dont vous avez besoin dans les grands orages que le démon élève contre votre pauvre âme.
Voyez Jésus sur la croix, il n’a plus que sa Mère, et il la donne aux pécheurs, à vous et à moi.
Mourir à tout, mourir à soi-même, c’est là le véritable bonheur.
Votre Père dévoué vous bénit et prie pour votre âme.
- Chevrier
Lettre n° 299 (281) [9] à Madame Franchet Prado, 13 août 1867
Ma bien chère enfant
J’ai reçu la visite de Monsieur Emery qui m’a bien fait plaisir. On est heureux de trouver des hommes qui ont la foi et qui agissent selon les principes de cette foi, tout devient grand alors et beaucoup de choses s’expliquent.
Pour vous, chère enfant, ne vous troublez pas comme vous faites ; le rocher ne bouge pas au milieu des vagues de la mer ; soyez ferme et, dans vos combats, croyez que je prie pour vous.
Que Jésus vous bénisse et vous aide. A mercredi. A. Chevrier
Lettre n° 300 (282) [10] à Madame Franchet 11 h du soir, 29 septembre 1867
Bien chère enfant,
Je pars demain matin pour faire une petite retraite ; veuillez prier pour moi afin que Dieu m’éclaire, me convertisse et me donne force et persévérance dans mes résolutions ; je ne rentrerai que samedi.
Si vous ne pouvez pas faire la Sainte Communion, allez vous réconcilier, c’est de rigueur, vous savez combien vous avez besoin du bon Maître. Soyez sage et ne vous opposez pas aux bontés de Jésus.
Je prierai pour vous, veuillez penser à moi… Je vous bénis.
- Chevrier
Lettre n° 301 (283) [11] à Madame Franchet J.M.J Prado, 24 décembre 1867
Chère enfant
J’ai appris de vos nouvelles avec plaisir. Soyez sage, priez pour nous ; venez jeudi, j’y serai.
Que Jésus vous bénisse ainsi que votre bien aimé Charles et votre mari.
- Chevrier
Allez recevoir le petit Jésus cette nuit et aimez-le de tout votre cœur.
Lettre n° 302 (284) [12] à Madame Franchet Prado, 23 janvier 1868
Bien chère Sœur en Notre Seigneur,
Hier je pensais aller vous voir pour vous remercier, vous et Monsieur votre fils de l’obligeance que vous aviez mise à m’avertir de ce voyage auprès de M. X…. deux malades m’ont empêché de me rendre auprès de vous.
Je n’avais pas de commission à faire, la mère de ce petit ne parait pas très disposée et je crois que plus tard ce serait un sujet de querelle, il vaut mieux s’abstenir, et la laisser faire.
Apprenez à mourir et laissez Dieu opérer cette mort si désirable. Prenez votre croix et suivez-moi, dit Jésus-Christ ; il faut que le grain meure pour se reproduire.
Que Jésus vous bénisse. A. Chevrier
Lettre n° 303 (285) [13] à Madame Franchet [Moulin-à-Vent 1868]
Bien chère Sœur et fille en Notre Seigneur,
Si vous voulez profiter du temps que je passe au Moulin à Vent pour faire votre retraite, vous le pourrez ; il n’y aura de difficulté que pour le logement, à moins que vous acceptiez celui des Sœurs qui est peu confortable, venez et nous pourrons nous entendre pour cela.
Merci de votre joli ciboires il est très convenable et très joli (j’allais dire que ce que vous donnez a toujours un cachet de bon goût, de grâce particulière, mais je ne dois pas le dire, vous le savez).
Je suis heureux de savoir que Monsieur votre Fils a été content de sa matinée ; je demande à Dieu pour vous et pour lui que sa grâce vous éclaire et vous conduise dans toutes vos plus petites actions ; demandez-le aussi pour moi.
Votre dévoué Père.
- Chevrier
L’omnibus de Vénissieux jusqu’à la maison St Jean de Dieu, de là tournez à gauche et vous trouverez le Moulin à Vent.
Lettre n° 304 (286) [14] à Madame Franchet [1868]
Je vous renvoie les quelques mots que vous m’avez écrit1. Si vous les mettez en pratique vous aurez fait ce que Jésus demande de vous et ce que je désire aussi moi-même pour vous, la chose est difficile mais rappelez-vous que St Paul disait : Je puis tout en Celui qui me fortifie.
C’est l’esprit que je voudrais voir naître au Prado.
Je n’exige point que vous vous absteniez de toute plainte, dire ses peines à qui a le droit de les entendre n’est pas un péché.
Vous renouvellerez votre vœu d’obéissance.
Mourir à soi-même pour y mettre la vie de Jésus-Christ.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
(1) (… Un esprit constant d’immolation pour soi et d’immense charité pour tout le monde, ne s’occuper de soi que pour se détruire et se mortifier, afin d’appeler les grâces de conversion et de persévérance pour toutes les âmes que Jésus veut bien nous confier ! il me semble, en effet, mon Père, que tout doit se résumer là : souffrir et aimer, se détruire d’une part et se donner de l’autre, voilà tout le travail. )
Lettre n° 305 (287) [15] à Madame Franchet [La Tour du Pin, 8 mai 1868]
Chère Sœur et enfant
Je voulais vous écrire avant de partir et tant de monde, tant d’affaires m’ont littéralement empêché d’avoir un moment pour le faire ; j’arrive à la Tour du Pin pour 5 jours jusqu’à samedi où je vais un peu reposer ma tête ; je suis bien paresseux et bien amoureux de mes aises mais j’en ai un peu besoin et je fais plaisir à ma mère de prendre quelques jours ; vous ne viendrez donc pas au Prado, continuez vos communions, soyez sage et ne vous laissez pas vaincre par le diable, je prierai pour vous et suis votre dévoué.
- Chevrier
chez ses parents à la Tour du Pin, chemin de Chatanay, Isère
Lettre n° 306 (288) [16] à Madame Franchet [1868]
Chère enfant
C’est Monsieur Berne qui fera la quête à la Charité.
La première communion aura lieu dimanche au Prado.
Priez pour ces pauvres enfants. Nous avons aussi le jubilé de St Fons à prêcher la semaine prochaine.
Beaucoup d’embarras et d’ennuis dedans et dehors.
Que Dieu soit béni en toutes choses et que je sache tout prendre pour l’expiation de mes péchés.
Votre dévoué,
- Chevrier
Si vous pouvez venir demain dans la journée venez, parce que la semaine prochaine je serai à St Fons.
Lettre n° 307 (289) [17] à Madame Franchet Moulin à Vent, 24 septembre 1868
Chère enfant,
Je suis au Moulin à Vent depuis hier au soir jusqu’à samedi. Venez malgré l’éloignement et ne restez pas dans ce triste état. Que Jésus vous bénisse et vous donne sa force.
- Chevrier
Lettre n° 308 (290) [18] à Madame Franchet, La Tour du Pin, 20 avril 1869
Bien chère enfant
Je suis bien content de votre dernière lettre qui m’apprend la grâce particulière du bon St Joseph à votre égard. Je crois que je vous parlais de ce bon Saint dans ma dernière lettre et je demandais pour vous ce calme, cette paix qu’il avait si bien pratiqué dans les circonstances si difficiles de sa vie, puissiez-vous l’imiter ou plutôt avoir la grâce qui vous rendra ce bon saint imitable.
Courage, patience en tout ; acceptez tout ce qui arrive comme venant de Dieu et faisant tourner à notre perfection les choses qui nous contrarient et nous peinent ; puisque Jésus-Christ a fait tourner le mal à notre bien, sachons aussi faire tourner à notre perfection le mal des créatures ou le mal que nous croyons y voir.
Je réponds à votre première lettre ; ces jours derniers j’ai été tout occupé des Mystères de Notre Seigneur et, en les copiant, j’ai trouvé de bien beaux enseignements pratiques pour nous tous.
1° Vœu d’obéissance jusqu’à la mort et à la mort de la croix, j’ai voulu dire que Notre Seigneur l’ayant pratiquée ainsi nous devons viser à l’imiter et surtout la pratiquer dans tous les petits détails de la vie qui nous viennent de Dieu ou des créatures, le renouvelant de temps à son confesseur.
2° L’ennui que vous éprouvez en allant chez les Sœurs est une imperfection, pas un péché. Demandez la grâce pour vous vaincre.
3° Quand je vous commande quelque chose il ne faut pas répliquer, cette manière que vous avez de toujours dire quelque chose est loin de la parfaite obéissance.
4° Venir une fois au Prado par semaine, cela doit suffire pour le moment.
5° La simplicité consiste à ne pas raisonner dans son cœur et son esprit sur les choses qui nous arrivent ou que nous voyons ; demandez-la à St Joseph, elle est difficile à acquérir pour certaines âmes.
6° Quand vous avez été méchante demandez une pénitence, oui.
7° Pour bien mourir, l’acceptation de ce qui nous arrive est déjà un très grand point, Dieu se charge ordinairement de nous en fournir les moyens et vous devez en trouver à chaque instant en votre caractère, votre esprit, votre cœur.
8° C’est une grande imperfection de ne rien dire quand on est troublé et ennuyé, c’est bouder ; or la bouderie est toujours fille de l’orgueil et de notre vie naturelle encore trop vive.
9° Le trouble que vous éprouvez après vos confessions vient de ce que vous ne trouvez pas ce que vous désirez ; contentez-vous de petites miettes lorsque vous n’en avez pas davantage et ne laissez pas la communion pour cela.
10° L’abandon entier entre les mains de Dieu est un acte parfait, il faut que ce soit l’amour pur et véritable qui nous le fasse faire, toujours douce, toujours bonne à l’égard de tout le monde et que la vie de Jésus-Christ soit en vous à chaque instant par la Ste Communion que vous recevez chaque jour…
Prions beaucoup pour la Ste Eglise, les Prêtres du Seigneur, que nous ayons bien son esprit comme nous sommes hommes, on ne devrait voir en nous que des anges ; comme l’opinion du monde est fausse : en chemin de fer, j’étais avec plusieurs Prêtres, on estimait ceux qui avaient bâti une belle église, un beau presbytère. Pauvres gens, n’est-ce pas dégoûtant de voir aujourd’hui cette fureur de bâtir, de faire des églises, des maisons ; on passe son temps à cela et le bon Maître reste seul, on ne pense plus à lui ; on passe son temps à chercher de l’argent et à courir après le monde et l’édifice spirituel est en ruines. Oh ! l’édifice spirituel du bon Dieu qui le relèvera ? Qui donc taillera ces pierres ? qui donc les préservera de la démolition et réparera les injures du temps et des coups de ses ennemis ? voilà notre travail.
A Dieu, chère enfant du bon Dieu, priez pour nous tous et demandez-lui toujours que je puisse lui former quelques bons prêtres selon son cœur.
Je vais un peu mieux depuis deux jours, mais je ne puis pas sortir au froid sans être enroué. Cette semaine j’aurai du monde : M. Berne, le frère Joseph qui est arrivé, et peut-être même une Sœur ou deux, de sorte que je ne vous engage pas à venir cette semaine, mais lundi de la semaine prochaine. Je ne pourrai pas vous faire faire une retraite parce que je n’ai pas de pouvoirs, ce sera seulement une bonne petite visite.
A Dieu. Que Jésus vous bénisse, vous et votre famille.
- Chevrier
Il faudra bien prendre des lunettes pour me lire, pardon, c’est ma main qui va trop vite.
Lettre n° 309 (291) [19] à Madame Franchet La Tour du Pin, 3 mai 1869
Bien chère enfant,
Je ne vous ai pas encore remerciée de votre bonne visite et de celle de votre mari, vous m’avez fait plaisir ; veuillez m’excuser de mon retard et croire à ma sincère gratitude, ma mère et Monsieur le Curé m’ont chargé il y a plusieurs jours de vous présenter leurs salutations respectueuses. Ne croyez pas que vos lettres me fassent de la peine, non, au contraire, votre franchise me plaît et il y a toujours quelque chose de bon ; vous savez bien que même dans les plus mauvaises terres on peut y cueillir quelques fleurs ; ainsi donc ne vous troublez pas de tout ce que vous pouvez me dire, je le reçois comme venant d’une bonne âme qui a envie de voir Jésus glorifié et aimé par les créatures.
Oui je vous permets la Ste Communion tous les jours pendant le mois de mai.
Et d’acheter vos deux robes.
Quant à mon indisposition il est probable que c’est le bon Dieu qui m’a exaucé, je lui avais demandé depuis longtemps de m’envoyer quelque maladie qui me force à me retirer du monde pour pouvoir travailler plus sérieusement à l’Œuvre de Dieu, si le bon Maître m’a exaucé, comme je l’espère, je dois voir en cette indisposition la volonté de Jésus qui me retire pour ma Maison, mes enfants ; mais je me trouve si pauvre, si incapable, si petit que j’ai bien honte et si je ne savais que je dois tout trouver dans le St Evangile et les épîtres de St Paul, je n’oserais pas commencer ce travail car je suis bien ignorant ; j’ai peu lu, je ne connais pas les auteurs qui ont traité les grandes questions de la vie religieuse, sacerdotale, vous ne pourriez pas vous faire une idée de mon ignorance en fait de tout ce qui me regarde et me concerne ; mais avec le St Evangile il me semble que je suis plus fort, que je puis espérer car après tout, ce n’est pas moi, c’est Jésus-Christ et avec lui on ne se trompe pas, avec lui on a l’autorité, avec lui on est plus fort et personne n’a rien à dire. C’est donc sur lui que je m’appuierai et en qui j’espérerai. Priez donc pour que j’emploie bien tout le temps que le bon Dieu me donnera pour bien travailler, c’est ainsi que j’ai compris la chose car j’ai demandé souvent au bon Dieu de me forcer à travailler pour lui en me retirant de tout ce tracas qui, après tout, ne m’avance pas pour la fin que je me propose.
Et l’affaire de votre fils, qu’est-elle devenue, où en est-elle ? Samedi j’ai bien prié pour lui ainsi que vous me l’aviez mandé, il faut se soumettre à Dieu en toutes choses, il fera son salut partout, il glorifiera Jésus partout ; que la volonté de Dieu s’accomplisse dans toutes les créatures, les plus petites comme les plus grandes et ne nous décourageons pas si nous ne voyons pas se réaliser nos désirs ; je ne condamne pas les belles églises non, une belle église porte à Dieu mais je n’aime pas ce temps perdu pour les âmes et généralement quand on s’occupe tant des pierres on oublie l’édifice spirituel qui est bien plus agréable à Dieu. Je vois des Saints qui ont bâti des églises mais dans leurs travaux ils travaillaient aussi pour Dieu et comme il faudrait devenir des Saints, comme ils savaient bien faire, les Saints, comme ils savaient tout faire tourner à la gloire de Dieu, les choses les plus terrestres ; je demande à Dieu que vous deveniez des Saints, vous, votre fils et votre mari.
Priez aussi pour que le bon Dieu ait pitié de ma misère, qu’il me sorte de l’ordure du péché et qu’il me donne sa lumière et sa grâce afin que je vive de sa vie et que je la donne abondamment, cette vie, à tous ceux qui m’entourent et à qui je suis redevable de cette vie spirituelle dont parle Jésus-Christ : Je suis la vie, je donne la vie au monde ; il faut qu’un prêtre la donne cette vie et cependant je sens que je suis mort, que je ne la répands pas assez cette vie, mais je sens que j’ai grandement besoin de prières et d’étude du bon Dieu et que ce n’est que là que l’on trouve cette lumière et cette vie qui nous est tant nécessaire.
A Dieu, je prie pour vous. Quand vous aurez un petit moment à perdre ainsi que votre fils venez maintenant que vous savez le chemin, ça vous fera une petite récréation peut-être, pour ces fêtes vous n’aurez pas à faire. Mes salutations respectueuses et affectueuses à Monsieur votre mari et à Monsieur votre fils que j’aime bien, quand même je ne le vois pas.
Votre dévoué Père qui vous bénit.
- Chevrier
Lettre n°310 (292) [20] à Madame Franchet La Tour du Pin, 13 mai 1869
Ma bien chère enfant,
Il y a déjà plusieurs jours que ce titre est là attendant le reste, enfin, me voilà.
Je vais mieux depuis huit jours, je rentre vendredi dans la soirée, et je pourrai reprendre au moins une partie de mon travail.
Je désirerais bien pouvoir achever mes petits travaux qui doivent servir à mon petit monde, le petit travail que je fais n’est pas la règle de la maison mais c’est le fondement de l’instruction que nous devons poser pour instruire les enfants et aussi leur donner la piété.
Le Rosaire, le Chemin de la Croix, la Ste Messe, voilà les trois pierres fondamentales de notre instruction personnelle, desquelles doivent découler la foi et la piété que nous devons donner aux autres ; je voudrais que tous ceux qui sont avec moi eussent une copie de ce travail et qu’ils en lussent tous les jours quelques lignes pour s’en pénétrer et en tirer tous les trésors qui s’y trouvent renfermés ; croyez bien qu’il n’y a rien de si beau, de si puissant, de si riche que les paroles et les actions de Notre Seigneur. Notre Seigneur disait : Mes paroles sont esprit et vie, et c’est bien la vérité.
Pour apprendre à tous à trouver la vertu et la vie dans ces mystères, tous les jours, avant le chapelet et le chemin de croix j’en expliquerai aux enfants et aux grandes personnes quelque chose, ainsi je pourrai les instruire et leur apprendre à instruire les autres ; c’est ainsi que j’ai compris l’instruction que je dois donner à tous et qu’ils doivent recevoir pour les autres. C’est là mon premier travail que le Seigneur m’a fait comprendre que je devrais faire pour sa gloire et l’utilité des âmes, j’ai encore beaucoup de travail à faire, j’espère que le bon Dieu m’en donnera le temps et me communiquera un peu son esprit car j’en ai grandement besoin.
Ne négligez pas vos communions de chaque…, un malade ne doit pas cesser de prendre son remède et celui qui aime ne doit pas cesser de témoigner son amour.
Ce que vous me dites de l’obéissance est vrai, mais comment concilier votre devoir d’épouse et de mère avec cette perfection de l’Evangile, je crois que dans le monde on [ne] peut avoir cette perfection extérieure qui peut exister dans une communauté, mais quand on ne peut pratiquer la perfection extérieure on peut arriver à la perfection intérieure par l’indifférence de l’âme pour toutes ces choses ; c’est beaucoup plus difficile parce qu’on a la pauvreté sous les yeux avec sa gêne et ses privations, on peut plus facilement imiter Notre Seigneur et baiser ces murs grossiers et ce pavé défoncé qui nous représente l’étable de Bethléem, là, on n’aime rien que Jésus parce qu’il n’y a que lui seul qui se présente à nos regards et rien pour les distraire. Oh ! oui comme la pauvreté est aimable, et plus une maison ressemble à l’étable mieux on s’y trouve, l’amour fait tout aimer. Oh ! si les hommes connaissaient ce trésor ils ne prendraient pas tant de peine pour si bien se meubler, se caser et s’arranger, tout passe.
La vie surnaturelle ne se trouve [que] dans la connaissance de Jésus, l’étude de ses paroles et de ses actions, un mot de Jésus élève l’âme, une action de Notre Seigneur fait plus que tout le reste ; je demande pour vous qu’il vous communique son esprit pour cette fête de la Pentecôte afin que vous puissiez bien le connaître.
Je prie aussi pour votre cher fils, afin qu’il acquière la sainte liberté de cœur et d’esprit, qui est le véritable privilège des enfants de Dieu.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 311 (293) [21] à Mme Franchet [Prado, 12 juin 1869]
Ma bien chère Sœur en Notre Seigneur
Le cahier que je vous ai donné fait suite au premier parce qu’il contient en partie les mystères du rosaire, excepté la Flagellation qui est exprimée trop courtement dans l’Evangile et que je vous donnerai après pour le copier à la suite, comme un appendice.
Je vous donnerai ensuite les mystères glorieux.
S’il vous était possible de copier promptement le cahier du chemin de la croix, je vous en saurais bon gré parce que j’en ai besoin pour le catéchisme.
Il ne faut pas exposer son salut ni rester volontairement sous la direction de quelqu’un qui ne vous conduit pas au ciel.
Il faut prendre sa croix et suivre Jésus-Christ, quelle que soit la croix qu’il nous donne, elle nous est toujours utile.
Que le St Esprit vous donne sa lumière et son amour.
Votre tout dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier
1° votre encre est trop blanche.
2° votre écriture n’est pas assez grosse.
3° vous avez omis le sommaire du mystère qui est à la fin de chaque mystère.
Le reste va bien.
Merci. Votre dévoué en Jésus-Christ. A. Chevrier
Lettre n° 312 (294) [22] à Madame Franchet Chalamont, 13 juin 1869
Ma bien chère enfant
Vos lettres renferment toujours de bonnes choses et tout ce que vous me dites me prouve l’intérêt que vous portez à nous et à notre œuvre, mais c’est l’exécution qui est difficile et il faut une grande grâce de Dieu pour exécuter et connaître sa sainte volonté, priez donc pour moi afin que je fasse en tout la volonté du Maître ; pour tout cela il faut une grande vie et il faut aussi la donner cette vie, la répandre autour de soi, il faut la posséder et l’avoir en grande abondance et ce n’est que dans la prière et l’oraison que l’on peut l’acquérir, quelle union intime avec Notre Seigneur, quelle grâce du St Esprit pour pouvoir agir et je me sens si faible, si pauvre que vraiment je n’ose parfois rien faire.
Il faut aussi que vous soyez plus sage, plus forte dans les tentations du démon pour résister à ces assauts si grands qu’il vous livre de temps en temps : vous avez bien fait de vous confesser pour ne pas négliger vos communions.
Je pense rentrer pour la fête, jeudi ; je me recommande à vos prières et je ne vous oublie pas.
Tout à vous en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 313 (295) [23] à Madame Franchet [Prado, 8 juillet 1869]
Ma bien chère enfant
Je vous attendais ce matin… vous n’avez probablement pas pu venir. Si vous me le permettez j’irai demain, [après] la quête de la Charité, savoir de vos nouvelles et vous demander un petit morceau de pain.
Que l’esprit de force et de sagesse vous soutienne, vous éclaire.
Demain à la Messe, je prierai votre bon Ange qu’il vous conduise et ne vous abandonne pas.
- Chevrier
Lettre n° 314 (296) [24] à Madame Franchet [1869]
Ma bien chère enfant,
Je vais à Chalamont avec M. Boulachon demain matin.
L’offre que vous m’avez faite m’a été bien sensible et je ne la refuse pas si plus tard elle m’est nécessaire ; mais ce ne sera que par nécessité parce que les eaux ne sont, il me semble, des remèdes que pour les grands du monde.
Je vous conseille d’aller vous confesser afin de ne pas rester sans faire la Communion, vous avez besoin de la Ste Eucharistie, c’est votre vie et sans ce secours vous ne pouvez rien, annoncez-moi que vous avez fait la Ste communion et vous me ferez plaisir.
Je me recommande à vos prières, et je ne vous oublie pas.
Votre dévoué en Notre Seigneur Jésus-Christ.
- Chevrier
A Chalamont, chez Monsieur Boulachon, Ain
Lettre n° 315 (297) [25] à Madame Franchet [29 juillet 1869]
Ma bien chère Sœur
Je vous ai attendue bien cette semaine, demain je ne pourrai aller vous voir parce que c’est M. Berne qui ira faire la quête. Si votre santé vous permet de faire la communion ne la négligez pas et offrez-vous à Notre Seigneur en réparation de tous les crimes du monde et demandant pour nous tous les grâces qui nous sont nécessaires.
Samedi matin à 7 h Mgr Dubuis ordonnera prêtre le frère Joseph dans notre chapelle du Prado et dimanche à 9 h il dira sa première Messe. Si vous pouvez assister à une de ces fêtes, vous nous ferez plaisir, et vous participerez aux grâces qui ordinairement dans ces jours viennent en plus grande abondance sur ceux qui y prennent quelque part.
J’écris à Monsieur votre fils un petit billet pour lui annoncer et le prier d’y assister.
Priez pour nous, je ne vous oublie pas. Que Jésus vous bénisse et vous donne patience et amour.
A.Chevrier
Lettre n° 316 (298) [26] à Madame Franchet Prado, 6 août 1869
Chère enfant
Vous pourrez venir demain samedi dans la journée pour commencer votre retraite, invoquez le St Esprit afin que ces jours soient bien remplis.
Votre dévoué en Jésus-Christ.
- Chevrier
Lettre n° 317 (299) [27] à Madame Franchet 16 août 1869
Bien chère enfant,
Le démon vous fait toujours bien la guerre ; vous pourriez bien mieux lui résister, et connaître ses pièges.
Je puis bien vous certifier que personne n’a voulu ni ne veut vous faire de la peine, et moi encore bien moins ; je n’ai pu confesser ces derniers jours à cause d’un refroidissement que j’avais pris le jour que nous sommes allés à Fourvière avec mes enfants. Je pense que demain je pourrai reprendre mon petit travail, et entendre votre confession.
Que Jésus vous bénisse et votre famille.
- Chevrier
Lettre n° 318 (300) [28] à Madame Franchet Prado, 14 septembre 1869
Ma bien chère Sœur,
J’ai lu votre lettre, il n’y a rien qui me déplaise, vous dites la vérité, je vous en remercie, tout ce que vous dites est selon l’esprit de Dieu et je vous promets de faire ce que je pourrai pour m’y conformer ; mais croyez bien qu’il n’est pas facile de faire comme l’on voudrait, et que l’on ne peut pas amener les âmes à un parfait détachement tout de suite comme vous le voyez par vous-même, et que souvent on est condamné et jugé dans des choses qui vous font beaucoup souffrir et que l’on est obligé de supporter par amour pour Notre Seigneur et pour le bien des âmes ; je demande bien pardon à tous ceux que je peux scandaliser et souvent, avant de dire la Ste Messe, je suis poussé à me mettre à genoux au milieu de l’église pour m’humilier et demander pardon à tout le monde de ce que j’ai pu faire qui ait pu les scandaliser ou les offenser ; je sens bien que des choses offensent les autres mais que faire ? Faut-il ne pas être bon et se montrer méchant envers ceux que Dieu amène, pour faire plaisir à quelques âmes jalouses peut-être et qui ont toujours à dire contre les autres.
Oh ! combien il est difficile d’être assez prudent et assez charitable, combien il est difficile d’empêcher les autres de juger et de penser ; et croyez que je le comprends bien et qu’il n’est pas une action où Notre Seigneur ne me le fasse connaître, mais qu’étant toujours incliné du côté de la douceur et de la bonté je tâche de les ramener par ce moyen ; ainsi pardonnez-moi et priez le bon Maître qu’il me pardonne mes péchés bien nombreux.
Je suis vraiment heureux d’avoir trouvé une âme généreuse qui comprenne et qui me dise si bien ce que Jésus veut.
Merci et que Jésus vous bénisse et toute votre maison.
- Chevrier
Lettre n° 319 (301) [29] à Madame Franchet Prado, 26 avril 1870
Chère enfant,
Vous pourrez venir à St Fons mercredi, demain, de 2 à 3 h. Priez pour moi et nos habitants de St Fons, et notre pauvre Génon que nous conduisons au cimetière dans un instant.
Votre tout dévoué
- Chevrier
Lettre n° 320 (302) [30] à Madame Franchet St Fons, jeudi 19 mai 1870
Ma chère enfant,
Je ne reçois votre lettre du 16 que maintenant jeudi midi, apportée par M. Suchet à St Fons où je me suis retiré depuis lundi.
La frayeur me prend dans cette maison du Prado, tant de monde, tant de diversité de sentiments, tant d’opposition…
Je fuis et je demande à Dieu la lumière et la force pour continuer l’œuvre de Dieu, ou plutôt la commencer d’une manière utile à la gloire de Dieu et au salut du prochain.
Si vous pouvez venir jusqu’à St Fons, prenez une voiture et venez vous confesser.
J’y resterai probablement jusqu’à l’Ascension : vous avez bien besoin du bon Dieu, pauvre enfant, venez ou, si vous ne pouvez pas absolument, allez trouver un Père quelconque qui vous absoudra et vous pourrez reprendre vos communions.
Priez pour le pauvre exilé de St Fons.
- Chevrier
Faites-moi dire le jour et l’heure par M. Suchet, je me trouverai à l’église.
Lettre n° 321 (303) [31] à Madame Franchet Lyon, 14 août 1870
Bien chère enfant
Comme le bon Dieu châtie notre pauvre France et lui fait expier ses impiétés et son libertinage. Il n’est pas de famille qui n’ait à pleurer et la justice de Dieu ira-t-elle jusqu’à vous ? oh non, je l’espère ! et je prierai bien le bon Dieu pour cela. Isaac ne reçut pas le coup mortel quoiqu’il y fût destiné, espérons en Dieu et surtout ne perdons pas le mérite des sacrifices que Dieu demande de nous. Sachons être généreux et Dieu sera pour nous.
Veuillez présenter à votre cher fils tous mes sentiments d’affection et de prière et croyez bien que je ne vous oublie pas auprès de Notre Seigneur dans le St Sacrifice.
- Chevrier
Samedi soir. Au premier moment libre j’irai vous voir.
Lettre n° 322 (304) [32] à Madame Franchet 19 avril 1871
Madame et chère Sœur en Notre Seigneur,
Nous avons reçu l’étoffe que vous avez eu la bonté de nous envoyer pour nos petites filles, le choix et la qualité ont plu à tout le monde et nous vous en remercions sincèrement, et moi en particulier.
Notre Première Communion n’aura lieu que dans un mois, le jour de l’Ascension, veuillez faire une petite prière pour nos enfants, afin que ce jour soit un beau jour pour tous, pour eux et pour nous.
Nous ne vous oublions pas non plus dans nos prières ainsi que votre cher fils et votre époux.
Les choses ont bien changé depuis quelque temps, c’est vrai. Je l’attribue à ce que nos deux rôles avaient changé depuis un an ou deux, vous n’étiez plus une pénitente et moi je n’étais plus votre confesseur.
Vous aviez continuellement des reproches et des accusations à me faire, même au confessionnal ce qui n’était pas trop convenant, je le crois ; toutes mes actions étaient censurées, mes intentions mal interprétées, alors cette manière de faire certainement ne pouvait ni durer ni plaire à Dieu ; de mon côté je perdais mon autorité et je ne savais plus que vous dire puisque je m’attendais toujours à quelque rebroussade, je sentais ma bouche fermée, et toute direction devenait impossible.
Je crois qu’un pénitent doit être pénitent et un confesseur, confesseur et que le pénitent doit se présenter avec soumission et humilité ; vous avez à modérer les saillies de votre esprit et à contenir votre imagination dans les bornes d’une juste modération pour pouvoir marcher dans une bonne voie ; priez donc et invoquez le St Esprit, afin qu’il vous éclaire de ses lumières et vous donne la charité de l’esprit comme vous avez celle du cœur.
Que Jésus vous bénisse et vous comble de grâces et de lumière.
Je suis avec un sentiment de profonde reconnaissance, votre dévoué en Notre Seigneur
- Chevrier
Lettre n° 323 (305) [33] à Madame Franchet A Evian-Les-Bains, 14 juillet 1872
Bien chère enfant,
Votre première lettre m’annonçait que votre cher fils allait un peu mieux et vous faisait espérer le retour de la santé, je vous assure que j’en ai remercié la Providence et que tous les jours j’ai pensé à vous et prié pour vous (tous les deux) et je verrai votre retour avec plaisir ; comme vous le dites, ces lieux de bains ne sont pas le séjour des prêtres, et je n’accepterai une semblable position qu’à la dernière extrémité ; je vais beaucoup mieux, j’ai repris mes différentes fonctions, à part le bras droit que j’ai gardé immobile pendant 4 jours, à cause d’une douleur forte à l’épaule, il est guéri aussi, ce qui a été une des causes pour lesquelles je n’ai pu écrire de suite.
Veuillez prier et demander à Dieu qu’il nous envoie son esprit pour bien accomplir la sainte volonté de Dieu en toutes choses, ne vous découragez pas dans les voies difficiles de la perfection ; celui-là est parfait qui sait tout accepter et voit la sainte volonté de Dieu en toutes choses ou pour l’expiation de nos péchés ou pour notre avancement spirituel.
En faisant le chemin de la croix dimanche, je disais à la 1ère station que Jésus-Christ voyait la volonté de son Père dans les bourreaux qui le persécutaient et le clouaient, et qu’il obéissait à ces hommes cruels comme il aurait obéi à son Père s’il lui eût commandé visiblement ; si cela est vrai pour Jésus-Christ pourquoi ne serait-il pas vrai pour nous et ne verrions-nous pas dans toutes choses la sainte volonté de Dieu qui permet tout pour notre sanctification et notre salut.
Le monde est rempli d’iniquité et d’ignorance. Prions pour que le Père de famille envoie de bons ouvriers et qu’ils puissent cultiver les plantes qui sèchent, faute de culture.
Priez pour moi et ma conversion.
Présentez bien à votre cher fils mes salutations respectueuses et affectueuses.
Je prie pour lui et pour vous et suis votre dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 324 (306) [34] à Madame Franchet
Réponses à vos difficultés.
1° Il vous est difficile d’accepter le rien, l’abandon, parce que vous avez eu toujours l’habitude de vous rechercher vous-même, dites comme les Apôtres : Je suis un serviteur inutile, après avoir bien travaillé.
2° Cette inquiétude vient chez vous d’une grande activité d’esprit, qu’il est bon de régler mais qu’il ne faut pas éteindre.
3° Il est plus conforme à la simplicité et à l’obéissance d’en parler à son directeur et se soumettre ainsi à l’obéissance.
4° Il vaut mieux ne rien prévoir, et savoir comme St Paul avoir faim quand on n’a rien et savoir être riche quand on possède.
5° Vous devez vous disposer à faire votre retraite par obéissance et par nécessité.
6° Il faut les aimer en Dieu et pour Dieu, il y a un attachement purement spirituel qu’il faut seul avoir et se dégager de tout attach… naturel, on reconnaît qu’il est naturel quand on pense souvent à eux, qu’on s’inquiète trop d’eux et que l’on fait ses actions pour leur plaire et gagner leur affection ; à se contenter soi-même.
7° Non, quand ce plaisir est purifié par l’amour de Dieu et que l’on est disposé à ne rien faire pour déplaire à Dieu et à s’abstenir de tout pour plaire à Dieu.
8° Dans la méditation et la communion oubliez toute créature pour ne penser qu’à Dieu, oubliez celles même qui peuvent vous porter à Dieu.
9° Très agréable à Dieu.
10° Oui, c’est une illusion parce qu’en agissant ainsi on ne fait que sa volonté et on se conduit seul ; il faut soumettre ses pensées, ses désirs, à la volonté de ceux qui nous dirigent.
11° Il faut faire régulièrement votre examen particulier de chaque jour et vous imposer une petite pénitence pour les manquements ou la demander.
12° Illusion, ne faites nullement attention à ce plaisir et rechercher plutôt à oublier.
13° Il vaut mieux dire vos mortifications que de les cacher, en les cachant vous en diminuez le mérite seulement.
Ne restez pas dans le chemin de l’amour de Dieu, avancez, vous avez ce qu’il faut pour arriver au terme.
- Chevrier
Lettre n° 325 (307) [35] à Madame Franchet
Chère enfant
Ce que vous avez dit à ces Messieurs est conforme à l’esprit de Notre Seigneur, puisque c’est ce qu’il a fait lui-même pendant sa passion. Notre Seigneur vous donne à boire son calice ne lui refusez pas, quand nous en buvons une goutte il me semble que ça doit lui faire plaisir de trouver quelqu’un qui puisse lui aider à boire le sien.
Voici ma réponse sur les divers articles que vous me proposez :
1° En ne retournant pas chez les Sœurs vous cédez peut-être à un petit sentiment de susceptibilité et d’amour-propre.
2° Dans l’épreuve il faut prier et demander. Le Samaritain s’est trouvé là pour panser le pauvre blessé.
3° C’est un travail de mort à soi-même.
4° Oui, mais faire les choses avec simplicité et moins d’entraînement.
5° Oui, vous ferez une bonne action et méritoire pour vous.
6° Oui, très agréable à Dieu.
7° Cela est le chemin de la perfection.
8° Comme au 4e.
9° Quand on travaille à sa sanctification et que l’on cherche à glorifier Dieu en mourant à soi-même on n’est pas inutile, et notre vie est agréable à Dieu.
Au ciel nous verrons et comprendrons tout cela.
Votre Père.
- Chevrier
Lettre n° 326 (308) [36] à Madame Franchet
Ma bien chère enfant,
Merci de tous vos offres qui, je le sais, viennent de votre bon cœur, je pense que le Dieu de charité vous récompensera bien de tout ce que [vous] voulez faire pour un pauvre homme comme moi.
C’est une extinction de voix qui me prend quelquefois et qui m’est arrivée encore ces jours-ci. J’aurais cependant besoin de ma voix pour parler durant ces jours de carême et de confessions, mais le bon Dieu me l’enlève assurément parce que je fais mal son ouvrage, que son saint nom soit béni et sa volonté soit faite.
Je vais profiter de ce temps pour étudier un peu la passion de Notre Seigneur, ce ne sera pas un temps perdu, il y a de si belles choses dans cette passion du Sauveur ; et vous, comment allez-vous ? il y a longtemps que vous n’avez pas communié. Si vos forces et le temps vous le permettent venez, dans la soirée, dès que vous le pourrez, sur les 3 ou 4 h je pourrai vous confesser sans bruit, et vous pourrez reprendre vos communions, car le temps doit vous durer.
Votre bien dévoué et humble Père.
- Chevrier
Lettre n° 327 (309) [37] à Madame Franchet
Veuillez, ma bien chère Sœur, dire aux Sœurs de la Visitation de nous envoyer ce jeune homme en question afin que nous puissions le voir et juger de ses dispositions.
S’il fait beau temps demain nous irons à Ars (toute la Maison) ; si donc vous pouvez venir, ne choisissez pas ces deux jours parce que probablement je n’y serai pas, venez plutôt aujourd’hui, si vous pouvez.
Votre tout dévoué en Notre Seigneur.
Qu’il vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 328 (310) [38] à Madame Franchet
Le bon Maître vous éprouve bien depuis quelque temps, chère enfant, épreuves du côté du monde, du côté de votre famille, épreuves de mon côté ; vos dernières lettres m’ont bien fait peine, et excité la pitié de mon cœur à votre endroit ; j’espère pourtant qu’avec le secours de la grâce de Jésus-Christ vous triompherez de ces différents assauts du démon, car je ne vois dans tout cela qu’une attaque violente du mauvais esprit qui [est] irrité de voir la générosité avec laquelle vous vous êtes mise au service de Notre Seigneur et le dépouillement complet que vous voulez faire de vous-même ; mais les assauts du démon, quelque grands qu’ils soient, vous devez les mépriser et continuer à marcher avec courage dans la voie du dépouillement et du renoncement de vous-même, ayez donc confiance et soyez persuadée que Dieu ne vous abandonnera pas ; continuez bien vos communions et vos oraisons en union avec Jésus-Christ en butte aux vexations du monde et des siens, courage et persévérance, j’ai prié et je continue à prier pour vous.
Je vais, ce soir, chercher ma mère à la Tour du Pin, je n’y serai pas demain ; pour ne pas vous faire venir deux fois, venez samedi matin.
Tout à vous en Notre Seigneur, qu’il vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 329 (311) [39] à Madame Franchet
Chère enfant,
Je ne crois pas que vos fautes soient de nature à vous priver de la Communion. Humiliez-vous beaucoup, acceptez avec une humble soumission de cœur les peines, contrariétés qui vous adviennent, tout cela doit servir à nous rendre plus parfaits, c’est dans sa passion que Notre Seigneur a été le plus beau et le plus parfait ; courage donc, offrez-vous à Dieu vous et tous les vôtres, et je prierai Dieu pour que vous l’aimiez toujours davantage et que sa sainte volonté s’accomplisse en vous et les vôtres.
Merci de vos bonnes petites lettres, c’est samedi que je vais réunir tout mon monde et leur dire ce qu’il me semble que le bon Dieu veut de nous.
- Chevrier
Lettre n° 330 (312) [40] à Madame Franchet
Veuillez dire à Monsieur Suchet si vous ne pouviez pas venir jusqu’au Prado, j’irai à la Charité, vous pourriez vous y rendre à 3 h je m’y trouverai et vous pourrez vous confesser.
Votre tout dévoué en Notre Seigneur. A. Chevrier
Lettre n° 331 (313) [41] à Madame Franchet
Ma bien chère Sœur,
Hier je suis rentré à 3 h pour vous confesser, vous veniez de partir, je regrette ce contre-temps, je sais que vous avez besoin de Jésus ; ne vous découragez pas, Dieu vous aime toujours malgré vos misères, Dieu se plaît dans le sacrifice de nous-même. Tout à vous en Jésus victime d’amour pour les pécheurs.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 332 (314) [42] à Madame Franchet
Je ne vous attendais pas par un temps si mauvais. Je suis fatigué depuis quelques jours.
Je ne puis pas vous faire monter dans ma chambre, ce n’est pas permis.
On me défend de descendre à cause d’une médecine que j’ai prise ce matin.
Si vous voulez vous confesser vous pouvez le faire à M. Jaricot pour cette fois.
Priez pour votre pauvre, et je ne vous oublie pas devant Dieu.
- Chevrier
Lettre n° 333 (315) [43] à Madame Franchet 7 août
Bien chère Sœur
Je ne vais pas à la Trappe, une dépêche m’a prié de retarder ma visite, toutefois j’absenterai ces deux ou trois jours pour aller remercier quelques bienfaiteurs de notre Maison. C’est une pénitence d’aller, mais je crois que c’est nécessaire.
Je demande au bon Dieu la sagesse et son amour et je me sens disposé à tout faire pour l’obtenir. Priez pour que je l’obtienne, il faut être bien humble, bien détaché, dépouillé de tout comme un pauvre mendiant ; quand est-ce que je serai bien vil à mes yeux et aux yeux de tout le monde afin que la lumière de Dieu m’éclaire et me conduise.
Vous souffrez, chère enfant, si l’âme se purifie qu’importe ! Il faut que l’esprit grandisse quand le corps diminue.
Si vous ne pouvez recevoir votre Jésus, désirez-le et faites-le venir vous-même dans votre cœur par un ardent amour.
Demandez à Jésus pour… la sainte et véritable Pauvreté et aussi une vive lumière pour connaître la Ste volonté de Dieu.
Que Jésus vous bénisse, vous et votre bonne famille.
- Chevrier
Lettre n° 334 (316) [44] à Madame Franchet
Votre lettre est triste à lire mais vous ne devez pas vous décourager. Continuez vos communions par obéissance et aimez toujours notre bon Sauveur.
- Chevrier
Lettre n° 335 (317) [45] à Madame Franchet
Ma chère enfant
J’ai pris hier une douleur au genou qui m’empêche de marcher, je n’irai pas faire la quête aujourd’hui et par conséquent ne pourrai pas avoir le plaisir d’aller chez vous, veuillez m’excuser.
Soyez fidèle à vos exercices, prières et communions, la fidélité à la grâce et Dieu sera toujours avec nous.
Votre tout dévoué.
A.Chevrier
Lettre n° 336 (318) [46] à Madame Franchet J.M.J
Bien chère enfant,
Combien votre croix est pesante et comme vous devez souffrir en votre âme de ce travail intérieur de la grâce et de cette lutte de la pauvre nature ; il y aura pour vous un grand mérite que vous reconnaîtrez plus tard et qui fera votre gloire dans le ciel, en restant toujours forte et mettant votre confiance en celui qui nous fortifie.
Vous me l’avez écrit : Je veux mourir ! Oui, il le faut et vous le pourrez avec la grâce de Dieu ; servez-vous de tout ce qui vous arrive pour opérer cette mort surnaturelle qui est si agréable à Dieu et qui fait de nous une victime d’agréable odeur.
Je prie pour vous et vous remets à Jésus, hostie vivante et perpétuelle qui se meurt tous les jours d’amour pour les pécheurs et pour vous.
Recevez la bénédiction de Notre Seigneur.
- Chevrier
Si vous pouvez venir demain, pour ne pas rester si longtemps sans communion.
Je ne pourrai pas aller vous voir aujourd’hui.
Lettre n° 337 (319) [47] à Madame Franchet 26 août
Ma bien chère Sœur
Demain vendredi j’irai voir comment vous allez, à une heure après-midi, si vous voulez bien me le permettre et vous me rendrez compte de votre petite retraite.
Que Notre Seigneur vous donne sa paix, sa joie, et qu’il ait pitié de votre âme. Votre bien dévoué. A. Chevrier
Lettre n° 338 (320) [48] à Madame Franchet
Ma bien chère enfant
Je me suis retiré pour quelques jours dans ma petite cellule de St Fons pour que le bon Maître me donne lumière et force dans la prière et l’étude de sa divine parole.
Je me recommande à vos prières, je prie aussi pour vous et les vôtres.
- Chevrier
Lettre n° 339 (321) [49] à Madame Franchet
Je vous renvoie ces quelques lignes que vous m’avez écrites1 afin que vous les méditiez souvent, ce sont les leçons du divin Maître, il ne faut pas les oublier.
(1) [Les réflexions de Mme Franchet sont en italiques à la fin de cette lettre et plus loin.]
Comme Jésus est bon ! quand il nous instruit comme sa parole est vraie, c’est là toute votre perfection et j’admire comment le bon Maître se sert de tout pour vous y faire arriver, ne perdez aucune occasion de marcher dans le sentier qu’il vous fait apercevoir ; marchez, marchez, le bon Maître ne vous abandonnera pas.
[Quand la souffrance aura détruit toute ta nature, quand le calme sera dans ton âme, non pas à l’état de passage, de transition mais stable et permanent ; que tu sauras assez te dominer pour que l’orage passe sans faire de dégâts apparents ; que ton union avec moi sera assez intime pour te faire tout oublier, tout accepter, voilà où il faut tendre me fut-il dit clairement ! J’avais compris, il ne faut se donner qu’à Dieu, mais se prêter à tout le monde, pour la gloire de Dieu, sans s’attacher, sans se rechercher…]
Lettre n° 340 (322) [50] à Madame Franchet
Ma bien chère enfant
Demain je vais à mon tour faire une petite retraite pour me retremper un peu et me convertir s’il est possible. Ainsi cette semaine continuez vos exercices et surtout vos communions. Je me recommande à vos prières et je ne vous oublierai pas devant le bon Dieu afin que le bon grain puisse croître et grandir en vous. Que Jésus vous bénisse et votre très cher fils.
- Chevrier
Lettre n° 341 (323) [51] à Madame Franchet
Je dois sortir ce matin, demain j’y serai.
Priez pour nos enfants de la Première Communion qui doit avoir lieu dimanche ; je compte sur 6 douzaines de crucifix.
Tout à vous en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 342 (324) [52] à Madame Franchet
Bien chère enfant
Je vous remercie de votre cordon, il va très bien.
Vous souffrez, pauvre enfant, et vous n’avez pas Jésus pour vous consoler, j’ai la douce confiance que vous êtes en état de grâce ; si donc vous pouvez sortir ces jours, allez recevoir votre Sauveur et qu’il vous enseigne à souffrir tout pour son amour et le salut des pécheurs, du nombre desquels je suis.
Votre Père
- Chevrier
Lettre n° 343 (325) [53] à Madame Franchet
Ma bien chère enfant,
Je vais m’absenter pour quelques jours encore, je commence à aller mieux et j’espère qu’avec le secours de Dieu et du bon air de campagne je me rétablirai promptement, je suis content de me retirer un peu pour travailler car j’en ai bien besoin.
Allez trouver un Père en attendant que je revienne, afin de ne pas négliger vos communions.
Ecrivez-moi un peu. J’ai emporté votre lettre pour y répondre ; venez, si vous le pouvez commodément.
Priez pour votre Père qui vous bénit.
- Chevrier
Chez M. le Curé de St Jean de Soudain par la Tour du Pin, Isère
Lettre n° 344 (326) [54] à Madame Franchet [Mardi soir]
Bien chère Sœur,
Je suis en retraite depuis ce matin, je viens de relire votre lettre qui était dans mon bréviaire.
La purification de votre âme est dans l’acceptation de toutes les peines, aridités ou privations qui vous adviennent ; ne vous bornez pas à offrir à Dieu vos peines pour un seul, mettez tout dans les mains de la Ste Vierge Marie qui est la grande Distributrice des grâces de Dieu et si vous avez quelque chose qui puisse être utile offrez-le pour l’Eglise, pour les prêtres, et demandez à Dieu la sainteté des prêtres afin que nous ne mettions pas d’obstacle au salut des âmes et à l’effusion des grâces sur les fidèles par nos péchés.
Je prie pour vous et je demande que votre âme se dégage de plus en plus afin qu’elle devienne un or pur digne d’être offert à Dieu. C’est Dieu qui vous a mis dans le feu pour vous purifier, il s’y entend mieux que nous, laissons-le faire, tout va à sa gloire ne manquez pas à sa grâce et à ses bonnes inspirations, elles ne vous font pas défaut.
Priez pour que Dieu me convertisse et que j’acquière bien cette humilité et cette charité et cette force qui me sont nécessaires pour accomplir sa volonté.
Votre tout dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 345 (327) [55] à Madame Franchet
Mercredi je n’y serai pas mais demain si votre santé le permet vous viendrez.
- Chevrier
Lettre n° 346 (328) [56] à Madame Franchet 21 juin
Chère enfant,
Merci de vos deux bonnes petites lettres. Ma douleur n’a pas eu de suite, j’avais pris froid aux genoux et aux jambes.
Donnez-moi deux caleçons s’il vous plaît et je pourrai éviter ce petit inconvénient.
J’irai vous voir demain mardi, mais pas pour dîner, il faut que je sois de retour pour la prière du soir.
Quant à ce que vous me dites sur votre fils, laissez faire la grâce ; demain, je lui glisserai un petit mot et lui donnerai une petite image. Soyez toujours bien sage et Dieu vous bénira tous.
- Chevrier
Lettre n° 347 (329) [57] à Madame Franchet Octobre 1873
1° Il m’est difficile de multiplier les demandes pour l’obéissance parce que, très souvent, je ne puis arriver à faire, alors cela me trouble ; faut-il tout de même le demander ?
– Oui, tout simplement si cela en vaut la peine
2° Pr arriver à l’union intime avec Dieu faut-il dans son esprit retrancher même les pensées inutiles ?
– Oui, quand on s’en aperçoit
3° Je puis bien sans recherche de moi-même prier tout à mon aise pour l’âme qui a la charité de me diriger ?
– Sans doute
4° Quand une chose fait plaisir faut-il immédiatement la mettre de côté ?
– Pas toujours.
ou bien la faire quand même, s’en rapportant à Dieu ?
– Oui, en général, quand la chose est bonne et raisonnable.
5° Faut-il pour pratiquer la modestie se priver dans les rues de tout regard, d’avoir toujours les yeux baissés c’est bien difficile d’y arriver, mais on peut y tendre.
– Il faut s’habituer à faire comme St François de Sales : voir sans s’amuser à regarder.
6° N’est-ce pas que pour la santé rien ne peut vous obliger à faire des remèdes pas bien convenables ?
– En ce cas pour ne pas se tromper, il est sage de faire ce que l’on croirait raisonnable de conseiller aux autres.
7° Du reste, la souffrance physique élève l’âme, purifie n’est-ce pas ? moi, qui ne fais faute à personne, il ne faut rien faire pour l’atténuer.
– Non, ceci pourrait conduire à l’exagération. Suivez le conseil ci-dessus.
8° Avec mon fils, je vais être bonne, ne faisant allusion à rien, si l’on m’offre les enfants j’en aurai tout le soin possible, si l’on ne me dit rien je ferai comme par le passé. Si l’on n’a pas d’égards, tout pour Dieu, si l’on me fait de la peine tout pr les âmes, est-ce cela ?
– OUI, TRES BIEN.
9° Sur quel défaut faire mon examen de conscience ?
– Ai-je toujours parlé à propos ?
10° Je peux bien faire le vœu de chasteté pr le reste de ma vie ?
– Je n’en vois pas la nécessité.
11° Pr ma méd… prendre toujours une phrase de l’imitation.
– Une ou plusieurs.
12° Si je faisais au bon Dieu le sacrifice de me priver de fruits ?
– Pas absolument, cela serait remarqué et il vaut mieux se cacher.
13° Faut-il se priver quand l’on est seule d’un bon feu, des petites choses confortables de la vie ?
– Il faut prendre ce qui est nécessaire ou utile, bien simplement.
14° Je dis ordinairement mon chapelet le soir, avec mon mari et quand je le dis seule, je prends la main de la Ste Vierge et je vais en esprit me promener avec elle, cela va-t-il ?
– Cela peut se faire mais sans y tenir trop.
15° Faut-il dans la communion du dernier jour de ma retraite m’offrir de nouveau à Jésus comme victime ? Je n’en ai pas eu l’attrait.
– Suivez l’attrait du moment.
16° Mon Père, c’est bien toujours vous qui décachetez vos lettres et non votre secrétaire ?
– Oui, oui, et je les détruis. Soyez sans crainte.
17° Il y a quelques jours dans une réunion du T 0. des Maristes, le Père qui ns prêchait ns dit “Priez tous les jours la Ste Vierge Prado obtenir la grâce
qu’elle vous apparaisse avant de mourir ; il me semble que je suis bien misérable pr demander une pareille faveur…
– Demandez toujours, on n’est jamais téméraire auprès de Marie ! ! !
18° J’ai envie de m’appliquer d’une façon toute spéciale à être bien bonne, bien compatissante, il me semble que c’est la vertu des vieilles femmes, l’esprit s’éteint mais la bonté peut grandir, qu’en pensez-vous ?
– J’approuve très fort.
19° Vs me direz s. v. p. 2 mots de l’abandon des choses de ce monde, comment il faut faire ?
– Comme si vous deviez mourir le lendemain.
Samedi étant le jour de la Toussaint, venez vendredi à la chapelle, vers 1 h 1/2.
Lettre n° 348 (330) [58] à Madame Franchet
1° Cette disette spirituelle dans laquelle vous paraissez me laisser faut-il l’accepter sans rien dire, sans rien désirer, sans avoir même l’air de m’en apercevoir ? l’amour-propre n’y trouvera-t-il pas son aliment ?
– Acceptez.
2° Je tiens encore peut-être trop à la créature, le plaisir que j’ai à lui faire de petits présents me le prouve. Si vous le voulez lorsque vous aurez besoin de quelque chose avoir la charité de me le dire simplement, alors il y aura pour moi le mérite de l’obéissance… mais il faudra me promettre de ne pas vous gêner, autrement je continue de même, vous en ferez un mérite et moi un autre pr Dieu, ce sera tout profit.
– Oui.
3° Est-ce une recherche de moi-même que de vous écrire ce que je pense ? faut-il m’en priver ?
– Non.
4° Lorsque j’ai eu à souffrir une humiliation, que j’ai eu à pratiquer quelques actes de vertus, que l’on m’a fait de la peine, n’est-ce point une satisfaction que de vous le dire, par moment l’amour-propre s’en mêle faudrait-il m’en priver ?
– Dans quelques cas oui ; dans d’autres, non.
5° Lorsque vis-à-vis de vous j’ai pu ne rien vous demander et que votre charité m’accorde une petite douceur puis-je m’en réjouir intérieurement tout en remerciant Dieu ?
– Que tout soit bien spirituel.
6° Dans les humiliations comment faire pr en tirer tout le parti possible ?
– Ne pas s’en plaindre.
7° Lorsque je souffre tant dans la prière, que j’ai peur d’offenser Dieu, faut-il tout de même rester le temps voulu ?
– Certainement oui.
8° De 11 heures à minuit je souffre toujours beaucoup ; peut-être Jésus veut-il me forcer à faire l’heure sainte, qu’en pensez-vous ?
– 2 fois par semaine.
9° Je ne puis prévoir aucun acte de vertu, est-ce une bizarrerie de mon caractère ? faut-il me forcer ou me contenter de prendre ceux qui sont sur mon passage ?
– Il faut faire les deux.
10° Depuis quelque temps mon mari ne fait aucune attention à moi, me répond à peine quand je lui parle ; faut-il changer de manière de faire avec lui, ou simplement l’accepter ?
– De plus en plus bonne et prévenante.
11° Peut-être Jésus voudrait-il que vis-à-vis du p. de J. je fasse quelque chose pour me réconcilier avec lui ? Peut-être est-ce l’orgueil qui me fait vous adresser cette question ? Je sais qu’il dit du mal de moi sans se gêner et cela m’humilie. Je veux faire tout ce que vous me direz, rien de plus.
– Le voir une fois.
12° Mon Père, qu’appelez-vous visites inutiles : Un jour vous me demandiez si j’en avais fait, je vous répondis que non, et réfléchissant, j’ai vu qu’aucune n’était bien utile au point de vue de l’âme, mais comme politesse, bons rapports, elles étaient utiles ; est-ce suffisant ?
– Oui.
13° Pour être une victime selon le cœur de Dieu, faut-il ne jamais s’arrêter, quelque souffrance qu’il envoie, ne jamais laisser la communion quelque frayeur que l’on puisse avoir de la mal faire, ne jamais se plaindre de rien ni de personne, faut-il viser à en arriver là ?
– Il faut savoir bien mourir.
14° Je me sens beaucoup poussée à m’accepter, à me calmer à la vue de mes misères, à les voir en Dieu comme sujet d’humiliation, puis d’amour. Ce ne serait pas une tentation d’orgueil ?
– NON.
15° Pour mourir à tout ne faut-il que se laisser faire ? ne s’appliquant qu’à ne pas contrarier l’action de la grâce en nous par nos révoltes et notre peu de générosité ?
– DIFFICILE
16° Faut-il m’appliquer à éteindre cette si gde vivacité ?
– Oui.
Est-ce un défaut ?
– Quelquefois.
Ne fait-elle pas naître une foule d’imperfections ?
– Oui.
Elle nuit au recueillement intérieur ?
– Oui.
Empêche de se dominer ?
– Oui.
Un petit mot sur cela, je vous prie.
– Il faut éteindre la mauvaise nature et dominer ou diriger la bonne. C’est difficile.
17° J’aurais besoin d’une petite direction, je suis plus calme, est-ce une recherche que de vous la demander ?
– Non.
18° Je ne me sens plus aucun attrait pour les mortifications extérieures ; est-ce une lâcheté ? faut-il en faire quand même ?
– Offrez celles que Dieu vous envoie cela suffira pour quelque temps.
Que Dieu vous bénisse.
Lettre n° 349 (331) [59] à Madame Franchet
J’approuve votre règle de vie et je prierai pour que Dieu vous aide à l’accomplir.
- Chevrier
Faut-il promettre de tendre toujours, par la volonté, (dans la mesure de mes lumières) à ce qu’il y a de plus parfait et à le faire, par le cœur, toutes les fois que l’occasion s’en présentera ?
– SANS ENGAGEMENT.
Lorsque vous avez l’air bien indifférent et que, d’avance j’ai pris la résolution de vous dire quelque chose, est-ce une imperfection que de m’en aller sans le faire ?
– OUI.
C’est peut-être par un orgueil froissé que je ne vous dis plus de venir à la maison, que j’aime mieux me passer de communions que de revenir vous dire ce qui me peine avant le temps désigné, que je ne vous parle plus de ma retraite, que je ne vous demande jamais rien de ce qui peut vous intéresser, que je reste en arrière pour tout, que cela me coûte tant d’aller chez les Sœurs ; un mot s’il vous plaît ?
– Oui.
A Mademoiselle Marie
Lettre n° 350 (545) à Mademoiselle Marie 9 janvier 1865
Votre franchise me fait plaisir ma chère petite Marie et je suis persuadé qu’avec votre bonne volonté vous deviendrez agréable à Notre bon Sauveur et à la Sainte Vierge Marie votre bien aimée Mère.
Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur disait Notre Seigneur à ses apôtres. Voilà les deux vertus que vous devez chercher à obtenir et à pratiquer. Ces deux vertus sont sœurs, et en pratiquant l’une vous posséderez l’autre. Ayez pour cela toujours Notre Seigneur devant les yeux, sa douceur et son humilité dans sa crèche dans sa passion, imitez-le et faites mourir ce petit sentiment de complaisance de vous-même et ces petits soulèvements de l’amour propre qui tend toujours à prendre le dessus chez vous.
Ne répondez jamais quand on vous fait une observation, acceptez-la sans mépris et sans représentation pensez que tout le monde a droit de vous reprendre à cause de vos défauts et que vous devez bien les remercier quand on vous observe quelque défaut.
Vos efforts passés sont une bonne garantie pour l’avenir et j’ai toute confiance que tout ira bien. Veuillez présenter mes respects à Madame votre Supérieure et à vos bonnes Maîtresses surtout à Sœur Ste Geneviève.
Ne m’oubliez pas dans vos prières. Je pense à vous au St Sacrifice.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
A Sœur Séraphine Visitandine
Lettre n° 351 (438) [1] A Sœur Séraphine Visitandine
Ma bien chère Sœur en Notre Seigneur,
Je regrette bien que votre frère n’ait pu voir le père Magnan, mais je lui ai remis la lettre si tôt que je l’ai reçue et je n’ai pas eu cette impatience que vous me supposez à votre égard.
Quant au Père Magnan, il a parlé à M. Dutel qui me remplace à la maison, j’ai reçu une lettre de ce bon Père dans laquelle il me parle d’un projet que vous devez me remettre ; ce bon Père a de moi une opinion trop élevée, je ne crois pas pouvoir lui donner grand conseil ; puisque je réussis si mal et que je ne puis pas convertir ceux qui me sont confiés, comment pourrais-je être utile aux autres ?
Priez pour moi, s’il vous plaît ; j’ai fait demander les lettres à votre frère, je les attends pour les mettre dans la mienne. Que Notre Seigneur Jésus-Christ bénisse et vous accorde ses lumières et ses grâces.
- Chevrier
Lettre n° 352 (439) [2] ] A Sœur Séraphine Visitandine LYON 31 mars 1867
Bien chère Sœur en Notre Seigneur,
Je pensais vous porter moi-même les lettres avec la réponse. Mais cela m’est impossible. Acceptez mes excuses. Je suis content de votre frère, nous le gardons avec plaisir. S’il vous faisait part de quelques ennuis, veuillez nous le dire, vous nous feriez plaisir, nous tâcherons d’y remédier, il paraît content.
Veuillez prier pour nous tous qui en avons grand besoin.
Votre dévoué serviteur.
- Chevrier
Lettre n° 353 (440) [3] A Sœur Séraphine Visitandine 16 février
Ma chère Sœur en Notre Seigneur,
Merci de l’envoi que vous m’avez fait de quelques objets de votre frère.
Je serai bien aise d’apprendre des nouvelles de votre pauvre frère, s’il va mieux.
Continuez à être bien sage et à persévérer dans votre belle vocation. Je demande à Dieu cette grâce pour vous.
Que Jésus vous bénisse et toute votre famille. Priez pour votre pauvre serviteur.
- Chevrier
Lettre n° 354 (441) [4] A Sœur Séraphine Visitandine
Chère enfant,
Il ne faut rien décider sans le conseil de votre révérende Mère qui, seule, a le pouvoir de vous permettre de vous placer dans une maison étrangère.
Elevez bien haut votre âme afin que les choses terrestres ne vous atteignent pas : offrez-vous chaque jour en sacrifice au bon Dieu et que vous ne repreniez pas ce que vous lui donnerez ; nous ne sommes rien et notre pauvre corps n’est qu’un petit fumier qui doit servir à vivifier l’arbre de l’Eglise et si le bon Dieu veut s’en servir ne le lui refusez pas.
Merci de votre bon souvenir et de votre reconnaissance pour si peu de chose.
Votre frère aime Dieu et le bon Dieu l’aime et soyez sûre qu’il le protégera.
Que Jésus vous bénisse et priez pour son pauvre serviteur.
- Chevrier
Lettre n° 355 (442) [5] A Sœur Séraphine Visitandine
Chère Sœur
Nous continuerons à prier selon toutes vos bonnes intentions ; mettez au pied de la Croix toutes vos sollicitudes et inquiétudes, et Dieu qui est notre Père prendra soin de nous.
Calme, confiance et patience dans le Cœur de Jésus qui nous bénit.
- Chevrier
Lettre n° 356 (443) [6] A Sœur Séraphine Visitandine 6 mars 1871
Ma chère Sœur
Puisque votre corps et surtout votre âme se portent mieux à St Marcellin, je crois que vous ferez bien d’y rester autant que vous pourrez, si vous en obtenez la permission de votre Révérende Mère.
Le salut avant tout, et le calme de l’âme est un moyen puissant pour y arriver.
Je communiquerai à votre frère vos désirs, et j’espère qu’il deviendra sage, il ne va pas mal.
Il faut prier pour votre père, afin qu’il fasse son salut.
Il y avait deux lettres de votre père dans la vôtre, veuillez me dire ce que je dois en faire.
Que Jésus vous bénisse et reçoive votre bonne volonté.
- Chevrier
A Madame Perraud
Lettre n° 357 (415) [1] A Madame Perraud 28 avril 1867
…en sa miséricorde. Rien de ce que nous souffrons n’est perdu quand nous l’endurons avec foi et amour.
Réfléchissez quelques fois sur les stations du chemin de la croix, les souffrances de Notre Seigneur nous aident et nous fortifient. Courage donc, à la fin de cette vie nous en trouverons une meilleure et nous verrons Jésus-Christ notre Sauveur ; ayez cette certitude dans votre âme parce que Dieu vous a beaucoup aimée.
Que Jésus vous bénisse. Priez pour moi.
Votre serviteur en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 358 (416) [2] A Madame Perraud
Ma bonne Sœur
Vous avez toujours bien vos peines et vos soucis, mais voyez bien tout le mérite que vous acquérez en soignant votre mari.
C’est bien triste d’assister chaque jour à la démolition de ceux que l’on aime, mais telle est la volonté de Dieu par rapport à notre corps ; il faut que ce premier corps soit détruit et qu’il soit reconstitué ensuite sur le modèle de Notre Seigneur Jésus-Christ, ayez donc bien la foi et la soumission à la sainte volonté de Dieu, regardant cette destruction comme la juste punition du péché, au ciel il n’y aura plus de maladie, de souffrance ni de séparation ; que le bon Dieu vous donne sa grâce et la douce patience et je vous bénis.
Mes respects à votre mari.
- Chevrier.
Lettre n° 359 (417) [3] A Madame Perraud
Bien chère Sœur
Nous prierons Dieu pour que vos affaires s’arrangent le plus tôt et le mieux possible ; et puis, il faut que vous alliez faire un pèlerinage à Ars pour obtenir du Saint curé d’Ars un peu de tranquillité d’esprit.
Et quand vous pourrez, venez nous voir au Prado, vous savez bien que nous sommes tout disposé pour vous être utile ; ayez donc confiance et ne vous désolez pas, le bon Dieu ne vous abandonnera pas.
Courage, je vous bénis et suis toujours votre tout dévoué.
- Chevrier
Lettre n° 360 (418) [4] A Madame Perraud
Bien chère Sœur en Notre Seigneur,
Ne vous laissez pas aller à l’ennui au milieu de vos peines et tribulations, il faut bien porter sa croix avec foi et soumission ; le ciel sera un jour notre patrie et nous serons bien dédommagés des peines que nous aurons endurées sur la terre ; patience, faites bien chaque jour votre chemin de la croix et vous trouverez dans cet exercice force et courage pour bien faire et bien souffrir.
Je vous bénis et prie pour vous. Que le bon Maître bénisse aussi votre mari et lui donne sa paix.
- Chevrier
Lettre n° 361 (419) [5] A Madame Perraud
Ma bien chère Sœur en N. S.
Je vous permets de continuer vos communions… d’habitude jusqu’à mon retour, à la fin du mois. Continuez vos petits exercices et soyez toujours bien sage. Je prie pour vous et demande à Notre Seigneur sa Ste Bénédiction.
- Chevrier
Lettre n° 362 (420) [6] A Madame Perraud Lyon 12 juin 1876
Ma bonne sœur en Jésus-Christ,
Je me suis retiré quelque temps dans une maison chez un bon monsieur qui a une chapelle, je suis là pour travailler et prier.
Veuillez prier un peu pour moi aussi, je ne vous oublie pas au St Sacrifice de la Messe.
Continuez vos communions et vos prières jusqu’à ce que je revienne, dans une quinzaine de jours peut-être.
Ne vous ennuyez pas, dites souvent : Mon Dieu, que votre volonté soit faite et non la mienne. Persévérez dans vos exercices, la patience et l’amour de Dieu, ne vous inquiétez pas du reste.
Je prie pour vous et demande au bon Dieu qu’il vous aide et vous console dans toutes vos peines d’esprit et de corps.
Votre tout dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 363 (421) [7] A Madame Perraud
Ma bonne Sœur
Merci de toutes vos bontés pour nous.
Je recommande à Dieu toutes vos intentions ainsi que la santé de votre mari et la vôtre et je demande à Dieu surtout la sagesse pour que vous profitiez de tout pour votre salut.
Courage donc, bonne dame et soyez bien persuadée que tout ira pour le mieux.
Je vous bénis au nom du bon Dieu,
et suis votre tout dévoué serviteur.
- Chevrier
Lettre n° 364 (422) [8] A Madame Perraud Rome, 25 avril [1877]
Ma bonne Dame, et chère Sœur en Notre Seigneur Jésus-Christ
J’ai reçu de vos nouvelles et de celles de votre mari par Sœur Elisabeth.
Je vous prie bien de vous consoler dans Notre Seigneur et de ne pas vous tourmenter, vous savez que c’est votre défaut chez vous.
Ayez donc confiance en Dieu et allez votre petit train comme à l’ordinaire, une âme qui a bonne volonté ne doit rien craindre et elle doit marcher avec confiance ; continuez vos petits exercices, vos communions et soyez bien convaincue que vous êtes un enfant gâté du bon Dieu, qu’un jour votre couronne sera bien belle dans le ciel parce que le bon Dieu aime bien les âmes charitables.
Je prie pour vous à Rome et je demande pour vous la confiance, l’espérance et l’abandon complet entre ses mains. Notre St Père le Pape a béni tous nos bienfaiteurs et vous aussi puisque vous êtes du nombre. Soyez toujours bien confiante en Dieu et que Dieu vous bénisse. Mes salutations bien respectueuses à M. Perraud.
Tout à vous en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 365 (423) [9] A Madame Perraud 3 février 1878
Ma bonne Sœur
Courage au milieu de toutes les épreuves qui vous arrivent, il faut les accepter humblement et avec soumission ; le mal vient du péché ainsi que la souffrance et la mort et ceux qui savent accepter les souffrances comme il faut, c’est-à-dire chrétiennement, ont bien du mérite et obtiennent de grandes grâces pour le temps et l’éternité.
Je prie Dieu pour votre mari et pour vous afin que tout ce qui vous arrive tourne à votre salut.
Ayez une grande confiance en Dieu et ne vous troublez de rien.
Je vous bénis et vous prie de me croire. Votre tout dévoué serviteur et prêtre,
- Chevrier
Lettre n° 366 (424) [10] A Madame Perraud 6 février 1878
Ma bonne Sœur
Résignez-vous à la Ste volonté du bon Dieu, faites venir le Père Vincent pour le confesser de nouveau et lui accorder encore la Ste Communion et ayez confiance en Dieu pour son salut ; c’est un sacrifice que le bon Dieu demande de vous, il faut le faire avec soumission et vous en aurez tout le mérite.
Je vais envoyer quelqu’un pour aller chercher le Père Vincent, ayez confiance et courage.
Je prie et fais prier pour vous et votre cher malade et vous bénis de tout mon cœur.
Votre tout dévoué,
- Chevrier
A Mademoiselle Grivet
Lettre n° 367 (363) [1] A Mademoiselle Grivet Lyon, 8 septembre 1872
MADEMOISELLE LOUISE GRIVET, AUX EAUX D’URIAGE, G. HOTEL DES BAINS, ISERE Lyon, 8 septembre 1872
Ma bien chère enfant
Vous voyez combien on est déçu souvent dans ses espérances ; on va chercher la santé et on trouve la maladie. Combien vous devez souffrir, chère enfant, de voir votre pauvre mère malade. Ayez-en bien soin, ou plutôt je n’ai pas besoin de vous le recommander, votre cœur est assez bon pour le faire comme un véritable enfant chrétien doit le faire. Présentez à votre mère mes sentiments de peine, et assurez-la que je prie Dieu pour elle et son rétablissement.
Remplissez ce devoir de piété filiale avec amour, promptitude et obéissance, gardez en tout le calme et la présence de Dieu ; vous voyez, quand on est pas calme, et qu’on est précipité comme vous l’êtes ordinairement, on met le feu à la maison, et il est difficile de l’éteindre ensuite sans se brûler les doigts ; le calme et la prudence en tout, même en dévotion, et vous verrez que tout ira bien mieux en tout. Ne négligez pas la prière au milieu de vos occupations, et prenez bien le bon air des montagnes, quand vous le pourrez ; faites-en une bonne provision, pour pouvoir ensuite moins craindre celui de la Guillotière.
Ne vous tourmentez pas au sujet du petit ouvrage que je vous ai donné, ne le faites qu’à temps perdu ; vous avez besoin de repos, prenez-le quand vous le pourrez. Soyez toujours bien sage et Dieu pourvoira à tout.
Vous avez eu bien de l’ennui à cause de Marthe ; cela ne vient-il pas un peu de votre faute ? Pourquoi vous laissez-vous donner des noms que les personnes du monde ne peuvent ni comprendre ni admettre ! Cette pauvre enfant a dû bien être humiliée devant sa famille après la lecture de cette lettre. Evitez de vous faire appeler ainsi, parce que tout cela n’aboutit à rien, et ne met pas dans les âmes assez de dignité et de grandeur, et favorise trop les sentiments du cœur. Obtenez de vos élèves une affection forte et solide, qui vienne de la conviction des services que vous leur rendez.
Que tout serve à nous instruire et à nous corriger et à nous élever vers le seul Maître qui est au ciel, seul digne de louange et d’amour.
A Dieu, chère enfant, que Jésus vous bénisse et votre bonne mère et que la santé de l’âme et du corps refleurisse en vous.
- Chevrier
Lettre n° 368 (364) [2] A Monsieur Jaricot Pour Mademoiselle Grivet [Juin 1873]
Ma chère enfant
Je permets à Marthe deux communions seulement pendant la semaine de l’octave de la Fête-Dieu ; il faut travailler mieux à sa sanctification pour la faire plus souvent.
Et vous, ma pauvre enfant, vous tombez bien, ce cœur vous fait toujours bien la guerre ; vous me demandez pardon. Oh ! bien chère enfant, je vous pardonne, et vous pardonne bien tout ; vos offenses ne sont pas grandes à mon égard, c’est à Dieu surtout qu’il faut demander pardon de votre peu de constance et du peu de force que vous mettez à vous vaincre ; courage, et ne mettez pas tant de persistance à corriger Marthe, surtout pour de petites bagatelles, telles que petite tresse ou cheveux ; cela tombera tout seul, quand le bon Maître aura pris un peu de place dans son cœur ; continuez à persévérer dans vos bonnes résolutions.
La méditation, l’examen particulier, la communion et le calme du cœur et de l’esprit.
A Dieu, chère enfant, soyez bien sage. Je vous bénis.
- Chevrier
Lettre n° 369 (365) [3] à Mademoiselle Grivet 22 janvier 1874
Ma pauvre enfant ! voilà bien des misères, vous voyez combien la vie naturelle vous entraîne, et combien la vie surnaturelle vous devient difficile, parce que vous négligez votre oraison ; rappelez-vous bien que l’oraison est la base fondamentale de la vie chrétienne et sérieusement chrétienne, et que tant que vous ne ferez pas régulièrement votre méditation, vous continuerez à aller tout de travers, vous laissant aller à votre naturel, ne faisant que ce qui vous fait plaisir, et laissant ce qui vous coûte. Allons, relevez-vous, reprenez la vie de Notre Seigneur, étudiez ses vertus, et conformez-vous à votre divin Maître ; je vous oblige à votre demi-heure d’oraison chaque matin, à votre lever de 5 h 1/2 ou de 6 h, jusqu’à la fin de ce mois.
Par humilité vous irez vous confesser ce soir à un prêtre que vous choisirez et remettez-vous sincèrement à l’ouvrage de votre sanctification.
Que Jésus vous bénisse. J’espère que vos serez plus sage.
Votre Père
- C.
Lettre n° 370 (366) [4] Mademoiselle Grivet 15 mai 1874
Chère enfant
Soyez plus courageuse pour faire un acte d’humilité en allant avouer humblement vos fautes au prêtre, qui est toujours le représentant du bon Maître ; il ne faut pas tant se laisser conduire par le cœur ; c’est votre défaut, il faut que la foi et l’amour de Notre Seigneur soient le mobile et le principe de toutes nos actions, et surtout quand il s’agit de remplir un devoir aussi doux, aussi important que celui de la Ste Communion ; courage donc, petite enfant, grandissez dans l’amour de Jésus et la force du St Esprit.
Voilà la fête de la Pentecôte ; faites une grande neuvaine pour demander l’esprit de force pour grandir et vous fortifier dans les pratiques spirituelles, et savoir pratiquer l’abandon et le détachement.
Grandissez, grandissez, ne restez pas toujours petite ; car les petits enfants ne servent à rien, il faut toujours les choyer, les caresser, les flatter, et jamais les faire travailler, c’est là votre vertu à pratiquer ; faites vos communions dans cette intention de recevoir l’Esprit-Saint, dont Notre Seigneur est rempli, et il vous le communiquera.
Que la paix du bon Dieu soit avec vous ; qu’il vous fasse grandir dans son amour et vous donne le calme de l’esprit et du cœur.
- Chevrier
Lettre n° 371 (367) [5] Mademoiselle Grivet au Prado 25 mai 1874
Ma chère enfant
Vous êtes toujours bien petite, et ce qui est très fâcheux, c’est que vous ne voulez pas grandir ; quand on est grand, on travaille ; quand on est grand, on soutient son père et sa mère ; quand on est grand, on est utile à tous ; quand on est grand, on n’est pas inutile, on ne pleure pas, on ne se fait pas toujours porter, caresser.
Les petits enfants ont leur bon côté, mais ils ont aussi leur mauvais côté ; il faut faire disparaître le mauvais côté, et garder le bon ; allons, petite enfant, grandissez. Je vous tirerai tellement par la tête et les pieds que je vous ferai bien grandir par force.
Il faut nettoyer sa chambre au moins une grande fois par semaine ; ainsi de notre âme, il faut la nettoyer au mois une fois par semaine ; ainsi allez vous confesser simplement, bonnement chaque semaine, et faites vos communions chaque jour, excepté un.
Je suis toujours un peu faible, et la fièvre ne me quitte pas ; mais cela n’est rien, si j’étais agréable à Dieu et que je puisse bien accomplir sa sainte volonté.
Dites à votre bien aimée sœur Christine que nous recevrons son petit protégé quand il saura son français, et qu’il pourra subir passablement un examen de lecture, d’écriture et de grammaire française. Les enfants qui savent bien leur français réussissent toujours mieux pour le latin, et deviennent plus tard de bons élèves.
Que Jésus vous bénisse toutes deux, et vous donne l’humilité, la charité et sa sainte paix.
- Chevrier
Lettre n° 372 (368) [6] Mademoiselle Grivet [7 Septembre 1874]
Chère enfant
Prenez de bonnes vacances, vous en avez besoin.
Quand vous irez à la retraite des institutrices, vous profiterez de cette occasion pour aller chez Mlle de Marguerye.
Quant aux leçons de mes enfants, il n’est pas possible de le faire, seulement vous pourriez leur donner des problèmes qu’ils feraient, et ils vous enverraient les copies par Wilhelm.
Mon enfant est auprès de moi, il commence à comprendre suffisamment, et dans un an il pourra bien suivre une classe, nous pourrons le prendre plus tôt.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Envoyez par Wilhelm des problèmes à résoudre.
- Chevrier
Lettre n° 373 (369) [7] Mademoiselle Grivet 7 septembre 1874
Chère enfant
Veuillez avoir la charité de copier les feuilles d’indication que je vous ai données et vous me les rendrez ensuite, j’en ai besoin pour le petit travail que j’ai à faire.
Merci de votre travail – Soyez bénie. A. Chevrier
Lettre n° 374 (370) [8] Mademoiselle Grivet 9 juin 1876
Chère enfant
Que le bon Maître vous donne sa grâce et ses bénédictions, afin que vous travailliez tous les jours à l’aimer sincèrement et de tout votre cœur.
Merci de vos bons souhaits et bonnes prières. J’ai grandement besoin de secours d’en haut et de force pour accomplir ce que le bon Maître demande de moi.
Je demande au bon Dieu pour vous que vous marchiez avec plus de courage dans le dépouillement de vous-même, que votre vie chrétienne est donc entravée par les embarras de l’esprit, du cœur. Que cette sensibilité vous est donc préjudiciable… Travaillez donc de tout votre courage à surmonter ces misères naturelles. Priez donc le St Esprit de vous donner ce calme, cette assurance qui fait le fonds d’une vertu sérieuse et persévérante. Dans la Sainte Communion vous devez trouver la grâce pour cela.
Vous me demandez de communier tous les jours ; je le veux bien, pourvu que vous profitiez de cette grâce immense pour vous corriger de ce grand défaut. Et la jalousie, et la susceptibilité, qu’il y en a chez vous ! C’est là souvent et très souvent la cause de toutes vos maussaderies. Allons, cherchez donc le bon Dieu. Demandez la sagesse ; elle est si belle, si grande, si sublime, si vraie qu’il faudrait l’acheter à tout prix.
Envoyez vos lettres à ces bonnes gens qui ont perdu leur parent, faites votre petite retraite, je pense que tout cela est fait ; ne négligez pas votre petite méditation, étudiez Notre Seigneur Jésus-Christ, tout est là, et rappelez-vous chaque jour une de ses paroles ou une de ses actions pour les mettre en pratique, ou au moins en savourer la douceur et le goût.
Mes amitiés respectueuses à votre bonne mère ; ne la faites pas souffrir, consolez-la, prévenez-la et obéissez-lui ; que le bon Dieu vous bénisse tous et vous rende bien sage.
Vous ferez une petite pénitence et un acte de charité en remettant ce petit billet à Sœur Hyacinthe.
Votre père en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 375 (371) [9] Mademoiselle Grivet 16 juillet [1876]
Chère Enfant,
St Paul nous dit que le démon se transforme en ange de lumière pour nous tromper, c’est-à-dire qu’il se fait passer pour un ange ou pour un saint ou une sainte, comme il veut, et nous, nous sommes si bêtes et si orgueilleux que nous croyons avoir affaire à un ange ou à un saint, tandis que c’est au démon que nous avons à faire ; depuis le péché, le démon a une grande influence sur nous, et surtout sur ceux qui sont poussés à l’orgueil et qui aiment les choses extraordinaires, le démon en profite pour les tenter et les magnétiser de son influence diabolique ; il est si rare de voir les âmes conduites vraiment par l’esprit de Dieu !
Une des grandes [marques] à laquelle on connaît qu’une âme est conduite par l’esprit de Dieu, c’est la souffrance et l’épreuve ; une âme qui n’a pas été éprouvée, contrariée, qui n’a pas souffert de contradiction et qui n’a pas enduré des épreuves ne peut pas être conduite par l’esprit de Dieu ; vous n’avez qu’à dire à cette personne : “C’est le démon qui vous inspire”, vous verrez la grimace qu’elle fera, et vous connaîtrez par là que c’est le démon qui la conduit, ou bien sa seule imagination ; si c’est le bon Dieu qui la conduit, elle se tiendra dans la défiance d’elle-même, elle craindra d’être dans l’illusion, elle appréhendera les choses extraordinaires, et demandera à Dieu d’en être délivrée, et ne parlera jamais à personne de ces choses, dans la crainte de se tromper ou de perdre l’humilité.
Comme nous sommes sujets à l’erreur ! et comme il faut trembler à la vue de tant de dangers et d’ennemis !
Soyez sage, chère enfant, restez bien dans l’humilité.
Calmez votre tête et surtout votre cœur, faites chaque jour votre petite méditation, et apprenez dans l’étude de Notre Seigneur comment vous devez vous conduire et comment vous devez aimer Dieu et le prochain.
Je vais un peu mieux mais le médecin veut que j’aille à Vichy, ce qui m’ennuie beaucoup, et je n’irai vraiment que forcément.
Présentez mes salutations sincères à votre bonne mère.
Que le bon Dieu vous bénisse et vous donne sa grâce et son amour.
- Chevrier
Lettre n° 376 (372) [10] Mademoiselle Grivet Rome, 18 avril 1877
Ma chère enfant,
Je ne veux pas vous gronder de tout ce que vous me dites dans votre dernière lettre, ce n’était pas vous qui écriviez ; seulement je constate une chose qui est vraie, c’est que, quand le cœur est trop gros, il éclate, et se répand en fiel et en vinaigre, que les deux extrêmes se touchent et qu’il faut tâcher de garder ce juste milieu qui vient du Saint Esprit, et qui est calme, douceur, patience et vraie charité ; il y a longtemps que je vous le dis et que je vous l’ai fait observer, mais la nature est toujours la même, il est difficile de changer, c’est un travail long et laborieux.
Mais je ne me décourage pas ; je vous ferai toujours, et quand même, observer ce qu’il y a de mauvais en vous, pour la gloire de Dieu et votre bien particulier ; puisque vous m’avez choisi pour père, il faut que j’en remplisse le devoir, non pas en vous gâtant par des lettres douces, suaves, mais par des corrections sérieuses et utiles. Eh bien ! vous avez manqué à votre devoir, vous vous laissez aller à la rancune, à l’animosité, à l’aigreur, quand on ne répond pas tout de suite aux demandes, vous ne savez rien souffrir, rien endurer, et vous méprisez tout le monde ; vous voudriez que tout le monde fût exalté comme vous, vous ne savez point mettre de frein ni à votre imagination, ni à votre cœur, ni même à vos membres, il faut que tout aille, tout parte ; mettez-vous donc un peu aux pieds de Notre Seigneur, et priez-le de calmer un peu cette nature.
C’est assez pour cette chose !
Merci, chère enfant, de vos bons souhaits et de votre souvenir pour le jour de ma naissance. Voilà déjà 51 ans que je suis au monde, et je ne vois pas encore ce que j’y ai fait. Priez un peu pour moi, afin que ma vie ne soit pas inutile, que j’achève cette œuvre que le bon Dieu m’a confiée ; c’est une grande tâche, et je sens toute ma faiblesse pour la remplir, plus que jamais je comprends qu’il faut être saint pour faire quelque chose d’utile, de durable et de bon. Je cherche la sagesse et la sainteté, je sais bien où elle est, mais j’ai tant de peine à la pratiquer, je suis un peu comme vous, je voudrais être saint et je ne puis pas y arriver, nous allons prier tous les deux pour notre conversion, et celui qui deviendra saint le premier aidera l’autre à le devenir.
Mes saluts bien sincères à Madame votre mère ; dites-lui bien de ma part qu’elle prenne patience avec une si mauvaise fille, et que le bon Dieu la récompensera bien d’avoir si soin de vous.
Ayez bien soin de votre mère, soyez sage, ne négligez pas vos communions, votre oraison, et que le Seigneur vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 377 (373) [11] Mademoiselle Grivet Rome, 19 mai 1877
Ma chère enfant
Il faut faire le sacrifice du voyage de Rome.
Vous ne pouvez quitter vos élèves et il n’y a aucune nécessité, mais seulement une satisfaction, vous pourrez y aller pendant les vacances.
Quant à votre mariage, je n’ose rien vous conseiller de bien définitif ; si ce monsieur était religieux, qu’il vous plût bien, et que vous ayez quelque attrait pour le mariage, je ne vous découragerais pas, parce que votre esprit et votre cœur ont besoin d’être fixés, et il vous faudra une très grande vertu pour rester sage dans le monde, il vous faudra bien de l’énergie pour résister aux découragements, aux mépris du monde, et à cette solitude qui vous attend priez beaucoup.
Si quand je n’y suis pas, vous êtes si ennuyée et ne trouvez pas de confesseur à votre goût, que sera-ce quand il faudra se quitter entièrement, à moins que Dieu ne vous appelle avant moi ; il faut avoir plus de liberté d’âme et de conscience.
Réfléchissez bien sérieusement avant de refuser entièrement.
Quant à nous, nous allons bien, ma santé se maintient, je vais généralement mieux qu’à Lyon ; dans un mois je pense rentrer à Lyon.
Veuillez prier pour nous et pour nos jeunes diacres qui vont bientôt être prêtres.
Mes salutations à votre bonne mère. Que Dieu vous bénisse.
Votre Père spirituel.
- Chevrier
Lettre n° 378 (374) [12] Mademoiselle Grivet [Août 1877]
Profitez bien de votre séjour à la Salette pour faire provision de santé spirituelle et corporelle, et laissez auprès de la Sainte Vierge toutes vos susceptibilités, vos maussaderies et vos rancunes, laissez-y toute votre vie naturelle, afin de revenir toute spirituelle et toute céleste ; que vous appreniez à mourir.
Priez pour nous tous, je prie pour vous et votre sanctification.
Courage et patience. Votre tout dévoué père.
- Chevrier
Mes salutations à votre bonne mère et à la famille Vallet.
Lettre n° 379 (375) [13] Mademoiselle Grivet [Septembre 1877]
Ma chère enfant,
Sanctifiez bien vos souffrances et vos privations. Le bon Dieu, qui est un bon Maître, envoie à chacun ce qu’il lui faut pour faire pénitence. Savoir bien souffrir est toute la perfection. Sachez même faire le sacrifice des communions quand il le faut, pour plaire à Dieu, et Dieu vous donnera dans la communion spirituelle, les grâces qui vous sont nécessaires.
Je vous bénis et suis votre père spirituel.
- Chevrier
Lettre n° 380 (376) [14] Mademoiselle Grivet 17 Novembre 1877
Ma chère fille en Jésus-Christ,
Je rentre demain au Prado, vous pourrez donc venir vous confesser le soir, un peu avant la nuit, ou le dimanche dans la journée ; ne vous laissez pas aller à l’inquiétude ni à aucun sentiment contraire à la charité ; il faut tout accepter ce qui nous arrive pour notre sanctification et nous faire pratiquer l’humilité, la réserve et l’obéissance.
Soyons à Dieu tout entiers, Dieu seul mérite notre cœur, les créatures ne sont rien, elles ne peuvent que nous faire souffrir, car il n’y a pas sur la terre deux créatures, si unies qu’elles soient, qui n’aient à souffrir de leur contact, et Dieu le permet ainsi pour nous faire sentir que Lui seul est notre bien, lui seul est le bien de nos âmes et qu’il n’y a qu’en lui que se trouvent la paix et le bonheur
Votre tout dévoué Père en Notre Seigneur.
A.Ch.
Lettre n° 381 (382) [16] Mademoiselle Grivet [20 décembre 1877]
Bien chère enfant
Je vous renvoie une feuille de votre lettre, celle dans laquelle vous me parlez de Mlle Margot. Ces choses sont si vraies que je veux que vous les relisiez bien et que vous les compreniez bien, car je n’aime rien moins que ces fadeurs et ces affaires de sentiments dans la direction spirituelle ; l’expérience me montre tous les jours combien ces manières de faire sont nuisibles aux âmes et les perdent souvent, nous le voyons souvent, nous, confesseurs qui voyons beaucoup de monde ; si jamais j’étais trop bon pour vous, et que le sentiment naturel dominât dans nos rapports, quittez-moi de suite, Jésus-Christ avant tout, lui seul est digne de notre amour et nous ne devons voir que lui en tout ; ainsi, chez vous qui êtes très expansive et très portée à l’amour, si vous aviez trouvé un directeur comme vous, vous vous seriez perdus tous les deux.
Vivez de sacrifices, et quand il y a quelque sacrifice de cœur à faire, ne reculez pas de le faire aussitôt, pour l’amour de Jésus, notre Maître unique.
Je ne pourrai pas confesser de longtemps peut-être, je suis toujours faible de voix et de poumons, et la toux ne diminue guère ; je crois que vous pouvez aller trouver M. Farissier, c’est un abbé bien dévoué, et qui aime Notre Seigneur.
Acceptez votre solitude, et ayez confiance qu’au moment sérieux de la tristesse le bon Dieu vous enverra quelqu’un pour vous aider.
Ne négligez pas votre oraison et ne laissez pas vos communions, c’est la vie, et la source de la vie.
Prions tous ensemble pour que le règne de Dieu arrive sur la terre et dans nos âmes, et qu’il nous arrive aussi après notre mort ; c’est le meilleur souhait que nous puissions nous faire.
A Dieu, chère enfant ; que le bon Maître vous aide et vous bénisse, et que vous soyez toujours sage.
Soyez forte et généreuse, et que la foi soit la règle de toutes vos actions, dirigées par un véritable sentiment de charité.
Votre dévoué père.
- C.
Lettre n° 382 (378) [16] Mademoiselle Grivet [Décembre 1877]
Chère fille en Notre Seigneur,
Je vous permets bien d’étudier le dessin, pourvu que cela ne vous fatigue pas.
Employez bien votre temps à étudier Notre Seigneur surtout.
Vous pouvez demander à Sœur Marie-Catherine un volume de la vie de Notre Seigneur, où vous trouvez de jolis dessins qui vous donneront de bonnes inspirations.
Votre Père toujours.
Lettre n° 383 (379) [17] Mademoiselle Grivet [8 janvier 1878]
Ma chère fille en Notre Seigneur,
Je vous remercie de vos bons souhaits de bonne année, la sincérité de votre cœur et de votre foi fait espérer que Dieu les exaucera ; demandez surtout pour moi la sagesse, c’est l’essentiel, elle vaut mieux que la santé et toutes les richesses.
Je vois que vous êtes toujours avide de science, de tout apprendre, de tout savoir ; c’est bien beau, mais vous n’arriverez jamais à tout apprendre sur ta terre ; au ciel, nous saurons tout, et Dieu sera notre lumière.
Je crois que vous ferez mieux de vous borner à une chose, et de ne pas voltiger ainsi sur toute espèce de sciences ; vous aviez commencé la peinture, si vous pouviez réussir dans cet art, vous vous rendriez utile… à nous et aux autres ; apprenez à faire de grands chemins de croix, de grands rosaires, de grands tableaux de catéchisme, vous nous aiderez beaucoup, si vous pouvez réussir, pour l’instruction de nos petits enfants ; il n’y a que les riches qui achètent la porcelaine, et l’action des sujets de porcelaine qui est sur une cheminée ne peut pas porter grand fruit, ce qui entre dans la coquetterie ne porte guère au bon Dieu. De grands tableaux pour nos petits enfants, ceux de Wilhelm.
Je vous bénis et suis toujours votre père.
- Chevrier
Lettre n° 384 (380) [18] Mademoiselle Grivet [12 janvier 1878]
Chère enfant,
Je ne reçois personne dans ma chambre, et ne puis aller à la sacristie, il faudra que vous attendiez quelques jours.
Vous êtes toujours bien impatiente en tout, et vous auriez besoin d’un tonneau d’huile pour vous adoucir et prendre patience.
Que le bon Dieu vous donne sa grâce.
Votre père quand même, et plus encore votre directeur, il ne faut pas confondre ces deux titres.
- Chevrier
Mes salutations à votre mère.
Lettre n° 385 (381) [19] Mademoiselle Grivet [janvier 1878]
Réponse.
J’ai prêté les mystères douloureux ; quand on me les rendra je vous les prêterai.
Agissez avec simplicité dans tout, même avec votre nouveau confesseur. Ne passez pas trop de temps à votre peinture le dimanche.
Je vais un peu mieux.
Que Jésus vous bénisse et vous donne sa paix.
Lettre n° 386 (382) [20] Mademoiselle Grivet Vichy, 4 juillet 1878
Chère enfant,
Je suis bien content de voir les saints élans de votre cœur pour le bien, la conversion des âmes et du monde entier ; que le bon Maître récompense ces bons désirs, puisse-t-il les réaliser un jour. Vous n’êtes bonne que pour aller évangéliser les sauvages de l’Afrique et de l’Asie, et si jamais j’avais une mission à remplir de ce côté, je vous y enverrais bien volontiers. Priez Dieu pour que nous puissions Evangéliser le monde, mais, hélas ! le cercle de notre bien sera toujours restreint.
Priez Dieu qu’il envoie des ouvriers dans sa moisson.
Ne vous troublez de rien, toute chose arrivera en son temps : si vous ne pouvez pas avoir Wilhelm maintenant, vous l’aurez un peu plus tard ; seulement vous voulez toujours tout avaler d’un seul coup, ce n’est pas possible ; pendant les vacances il vous sera plus possible de faire quelque bien à Wilhelm.
Quant à vos élèves, ne vous tourmentez pas trop ; vous savez bien que tout ce que vous voulez, tout ce que vous désirez n’est pas toujours ce qu’il y a de mieux ; vous visez au plus parfait, et vous le voulez tout de suite, tout de suite, vous ne savez ni attendre, ni patienter, et cependant il faut bien attendre avec tout le monde, et même avec soi-même, car nous, nous n’allons pas toujours aussi vite que le bon Dieu voudrait ; allons, patience et courage.
Je prie Dieu pour vous, pour votre bonne mère et pour vos élèves ; continuez à être sage, à prier, à faire vos communions, et espérez en Dieu votre Père et votre force.
Quant à cette élève libre-penseuse, priez pour elle, et appliquez-vous à appuyer sur les grandes vérités : il y a un Dieu ; Dieu a parlé aux hommes par Jésus-Christ, son Fils ; quand vous lui aurez fait faire ces deux premiers actes de foi sur ces grandes vérités, vous irez plus loin ; mais tant que vous n’aurez pas posé ces deux premières bases de tout l’édifice spirituel, vous n’aurez rien fait ; priez Dieu pour qu’il bénisse vos paroles et vos intentions.
Je vais mieux et vais bientôt retourner au Prado.
Que Jésus vous bénisse. Tout à vous en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 387 (383) [21] Mademoiselle Grivet [Septembre 1878]
Je crois que dans les dispositions d’esprit où vous êtes, le mieux pour vous sera d’aller faire votre retraite à Fourvière, chez les dames de la retraite.
Vous suivrez les mêmes exercices que je vous ai donnés.
Priez le Saint Esprit de vous donner le calme de l’âme et du cœur, afin que tout se fasse dans la paix du bon Dieu et la sanctification de votre âme.
Je ne rentrerai probablement que samedi prochain ; si M. Mermillod vient à Lyon, veuillez prier un de ces messieurs de l’amener dans mon petit coin ; mais je ne pourrai répondre à tout ce que vous avez dit de moi, sans doute, parce que vous savez bien encore mieux que je ne suis qu’un bien pauvre homme, qui n’est bon qu’à être vu de loin et pas de près.
Je prie Dieu pour votre bonne mère et pour vous, et suis votre tout dévoué père en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 388 (384) [22] Mademoiselle Grivet [Septembre 1878]
Chère enfant
Vous vous tourmentez toujours de peu de choses, il faut que vous deveniez calme et paisible, recevoir la grâce qui vous est donnée et se contenter de celle qui nous est donnée pour le moment ; tous les temps ne se ressemblent pas, ni les années ne sont pas toujours les mêmes, ni si abondantes en fruits et en productions ; il faut savoir se contenter de ce que le bon Dieu nous donne, et le recevoir toujours avec beaucoup de reconnaissance, parce que le peu qu’il nous donne, c’est toujours beaucoup plus que nous ne méritons. Vous êtes trop avide [de] bons morceaux et de morceaux qui vous conviennent, et qui soient selon vos désirs. Contentez-vous de peu quand vous avez peu, et prenez toujours avec reconnaissance ce que l’on vous donne.
Quant à vos demandes, je vous permets de communier tous les jours, mais vous ferez trois fois vos excuses à M. Farissier des escapades que vous lui avez faites.
La discipline, 3 fois la semaine, et bracelets tous les jours, mais le matin du jour.
La méditation sur le renoncement à soi-même fera le fond de vos méditations, et c’est sur cela que vous prendrez vos résolutions.
Examen de conscience sur tout ce que le bon Dieu vous reprochera dans vos oraisons.
3 premiers jours, pénitences pour acheter la grâce.
Rappelez-vous aussi que le meilleur directeur, c’est l’Esprit-Saint ; c’est Notre Seigneur qui est le plus grand directeur de nos âmes ; si vous le consultez, il vous en… plus que moi et bien d’autres, sachez vous contenter un peu de lui, et [il] vous reprochera plus de fautes dans le silence de l’oraison que je ne pourrai le faire dans tous les discours que je pourrais vous tenir.
Je vous bénis et suis votre père.
- C.
Lettre n° 389 (385) [23] Mademoiselle Grivet [Novembre 1878]
Que Notre Seigneur Jésus vous bénisse et vous donne l’esprit de sacrifice, pour tout souffrir selon la volonté de Dieu.
- Chevrier
Lettre n° 390 (386) [24] Mademoiselle Grivet [St Luc, 22 décembre 1878]
Chère enfant,
Ne vous désolez pas ainsi, et soyez plus raisonnable en tout, courage et patience ; que le bon Dieu vous aide dans toutes vos tribulations et peines intérieures ; j’ai pensé à vous permettre de venir avec votre mère, quand elle pourra, à l’occasion de ces fêtes.
Je vais toujours à peu près de même, quoique un peu mieux cependant ; je prie pour vous afin que vous deveniez bien sage et vous bénis.
- C.
Lettre n° 391 (387) [25] Mademoiselle Grivet 17 janvier 1879
Ne vous inquiétez pas, chère enfant, de toutes ces imaginations qui vous viennent à l’esprit, ce n’est rien ; plus vous y ferez attention, plus vous en aurez, n’en faites nul cas.
Quant à venir, je suis plus fatigué depuis quelques jours, les vomissements sont revenus, et je suis réduit au silence et à la solitude.
Je vous bénis. Merci de vos jolis cadeaux de fête.
- C.
Lettre n° 392 (388) [26] Mademoiselle Grivet [Février 1879]
C’est bien vilain et même coupable de ne pas se déranger quand on a à côté de soi une pauvre personne malade… Où est donc votre charité ?…
C’est dans les circonstances que l’on connaît ce que l’on est et ce que l’on vaut, cependant la charité est la première de toutes les vertus chrétiennes.
Lettre n° 393 (389) [27] Mademoiselle Grivet [Février 1879]
Comme vous n’êtes pas chargée de Mlle Luquin, vous ne devez pas vous occuper d’elle ni de sa direction ; si elle vous demandait quelque conseil, vous pouvez lui en donner, autrement laissez-la tranquille ; seulement vous ne devez tremper dans aucunes de ses folies et de ses injustices, et bien croire que tout cela lui retombera dessus un jour, car la lumière se fait tôt ou tard : rien de caché qui ne sera révélé.
Pour vous, soyez toujours juste et vraie, et Dieu sera pour vous. L’injustice et le mal peuvent briller pendant quelque temps, mais ils finissent toujours par s’éteindre et tomber dans leurs propres filets.
Lettre n° 394 (390) [28] Mademoiselle Grivet
Actes de vertus à faire.
O Divin Jésus, qui vous êtes oublié vous-même jusqu’à consentir à être humilié et méprisé par tout le monde, à être jugé et condamné par les homme et à mourir honteusement sur la Croix.
Moi, qui veux être votre disciple et qui ai promis de vous suivre, comment puis-je mener une conduite si différente et si opposée à la vôtre, me rechercher toujours moi-même, ne m’occuper que de moi et me rechercher en toutes mes actions, comment puis-je être si susceptible, si jalouse, si difficile supporter de petits défauts dans les autres lorsque j’en suis remplie moi même. Que j’ai honte, ô mon Dieu d’être si éloignée de vous et de vivre d’une manière si peu conforme à vos maximes et à vos exemples. Accordez moi, ô Jésus, par l’intercession de la Ste Vierge Marie si humble et si petite à ses yeux, de ne pas me rechercher en rien, de tout accepter avec humilité et charité, de m’oublier moi-même, de ne jamais parler de moi, de ne pas m’occuper de moi, de ne faire nulle attention à ce que l’on pourra penser ou dire de moi, de mettre en vous mon entière confiance, cherchant à vous plaire en tout et ne m’occupant pas des jugements du monde, faisant taire en moi toutes ces pensées intérieures contraires à la charité et à l’humilité chrétienne c’est la résolution que je prends aujourd’hui à vos pieds, ô mon Divin Maître et mon Modèle, que j’espère observer avec le secours de votre grâce et la protection de la Ste Vierge Marie, ma Mère et mon avocate auprès de vous et je promets obéissance à mon confesseur, ne voyant dans sa conduite à mon égard que des moyens qu’il prend pour me corriger de mes défauts et me faire grandir et pratiquer la vertu.
Je ne veux plus être un enfant qui pleure toujours, mais un véritable disciple de Jésus-Christ.
Lettre n° 395 (391) [29] Mademoiselle Grivet
Rosaire, chemin de la Croix ; Communion tous les jours.
Via dell’orazione e morte 92.
Susceptible, jalouse.
Tout souffrir et ne rien faire souffrir.
Lettre n° 396 (392) [30] Mademoiselle Grivet
Petits conseils.
Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu’ils posséderont les cœurs.
[Aimer les Sœurs] mais sans trop de rapports.
Compter sur Dieu seul, et aimer tout le monde.
Ils ont la parole de Dieu, ils peuvent la pratiquer.
Humilité, humiliation. [Communions] excepté un jour.
Calme, réserve, prudence. Modération dans l’esprit, le cœur et le corps.
Il faut de la sagesse et de la modération en tout.
Nos fautes doivent être pour nous de bonnes instructions.
Pour toutes ces demandes, je m’en rapporte entièrement aux décisions du Père Farissier.
Humilité, obéissance et renoncement à tout.
Je vous bénis. Votre père.
- Ch.
Ne croyez pas à toutes ces louanges mensongères.
Bien accepter la direction de M. l’abbé Farissier.
[Vous pourrez me voir] demain après la Messe.
Calme d’esprit et de cœur.
Vous êtes trop exagérée.
Réserve et prudence. Peu de direction avec vos élèves.
Que Jésus vous bénisse et vous donne le calme de l’esprit et du cœur.
- Ch.
Lettre n° 397 (393) [31] Mademoiselle Grivet
Il n’est pas encore temps de penser à votre vocation. Priez et soyez obéissante à vos parents et Dieu vous donnera les grâces dont vous avez besoin pour plus tard.
Il faut que je relise le cahier avant de vous le donner, pour retrancher ce que le copiste a mis en plus.
Lettre n° 398 (394) [32] Mademoiselle Grivet 1870
Je crois que cet ouvrage est à l’index (histoire du peuple de Dieu par Berruyer).
Lettre n° 399 (395) [33] Mademoiselle Grivet
Je ne veux pas vous écrire, ma chère enfant, parce que vous seriez trop contente, et qu’une lettre dans de pareilles circonstances paraîtrait bien un peu extraordinaire.
Que Jésus vous bénisse.
Lettre n° 400 (396) [34] Mademoiselle Grivet
Vous avez manqué de prudence en disant que vous alliez chez M. Aubin.
Ne manquez ni à la charité ni à la prudence chrétienne et faites en sorte de ne froisser personne.
Dites des choses générales.
Lettre n° 401 (397) [35] Mademoiselle Grivet
Pour lutter contre ces tentations, agissez comme si vous aviez la foi, ne faisant nulle attention aux pensées qui vous arrivent, et dites souvent : Mon Dieu, qui m’avez créée ainsi que tout ce qui existe, ayez pitié de moi.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 402 (398) [36] Mademoiselle Grivet
Je vous permets de renouveler votre vœu jusqu’à Pâques seulement. Soyez toujours bien sage et que Dieu vous bénisse.
- Ch.
A Mademoiselle Tamisier
Lettre n° 403 (399) [1] A Mademoiselle Tamisier [1872]
Ma bien chère Sœur,
Pourquoi vous étonnez-vous de ce qui était tout naturel ? Vous pensiez donc que Mad. de M. allait s’installer chez vous et vous honorer de sa présence dans tout le village d’Ars. C’était une idée très orgueilleuse qui ne pouvait avoir son effet, et vous en auriez fait tout autant.
Ne vous bercez donc pas de tant d’illusion. Restez donc bien petite aux yeux de Dieu et de tout le monde. Un petit grain d’humilité, comme ça vous ferait du bien à l’âme et au cœur.
Ces inquiétudes, ces ennuis, en haut, en bas, qu’est-ce que tout cela sinon de l’orgueil, de l’estime de soi-même. Mettez bas tout cela, et vous serez heureuse et contente. On ne l’est jamais avec ses passions.
La vie chrétienne, la mort à soi-même, voilà ce qu’il vous faut, et avec cela, tout ira mieux. Laissez le monde tranquille, ne vous occupez pas de lui. Pensez à votre salut, à votre perfection, si vous en êtes capable, et puis rien autre chose.
Que Jésus vous bénisse et vous donne un peu d’humilité et de véritable charité.
- Chevrier
Lettre n° 404 (446) [2] A Mademoiselle Tamisier [22 juin 1873]
Chère enfant,
Vous choisissez un moyen gigantesque. Je doute fort que ces Messieurs veuillent prendre une mesure semblable, celle de demander l’adoration perpétuelle dans toutes les églises.
Les œuvres de Dieu commencent plus petitement. La Crèche, le Calvaire, voilà le commencement de toutes les œuvres de Dieu. Ce qui commence autrement ne continue pas ou réussit mal.
Priez, attendez avec patience, adorez vous-même et commencez conformément à vos désirs, il vous sera plus facile de réussir dans la simplicité et l’humilité.
A Dieu, priez pour moi, je prie pour vous A. Chevrier
Lettre n° 405 (447) [3] A Mademoiselle Tamisier [22 septembre 1873]
Vivez dans l’humilité, la pénitence et l’oubli de vous-même et n’entreprenez pas de prendre du monde avec vous. A. Chevrier
Lettre n° 406 (448) [4] A Mademoiselle Tamisier [Prado, 16 octobre 1873]
Mademoiselle,
Vos intentions sont très bonnes. Je prie Notre Seigneur de vous aider à les réaliser.
- Chevrier
Lettre n° 407 (449) [5] A Mademoiselle Tamisier Ce 28 octobre 1873
Mademoiselle,
Vos intentions sont très bonnes et très louables et me paraissent conformes au désir de Notre Seigneur. Je prie donc Jésus notre bon Maître, de vous aider à les réaliser. A. Chevrier
Lettre n° 408 (450) [6] A Mademoiselle Tamisier [1873]
Je prie Dieu qu’il vous bénisse, et qu’il envoie son divin Esprit, afin que par son conseil si pur, vous marchiez dans la voie qui pourra le plus glorifier Notre Seigneur.
Marie-Madeleine aux pieds de Notre Seigneur avait pris la meilleure part.
J’aimerais bien mieux vous voir faire votre oraison auprès du Maître que de courir le monde pour ne rien faire.
Soyez bénie. A. Ch
Lettre n° 409 (451) [7] A Mademoiselle Tamisier [1873]
Aimez Notre Seigneur dans vos croix et vos délaissements.
- Chevrier à Mlle T.
Lettre n° 410 (452) [8] A Mademoiselle Tamisier [Lyon, 16 mars 1874]
J’ai su par Monsieur Bridet que votre affaire du bon Dieu allait bien. Courage et que Notre Seigneur vous aide, et vous donne surtout l’humilité, l’esprit de pénitence et la paix.
- Chevrier
Lettre n° 411 (453) [9] A Mademoiselle Tamisier 1875
Vous direz le Veni Creator tous les jours pour que l’Esprit-Saint décide à votre égard ce qu’il y a de plus avantageux pour votre salut.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 412 (454) [10] A Mademoiselle Tamisier [Juillet 1875]
Quand les choses arrivent d’elles-mêmes, il faut penser qu’elles viennent de la part de Dieu.
Puisque d’un côté on vous chasse et que de l’autre on vous donne un logement, il n’y a pas à hésiter, il faut accepter et venir voir si ce logement peut vous convenir sous d’autres rapports.
Que Dieu vous bénisse
- Chevrier
Lettre n° 413 (455) [11] A Mademoiselle Tamisier 23 mars 1876
Quand Mademoiselle Tamisier verra Monsieur de Cissey, je la prie de vouloir faire auprès de ce bon Monsieur tout ce qu’elle pourra pour obtenir la grâce que ce pauvre père demande pour son fils. Je connais le jeune homme, il est resté longtemps dans notre maison. C’est un jeune homme honnête, gentil, chrétien, et les parents aussi méritent qu’on leur rende ce service.
Je vous serai très reconnaissant et vous payerai ma reconnaissance par une bonne recommandation auprès du bon Dieu pour vous et notre bon Monsieur de Cissey. Que le bon Dieu vous aide, vous fortifie et vous bénisse.
- Chevrier, au Prado
Lettre n° 414 (456) [12] A Mademoiselle Tamisier [1876]
Mademoiselle et chère Sœur,
Voici la mère du jeune homme, elle a l’intention d’aller à Besançon, ayant un permis de son mari, qui est aux chemins de fer. Elle pourrait porter votre lettre et la mienne à Madame de Carmejane et faire sur les lieux ce qu’elle pourra pour son fils. Que Dieu vous bénisse, je prierai à vos intentions.
- Chevrier
Lettre n° 415 (457) [13] A Mademoiselle Tamisier [5 avril 1876]
Mademoiselle et chère Sœur en Notre Seigneur,
Le petit protégé vient d’écrire à ses parents que son major s’occupait de son changement et qu’il fallait trouver à Besançon un colonel ou un officier qui voulût bien l’agréer dans son corps. Il me semble que vous m’avez parlé de Madame de Carmejane comme étant femme d’un officier. Si par son entremise on pouvait obtenir ce qu’il demande l’affaire serait bientôt faite. Veuillez donc avoir la bonté de dire à Monsieur Suchet si cette affaire peut s’arranger ainsi et agréer mes salutation bien sincères en Notre Seigneur.
- Chevrier, au Prado
Voici la lettre du jeune homme.
Lettre n° 416 (458) [14] A Mademoiselle Tamisier [1876]
Ma chère Sœur en Notre Seigneur,
Ne faites pas attention à cette lettre de Madame Jacquemin, elle veut marier son fils à une jeune fille plus grande et plus riche que Marie. C’est pour la détourner des pensées de mariage qu’elle écrit ainsi. Ne vous en occupez pas. Quant à vous, priez et soyez patiente dans vos peines et si on vous reçoit à Lantignié, vous n’y resterez que quelque temps. Courage, confiance, aimez Dieu toujours.
- Chevrier
Lettre n° 417 (459) [15] A Mademoiselle Tamisier 9 décembre 1876
Mademoiselle et chère Sœur,
J’apprends avec peine l’état de votre pauvre nièce, il faut espérer que sa maladie sera pour elle un bien en lui faisant comprendre que pour entrer dans l’état du mariage, il y a de bonnes dispositions à avoir.
Que Dieu l’aide et l’éclaire et lui donne sa grâce. Priez pour elle, consolez ses parents, et il faut espérer que tout tournera à la gloire de Dieu et à son salut.
Priez pour moi et ma petite œuvre. Que Dieu vous bénisse et toute votre famille.
- Chevrier
Lettre n° 418 (460) [16] A Mademoiselle Tamisier
Nous sommes si peu de chose qu’il ne faut pas s’étonner de rien. Votre tout dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 419 (461) [17] A Mademoiselle Tamisier
QUESTIONNAIRE A RENVOYER A MADEMOISELLE E.T.
1° Les Prières du bon père pour notre chère malade, afin que Dieu hâte son retour ici, et préserve son avenir.
– Oui.
2° Prières pour que la volonté de Dieu se manifeste pour le départ de l’Afrique ou pour une permutation ? Que faut-il espérer ?
– Soumission.
3° Prières pour l’union d’une famille très divisée et le support mutuel des caractères difficiles.
– Support mutuel.
4° Puis-je espérer ma guérison du médecin ?
– Soulagement.
5° Ai-je raison de prolonger mon séjour à Tours ?
– Non.
6° Dois-je chercher ici à travailler aux œuvres du St Sacrement ?
– Non.
7° Dois-je en quittant Tours chercher à m’occuper du pèlerinage de Favernay (Besançon) décidé par le congrès de Lille pour être le centre du mouvement Eucharistique de 1877 ?
– Oui.
Les RR. Pères du St Sacrement et autres se sont emparés de cette œuvre, est-ce utile encore que je m’en mêle ? N’est-ce point gâter la chose ?
– Prudence.
- de Cissey me presse pour ne rien faire de mon côté et lui laisser la direction de tout, sous le nom de Réparation nationale. Œuvre qui grandit et va s’établir à peu près partout pour résumer avec le temps toutes les œuvres de prière ?
– Oui.
Lettre n° 420 (462) [18] A Mademoiselle Tamisier
Mademoiselle Tamisier offre ses respectueux et filials hommages au bon Père Chevrier. Elle fait demander :
1° de ses nouvelles
– Mieux.
2° S’il a reçu les papiers officiels pour le retour en France du soldat Jacquemin, protégé du bon Père.
– Remis.
3° Les fêtes d’Avignon se préparent malgré tout. Le Père m’encourage-t-il à y aller ? Je tiens beaucoup à son avis là-dessus.
– Je ne sais.
4° Je demande les prières du bon Père pour toutes mes intentions.
– Oui.
Je le prie d’agréer mon profond respect.
- Tamisier
Courage, que le bon Dieu vous aide et vous donne sa grâce et sa protection. Merci de toutes vos démarches et le reste. Je vous bénis.
- Chevrier
A Mademoiselle de Marguerie
Lettre n° 421 (332) [1] A Mademoiselle de Marguerie [1872]
Bien chère enfant
Je demande à Dieu pour vous qu’il vous donne une grâce si abondante qu’elle puisse vous faire accepter sa sainte volonté en toutes choses et que si la mort est le seul moyen de vous sauver qu’il vous fasse arriver à lui par ce moyen. Que Jésus vous bénisse. Ne négligez pas vos communions. A Dieu.
- Chevrier
Lettre n° 422 (333) [2] A Mademoiselle de Marguerie [1873]
Bien chère enfant
J’ai des désirs que je ne puis pas toujours effectuer, quand je promets j’ai toujours la volonté de tenir et puis mille obstacles arrivent qui m’empêchent d’agir ; ayez un peu plus confiance et Dieu vous viendra en aide.
Je pense souvent à votre misère et prie Dieu de vous soulager.
Courage. Je suis un peu fatigué, j’ai aussi besoin de travailler, demain je monterai à Limonest pour travailler et être dans le silence ; courage, que Dieu vous bénisse et vous aide.
- Chevrier
Lettre n° 423 (334) [3] A Mademoiselle de Marguerie [1873]
Chère enfant et sœur en Notre Seigneur
Voici la personne dont je vous avais parlé à l’église il y a quelques jours. Veuillez l’aider à sortir du triste état dans lequel elle se trouve avec son enfant. Que le bon Dieu vous bénisse et vous aide. A. Chevrier
Lettre n° 424 (335) [4] A Mademoiselle de Marguerie [St Fons, juillet 1873]
Bien chère enfant,
Si vous vous sentez le courage et la force d’aller à Paray, vous ferez bien d’aller visiter cette bonne sainte qui nous a révélé les secrets du Cœur de Notre Seigneur et nous a appris la pratique de l’humilité et de l’obéissance.
Quelques jours de repos à Paray vous donneront des lumières plus grandes de l’amour de Jésus-Christ pour nous et vous feront connaître un peu la pratique de ces vertus si difficiles pour vous et si méritoires cependant quand vous savez en faire quelques petits actes.
Je me recommande aussi à vos bonnes prières. Je ne vous oublie pas dans ma petite solitude où je demande à Notre Seigneur qu’il me donne le courage de persévérer si c’est sa volonté.
Si vous êtes à Paray dimanche prochain, il est peut-être probable que nous nous y trouverons avec mes jeunes gens d’Alix, une personne nous en donnant la facilité.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 425 (336) [5] A Mademoiselle de Marguerie 24 septembre [1873]
Ma bien chère enfant, Il me semble que par reconnaissance vous devriez aller à Lourdes, pour remercier un peu la Ste Vierge et la prier de faire pour votre âme ce qu’elle a fait pour votre corps ; cela vous serait très utile. Je suis votre tout dévoué père qui vous bénit.
- Chevrier
Lettre n° 426 (337) [6] A Mademoiselle de Marguerie [1874]
Bien chère fille en Notre Seigneur
Merci de votre bonne charité. Que le bon Maître vous donne sa grâce, et sa vie spirituelle qui mène vite à la vie éternelle.
Je ferai tout ce que je pourrai pour aller jeudi vous voir et participer à votre réunion si vénérable. Je pense bien que j’aurai l’honneur de vous voir avant jeudi. Votre tout dévoué serviteur et père.
- Chevrier
Lettre n° 427 (338) [7] A Mademoiselle de Marguerie [1874]
Ma chère fille,
Je rentre demain samedi matin au Prado, vous pourrez venir lundi, j’y serai, et pourrez mettre ordre à la conscience s’il y a lieu.
Tout ce qui arrive, ne nous arrive que par la permission de Dieu ou pour nous punir de nos péchés ou pour nous faire pratiquer la vertu.
Mettons donc notre plus grande confiance en Dieu notre Père et sachons le glorifier en tout dans le bien comme dans le mal. Dieu ne fait pas le mal, c’est nous qui le faisons et c’est le mal, c’est-à-dire le péché qui est la cause de tous les maux qui sont dans le monde ; aussi nous n’avons qu’à accepter les conséquences des causes que nous avons posées nous-mêmes.
Soyez bien sage et profitez de votre peu de vie pour bien servir le bon Dieu et l’aimer pour aller au ciel.
Que Notre Seigneur vous bénisse et vous aide dans toutes vos tribulations.
- Chevrier
Lettre n° 428 (339) A Mademoiselle de Marguerie 8 décembre 1874
Je ne vous oublie pas devant le bon Dieu et prie pour que vous fassiez un bon voyage, que vous répandiez la bénédiction de Dieu parmi les vôtres comme la Ste Vierge la répandit dans la maison de Ste Elisabeth.
Faites mentir le proverbe : pierre qui roule ne ramasse pas mousse ; en roulant et voyageant apprenez à connaître le monde, sa petitesse, son néant, sa vanité et sa courte durée et apprenez que partout sur la terre il n’y a que misères, peines et chagrins.
Je prie pour vous et demande à Dieu qu’il vous accorde cette mort spirituelle qui seule rend heureux sur la terre ; et que, si Dieu vous accorde la mort temporelle que vous désirez, ce soit pour aller bientôt vous réunir à Jésus-Christ notre Maître.
Il n’y a qu’une seule chose désirable sur la terre : connaître Notre Seigneur Jésus-Christ, l’aimer et le suivre, le reste n’est rien ; heureux est celui qui le comprend et le met en pratique.
N’oubliez pas vos prières, vos petits exercices d’oraison et de communion ; vous devez avoir besoin de Dieu ne le laissez pas.
Merci de votre bon souvenir et de vos bonnes intentions pour nous.
Que Jésus vous bénisse et votre bonne famille.
- Chevrier
Lettre n° 429 (340) [9] A Mademoiselle de Marguerie [Janvier 1875]
Ma bien chère enfant,
Merci de vos bonnes petites étrennes que le St Enfant Jésus les reçoive et vous les rende au centuple en grâces spirituelles.
Je vous souhaite l’humilité et la charité parfaite.
Je vous souhaite d’être bientôt au ciel, je comprends bien vos souffrances, vos peines, vos ennuis, votre isolement ; je demande à Notre Seigneur qu’il les change en une vie meilleure en vous plaçant près de lui.
Que la terre est pauvre et misérable, nous sommes en pénitence, il faut acheter le ciel par la souffrance. Pensez que vous avez une large part à la souffrance et que par conséquent vous aurez une large part à la récompense.
Je dirai demain la Ste Messe pour vous et vous rendre vos étrennes. En faisant la Ste Communion vous recevrez les richesses de la grâce.
Que Jésus vous bénisse et vous accorde ce que je lui demande pour vous.
- Chevrier
Lettre n° 430 (341) [10] A Mademoiselle de Marguerie [Janvier 1875]
Chère enfant,
Je ne suis pas maître ni de mon temps, ni de ma vie.
Je voudrais pouvoir vous obéir, ce serait pour moi un plaisir, je le sais, bien partagé. Priez Dieu qu’il m’en donne le temps et je serais heureux en allant saluer la Ste Vierge notre Mère, d’aller voir sa fille bien chère.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Je rouvre mon petit billet pour vous souhaiter une bonne année et la sagesse pour être heureuse selon Dieu.
- Chevrier
Lettre n° 431 (342) [11] A Mademoiselle de Marguerie [1875]
Ma bien chère enfant,
Vous m’avez écrit une pas jolie lettre l’autre jour, si j’avais eu le temps je serais bien allé vous voir mais je suis toujours harcelé. J’éprouve de la peine à vous sentir dans ce triste état et désirs continuels de mort, allons, relevez donc cette pauvre âme.
Ne restez pas dans votre petit coin, venez quelquefois je vous donnerai toujours un petit moment. Comme vous êtes malheureuse, je prie pour vous et demande au bon Maître de vous donner plus de courage et que vous fassiez un profit spirituel de toutes vos misères. Je vous bénis.
La semaine prochaine j’irai peut-être à Saint Fons remplacer Monsieur le curé absent. Si je n’y vais pas, j’irai vous voir.
- Chevrier
Lettre n° 432 (343) [12] A Mademoiselle de Marguerie
[Manque une page].. elle ne sait pas ce que contient la lettre mais je la lui recommanderai.
J’ai reçu votre réponse à ma dernière lettre et je l’ai lue avec plaisir, car je craignais que cette dernière circonstance ne vous jetât dans la peine, mais j’ai vu que vous supportiez cette épreuve avec courage, mais j’espère que tout s’arrangera pour la gloire de Dieu et le bien de notre œuvre.
Je me recommande à vos prières et je ne vous oublie pas devant Dieu. Donnez-moi de vos nouvelles.
Votre tout dévoué Père Chevrier.
- Chevrier
Lettre n° 433 [13] A Mademoiselle de Marguerie [Saint-Fons,] 25 juin [1875]
Ma bien chère enfant,
Me voici pour quelque temps dans mon petit ermitage de St Fons. Priez pour que le bon Maître m’aide, m’éclaire, me convertisse et me fortifie, j’ai grandement [besoin] de sa grâce et du don de son Esprit que j’invoque surtout ; offrez à Dieu Notre Seigneur quelques-unes de vos prières et de vos souffrances pour la conversion des pécheurs dont je suis du nombre, pour la Ste Eglise et ses prêtres dont je fais partie ; il est difficile de devenir saint, il faut outre la grâce de Dieu la correspondance à cette grâce qui exige beaucoup d’efforts et demande des âmes fortes et généreuses pour mourir constamment souvent et toujours, je suis effrayé de ma route et de mon peu de correspondance aux grâces de Dieu et du peu de bien que je fais et du mal que je fais ou que je laisse faire.
Priez pour que j’apprenne à aimer Dieu comme il faut afin que j’apprenne aux autres et à vous à l’aimer davantage ; je demande pour vous l’humilité et l’humilité profonde et sincèrement vraie qui s’oublie elle-même, qui se méprise elle-même non seulement dans la pensée mais surtout dans les actes : humble devant Dieu, humble vis-à-vis du prochain et humble au-dedans de soi-même ; que vous serez agréable à Notre Seigneur si vous pratiquez cette belle vertu, c’est cette belle vertu qui vous ayant manqué souvent a été cause de beaucoup de vos peines et tristesses et ennuis dans la vie ; profitez toujours de vos souffrances c’est le trésor du bon Maître, c’est pour vous rendre conforme à lui qu’il vous met sur la croix ; c’est pour faire de vous une pierre qui doit entrer, comme dit St Pierre dans la structure de son édifice spirituel et céleste qu’il vous fait souffrir, laissez-vous donc bien tailler, il y avait tant à ôter dans cette pierre et vous ne vous en doutiez pas, et cependant cela était vrai.
Dans la souffrance vous pratiquez l’humilité, la patience, la charité, la soumission à Dieu et tout cela purifie, nettoie et perfectionne ; courage ! laissez faire le bon ouvrier céleste, il sait bien où il faut taper et il attrape bien juste le morceau à enlever, vous savez bien que certaines pierres ont besoin d’être taillées davantage que les autres, vous êtes une de ces pierres, acceptez et laissez faire.
Je demande pour vous l’humilité, la patience et l’humble acceptation de tout ce que Dieu voudra pour sa gloire et votre salut.
Que Notre Seigneur Jésus vous donne sa paix, sa grâce et sa bénédiction.
Votre tout dévoué et misérable et mauvais père.
- Chevrier
chez M. le curé de St Fons, par Vénissieux
Lettre n° 434 (345) [14] A Mademoiselle de Marguerie 19 juillet [1875]
Chère enfant,
Je crois que les eaux de la grâce valent mieux que les eaux de la terre.
En conséquence, je partirai mardi ou mercredi le plus tard pour St François Régis ; là, je trouverai de bons pères qui m’aideront à me convertir, et l’eau de St Francois Régis fera un meilleur effet que les eaux de la terre.
Priez pour moi qui ne vaux rien et demandez à Dieu que je fasse une bonne retraite.
Votre bien reconnaissant père.
- Chevrier
Lettre n° 435 (346) [15] A Mademoiselle de Marguerie 29 août 1875
Ma bien chère enfant en Jésus-Christ
Que la bénédiction du bon Dieu soit sur vous et sur tous les vôtres, c’est là le premier souhait de mon cœur parce que je sais que vous en avez grandement besoin pour traverser ce temps de la vie si pénible pour vous, et cependant qui serait si méritoire si vous saviez bien en profiter.
Ayons donc bien dans la pensée que la vie est courte, que le temps présent est une épreuve qu’il faut traverser, que tout ce qui nous arrive peut se tourner à bien pour nous et que nos plus petits actes de vertus faits avec foi et amour nous mériteront une grande gloire dans le ciel, oh ! que la foi est belle et combien elle nous console dans nos peines et afflictions ; faites donc tourner du bon côté par la foi et l’amour de Dieu toutes vos tribulations et tous vos maux, vous désirez toujours mourir, mais la mort est une pénitence et elle ne devient un bien que parce qu’elle nous rapproche de Dieu et nous met en possession de Dieu, je voudrais qu’elle fût pour vous ce moyen d’arriver à Dieu plus sûrement comme vous le demandez ; mais il faut pour cela que l’amour de Dieu prévale au-dessus de toutes pensées terrestres et humaines, ce serait alors l’amour parfait, quoique cependant j’estime qu’un acte de soumission à la sainte volonté de Dieu l’emporte encore sur le désir de la mort.
Je demanderai pour vous à Dieu ce que vous me demandez, mais pour moi j’aimerais mieux vous voir vivre pour glorifier Dieu et travailler au salut du prochain que de mourir, parce qu’il y a si peu d’âmes qui travaillent à faire aimer Dieu sur la terre que l’on se trouve heureux d’en trouver pour remplir cette belle tâche ; courage donc, chère enfant, Dieu vous accordera une grâce, car la prière est toujours exaucée en quelque manière.
Si vous rencontrez votre bon frère, M. Evrard, présentez-lui bien mes sentiments de respectueuse affection. Que je prie pour lui.
Et vous, chère enfant, patience et que vous croissiez dans l’amour de Notre Seigneur et le parfait détachement de vous-même.
Je vous donnerai une occupation à votre retour.
Si vous trouvez un peu de sagesse dans votre voyage veuillez m’en apporter une bonne Provision parce que j’en ai grandement besoin pour moi et pour les autres et ne perdez pas la caisse en route.
Prions tous bien pour l’obtenir.
Je vous bénis de nouveau et que votre bon ange vous accompagne pour votre retour.
Votre bien dévoué Père en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 436 (347) [16] A Mademoiselle de Marguerie [Novembre]
Chère enfant du bon Dieu
Mon indisposition n’a été que passagère, occasionnée par l’odeur d’une peinture du Christ qui est derrière l’autel, un peu d’air pur et quelques heures ont suffi pour dissiper le malaise.
Je demande pour vous que vous viviez de cette vie spirituelle de Jésus-Christ qui est la véritable mort et qui nous procure la vie éternelle. Si la mort du corps est nécessaire pour arriver à cette vie, que le bon Dieu vous la donne, je le lui demande de bon cœur.
Que Jésus vous bénisse et vous accorde sa grâce, sa lumière et son amour.
Vivez et mourez pour Dieu.
- Chevrier
Lettre n° 437 (348) [17] A Mademoiselle de Marguerie [Mars 1876]
Ma bien chère fille en Notre Seigneur,
Je vous permets bien volontiers de prendre le café à la place du chocolat puisqu’il vous fait mal mais sans lait avec un peu de pain seulement. Monseigneur ne recevait pas lundi, il était probablement fatigué ; nous n’avons pas été reçu, nous y retournerons une autre fois.
Soyez bien humble, c’est la plus grande grâce que Dieu puisse vous accorder sur cette terre ; c’est par cette vertu que vous serez sauvée, et c’est quand vous aurez cette vertu un peu que vous obtiendrez toutes les grâces.
Je prie toujours pour vous et demande que pour votre plus grand bien vous deveniez humble et charitable pour faire une bonne mort.
Votre tout dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 438 (349) [18] A Mademoiselle de Marguerie [1876]
Ma chère fille en Notre Seigneur,
Permettez-moi de vous adresser une personne qui a besoin de quelqu’un pour l’aider et la soutenir dans la position où elle se trouve, elle est née catholique et s’est fait protestante plus tard, elle se trouve dans le malheur et elle aurait besoin de trouver une bonne place pour gagner sa vie.
En causant avec elle vous verrez qu’elle est franche, ouverte, et qu’en lui rendant quelques services on pourrait peut-être la ramener à Dieu.
Je ne vous ai pas vue depuis quelques jours, comment allez-vous ? Je prie pour vous afin que le bon Dieu vous aide dans vos peines et afflictions. Que le bon Maître vous aide et vous bénisse. Votre tout dévoué.
- Chevrier
Lettre n° 439 (350) [19] A Mademoiselle de Marguerie [1876]
Chère enfant,
Il ne me sera pas possible d’aller à midi à Fourvière, j’éprouverai trop de difficultés pour combiner toutes mes affaires avec cette visite. Si je puis, en revenant j’irai vous voir, mais ne préparez rien parce que ma vie ne dépend pas de moi, mais j’appartiens à Dieu et à mon devoir. Que Dieu vous donne la foi, la confiance, la charité et qu’il bénisse toutes vos souffrances. Votre tout dévoué Père en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 440 (351) [20] A Mademoiselle de Marguerie [Lantigné, juin 1876]
Ma bien chère enfant, Je pense toujours à votre pauvre âme et je demande à Dieu tous les jours pour vous la grâce d’une bonne vie et d’une bonne mort.
Si vous compreniez le prix de vos souffrances vous ne rejetteriez pas tout comme vous faites et vous en feriez un grand profit pour le jour où le bon Dieu vous appellera à lui ; c’est alors, quand vous aurez le grand jour, la grande lumière que vous verrez et comprendrez alors la conduite de Dieu et tous ses desseins sur vous comme sur les autres créatures, Dieu est infiniment juste et bon et tout ce qui arrive ne nous vient que pour notre plus grand bien et doit tourner à notre bonheur.
Je suis très heureux de penser que vous voyez de temps en temps ce bon Père Wamy, j’aime bien ses lettres qu’il vous a écrites ; c’est une âme bien élevée et bien près de Dieu. Voyez comme il a souffert lui, et comme il est courageux dans sa vie, il vous apprendra à faire ce qu’il a fait lui-même et vous mettra dans la bonne voie.
Vous me dites que je ne crois pas à votre persévérance. Oh ! si j’y crois et je suis persuadé que si vous employez les moyens que Dieu nous donne la prière, la Sainte Communion, vous persévérerez avec le soutien que le bon Dieu vous a donné ; courage donc, et vous verrez que vous marcherez encore bien et que vous verrez bientôt le bon Dieu au ciel.
Vous me demandez si je trouve la sagesse ; quand on a Jésus-Christ on a bien la sagesse, et celui qui connaît Jésus-Christ, il connaît la sagesse. Je l’ai trouvée un peu dans l’étude des paroles de Notre Seigneur mais elle est si belle, si haute, si sublime, qu’il faut se contenter de la regarder sans pouvoir la mettre entièrement en pratique ; mettre en pratique la sagesse comme Jésus Christ nous la donne dans ses paroles divines qui sont tombées de sa bouche et que les apôtres ont recueillies pour nous les transmettre, ce serait vivre comme les anges, ce serait un royaume tout céleste sur la terre ; et penser cependant qu’il n’y a presque personne qui atteigne ce but si beau, si sublime, que c’est dommage ! Je vois la sagesse, un peu, et je voudrais la posséder et la pratiquer, mais il faut du courage, de l’énergie et un grand amour, il faudrait avoir des ailes bien fortes pour voler si haut et ne pas se lasser.
La sagesse est dans le dépouillement de tout soi-même, de toute créature et de toutes choses terrestres ; quand on a acquis ce dépouillement complet, alors on peut s’élever avec Jésus-Christ dans les régions supérieures de son amour ; alors on n’a rien de soi, rien de terrestre, rien ne vous attriste, rien ne vous abat, rien ne vous trouble parce que tout ce qui est terrestre est anéanti et que l’on vit avec Jésus-Christ ; et alors on le suit partout, dans toutes les régions supérieures de la charité, du zèle, de la souffrance et de la mort.
Que c’est beau un homme, un prêtre qui a pris ce chemin, et quand il le poursuit avec Jésus-Christ comme il peut faire des choses et comme il est grand au milieu de ce petit monde si petit, si pauvre, si vilain ; St Paul avait bien la sagesse, lui. Que ses lettres sont belles et qu’elles en sont pleines à chaque mot.
Demandez bien toujours pour moi la sagesse car j’en ai si grand besoin, non seulement que je la voie mais que je la pratique, c’est là le difficile.
A Dieu, chère enfant, que le bon Maître vous donne un peu de sagesse, et qu’au milieu de votre famille vous grandissiez quand même dans la sagesse et que vous communiquiez le peu que vous avez à ceux qui vous entourent.
Mes respects à votre bon frère Evrard.
Tout à vous en Jésus-Christ
- Chevrier
chez M. Chanuet, Lantigné, près Beaujeu
Lettre n° 441 (352) [21] A Mademoiselle de Marguerie Limonest, juillet 1876
Ma bien chère enfant,
Je viens un peu tard vous souhaiter une bonne fête, si je ne l’ai pas encore fait par écrit, je l’ai fait de cœur devant le bon Dieu ; que St Camille ce grand saint qui aimait tant les agonisants et les conduisait au ciel par ses prières et ses consolations, vous obtienne les mêmes grâces à vous et que par son intercession vous fassiez une bonne et sainte mort et que vous vous y prépariez par une sainte vie d’abandon entre les mains de la divine Providence.
Je vais un peu mieux, je commence à manger un peu de poisson et de la viande blanche ; le médecin veut que j’aille à Vichy pour me remettre l’estomac et me débarrasser d’un reste de jaunisse que j’ai encore, je partirai donc la semaine prochaine, lundi ou mardi, 24 ou 25 juillet et j’y resterai une quinzaine de jours.
Je profite de la permission que vous me donnez de puiser dans votre bourse pour m’aider à faire mon voyage ; déjà quelques personnes m’ont envoyé quelque chose et avec 100 francs que je vous prends sans restitution, j’aurai de quoi fournir à mes dépenses particulières ; merci de votre charité.
Priez pour moi afin que je me sanctifie dans ces lieux profanes où je ne vais qu’à regret, car ces remèdes sont les remèdes du grand monde et j’ai toujours été dans le petit.
Je pense que votre âme ne défaille pas, et qu’auprès du bon Père Wamy vous trouverez force et courage.
Après mon arrivée à Vichy je vous donnerai mon adresse, afin que je puisse recevoir de vos nouvelles et vous donner des miennes.
Veuillez prier pour moi.
- Chevrier
Lettre n° 442 (353) [22] A Mademoiselle de Marguerie [Limonest,le 16 septembre [1876]
Ma bien chère enfant,
Merci de l’intérêt que vous portez à ma pauvre personne.
Je vais mieux, je pense que je reprendrai le dessus, non pas pour continuer le travail d’autrefois, mais pour en faire au moins une partie.
Je suis à Limonest depuis une dizaine de jours et le repos et le bon air ont fortifié mon estomac qui digère un peu mieux les aliments ; que Dieu soit béni en tout, c’est la prière que je fais habituellement : Mon Dieu si je suis encore utile à votre œuvre, gardez-moi, sinon prenez-moi.
Donnez-moi aussi de vos nouvelles, retrempez-vous bien et faites provision de grâces dans votre solitude pour pouvoir être sage à Lyon, que les leçons et les bonnes paroles du Père Wamy soient bien la règle de votre conduite et la nourriture de votre cœur. Profitons de notre vie pour aimer Jésus-Christ notre Sauveur et notre Maître et que par lui nous puissions jouir de Dieu dans le ciel, nous arriverons bientôt au bout de la vie et c’est alors que nous comprendrons bien le prix de la vie et de nos actions.
Je prie toujours pour vous et ce matin j’ai dit la Ste Messe pour vous comme c’est toujours convenu.
J’ai fait écrire à Rome par M. Boulachon pour savoir où il faudrait placer nos jeunes diacres et je n’ai pas encore reçu de réponse.
La semaine prochaine je me propose d’aller voir M. de Serres et Monseigneur pour parler de cette affaire-là et savoir définitivement à quoi nous devons nous en tenir. Nos jeunes gens paraissent toujours bien disposés, mais l’air de Rome leur fera plus de bien que l’air de Lyon ; et, en partant si Monseigneur le permet, ils deviendront plus à nous et reviendront entièrement à nous.
Priez le bon Dieu pour nous afin que, si telle est la volonté du Grand Maître, tout s’arrange selon son bon désir et sa sainte volonté, car nos pensées ne sont pas toujours conformes aux siennes ; si je réussis en quelque chose, je vous le ferai savoir.
A Dieu, chère enfant. Que le bon Dieu vous garde, vous soutienne, vous aide dans vos tribulations et vous donne sa paix.
Mes salutations bien respectueuses à votre bonne famille, c’est-à-dire à votre frère M. Evrard et à ceux qui peuvent nous connaître.
Je vous salue dans le cœur de notre Maître et vous donne sa bénédiction.
- Chevrier
Je rentrerai au Prado samedi prochain 23 septembre.
Lettre n° 443 (354) [23] A Mademoiselle de Marguerie 3 octobre 1876
Ma bien chère enfant
Bonne nouvelle ! je viens d’obtenir de Monseigneur l’Archevêque la permission d’envoyer à Rome mes enfants du grand Séminaire, vous pensez comme ils sont heureux.
Nous attendons un prêtre de Rome, un prêtre sulpicien qui nous donnera quelques renseignements sur ce qu’il faudra faire pour nous organiser et trouver un logement ou un Séminaire.
Je remercie le bon Dieu de cette grâce car je regarde cette chose comme une grande faveur pour notre œuvre ; ils sont les nôtres désormais, Monseigneur nous les donne par le fait, et eux contractent envers nous des obligations encore plus étroites et plus sérieuses.
Je pense y aller moi-même deux ou trois mois avant leur ordination pour les former et les instruire ; ce sera pour nous un moyen d’asseoir notre œuvre et d’obtenir de Rome les petites approbations qui nous sont nécessaires.
Je compte bien sur vous pour m’aider dans cette grosse affaire, sur votre personne et sur votre dévouement ; quand vous reviendrez, il y aura quelque chose de déterminé pour le mode de logement à Rome et nous aviserons aux moyens de tout arranger pour le mieux.
Ma santé va mieux quoique je ne puisse pas encore prêcher ni confesser, je me ménage un peu et par force.
Donnez-moi de vos nouvelles et croyez aux sentiments dévoués et paternels de votre Père en Jésus-Christ.
- Chevrier
Lettre n° 444 (355) [24] A Mademoiselle de Marguerie [Lyon, vers le 15 octobre 1876]
Bien chère enfant,
J’accepte avec plaisir et reconnaissance les offres de service que vous me faites pour mes enfants de Rome.
C’est Monsieur Jaricot qui va les accompagner ; il partira mardi prochain après-demain avec M. l’abbé Duret pour chercher un logement, ou voir si ceux qu’on nous a proposés répondent au but que nous nous proposons.
Vivre en religieux, commencer un noviciat avec eux pour les œuvres du Prado, c’est là notre but. Et ensuite les trois autres abbés partiront huit jours après afin de s’y établir pour la Toussaint.
- Jaricot s’absentant de Limonest pour longtemps nous avons rapporté vos affaires au Prado, et à votre retour à Lyon vous déciderez sur ce qu’il faudra en faire.
Je partirai moi aussi pour Rome dans le courant de janvier pour être avec eux et leur dire tout ce que j’ai à leur dire jusqu’à leur ordination qui aura lieu fin mai.
A votre retour à Lyon nous aviserons aux autres choses. Je vous remercie d’avance de tout ce que vous ferez pour nous et nos enfants. Et suis toujours votre bien dévoué et reconnaissant Prêtre et Père.
- Chevrier
Lettre n° 445 (356) [25] A Mademoiselle de Marguerie [Lyon, fin octobre 1876]
Bien chère enfant
Je ne puis vous dire quel sera l’arrangement que nous pourrons prendre à Rome. Monsieur Jaricot et Monsieur Duret sont partis avant-hier pour chercher un logement et voir comment ils pourront s’arranger. Tout ce que je puis dire, c’est qu’en allant à Rome vous pourrez nous rendre service pour le linge et la cuisine en nous envoyant de temps en temps quelque chose et aussi pour les écritures, mais que votre vie sera entièrement séparée de la nôtre, que nos rapports ne seront que nécessaires ; mais ce ne sera bien que sur les lieux que les choses pourront s’arranger.
Dès que je recevrai quelque nouvelle de Rome, je vous le dirai.
Ayez confiance en Dieu qui n’abandonne pas ses enfants et persévérez dans la prière et le travail du Bon Dieu.
Je suis dans le cœur de Jésus votre tout dévoué Père et Prêtre.
- Chevrier
Lettre n° 446 [26] A Mademoiselle de Marguerie Limonest, 9 février 1877
Ma bien chère fille en Notre Seigneur
Je suis bien en retard pour vous écrire et pour vous répondre à toutes vos lettres, et sachant votre bonté à notre égard, cela a dû vous être bien pénible.
Je vous remercie d’abord de vos bons souvenirs de bonne année et fête ; j’accepte avec reconnaissance tous les bons sentiments qui viennent votre bon cœur, et je prie Dieu qu’il les bénisse, ainsi que ceux que je forme pour vous ; je continue à dire tous les samedis la Ste Messe pour vous selon vos intentions, et je demande pour vous la sagesse et la grâce de bien profiter de tout pour votre salut.
Monseigneur est de retour de Rome depuis une dizaine de jours, je n’ai pu le voir encore, il était absent quand je suis allé lui faire une visite ; mais nos jeunes diacres l’ont vu plusieurs fois à Rome et ils ont obtenu de sa Grandeur que j’aille à Rome quand je pourrai ; je voulais voir Monseigneur pour m’assurer de cette permission et m’entendre avec lui pour déterminer mon départ qui je pense sera le mois prochain s’il n’y a pas d’autres entraves ; ils m’attendent avec impatience, et sont désireux de m’avoir auprès d’eux pour achever leur instruction non pas théologique mais religieuse pour le Prado, et je le désire aussi moi-même bien vivement ; j’espère donc pouvoir accomplir mes intentions et voir se réaliser mes espérances, puisque le bon Dieu m’accorde ce que j’avais demandé.
Je me suis retiré à Limonest pour travailler et prier afin de pouvoir leur parler avec l’Evangile. Je sens toute l’importance de cette affaire et je sens combien j’ai besoin de la grâce de Dieu et de sa lumière pour arriver à quelque chose de solide, de vrai et de durable.
Je sais qu’il n’y a que l’autorité de Notre Seigneur qui peut donner de la force et de l’appui auprès d’eux et qu’il faut que je me nourrisse de sa vie, de ses paroles pour pouvoir parler en son nom, c’est bien difficile. Je me recommande donc bien à vos prières pour obtenir quelque résultat.
J’accepte volontiers votre offre si bienveillante.
Je ne sais pas encore quand je partirai. Quand j’aurai fixé mon départ je vous l’écrirai ; seulement vous tâcherez de partir avant ou après afin que la sagesse et la prudence soient gardées en toute chose.
Priez pour moi qui ne vous oublie pas auprès du bon Dieu et suis votre tout dévoué en Notre Seigneur.
Que Notre Seigneur vous bénisse vous et votre famille.
- Chevrier
Lettre n° 447 (358) [27] A Mademoiselle de Marguerie [Février 1877]
Ma chère fille en Notre Seigneur
Je tâcherai d’aller vous voir avec Monsieur Jaricot, samedi, vers les midi.
Veuillez me préparer un petit potage et nous causerons un instant des affaires qui nous intéressent.
Que le bon Maître vous bénisse et exauce vos prières. Votre Père.
- Chevrier
Lettre n° 448 (359) [28] A Mademoiselle de Marguerie Rome, 29 mars 1877
Ma bien chère fille en Notre Seigneur
Je suis arrivé à Rome le jour de St Joseph, 19 mars, il y a 10 jours ; je me suis arrêté à Marseille 2 jours pour faire passer un gros rhume et les fatigues de Lyon ; le séjour de Rome ne me sera pas nuisible pour la santé, je sens que, depuis ces dix jours, le corps reprend un peu son assiette, je tousse moins que les premiers jours, et le beau temps fera disparaître probablement un peu ces indispositions journalières que j’éprouvais au Prado.
Puisse le bon Dieu m’aider, non pas tant à établir ma santé, mais à établir notre œuvre et à la rendre stable par le travail que j’aurai à faire ici pour nos jeunes diacres ; j’ai bien besoin de prières, veuillez ne pas m’oublier.
Nous nous occupons de vous chercher un logement dans la même maison, à côté de nous il y aura dans 15 jours un logement de trois pièces à louer, occupé actuellement par deux dames et un monsieur, mais il est de 150 francs par mois. Nous pensons en trouver un bien meilleur marché, tout près, dans une maison de Ste Brigitte, à trente pas de nous ; le Père Brigittain doit nous rendre raison dans deux ou trois jours, parce qu’il est occupé.
Si vous voulez donc venir m’aider un peu par votre petit travail et par vos prières, je vous en serai bien reconnaissant.
Nous sommes très bien où nous sommes : bon marché et une brave femme qui est vraiment une mère pour nous est tout à fait aux petits soins pour nous tous et pour moi surtout.
Veuillez donc me répondre et me dire si vous êtes toujours dans l’intention de venir nous aider un peu.
Je prie pour vous afin que le bon Dieu vous aide et vous donne le courage de supporter vos misères.
A Dieu, à bientôt, et suis toujours votre tout dévoué père en Notre Seigneur.
- Chevrier
Via d’ell orazione e morte 92, Roma, Italia
Lettre n° 449 (360) [29] A Mademoiselle de Marguerie [Rome,] 10 avril 1877]
Bien chère fille en Notre Seigneur,
L’appartement que nous avons à côté de nous ne sera libre qu’à la fin du mois ; il est occupé par deux dames qui attendent leur neveu prochainement avec lequel elles doivent repartir ; il est composé de trois pièces, tout meublé, de 150 francs par mois.
Un autre, composé de 5 pièces dans la maison voisine est plus cher. Il est assez difficile de trouver comme il faut et à la portée ; si vous voulez que nous retenions le voisin, veuillez nous le dire.
J’ai été bien aise d’apprendre que Monsieur votre frère s’était décidé à venir à Rome ; je désire que ce voyage lui soit utile et qu’il en profite pour chasser la tristesse de son esprit ; et vous aussi, chère enfant, que le bon Maître vous aide et vous soutienne par sa grâce.
Ma santé va mieux, ici j’ai moins de tracas et de travail ; ma vie est plus régulière, je sens que mes forces reviennent un peu quoique lentement. Quant à mes jeunes gens, je suis assez content d’eux ; deux surtout entrent beaucoup mieux dans les idées de pauvreté et de détachement.
Veuillez prier pour eux et pour moi, je suis si pauvre en tout et j’ai toujours bien honte de moi, et je ne sais pourquoi le bon Dieu m’a mis à la tête d’une si grande affaire.
Priez pour que je ne gâte rien et que je ne sois pas moi-même le plus grand obstacle.
Quand je saurai quelque chose de définitif pour votre appartement, je vous l’écrirai
Veuillez agréer mes salutations toutes paternelles et affectueuses dans le cœur de Jésus-Christ notre Maître.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 450 (361) [30] A Mademoiselle de Marguerie [Rome,] 28 avril 1877]
Ma bien chère fille en Notre Seigneur
Nos voisins ne se disposent pas à partir encore de sitôt, leur neveu vient d’arriver et il est probable qu’ils ne quitteront Rome qu’après le pèlerinage de Lyon, parce qu’ils sont eux-mêmes de Lyon.
Venez donc dès que vous voudrez ou pourrez, vous pourrez loger à l’hôtel de la Minerve ou à l’hôtel des pèlerins Français pour quelques jours jusqu’à ce que nous ayons pu trouver un logement ensemble qui pourra vous convenir ; vous serez vous-même sur les lieux et vous pourrez mieux arrêter ce qui pourra vous convenir.
Si vous pouviez amener Monsieur Jaricot j’en serais bien content, mais ne dites pas à M. Richoud que je le demande parce que je ne crois pas que ce serait un motif pour le laisser venir, au contraire, parce qu’il ne nous a pas vus partir avec plaisir. Si vous pouvez l’amener j’en serais bien content parce qu’avec lui je m’entends bien pour les choses spirituelles.
Vous dites bien vrai quand vous dites que si la chose réussit, ce sera bien une preuve que ce sera l’œuvre de Dieu ; j’en suis étonné moi-même et je sens si bien ma faiblesse et mon incapacité que ce sera un miracle du bon Dieu.
Veuillez donc prier pour moi et venez dès que vous pourrez.
Veuillez m’écrire votre départ et votre arrivée afin que nous puissions aller au-devant de vous.
Priez pour moi, je ne vous oublie pas auprès de Dieu.
Votre tout dévoué.
Mes respects à Monsieur Evrard et dites-lui que je serai bien heureux de le voir à Rome.
- Chevrier
Lettre n° 451 (362) [31] A Mademoiselle de Marguerie [1878]
Bien chère fille en Notre Seigneur
Vous êtes toujours dans la peine et l’affliction, je voudrais bien pouvoir vous délivrer de vos maux, je fais bien ce que je puis ; il faut attendre le moment de la Providence et de sa grâce, il faut considérer aussi que les maux sur la terre nous sont quelquefois plus utiles que les biens, surtout quand on a la foi, puisque c’est par la croix que Dieu veut nous sanctifier ; et vous surtout, Dieu n’a pas d’autres moyens de vous sanctifier que par la souffrance et le néant de vous-même, le bon Dieu s’étudie à briser votre orgueil et votre esprit afin que vous compreniez bien que vous n’êtes rien et que vous ne pouvez rien ; Dieu est bon dans tout ce qu’il fait et nous comprendrons plus tard sa miséricorde et sa justice sur nous et nous l’adorerons et le remercierons de sa conduite inexplicable pour nous dans le moment.
Ne quittez pas la prière et la Sainte Communion, méditez souvent la parole de Notre Seigneur chaque jour et en nourrissant ainsi votre âme de la parole du Maître vous comprendrez beaucoup de choses et vous serez plus forte et plus juste dans vos peines et afflictions.
Je prie pour vous afin que vous puissiez mettre en pratique ces choses et bien les comprendre au pied de la Croix et demande bien souvent à Dieu votre conversion et votre sanctification, tout en demandant votre mort spirituelle à vous-même et corporelle.
Ma santé va mieux, je me sens plus de force. J’ai toujours des précautions à prendre pour ma nourriture, mais j’espère pouvoir travailler un peu pendant quelque temps, surtout au spirituel de ma maison.
Merci de votre bon souvenir et de toutes vos bonnes intentions pour nous ; je prie Dieu pour qu’elles se réalisent.
Veuillez prier pour moi, je ne vous oublie pas auprès de Notre Seigneur et vous bénis de tout mon cœur.
- Chevrier
Je pense rentrer les premiers jours de la semaine prochaine.
A Mademoiselle Roche
Lettre n° 452 (463) Mademoiselle Roche, A Boën [Mai 1873]
Mademoiselle et chère Sœur en Notre Seigneur Jésus Christ,
Sur la demande de Mlle Mathilde, votre bonne petite sœur de Lyon, je vous écris ce petit mot qu’elle doit mettre dans sa lettre.
Réveillez-vous de l’assoupissement dans lequel vous vivez depuis longtemps et travaillez avec ardeur à votre sanctification par la prière et l’accomplissement exact de la loi de Dieu. Vous savez que nous n’avons qu’une seule chose à faire sur la terre : notre salut et qu’il faut sacrifier tout le reste. Que le chemin qui conduit à la vie est étroit et qu’il faut faire des efforts pour y entrer.
Agissez donc avec courage, priez tous les jours un peu ; récitez votre rosaire chaque semaine exactement, vous y trouverez la force et la grâce pour accomplir vos devoirs et la fidélité à vos promesses.
Nous prierons Dieu pour vous.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
A Madame Mathieu
Lettre n° 453 (427) [1] A Notre Sœur Madeleine De Jésus, Veuve Mathieu [1873]
Madame et chère Sœur en Notre Seigneur,
Je réponds à votre bonne lettre en quelques mots.
Pour ce qui regarde votre vie, laissez-la entièrement entre les mains de Dieu qui est maître de nous l’ôter ou de nous la conserver, ne désirons pas vivre pour faire le bien plus tard parce que nous n’en ferons pas plus plus tard qu’auparavant, c’est souvent une illusion de l’esprit et la ste soumission est un acte plus parfait.
Quant à Marie, il est permis de vous réjouir de ses bonnes qualités tout en priant bien Dieu qu’il lui donne la persévérance ; son petit catéchisme est l’œuvre de Dieu, qu’elle y persévère car c’est une grande grâce du bon Dieu et un grand don de sa miséricorde que de pouvoir enseigner les autres ; ces enfants, plus tard, recueilleront les fruits de ce qu’elle aura semé dans ces jeunes cœurs et si plus tard elle pouvait nous aider elle serait déjà au courant de sa petite besogne.
Quant à votre père, c’est une grande croix, mais il faut encore la supporter avec courage ; Notre Seigneur a supporté ses apôtres qui étaient si éloignés de son esprit et même Judas. Ceux que nous ne pouvons pas sauver malgré nos efforts, il faut les abandonner à la miséricorde du bon Dieu, nous savons que Dieu est juste et bon, cela suffit pour nous, ne nous inquiétons pas davantage du reste.
Quant au Tiers-Ordre, ne refusez pas la grâce du bon Dieu ; en faisant profession vous vous donnez plus amplement à Dieu, vous prenez la pauvreté et la souffrance pour votre partage comme Notre Seigneur et nous devons être heureux de pouvoir ressembler plus parfaitement à Jésus-Christ ; courage, préparez-vous donc bien à cet acte de donation et de conformité à Jésus-Christ votre Maître.
Quant à M. Dutel, persévérez dans votre choix ; un prêtre à qui vous seriez trop attachée vous serait peut-être moins utile que lui. Il y a des croix partout, en tout, dans le spirituel comme dans le temporel, elle est semée partout ; sachons la cueillir comme il faut et en faire un fruit de salut.
A Dieu, chère enfant, que Dieu soit avec vous, qu’il vous protège, qu’il vous donne sa paix et la persévérance jusqu’à ce que nous puissions le voir au ciel.
Priez pour moi.
- Chevrier
Lettre n° 454 (428) [2] A Notre Sœur Madeleine De Jésus, Veuve Mathieu 10 juin [1876]
Ma bien chère Sœur en Notre Seigneur,
Je crois que le bon Dieu veut que vous laissiez revenir Alexis chez vous, la vie de soldat ne rend pas chrétien et sage.
Il faut donc le reprendre, le placer, le marier ensuite en lui cherchant une personne sage et chrétienne et vous la trouverez, et une fois casé, marié, cet enfant vous donnera autant de consolations que les autres, parce qu’au fond il n’est pas mauvais et il sera content et vous aussi.
Voilà donc ce que vous aurez à faire pour ce dernier enfant, il faut aussi que vous fassiez pour lui tout ce que vous pourrez pour le rendre sage et le mettre dans la bonne voie.
Courage, travaillez jusqu’au bout à bien remplir vos devoirs de mère chrétienne.
Ne vous ennuyez pas dans votre petite solitude, servez le bon Dieu avec joie et amour, soyez fidèle à vos exercices de piété, à vos communions toutes les fois que vous le pouvez et tout ira bien pour vous parce que vous êtes l’enfant gâtée du bon Dieu sur cette terre et bien plus encore dans l’autre vie.
Salut à la bonne maman et que la bénédiction de Dieu soit sur vous et sur tous vos enfants.
Priez pour le pauvre prêtre de Jésus-Christ.
- Chevrier
Lettre n° 455 (429) [3] A Notre Sœur Madeleine De Jesus, Veuve Mathieu 13 octobre 1878
MADAME VEUVE MATHIEU, RUE DES ASPERGES 60, A LYON, GUILLOTIERE
Vous avez votre croix à porter, vous avez votre famille, vos enfants à soigner, à conduire, c’est votre devoir et le devoir passe avant tout ; il faut mourir sur sa croix comme Notre Seigneur, la porter toute sa vie, s’y laisser clouer et y mourir, et en faisant cela nous faisons la volonté de Dieu et nous sommes dans le chemin du ciel.
Courage, chère enfant du bon Dieu, le bon Dieu vous aime malgré vos misères et vos faiblesses et les grâces nombreuses qu’il vous a faites sont une preuve de son amour pour vous ; courage et persévérance, vous serez un jour au ciel avec tous vos enfants.
Je prie pour vous et vous bénis.
Votre tout dévoué serviteur en Jésus-Christ.
- Chevrier
A Mademoiselle Fournet
Lettre n° 456 (464) [1] Mademoiselle Estelle Fournet [1874]
Ma bonne petite Sœur,
C’est une grande grâce du bon Dieu que vous puissiez toujours remplir vos devoirs religieux au milieu des oppositions continuelles que vous rencontrez dans votre famille ; persévérez, chère enfant, le bon Dieu vous continuera sa grâce.
Ayez toujours la bonne volonté et méprisez ces tentations continuelles qui vous assaillent.
Respectez vos parents, malgré leurs torts envers vous et priez pour eux.
Votre vertu se fortifiera plus dans ces combats continuels que vous avez à endurer que si vous n’eussiez rien à supporter ; ainsi donc, persévérance, vous êtes plus agréable à Dieu dans cette position que dans toute autre.
Ne négligez pas de faire chaque jour un quart d’heure de méditation sur Jésus-Christ : sa vie et sa mort.
Votre rosaire, chaque jour une partie et la communion de temps en temps quand vous pourrez et je prie pour vous afin que vous persévériez et que vous entriez dans une voie plus facile pour votre salut.
Je vous bénis.
- Chevrier
Lettre n° 457 (465) [2] Mademoiselle Estelle Fournet
Chère enfant,
Que ces exemples vous servent à bien vivre afin que, quand vous vous trouverez à ce moment terrible, la foi et l’amour du bon Dieu puissent agir en vous.
La mort des saints est belle, j’en ai vu mourir quelques-uns.
Priez pour votre tante, je prie pour vous.
- C.
A Madame Guillet
Lettre n° 458 (466) A Madame Guillet 23 août [1876]
Chère Sœur en Notre Seigneur,
Il faut toujours garder la charité dans tous ses rapports avec ses parents et son prochain ; c’est un peu trop tard maintenant pour changer de local, vous ne pourriez le faire sans vous attirer beaucoup de blâme, il aurait fallu le faire dès le commencement.
Vous n’avez qu’à prendre patience, à supporter vos parents et ne sortir de là que lorsque vous pourrez le faire sans blesser la charité et les convenances.
Que Dieu vous aide à bien porter votre croix et vous bénisse.
- Chevrier
A Sœur Marie de Saint Raphaël
Lettre n° 459 (468) A Sœur Marie de Saint Raphaël 14 janvier 1878
A SŒUR MARIE DE SAINT RAPHAEL, RELIGIEUSE DE NOTRE DAME DE CHARITE
Ma chère Sœur en Notre Seigneur,
Il me semble que vous vous occupez beaucoup trop de vous-même, et que vous ne pensez pas assez à Notre Seigneur notre divin Maître. Vous ne trouverez que des misères en vous, et plus vous y penserez, plus vous serez malheureuse. Levez un peu les yeux en haut, regardez Notre Seigneur, étudiez sa divine parole, ses divins exemples ; remplissez-vous de lui ; nourrissez-vous de lui, et vous verrez que tous ces fantômes disparaîtront. Que Jésus-Christ soit donc votre vie, chère Sœur, que Jésus-Christ soit votre amour. Voyez dans vos enfants des créatures rachetées par Notre Seigneur et salies par le péché et faites pour elles ce que Notre Seigneur ferait lui-même ; aimez-les comme Jésus-Christ les a aimées et vous trouverez dans l’amour de Notre Seigneur le secret pour leur être utile et leur faire du bien.
Vous êtes une bonne âme du bon Dieu, Notre Seigneur vous a bien aimée et je vois, par votre lettre, qu’il vous aime toujours beaucoup ; seulement répondez à son amour, non pas en allant dans un coin, comme vous dites, mais en vous répandant, comme la lumière et la chaleur se répandent sur les créatures pour les bonifier. Oh ! que Jésus vous remplisse de sa charité et que vous sachiez la puiser dans l’oraison et la Ste Eucharistie. Accomplissez bien votre emploi, c’est le plus beau que Notre Seigneur puisse vous confier, c’est un grand honneur de participer à sa divine mission qui est d’instruire et de guérir, estimez-vous heureuse et ne pensez jamais à quitter votre poste.
Ouvrez à votre Supérieure pour recevoir d’elle les conseils qu’elle peut vous donner, ne vous découragez pas, c’est le démon qui vous tente.
Je ne peux vous dire qu’une chose, c’est que Dieu vous aime et quand Dieu nous aime, il faut être heureux, et marcher avec courage et persévérance.
Priez pour moi qui suis bien pauvre en amour de Dieu et qui en ai tant besoin pour le donner à tous ceux qui m’entourent.
Que Jésus vous bénisse et vous donne sa paix.
- Chevrier
Aum… du Prado
A Madame Balmon Ferrière
Lettre n° 460 (469) [1] A Madame Balmon Ferrière 24 mars 1878
Ma bonne Dame,
Vous êtes bien dans l’ennui et l’embarras ; il n’y a qu’un coup de la Providence qui pourra vous en sortir. Il faut prier et demander un secours puissant au bon Dieu. Courage. Nous demanderons à Dieu pour [vous] ce secours et s’il daigne nous exaucer nous nous en réjouirons ensemble. Que le bon Maître vous bénisse, vous et vos enfants. Je vous recommande à Dieu et vous bénis de tout mon cœur. Votre serviteur et prêtre.
- Chevrier
Lettre n° 461 (470) [2] A Madame Balmon Ferrière 11 août 1878
Madame et chère Sœur en Notre Seigneur,
Je serai à Lyon après l’Assomption et pourrai vous recevoir le samedi ou le dimanche qui suivront cette fête.
Veuillez agréer mes salutations bien sincères en Notre Seigneur Jésus-Christ.
- Chevrier
A Mademoiselle Chambard
Lettre n° 462 (471) [1] A Mademoiselle Chambard 27 mai 1878
MADEMOISELLE PHILIBERTE CHAMBARD, A L’ETABLISSEMENT DE JUJURIEUX, AIN
Ma chère enfant,
Que le bon Dieu bénisse toutes vos bonnes actions et les actes de charité que vous faites pour notre œuvre du Prado.
Les envois de fleurs et d’autres choses que vous nous faites de temps en temps nous font toujours plaisir, et nous les recevons avec reconnaissance et vous serviront pour augmenter vos mérites pour le ciel.
Ne négligez pas, chère enfant, les petites pratiques du Tiers-Ordre, telles que l’office, l’oraison et la Sainte communion, elles vous aideront à vivre saintement et à supporter les petites misères de la vie ; partout il y a des peines et des tribulations, et c’est pour ceux qui savent bien souffrir que Notre Seigneur a dit : Bienheureux ceux qui souffrent parce que ceux qui savent bien souffrir avec foi, humilité et résignation, obtiendront une grande récompense, faites votre chemin de croix en travaillant, et soyez bonne et douce avec tout le monde, ne vous fâchez jamais, ne répondez mal à personne, supportez les petits reproches que l’on peut vous faire avec humilité, croyant bien que vous avez quelques torts à vous reprocher, et en mettant tout au pied de la croix, vous gagnerez beaucoup de mérites devant Dieu.
Nous avons reçu du Tiers-Ordre Mlle Claudine et lui avons donné le nom de Sœur Joseph, nous sommes bien content d’elle, elle est bien dévouée et bien charitable ; Mlle Demiaz est à la maison depuis quelques jours, ne savons pas encore si elle pourra être reçue, c’est encore bien tôt, elle aura bien besoin de faire des efforts sur elle-même.
Tâchez de vivre en bonne religieuse dans le monde, dans votre atelier, faisant le bien que vous pourrez faire et le bon Dieu vous tiendra compte de tout ce que vous ferez pour lui.
Je prie pour vous et pour toutes vos bonnes compagnes qui travaillent avec vous pour notre œuvre.
Je vous bénis, vous et toutes vos compagnes.
Prions tous ensemble pour l’Eglise et la conversion des pécheurs à la fin de ce mois de Marie et qu’elle vous protège.
Votre tout dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier
aum. du Prado
Lettre n° 463 (472) [2] A Mademoiselle Chambard 21 septembre [1878]
MADEMOISELLE PHILIBERTE CHAMBARD, A L’ETABLISSEMENT DE JUJURIEUX, AIN
Ma bonne petite sœur Philiberte,
Vous êtes bien bonne de travailler pour nos pauvres malades du quartier. Nous vous en remercions bien pour eux ainsi que nos Sœurs qui les soignent. Veuillez dire à toutes ces demoiselles qui vous aident dans cette bonne œuvre que nous prions bien le bon Dieu pour elles toutes et pour vous, et donnez-leur une petite image que je vous envoie en témoignage de notre reconnaissance.
Que le bon Dieu vous bénisse toutes et que la bénédiction du bon Dieu soit sur toute la maison, que la paix, la charité et l’amour de Dieu règne dans tous vos cœurs.
Votre tout dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 464 (473) Mlle La Directrice De L’œuvre Des Peigneuses A L’hôpital
L’Abbé Chevrier recommande à Mademoiselle la Directrice de l’œuvre des Peigneuses à l’Hôpital Mlle Philiberte Chambard qui désire faire partie de cette œuvre.
Si vous voulez la recevoir, vous trouverez en elle une enfant dévouée et pleine de volonté.
Recevez mes salutations très sincères en Notre Seigneur Jésus-Christ.
- Chevrier
A Mademoiselle Gauthier (Madame Chion)
Lettre n°465 (467) A Mademoiselle Gauthier
Mademoiselle et chère Sœur en Notre Seigneur,
Il y a des vocations extraordinaires qui viennent de Dieu et ceux qui ont cette vocation sont obligés de surmonter tous les obstacles qui s’y opposent pour suivre la voie de Dieu. Il y a des vocations ordinaires, ce sont des âmes bonnes et chrétiennes qui feront de bonnes religieuses si elles entrent au couvent et qui auront aussi les grâces nécessaires pour faire de bonnes chrétiennes dans le monde.
Je ne crois pas que vous ayez des signes de vocation extraordinaire. Si d’autre part vous n’avez qu’une vocation très ordinaire et que vous ayez des devoirs sérieux à remplir auprès de vos parents, vous pouvez rester auprès de vos parents remplissant vos devoirs de bonne fille auprès d’eux et vous aurez la grâce pour vous sauver.
Evitez bien de faire des vœux ou qu’ils ne soient que de peu de temps et très faciles à remplir.
Votre tout dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier
A Madame…
Lettre n°466 (444) A Madame… [18 mars]
Ma bien chère enfant
J’ai lu vos deux… avec plaisir parce que j’ai vu que Jésus était avec vous et que la Ste communion opérait de bons fruits dans votre pauvre âme ; que Dieu en soit béni et que toutes grâces lui en reviennent pour tout ce qui peut avoir de bon en nous.
Voilà les petites réponses que je puis vous donner sur les questions que vous m’adressez.
Quant à ma santé, je vais mieux, ma voix est revenue, et le temps me dure d’être auprès de mon petit monde ; je crains que la paresse ne me tienne éloigné de mon troupeau et que le bon Dieu ne m’en demande compte.
Vous me parlez de la prière ; nous nous servons de la prière vocale pour aller à Dieu, les mots sont des échelons qui nous font monter vers Dieu, mais lorsque nous avons trouvé Dieu, nous n’avons plus besoin d’échelle ; lorsque donc vous vous sentez élevée vers Dieu et que par la contemplation vous jouissez de Dieu et que votre âme connaît et aime Dieu, laissez les mots pour écouter Dieu votre Maître et tenez-vous comme un élève auprès de son Maître pour écouter ses leçons et les mettre en pratique, c’est alors que la grâce de Dieu agit et nous découvre ses secrets et nous fortifie par une sainte onction qui en découle, persévérez dans cette prière ; pour ce qu’il s’agit de visions intimes, de révélations particulières, soyez prudente et humiliez-vous toujours devant Dieu bien convaincue de votre indignité et de votre misère. Offrez-vous à Dieu et demandez-lui de se servir de vos restes s’il veut que vous ne vous y opposiez pas mais que vous avez besoin de son secours et que chez vous la nature étant si peu morte vous ne pouvez pas encore être bonne à grand’chose. Quand donc que je verrai en vous cette mort, ce calme, cette paix qui fait les âmes solides et persévérantes ? Que rien ne vous trouble, sachez donc accepter tout ce qui arrive avec cet esprit de Dieu qui fait que nous sommes toujours égale à nous-même et toujours conduit par Dieu.
Demain nous célébrerons la fête de St Joseph, voyez comme St Joseph est calme dans tout ce qui lui arrive. Qu’il soit à Nazareth, à Bethléem, à Jérusalem, en Egypte, toujours le même esprit, la même douceur, le même abandon, la même obéissance, la même prudence ; demandez bien à ce grand Saint, ce modèle de vie intérieure, quelques-unes des vertus qu’il a pratiquées durant sa vie et qui devront un peu diriger la vôtre.
Comme l’esprit de Dieu est saint, comme il est grand, comme il est élevé au-dessus de l’esprit de l’homme ; tenez : je lis la passion dans l’Evangile depuis quelques jours, j’ai cherché exprès si je trouverais dans tout le récit évangélique une petite parole de blâme, de reproche vis-à-vis des persécuteurs, des juges et des bourreaux de Jésus : pas une, pas même l’ombre de la plus petite médisance. L’Evangéliste aurait bien pu dire le faible Pilate, les bourreaux le traitèrent avec cruauté ; non, rien, pas même l’ombre d’une médisance, pas un mot qui sente le reproche, l’amertume, la peine vis-à-vis de ceux qui le font souffrir ; il n’y a que l’Esprit-Saint qui puisse agir ainsi et puisse se contenir en faisant un semblable récit. Comme cela nous prêche la mort à nous-même, mort au corps, mort à l’esprit, mort à ce cœur, mort à tout nous-même pour être des instruments dociles et souples entre ses mains.
Quant aux mortifications corporelles, elles ne sont encore que des moyens ou des punitions ; nous devons nous en servir dans ce but, comme punition de nos péchés passés ou présents, ou bien pour nous dépouiller soit des choses extérieures ou corporelles qui pourraient nous éloigner de Dieu. Quand elles ne nuisent pas à la santé on peut les employer, mais les soumettre à l’obéissance qui doit régler toutes ces choses extérieures.
Quant à votre conduite vis-à-vis de moi il faut qu’elle soit simple, franche et humble ; je crois qu’il faut que vous acceptiez de bon cœur et en esprit de pénitence les tentations qui vous arrivent à mon sujet, tout ce qui vous arrive, ces pensées extraordinaires, ces idées de persécution, de méchanceté que j’ai ou que je vous occasionne, acceptez cela ; le bon Dieu permet cela pour vous faire expier et vous faire mourir, c’est là surtout qu’il faut vous appliquer à mourir et c’est là le baromètre de votre perfection ; ne croyez pas le démon, ayez confiance en Dieu, et, je vous le répète, recevez tout ce qui vous arrive à mon sujet comme un moyen dont Dieu se sert pour vous faire arriver à votre sanctification et à votre perfection et soyez dans le plus parfait abandon vis-à-vis de Dieu pour ce qui regarde votre avenir et rappelez-vous cette parole du St-Esprit : Soyez fidèle dans les petites choses et je vous établirai sur des grandes, avant donc de faire quelque chose de grand, commencez par les petites.
Maintenant pour arriver sur la terre à la perfection, ne cherchez pas la possession de la perfection qui ne peut exister que dans le ciel, travaillez à l’acquérir et ne vous troublez pas si vous ne l’avez pas ; St Bernard disait qu’il péchait tous les jours, et nous pécherons tous les jours jusqu’à la fin de notre vie, toujours il y aura en nous petit orgueil, petites susceptibilités, petites misères, c’est ce qui fait notre mérite aux yeux de Dieu.
Ce sont nos imperfections et nos défauts qui nous font exercer la charité, l’humilité, la patience, la douceur ; avec notre bonne volonté nous pouvons aller à Dieu et nous sommes sûrs de plaire à Dieu quand nous cherchons de tout notre cœur à lui plaire et que nous employons les moyens pour y réussir.
Ayez donc confiance, ayez donc courage, allez, marchez dans le chemin de l’amour de Dieu, apprenez à parler de Dieu, de ses mystères, afin que si Dieu vous appelait à être utile aux autres, vous puissiez savoir causer de Dieu à ceux qu’il vous enverrait.
Je reviendrai bientôt, je pense que samedi, je retournerai au Prado. Je ne demande qu’une chose c’est de connaître Jésus-Christ mon Sauveur et de savoir parler de lui à tous ceux qu’il m’envoie.
Que l’amour de Jésus nous embrase et nous remplisse le cœur et que notre esprit ne trouve de bonheur qu’à s’entretenir de lui, de ses mystères.
A Dieu, et qu’il vous bénisse.
- Chevrier
Je n’ai pas le temps de relire ma lettre, je ne sais pas si vous pourrez tout lire.
A Madame…
Lettre n° 467 A Madame…
Ne manquez jamais de faire votre méditation chaque jour, de demi-heure ; et dans vos méditations, remerciez constamment Notre Seigneur des grandes grâces qu’il a faites aux hommes en venant sur la terre et en mourant pour eux et pour vous.
Ne cessez pas de repasser dans la mémoire du cœur ces grands mystères de Notre Seigneur : la Crèche, le Calvaire, le Tabernacle ; dans la crèche, vous apprendrez à vous détacher de tout et à vivre dans la pauvreté et l’oubli du monde et des choses de la terre ; sur le Calvaire, vous apprendrez à souffrir, à faire pénitence et à mourir à vous-même, souffrir et mourir avec Notre Seigneur ; dans le Tabernacle, vous apprendrez à connaître la grande charité de Notre Seigneur qui nous donne son corps, son âme, sa divinité et vous apprendrez à aimer vos frères et à vous sacrifier pour eux comme Jésus-Christ.
Cherchez donc à imiter Notre Seigneur, si vous voulez devenir parfaite ne sortez pas de cette divine contemplation des vertus de votre divin Maître et chaque… faites ces trois petites stations et promettez à votre Sauveur de faire quelque chose pour son amour.
Croissez dans la foi et l’amour envers Notre Seigneur par la méditation de chaque jour et faites ensuite ce que Notre Seigneur vous inspirera de pauvreté, de pénitence et de charité.
Que Jésus vous bénisse et vous donne son amour.
A Madame
Lettre n°468 (474) [1] A Madame…
Madame et chère Sœur en Notre Seigneur
Vous ferez peut-être bien de demander une audience à Monsieur le Préfet par Monsieur le… mais il est bien à craindre que vous n’obteniez pas grand’chose. Toutefois nous recommanderons votre affaire au bon Dieu.
Votre bien dévoué serviteur.
- Chevrier
Lettre n°469 (475) [2] A Madame…
Je ne vois pas de difficulté à ce que vous acceptiez le mariage de votre fille avec ce Monsieur. Elle pourra remplir ses devoirs religieux et faire son salut, et l’aisance dans laquelle elle se trouvera lui permettra de vous être utile et de faire quelques bonnes œuvres.
Que Jésus vous bénisse.
- Chevrier
Lettre n° 470 (476) [3] A Madame…
Le calme et la confiance en Dieu pour toutes choses et ne contrariez pas la vocation de votre enfant.
- Chevrier
Conseils brefs[1]
Lettre n° 471 (478) A Madame… 17 janvier 1873
Demandez la vie spirituelle.
31 décembre 1873
Que toutes ces petites fleurs spirituelles poussent dans votre âme.[2]
1er janvier 1876
Etre bien d’accord avec tout le monde.
Limonest, Noël 1877
C’est par la prière et la méditation que nous rafraîchissons notre âme.
A.Chevrier [malade]
6 juillet 1879
Que Notre Seigneur vous donne sa vie. A. Chevrier
Prier pour ne pas tomber et relever ceux qui tombent. A. Chevrier
Il faut nourrir ses enfants avec la parole de Dieu et devenir du bon pain.
Pour donner il faut recevoir ; et c’est Dieu qui donne. A. Ch.
Fermeté dans l’accomplissement de nos devoirs. A. Chev.
La croix est le chemin du ciel, suivons-le. A. Chevrier
On ne va au ciel qu’en la croix et l’humilité. A. Chevrier
Que Marie vous protège et vous aide dans vos douleurs. A. Chevrier
A Mlle de M… Je vis comme je peux et obéis à tout le monde.
Evitez les petits péchés véniels, pour vous préparer à la Sainte Communion. A. Chev.
Que Dieu vous donne la bonne volonté.
Priez votre bon ange de vous donner la bonne lumière et la force pour vous détacher.
Persécuté par ses parents, par les juifs, par les pharisiens, par un apôtre, par le peuple, par les prêtres, par les soldats.
Je m’engage en outre à vivre dans l’humilité, la pauvreté et l’obéissance, conformément au règlement de la maison.
Fidélité aux grâces de Dieu. A. Chevrier
Lettre n° 472 (554) A Madame…
Notre Seigneur dit à ses apôtres : Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père.[3]
Cherchez à faire en tout la volonté de Dieu et vous serez parfaits
rosaire
chemin de la +
silence
travail
charité
Il faut étudier la volonté de Dieu dans les méditations et dans l’oraison, dans la prière demander les forces pour l’accomplir.[4]
Lettres A des bienfaiteurs et amis du Prado 1863-1878
Providence du Prado – Œuvre des Premières Communions
L’Abbé Chevrier vous supplie humblement de vouloir bien l’aider dans l’œuvre qu’il a entreprise à la Guillotière, rue de Chabrol, 55, ancien local du Prado.
Cette œuvre a pour but de préparer à la première communion les nombreux enfants de Lyon ou d’ailleurs qui, à cause de leur âge, de leur ignorance ou de leurs mauvaises dispositions, ne peuvent la faire dans les paroisses.
Son Eminence Mgr le Cardinal a daigné donner à cette œuvre sa haute approbation, et Michel Meynet. Les Curés en reconnaissent toute l’utilité. Chaque jour, au saint sacrifice de la Messe, on prie spécialement pour les bienfaiteurs.
A.F.M. Chevrier
Du Tiers Ordre de Saint François.[5]
A Monsieur Sellier
Lettre n° 473 (542) A Monsieur Sellier 20 août 1863
A MONSIEUR SELLIER [MEDECIN MILITAIRE, PUIS INSPECTEUR DE L’A.P. A VERSAILLESI [1840 – 19031
Mon cher Monsieur,
Nous vous remercions bien du bon souvenir que vous gardez de nous, mon père et ma mère surtout y ont été très sensibles. Nous sommes heureux d’apprendre que votre santé va mieux. Que dieu vous conserve pour les pauvres malades et le bien que vous êtes appelé à faire auprès d’eux, le médecin participe au ministère du prêtre et l’aide souvent dans le secours qu’il donne aux pauvres affligés. Je demande cela au bon Dieu pour vous.
Mes parents vous attendent et vous verront revenir avec joie et bonheur. Et si vous êtes content d’eux ils continueront à faire pour vous tout ce qu’ils pourront pour être utile et vous rendre service, car je vous le dis à l’oreille ils vous estiment et aiment beaucoup. Quant à vos effets, ils ne nous gênent pas, vous pouvez les laisser, vous les retrouverez à votre retour et on en aura soin.
La santé de mes parents est toujours un peu faible. Mon père tousse toujours il a même assez souffert le mois dernier on a été obligé de lui mettre plusieurs vésicatoires, il va mieux. Ma mère a eu le bras gauche enflé aujourd’hui il va un peu mieux. Quand vous étiez auprès de nous vous nous rendiez de temps en temps service pour nos pauvres corps, je vous en remercie pour eux et ils vous en remercient aussi eux-mêmes de tout leur cœur.
Vous serez assez bon pour avertir mes parents quelques jours à l’avance pour votre retour afin que la chambre soit prête, nous vous recevrons tous avec plaisir.
Je suis heureux de vous témoigner ma reconnaissance et de vous présenter mes salutations aussi affectueuses que respectueuses.
- Chevrier
aumônier du Prado, Guillotière
A Monsieur et Madame Hallot
Lettre n° 474 (547) [1] A Monsieur et Madame Hallot 1er mars 1866
Monsieur et Madame,
On vous a parlé d’un petit jeune homme du Moulin-à-Vent pour apprenti pâtissier, si vous en aviez besoin vous pourriez le prendre, je connais la famille, ce sont de braves gens et le jeune homme me paraît gentil.
Veuillez agréer mes salutations sincères.
- Chevrier
Lettre n° 475 (399) [2] A Monsieur et Madame Hallot 8 janvier 1867
Madame
J’ai appris que vous aviez besoin de quelqu’un pour votre magasin : voici une personne que je connais ; si elle vous convient vous pouvez la prendre, c’est une femme de confiance qui pourra peut-être vous être utile.
Agréez mes salutations respectueuses.
- Chevrier
Lettre n° 476 (400) [3] A Monsieur et Madame Hallot 21 janvier 1867
Madame,
Veuillez avoir la bonté d’accorder votre protection à Mlle Maria Boisson pour lui obtenir une place de couturière chez Madame Collet. C’est une bonne personne, vous n’en aurez pas de reproche. Veuillez agréer mes salutations respectueuses et mes remerciements bien sincères.
- Chevrier, au Prado
Elle pourrait peut-être bien faire pour vous, veuillez examiner.
Lettre n° 477 (401) [4] A Monsieur et Madame Hallot [Prado, 1868]
MADAME HALLOT, MARCHAND PATISSIER, RUE IMPERIALE, A GAUCHE.
Je reçois cette lettre du Père Séraphin. Veuillez donc examiner celle que ce bon père vous envoie et allez le voir.
- Chevrier
Lettre n° 478 (402) [5] A Monsieur et Madame Hallot Prado, 17 septembre 1871
Madame,
Ce matin je vous ai vue si précipitamment que j’ai oublié de vous demander une chose. Samedi, à 2 heures, j’ai 4 jeunes gens à baptiser, et je voulais vous demander si vous n’accepteriez pas d’être marraine et votre mari parrain, ou bien si dans vos connaissances vous n’auriez pas quelqu’un à qui ce titre pourrait faire plaisir.
Veuillez donc avoir la bonté de me rendre réponse. Votre tout dévoué et reconnaissant serviteur.
- Chevrier
Le jeune homme que je vous désigne a 18 ans.
Lettre n° 479 (403) [6] A Monsieur et Madame Hallot [Prado,] 7 mai [1872]
Ma bien chère enfant,
Il n’est pas probable que vous puissiez réussir en demandant à votre hôte, et vous ne feriez que le détourner de vous en lui demandant ce service, la prudence ne veut pas que l’on fasse cela ; mettez votre confiance en Dieu et demandez à qui pourra vous prêter sans préjudice pour votre commerce, ne vous découragez pas ; les épreuves grandissent les âmes et les font monter au ciel.
Tout à vous en Notre Seigneur.
- Chevrier
Lettre n° 480 (404) [7] A Monsieur et Madame Hallot 2 février 1876
Pour l’amour de Notre Seigneur Jésus-Christ et en l’honneur de la Sainte Vierge Marie,
je m’engage à accomplir le petit règlement suivant :
Tous les matins, après mon lever, je ferai un quart d’heure de prière et de réflexion et après avoir mis ordre à mes affaires de ma maison et de mon magasin, j’irai à la Sainte Messe au moins trois fois par semaine.
J’y ferai la Ste Communion toutes les fois que j’en aurai la permission.
Chaque jour je réciterai une partie de mon rosaire en méditant, de façon que je l’aurai dit tout entier à la fin de la semaine.
Une petite lecture de 10 minutes chaque jour.
Mon chemin de la croix chaque semaine.
Ma confession tous les huit jours, examen particulier tous les soirs.
A l’égard de mon mari, douceur, affabilité, respect et prévenance, ne me permettant aucune parole inconvenante.
A l’égard de mes enfants surveillance, amour chrétien, fermeté et patience.
A l’égard des étrangers, réserve, éviter les conversations et les visites inutiles, les médisances et les rapports familiers.
A l’égard de moi-même, éviter les découragements et la défiance de Dieu, conserver le calme et la patience.
La prière est un moyen de salut et de persévérance, l’employer souvent.
Fête de la Purification de la Sainte Vierge, le 2 février 1876
Lettre n° 481 (405) [8] A Monsieur et Madame Hallot Rome, 2 avril [1877]
Madame et chère Sœur en Jésus-Christ,
Nous avons fait bénir le chapelet que vous m’avez demandé pour Mademoiselle Collet, votre nièce.
Il doit partir ce soir ou demain de Rome par la poste et vous arrivera probablement jeudi ou vendredi, il a été indulgencié par Notre Saint Père jeudi dernier.
Je suis heureux d’avoir contribué à ce petit présent, je souhaite que la bénédiction du Pape porte ses heureux fruits par le chapelet sur les nouveaux époux, je m’unis à votre fête et souhaite à toute cette bonne famille que je connais le bonheur et la prospérité.
Et vous, ma bonne dame Hallot, comment allez-vous et votre mari comment va-t-il ?
Vos affaires s’arrangent-elles, êtes-vous libre. Je souhaite bien que le bon Dieu vous aide et vous donne sa grâce pour tout arranger. Ne perdez pas courage, qui sait attendre sait gagner.
Le bonjour à Elise, qu’elle soit bien sage et obéissante, qu’elle écoute bien sa mère.
Bonjour à Joseph et à la petite Caroline.
Je leur envoie d’ici une bonne bénédiction et à tous, et quand j’aurai le bonheur d’être béni par le Saint Père, je la recevrai aussi pour vous tous.
Recevez mes salutations bien sincères et suis votre tout dévoué,
- Chevrier
Via dell’orazione e morte 92, Roma, ltalia
Lettre n° 482 (406) [9] A Monsieur et Madame Hallot [Prado, février 1878]
Chère enfant,
La défense que je vous ai faite ce matin n’a aucun rapport à vous, mais c’est par rapport à notre maison.
Je ne puis pas vous dire cela par lettre, je vous le dirai de vive … si vous le voulez.
Soyez sans inquiétude. J’ai toute confiance en vous et cela est tout à fait en dehors de vous et de vos quêtes.
Veuillez agréer mes meilleurs sentiments de gratitude et de dévouement.
- Chevrier
Lettre n° 483 (407) [10][6] A Monsieur et Madame Hallot
Notre Seigneur dit à ses apôtres : Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père.
Cherchez à faire en tout la volonté de Dieu et vous serez parfaite.
Rosaire
Chemin de la +
Silence
Travail
Charité.
Lettre n° 484 (546) [11] A Monsieur et Madame Hallot
MADAME HALOT, RUE IMPERIALE, HOTEL COLLET
Ma bonne Dame
Voici la personne de la Tour-du-Pin dont je vous ai parlé.
Veuillez l’examiner et vous arranger avec elle si vous le jugez convenable.
Agréez mes salutations sincères.
- Chevrier
A la famille d’Avout
Lettre n° 485 (525) [1] A la famille d’Avout 15 juin 1866
Monsieur le Commandant,
Le bon Dieu ne nous a pas permis d’aller vous voir hier ; nous l’avons tous bien regretté. Aujourd’hui c’est mon jour de quête à la Charité, je ne puis absenter, mais le premier jour libre je me permettrai de vous mener mon petit troupeau. Ce sera une visite de reconnaissance autant que de plaisir pour tous.
J’ai l’honneur d’être avec un profond respect
Votre très humble et obéissant serviteur,
- Chevrier
Lettre n° 486 (526) [2] A la famille d’Avout
Monsieur le Commandant,
Je vous envoie mes petits garçons et je vous remercie d’avance de la charité avec laquelle vous voulez bien les recevoir ainsi que votre bonne dame.
Des occupations importantes m’empêchent de sortir ce soir. C’était pour moi un véritable plaisir d’aller vous présenter mes bien sincères témoignages de reconnaissance. C’est un véritable sacrifice pour moi. Je souhaite que les bons anges accompagnent mes enfants et qu’ils apportent à votre maison toutes les bénédictions célestes.
Permettez-moi de vous offrir un peu de la poussière du tombeau du bienheureux Labre.
Que Jésus vous bénisse et guérisse votre jeune enfant.
Tout à vous en Jésus-Christ.
- Chevrier
Lettre n° 487 (527) [3] A la famille d’Avout 12 décembre 1866
Mon bon Monsieur,
J’ai demandé à Monsieur le Vicaire Général si je pouvais accepter le titre de parrain, il a donné sa permission. J’accepte donc cet honneur et cette charge que vous m’imposez, à moi, bien misérable et bien indigne, et je compte sur vous et sur Madame pour m’aider à en remplir les obligations.
A mon Baptême, j’ai reçu le nom d’Antoine et en religion François-Marie. S’il vous plaisait, ainsi qu’à Madame, de donner ces noms à ce petit enfant que nous aimons déjà, nous en serions content.
Veuillez m’écrire le jour de sa naissance afin que je puisse célébrer le St Sacrifice pour lui, et qu’il conserve son innocence toute sa vie.
Je vous remercie de l’honneur que vous me faites ; je m’engage à prier Dieu pour vous tous.
Que la bénédiction de Dieu descende sur vous et sur vos enfants.
- Chevrier, au Prado
Lettre n° 488 (528) [4] A la famille d’Avout Dimanche des Rameaux
Monsieur et Madame,
Il y a longtemps que je n’ai pas eu des nouvelles de notre petit Joseph. J’ai pensé à lui souvent pendant ce mois et surtout le jour de sa fête. Comment va-t-il ? Commence-t-il à prononcer quelques mots ? Sa petite sœur fait-elle toujours bien son éducation ? Autrefois Mlle du Fay m’en donnait de temps à autre des nouvelles à la Charité, mais depuis quelque temps je ne l’ai pas vue, je crois qu’elle est souffrante.
Une indisposition assez grave m’a forcé à prendre du repos depuis quelques jours chez un bon prêtre des environs de Lyon qui m’a reçu depuis une dizaine de jours, ce qui me donne un peu de temps pour écrire et penser un peu à tous ceux qui s’intéressent à notre œuvre, mais je vais rentrer après demain au Prado. Si j’osais vous demander une petite réponse, je la recevrai avec beaucoup de plaisir et une bien vive reconnaissance.
J’ai l’honneur d’être votre très humble serviteur en J. C.
- Chevrier
Providence du Prado, rue Chabrol 55
Lettre n° 489 (529) [5] A la famille d’Avout 4 octobre 1870, St Francois
Madame et chère Sœur en Notre-S.J.C.
Je pense tous les jours à vous au St Sacrifice de l’autel, à votre cher époux et à vos enfants. Je n’oublie pas surtout mon cher petit Joseph que j’aime d’un amour tout particulier à cause du lien spirituel que le sacrement a mis en nous et je sais qu’en retour vous priez pour moi.
Au milieu des circonstances pénibles où nos péchés nous ont réduits, il faut rester fidèlement au poste qui nous a été donné par la Providence et n’en sortir que lorsqu’on ne peut pas mieux faire ou que l’on y est forcé. En agissant ainsi on est sûr de faire la volonté de Dieu. Combien sont à plaindre nos pauvres mères de famille et combien je compatis à votre sort et à votre anxiété pour vos chers enfants.
Mais confiance, prions et prions sans relâche ; des jours meilleurs se préparent pour nous. Rome et la France ressusciteront ensemble et Dieu prépare le calme et la gloire à ses enfants mais il veut que nous l’achetions par le châtiment ; hélas ! nous l’avons bien mérité.
J’apprendrai de vos nouvelles avec plaisir, veuillez m’en donner s’il vous plaît et croyez que je suis avec un religieux attachement
Votre dévoué serviteur en Jésus-Christ
- Chevrier
Que Jésus vous bénisse tous,
Lettre n° 490 (530) [6] A la famille d’Avout 4 février 1876
Madame,
Je suis bien en retard pour répondre à vos bons souhaits et à ceux de mon bon petit Joseph, mon filleul.
Merci de votre bon souvenir et de votre généreuse offrande pour nos enfants ; que le bon Dieu vous bénisse et vous accorde à tous grâce, santé et prospérité. Oh ! oui, j’aime bien votre famille et il me semble que le bon Dieu l’aime aussi et que la grâce du bon Dieu est sur vous tous, car la terre n’est rien mais le ciel est tout. Pourvu que nous allions au ciel, c’est tout. Courage et persévérance, car vous aurez part un jour avec vos enfants à la grâce de Dieu.
Je recommande bien à mon petit Joseph d’être obéissant toujours, de faire sa prière avec piété et attention et de bien écouter toujours ses parents et Monsieur le Curé qui a la bonté de s’occuper de lui. Je prie bien le bon Dieu pour lui et je demande au bon Dieu qu’il veuille bien en faire son ami et son zélé serviteur.
Courage, patience, persévérance. Je vous bénis tous, le petit Joseph, ses frères Albert et Alfred et la sœur, et que le bon Maître répande ses plus abondantes bénédictions sur votre mari et sur vous, Madame et chère sœur en Notre Seigneur.
Je ne vous oublie pas devant le bon Dieu, au St Sacrifice.
Tous mes enfants vous saluent aussi et prient pour vous.
- Chevrier
aum. du Prado, à Lyon
Une petite image pour mon petit Joseph.
A Monsieur Revol
Lettre n° 491 (503) Monsieur Revol (Maire De La Guillotière) Prado, 15 septembre [1867]
Mon bien cher Monsieur
Demain nous avons la Première Communion dans notre Providence à 7 h et Monseigneur de Charbonnel donnera le sacrement de Confirmation à 8 h 1/2 , ensuite Mgr nous fait l’honneur de déjeuner. Je serais très heureux et honoré de vous avoir au milieu de nous, si vos occupations vous le permettent.
Daignez agréer les salutations très respectueuses de votre très reconnaissant serviteur.
- Chevrier
A Monsieur et Madame Servan
Lettre n° 492 (413) [1] A Monsieur et Madame Servan 1er Janvier 1868
L’abbé Chevrier a l’honneur de présenter ses souhaits de bonne année à Monsieur Servan, et le prie d’accepter ce témoignage de reconnaissance pour tous les bienfaits qu’il a accordés à notre Providence du Prado.
Que Notre Seigneur Jésus et… Sainte Mère vous bénissent, vous, votre chère enfant, votre famille et toutes vos intentions.
- Chevrier
Lettre n° 493 (414) [2] A Monsieur et Madame Servan
Ma bonne petite sœur en Notre Seigneur,
Merci de la bonne charité que vous avez pour nos enfants et que Notre Seigneur vous le rende en grâces et que le St Esprit vous donne sa divine lumière.
Dans quel triste état vous met le malin esprit et à quelle tentation il vous livre. Je comprends votre malheureux état et je vous promets de prier Notre Seigneur de vous aider à le supporter, et de vous en délivrer si c’est sa volonté.
Notre Seigneur au jardin des Olives a éprouvé ces grandes épreuves du malin esprit et il disait : Que votre volonté soit faite, ô mon Père, et non la mienne. Et cette humble soumission nous a mérité toutes les grâces de force pour rendre les nôtres méritoires. Ainsi donc, confiance, je crois que vous avez beaucoup de mérite aux yeux de Dieu dans cet état d’épreuve, que le bon Dieu vous voit avec plaisir lutter et prier au milieu de vos combats. Rappelez-vous que St Paul se plaignait à Notre Seigneur de ses tribulations et qu’il lui fut répondu que la vertu se perfectionne dans les épreuves.
Courage donc et faites comme si vous n’aviez aucune tentation. Tout ce qui n’est qu’extérieur n’est rien, ne vous en troublez pas. Tenez votre crucifix à la main ; pressez-le sur votre cœur et dites : Mon bon Maître, vous savez bien que je suis à vous, ne permettez pas que je vous offense jamais, puisque telle est votre volonté que je souffre, je m’y soumets volontiers. Je vous offre tout cela pour la paix et le triomphe de votre Ste Eglise, le salut de la France.
Courage, chère enfant, je suis heureux de penser que vous mériterez beaucoup et que vous glorifierez Dieu dans votre misère plus que dans tout autre condition.
Je vous bénis de tout mon cœur et je prie pour vous chaque jour au St autel.
- Chevrier
Notre Seigneur vous délivrera bientôt ; ayez confiance.
A Monsieur et Madame Dorier
Lettre n° 494 (408) [1] A Monsieur et Madame Dorier Lyon, 10 avril [1868]
MONSIEUR DORIER, PLACE GROLIER 3, LYON
Monsieur,
Dans la lettre que votre bien cher fils m’a envoyée de Rome il y a quelques jours, il me recommandait beaucoup de prier pour son père afin qu’il fit ses Pâques. Je voudrais avoir la consolation de lui dire que ses prières et les nôtres ont été exaucées.
Pâques se trouve dans deux jours, mais le temps pascal dure encore quinze jours. Si je pouvais vous rendre quelque service dans cette circonstance je suis tout à votre disposition.
J’ai l’honneur d’être, avec un profond respect votre très humble serviteur.
- Chevrier
Lettre n° 495 (409) [2] A Monsieur et Madame Dorier Lyon, 20 décembre 1868
A MONSIEUR DORIER
Monsieur,
En vous manifestant vendredi le plaisir que j’aurais de vous voir, j’ai oublié de vous dire que j’étais libre tous les jours de une heure à 3.
Si donc votre intention était de venir me faire une petite visite, je serais très honoré de vous recevoir mardi ou mercredi à cette heure.
J’ai l’honneur d’être avec respect et une sincère reconnaissance, votre très humble serviteur.
- Chevrier au Prado
Lettre n° 496 (410) [3] A Monsieur et Madame Dorier Lyon, 5 juin 1874
MADAME DORIER, A BRIGNAIS, RHONE
Madame et chère Sœur en Notre Seigneur,
Vous avez eu la charité de m’écrire pour m’inviter à passer quelques jours auprès de vous, afin d’achever de me remettre en prenant des forces qui me manquent encore. Vous me donnez, ainsi que Monsieur Dorier, une nouvelle preuve de la charité dont vous êtes remplis pour Notre Seigneur et pour ses pauvres. Je ne puis donc que vous en remercier de tout mon cœur en son nom et vous dire que si les dames qui m’ont soigné pendant ma maladie ne m’avaient offert depuis longtemps l’hospitalité chez elles, à Limonest, je me serais rendu avec plaisir auprès de vous ; mais maintenant je vais mieux et j’espère bientôt reprendre mon travail pour lequel je me trouve bien… retard.
Veuillez donc agréer mes remerciements bien sincères, en attendant que j’aille un jour vous les présenter moi-même à Brignais.
Veuillez agréer, ainsi que Monsieur Dorier, les sentiments de respect et de reconnaissance de votre très humble serviteur en Jésus-Christ.
- Chevrier
J’ai appris avec bonheur que vos petits enfants allaient mieux. Que Dieu vous les conserve dans la santé et la sagesse et qu’il répande sur vous tous ses bénédictions les plus abondantes et sa sainte paix.
Lettre n° 497 (411) [4] A Monsieur et Madame Dorier [Lyon, décembre 1875]
MADAME DORIER, PLACE GROLIER 3, LYON
Ma bonne dame,
Merci des nouvelles que vous avez eu la bonté de me donner de M. Dorier.
Il faut espérer que le bon Dieu vous le conservera encore ; il m’a paru bien affaibli dans sa dernière visite au Prado.
Il faut en effet veiller. Cette semaine, je ferai tout mon possible pour aller vous voir.
Que Dieu vous aide et bénisse la future union du fils. Mercredi, je dirai la Ste Messe pour vous tous.
- Chevrier
Lettre n° 498 (412) [5] Madame Dorier Lyon, 21 décembre 1875
MADAME DORIER, PLACE GROLIER 3, LYON
Ma bonne Dame,
Je m’acquitterai devant Dieu de la commission dont vous me chargez vis à-vis de Monsieur Dorier, et je vous promets d’aller vous voir dès que je pourrai sortir.
Courage et confiance en notre bon Maître qui nous éprouve pour nous faire mériter son paradis et nous faire croître dans son amour.
Votre tout dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier
Au Docteur Dubuisson-Christol
Lettre n° 499 (504) Au Docteur Dubuisson-Christol 23 août [1870]
Monsieur le Docteur,
J’accepte avec reconnaissance l’offre généreuse que vous voulez bien nous faire, de venir visiter les blessés qui nous serons confiés dans notre Providence du Prado, rue Chabrol 55, Guillotière.
Si donc le…
des blessés…
confiance…
de vous… (LETTRE DECHIREE)
l’honneur…
et de…
dévouer…
Si nous…
Veuillez… l’assur… considér…
A Madame Félissent
Lettre n° 500 (430) A Madame Félissent 21 juillet 1872
Madame et chère Sœur en Notre Seigneur,
Que Notre Seigneur vous bénisse et vous accorde sa grâce pour les bienfaits que vous nous accordez. Je vous en remercie de tout mon cœur, et nous prierons le bon Dieu pour qu’il vous aide et vous donne sa lumière. Ne vous inquiétez pas, chère enfant du bon Dieu, le bon Dieu vous aime et les tribulations que vous éprouvez sont des épreuves qui vous attachent plus intimement à Notre Seigneur en vous faisant désirer sa grâce et son amour. Soyez donc sans inquiétude, aimez le bon Dieu et ne vous inquiétez pas du reste ; au ciel nous serons heureux, nous sommes dans le chemin, courage.
Je prie pour vous, une petite prière pour moi afin que je puisse continuer l’Œuvre que Dieu m’a confiée, si c’est sa volonté.
Votre tout dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier
A Madame Legendre
Lettre n° 501 (505) A Madame Legendre 22 novembre [1872]
MADAME LEGENDRE, PLACE BELLLECOUR 35
Ma bonne Dame,
Chaque année vous avez la bonté de nous donner une aumône pour les enfants de notre Providence du Prado. Je viens vous prier de vouloir bien nous continuer vos bienfaits. Nous vous en serons très reconnaissants.
Que le bon Maître vous accorde ses bénédictions, et daignez agréer les salutations bien sincères de votre dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier, au Prado
A Monsieur Ramel
Lettre n° 502 (506) A Monsieur Ramel Lyon, le 30 décembre 1872
MONSIEUR RAMEL, A SAINT-ETIENNE
Monsieur,
Je ne laisserai point passer la fin de l’année sans venir vous remercier de la bonne offrande que vous avez bien voulu nous adresser il y a quelque temps pour notre Providence du Prado, et de la bonne intention que vous nous manifestez à notre égard.
Que le bon Maître vous récompense et vous accorde les grâces spirituelles dont vous avez besoin pour le salut.
Jeudi prochain j’offrirai le St Sacrifice de la Messe pour vous et vos intentions, c’est le seul moyen qui me soit donné d’avoir pour manifester ma reconnaissance à toutes les bonnes âmes charitables qui pensent à nous.
Veuillez agréer les salutations très sincères de votre dévoué et reconnaissant serviteur.
- Chevrier
aumônier du Prado
A Monsieur Etienne Lamy, député du Jura
Lettre n° 503 (548) [1] A Monsieur Etienne Lamy, député du Jura 20 juillet
Mon bon Monsieur
A l’occasion de la fête de Monsieur votre Père décédé je dirai demain la Messe pour le repos de son âme et sa glorification dans le ciel. Quand on a eu de si bons parents sur la terre on ne peut douter de leur bonheur dans l’autre vie et c’est une consolation pour nous de nous rappeler leurs vertus passées pour nous assurer de leur heureux sort et il voit avec bonheur marcher sur ses traces celui qu’il a laissé sur la terre.
Merci au nom de tous mes enfants de l’aumône que vous m’avez envoyée dans cette circonstance.
Courage au milieu de vos travaux si pénibles.
Les hommes luttent ensemble mais que Dieu vous aide cher Monsieur.
Nous le prions pour tous, mais pour vous en particulier et votre bonne Mère et nous vous souhaitons toutes les bénédictions célestes.
Je suis avec un profond respect et vive reconnaissance votre bien dévoué serviteur.
- Chevrier,
au Prado, Lyon
Lettre n° 504 (549) [2] A Monsieur Etienne Lamy, député du Jura 1er janvier 1873
Mon bon Monsieur
Permettez-moi au commencement de cette année de venir vous offrir mes vœux et souhaits bien sincères.
Souvent avec votre bonne tante nous nous entretenons de vous et c’est toujours avec plaisir que je me rappelle votre petite visite au Prado qui m’a procuré l’honneur de vous connaître.
Je prie pour vous au saint Sacrifice que Dieu veuille bien bénir vos travaux difficiles et qu’il vous accorde la santé et la grâce pour votre bonheur et celui de la France.
Je suis avec un profond respect votre très humble serviteur.
- Chevrier
Lettre n° 505 (550) [3] A Monsieur Etienne Lamy, député du Jura 13 octobre 1873
Mon bien cher Monsieur
Votre bien chère tante Mademoiselle Pernet m’avait donné l’espérance de vous voir à votre passage à Lyon mais les circonstances de temps ne vous ont pas permis de vous arrêter dans notre ville et nous ont privé tous de ce bonheur.
Je me rappelle toujours avec plaisir le petit instant que vous nous avez donné il y a un an et les sentiments chrétiens et élevés dont vous étiez animé pour remplir cette grande et noble tâche qui vous été confiée. En priant en général pour l’assemblée comme c’est notre devoir à tous, je prie aussi en particulier pour vous, poussé par un sentiment de reconnaissance autant que par un sentiment d’affection (veuillez me permettre ce mot à un prêtre) que j’éprouve pour votre personne et les bonnes qualités que la bon Maître a mises en vous.
Courage donc, dans votre sainte entreprise, faites triompher le bien par votre noble parole et que le St Esprit qui est l’auteur de tout bien et l’inspirateur de toutes bonnes pensées soit avec vous dans vos travaux et vous donne le succès.
C’est là le désir de mon cœur et au St Sacrifice je vous offrirai à Dieu afin qu’il vous bénisse et qu’il accomplisse en vous son œuvre.
Veuillez agréer les sentiments très respectueux et bien sincères de votre dévoué serviteur.
- Chevrier.
Lettre n° 506 (551) [4] A Monsieur Etienne Lamy, député du Jura 3 mars 1874
Mon bon Monsieur,
Je suis bien en retard pour vous remercier de votre charité à notre égard mais ce que je n’ai pas encore fait par écrit je l’ai déjà [fait] auprès de Notre Seigneur pour vous en le priant de vous bénir et de vous aider dans vos travaux si importants qui vous ont été confiés par la divine Providence.
et nos enfants en s’unissant à nous prierons d’une manière toute spéciale selon vos intentions. Je serai très heureux d’avoir une occasion de le faire un jour de vive voix si cela était possible.
Que Notre Seigneur vous bénisse vous et toute votre bonne famille et veuillez agréer les salutations bien respectueuses et la reconnaissance bien juste de votre bien humble et bien dévoué serviteur
- Chevrier
aumônier du Prado, Lyon
Lettre n° 507 (552) [5] A Monsieur Etienne Lamy, député du Jura 5 janvier 1875
Mon bon Monsieur
Permettez-moi de venir au commencement de l’année vous présenter mes souhaits bien sincères et mes remerciements pour tous vos bienfaits accordés à nos enfants du Prado.
Je prie Dieu afin qu’il daigne vous bénir, vous et votre bonne Mère, et répandre sur vos pénibles travaux sa lumière, sa grâce et sa protection et je me dis avec bonheur votre tout dévoué serviteur dans le Christ notre commun Maître.
- Chevrier
A Madame Crouzier
Lettre n° 508 (508) A Madame Crouzier 4 janvier
Madame et chère sœur en Jésus-Christ,
L’affliction de votre pauvre enfant est bien grande, il faut l’accepter humblement et avec patience et croire que cette souffrance peut servir beaucoup à votre sanctification en vous faisant pratiquer toutes sortes de vertus.
Que Jésus vous bénisse et vous donne la patience, la résignation et la guérison pour votre enfant si telle est sa sainte volonté. Veuillez agréer mes salutations bien sincères.
- Chevrier
Lettre n° 509 (509) Guillotière, le 16 novembre 1800
L’abbé Chevrier recommande à votre charité les nombreux enfants de sa Providence au Prado, et vous prie de vouloir bien lui donner la souscription que vous avez la bonté de lui accorder chaque année. Que Dieu répande sur vous ses plus abondantes bénédictions.
- Chevrier aum. du Prado
A Monsieur Vial
Lettre n° 510 (521) A Monsieur Vial 19 mai 1876
MONSIEUR VIAL, RUE D’ABOUKIR, 96, PARIS
Mon cher Monsieur,
Mon avis, ainsi que je vous l’ai déjà dit, est que si vous voulez que le commerce réussisse, il faut que Monsieur Ed. Vial de Lyon ait la complète direction du commerce et la gestion des affaires, et qu’on se soumette à son jugement. Le sacrifice qu’il a fait en allant à Paris et les sommes qu’il a exposées lui donnent le droit de gouverner tout en bon frère, et il ne faut pas perdre le temps. Il faut savoir faire des sacrifices du cœur pour garder la justice vis-à-vis de Dieu et du monde.
Que Dieu vous bénisse et vous donne sa lumière. Vous aurez beaucoup de peines, mais ne vous découragez pas.
- Chevrier
A Mademoiselle Foulquier
Lettre n° 511 (431) [1] A Mademoiselle Foulquier Lyon le 10 mars 1877
L’Abbé Chevrier recommande à votre charité les nombreux enfants de sa Providence, et vous prie de vouloir bien remettre une aumône aux dames qui se présentent auprès de vous.
Que Dieu répande ses bénédictions sur nos bienfaiteurs.
- Chevrier
Lettre n° 512 (432) [2] A Mademoiselle Foulquier 6 janvier 1878
Mademoiselle et chère Sœur en N. S.
Je vous remercie de vos bons souhaits et de toute votre bonne volonté ; je prie Dieu qu’il les exauce et qu’il vous donne, à vous aussi, la santé, la paix du bon Dieu et sa grâce pour bien remplir votre fin sur la terre et bénir Dieu dans le ciel.
Je bénis vos trois petits pains qu’ils soient pour vous force, patience et charité.
Que Jésus enfant vous bénisse ainsi que votre serviteur.
- Chevrier
Lettre n° 513 (433) [3] A Mademoiselle Foulquier Guillotière, le 6 janvier 1878
L’Abbé Chevrier, aumônier de la Providence du Prado, (Guillotière) recommande à votre charité les nombreux enfants de sa Maison et vous prie de vouloir bien lui continuer l’aumône que vous avez l’habitude de lui accorder chaque année.
Que Dieu répande sur vous ses plus abondantes bénédictions.
- Chevrier aum. du Prado
Lettre n° 514 (434) [4] A Mademoiselle Foulquier Lyon, le 12 janvier 1879
MM.
Veuillez avoir la bonté de recevoir avec votre charité ordinaire Madame Hallot et Mlle de Foulquier qui se présentent à vous, en notre nom, pour recevoir une aumône en faveur des nombreux enfants de notre Providence du Prado.
Nous recevrons avec joie tout ce que vous voudrez bien nous donner et soyez assuré de concours de nos prières et de notre sincère reconnaissance.
- Chevrier
A la famille de Murard
Lettre n° 515 (533) [1] A la famille de Murard
A MADAME LA COMTESSE DE MURARD
Madame
Je me permets de vous envoyer l’abbé Brochard, dont je vous ai parlé hier et qui est actuellement dans notre maison.
Je crois qu’il pourra très bien remplir, auprès de vos petits enfants, l’emploi que vous voulez lui confier. Il est intelligent et je le crois assez patient et persévérant pour mener à bonne fin l’éducation de ces jeunes enfants. Après avoir réfléchi je crois que vous pouvez le prendre, et que vous en serez contents… et qu’il possède les qualités que vous demandez. Je serai très heureux de pouvoir vous montrer ma reconnaissance en vous donnant un bon professeur.
Veuillez agréer, avec mon respect profond, le gage de ma reconnaissance.
- Chevrier
Lettre n° 516 (512) [2] A la famille de Murard Rome, 16 mai 1877
A MADAME LA MARQUISE DE MURARD, PLACE DE BELLECOUR 30, LYON
Madame,
Je viens vous remercier du joli calice que vous avez eu la bonté d’envoyer à Monsieur Farissier. Ce sera un souvenir précieux pour lui et pour nous. En célébrant les Saints Mystères pour la première fois et toujours dans la suite, nos Messieurs nouveaux prêtres et nous aussi, nous penserons à la bienfaitrice et à tous les membres de sa famille.
Nos diacres sont entrés en retraite hier, pour se préparer à l’ordination qui aura lieu à St Jean de Latran le samedi avant la Trinité. Veuillez prier pour eux Madame en attendant qu’ils puissent le faire eux-mêmes.
Mes hommages respectueux à Monsieur le Marquis de Murard et à Monsieur et Madame de Monteynard. J’ai l’honneur d’être, avec une sincère reconnaissance et profond respect Madame, votre très humble serviteur.
- Chevrier
Lettre n° 517 (513) [3] A la famille de Murard Lyon, le 26 mai 1878
A MONSIEUR LE COMTE DE MONTEYNARD
Monsieur le Comte,
Je viens vous demander votre protection pour faire entrer au Perron une fille de notre Providence, âgée de 43 ans que nous avons depuis sept ans et à laquelle nous avons pu faire faire la Première Communion. Notre but étant atteint, nous ne pouvons la renvoyer dans le monde parce qu’elle n’a ni père ni mère ; elle n’a qu’une tante pauvre qui ne peut la recevoir.
Etant un peu idiote, elle est incapable de gagner sa vie et ne peut être que très exposée partout où elle ira. Ce serait donc une grande charité de la caser dans un endroit sûr et c’est pour cela que je viens réclamer ce service de votre charité.
Nous prions Dieu de bénir votre personne, votre épouse et vos enfants et de vous donner sa paix et ses consolations.
Daignez agréer les salutations bien respectueuses de votre dévoué serviteur et sa reconnaissance pour les services que vous lui avez déjà rendus.
- Chevrier
A Mesdemoiselles Dussigne
Lettre n° 518 (425) [1] A Mesdemoiselles Dussigne 28 avril
Mesdemoiselles et chères Sœurs en Notre Seigneur,
Je viens de recevoir la caisse de provision que vous m’avez envoyée par Sœur Elisabeth, c’est bien tout à fait trop de bonté et de complaisance de votre part, je suis confus de l’attention bienveillante que vous avez ; puisse le bon Dieu vous rendre en grâces spirituelles tout ce que vous faites pour nous tous. Je vais un peu mieux depuis quelques jours, j’espère bien avec la grâce de Dieu que je pourrai reprendre mon travail bientôt, du moins je le désire.
Recevez mes sentiments de reconnaissance et la bénédiction de Notre Seigneur.
- Chevrier
à la Tour du Pin, chez M. le Curé de St Jean
Lettre n° 519 (426) [2] A Mesdemoiselles Dussigne Rome, 25 mai 1877
MESDEMOISELLES DUSSIGNE, RUE DES ASPERGES 60,
LYON, GUILLOTIERE, RHONE, France
Mesdemoiselles et chères sœurs en Notre Seigneur,
Il y a longtemps que j’ai l’intention de vous écrire et toujours je retarde pour une raison ou pour une autre. Je suis toujours paresseux et je ne me corrigerai jamais, pardonnez-moi donc ; je pense que vous allez un peu bien, nous demandons à Dieu qu’il vous accorde un peu de santé pour le corps et aussi pour l’âme et qu’il récompense vos bienfaits pour nous.
Nous allons assez bien nous-mêmes à Rome ; nos Messieurs sont en retraite et recevront demain le sacerdoce, puisse ce sacrement en faire des saints et leur donner toutes les grâces nécessaires pour devenir de véritables missionnaires du Prado ; nous attendons tout du bon Dieu et nous espérons en sa grande miséricorde parce que de nous-mêmes nous ne pouvons rien et Dieu nous donnera sa grâce si nous nous en rendons dignes par la prière et le sacrifice, je les recommande donc à vos prières afin qu’il fasse grandir en eux la grâce du sacerdoce qu’ils vont recevoir et que nous rentrions bientôt avec des forces pour travailler avec courage à l’œuvre de Dieu ; j’ai eu le bonheur de voir Notre St Père le Pape samedi passé et j’ai obtenu une bénédiction pour nos bienfaiteurs et spécialement pour vous.
Permettez-moi de vous renouveler mes remerciements pour tout ce que vous avez fait pour nous, pour la première Communion et aussi le Jeudi-saint.
Sœur Claire va bien et me charge de vous présenter ses salutations affectueuses et respectueuses.
Le bonjour à la famille Broche, le fils va bien et en disant après-demain sa Première Messe il pensera bien à sa famille et à ses bienfaitrices, il faut espérer que le bon Dieu récompensera le sacrifice que les parents de nos jeunes prêtres feront en ne pouvant assister à leur première Messe mais ils pourront se dédommager plus tard ; je pense que nous nous reverrons tous bientôt et que le bon Dieu nous réunira tous pour travailler avec plus d’ardeur à son œuvre et à sa gloire, aidés et soutenus toujours par les bonnes âmes qu’il nous a données pour mères et soutien.
Je suis avec joie et reconnaissance, votre très humble serviteur en Jésus-Christ.
- Chevrier
A Mademoiselle Rousset
Lettre n° 520 A Mademoiselle Rousset, Des Avenières Prado, mai 1877
Je regrette vivement de ne pouvoir me rendre à votre invitation pour aller voir M. Rousset, mais je suis condamné à garder la chambre encore cette semaine à cause d’une indisposition qui ne me permet pas de sortir.
Veuillez agréer mes excuses. Je recommanderai au bon Dieu votre cher malade et espérez que tout ira mieux.
- Chevrier
A Sœur…
Lettre n° 521 (543) A Sœur… 4 novembre 1877
Ma très Révérende Mère,
Vous m’avez envoyé une bien grosse aumône pour le petit service qu’un de nos messieurs vous a rendu pendant quelque temps en allant dire la Ste Messe dans votre communauté pendant l’absence de votre aumônier.
Je vous en remercie bien cordialement, elle a déjà servi à nourrir nos petits enfants et à leur faire faire leur première communion.
Nous nous recommandons à vos prières et nous prierons aussi pour vous afin que Dieu bénisse vos œuvres et vous donne la grâce de convertir beaucoup d’âmes à Jésus-Christ notre Maître et notre Sauveur.
Que la bénédiction de Dieu soit sur vous et sur toute votre communauté.
Je suis en Notre Seigneur votre tout dévoué serviteur et prêtre.
- Chevrier
aum. du Prado, rue Chabrol 75
A Madame…
Lettre n° 522 (523) A Madame… 1er janvier 1878
Ne pouvant aller vous voir je vous présente mes souhaits de bonne et heureuse année. Que le bon Dieu vous donne la grâce de bien profiter de toutes vos tribulations et qu’elles soient votre couronne dans le ciel.
Je prie Dieu qu’il vous guérisse et qu’avec la santé vous puissiez tous le servir avec joie et persévérance.
Que Jésus vous donne sa bénédiction et vous comble de ses faveurs.
- Chevrier
A Madame…
Lettre n° 523 (514) A Madame… 12 janvier 1878
Ma bonne Dame
Chaque année vous avez la charité de nous envoyer une aumône pour les nombreux enfants de notre Providence du Prado.
Veuillez nous la continuer encore s’il vous plaît, vous nous rendrez un grand service.
De notre côté nous vous assurons de prier Dieu pour vous et votre famille et nous serons toujours très heureux de nous dire
Votre très humble et très reconnaissant serviteur.
- Chevrier, aum. du Prado
A Monsieur…
Lettre n° 524 (515) A Monsieur… 20 janvier 1878
Monsieur
Permettez-moi de vous adresser une dame qui veut bien se charger de recueillir quelques aumônes en faveur des nombreux enfants de notre Providence du Prado, à la Guillotière.
En nous donnant une aumône vous nous rendrez un très grand service ; nous vous promettons en retour de prier Dieu pour vous et votre famille et nous serons heureux de nous dire,
Votre très humble et très reconnaissant serviteur.
- Chevrier
A Monsieur Jannez
Lettre n° 525 (516) [1] A Monsieur Jannez 26 avril 1878
MONSIEUR JANNEZ, BANQUIER, A ROANNE, LOIRE
Mon bon Monsieur,
Je vois que je n’ai pas répondu à votre bonne lettre du 31 mars, pardonnez-moi.
Et j’en suis d’autant plus peiné que vous êtes l’homme de l’épreuve et que vous méritez à tant d’égards les soins et les regards de la divine Providence par la force avec laquelle vous avez bu le calice de la souffrance ; courage et confiance.
Le bon chrétien se retrempe là où les autres s’affaiblissent et le bon Dieu vous a donné une âme forte qui doit le glorifier et le faire aimer.
Quels que soient donc les résultats des choses dans ce monde rien ne doit nous troubler ou nous altérer parce que Jésus Christ est le fondement sur lequel nous sommes assis et lui est un rocher inébranlable. Je vous souhaite donc cher Monsieur, le calme, la paix et la patience au milieu de toutes choses
et je prie Dieu pour qu’il accorde à vos enfants la sagesse, mais la véritable sagesse et la véritable science qui seule importe en ce monde et à votre dame la consolation de vous voir tous heureux.
Recevez, mon bien cher Monsieur, les salutations bien sincères et bien profondes de votre bien humble et bien dévoué prêtre et serviteur.
- Chevrier
aumônier du Prado, rue Chabrol 75, Lyon-Guillotière
Lettre n° 526 (517) [2] A Monsieur Jannez Limonest, 24 mai 1878
A MONSIEUR JANNEZ, BANQUIER, A ROANNE, LOIRE
Mon bon Monsieur,
Etant fatigué, je me suis retiré dans la Providence de St André, à Limonest et je viens d’apprendre par un de nos abbés que vous aviez eu la charité de nous envoyer une pièce de vin il y a quelques jours. Je viens vous en remercier de tout mon cœur et prie Dieu de vous rendre en grâces spirituelles les dons matériels que vous nous faites.
Je pense souvent à votre bonne famille et à vous devant Dieu. Le souvenir de vos malheurs me vient à la mémoire et je bénis Dieu de vous avoir donné le courage, la patience et la résignation si nécessaires dans ces moments si difficiles.
Jeudi prochain, jour de l’Ascension, j’offrirai le St Sacrifice de la Messe à vos intentions et demanderai à Dieu de répandre ses bénédictions sur vous et sur toute votre famille.
Veuillez agréer les salutations pleines d’estime et de reconnaissance de votre tout dévoué serviteur et Prêtre.
- Chevrier
A Madame Cartier
Lettre n° 527 (507) A Madame Cartier 19 Janvier
Madame et chère Sœur en Notre Seigneur Jésus-Christ,
Je viens vous remercier de l’offrande que vous avez bien voulu nous envoyer il y a quelques jours pour nos enfants du Prado.
Que l’aumône que vous faites aux malheureux devienne pour vous une bénédiction et aussi pour tous ceux qui vous sont chers et en particulier pour celui que vous pleurez.
Il faut se soumettre humblement aux décrets de la divine Providence et dire avec Notre Seigneur : Que votre volonté soit faite. Au ciel seulement nous serons heureux parce que là-haut il n’y aura plus de larmes, plus de douleurs ni de séparation. Je prie Dieu qu’il vous bénisse et vous donne sa paix.
Merci. Je suis votre dévoué serviteur.
- Chevrier
A Mademoiselle Chaine
Lettre n° 528 (511) A Mademoiselle Chaine
MADEMOISELLE MARIE CHAINE
Ma bonne Sœur,
Vous m’avez écrit un mot concernant Monsieur Deschamps. Je vous dirai que je n’ai pas vu ce monsieur depuis longtemps depuis que sa mère est retournée dans son pays ; il va aux offices de la paroisse de St André et je le vois rarement, je ne sais pas s’il est à Lyon maintenant. Ce sont des choses difficiles et délicates dont il faut peu se mêler.
Soyez toujours bien sage et que le bon Dieu bénisse votre père et votre famille.
Recevez mes salutations bien sincères en Notre Seigneur.
- Chevrier
Au Docteur Levrat
Lettre n° 529 (510) Au Docteur Levrat
Monsieur le Docteur
Ma mère a probablement pris froid hier ; cette nuit elle a craché le sang et encore ce matin et elle ressent des douleurs violentes dans les reins. C’est à peu près les mêmes symptômes qu’elle avait il y a quelques semaines, quand elle avait sa fluxion de poitrine.
Veuillez avoir la bonté de nous indiquer ce qu’il faut faire dans cette circonstance et agréez mes salutations bien sincères et pleines de reconnaissance.
- Chevrier
A Madame
Lettre n° 530 (544) A Madame
Chère enfant
Il me semble que c’est bien trop tôt pour penser déjà au jour de l’an.
Il faut attendre la Toussaint, les chose du monde auront peut-être une autre tournure et vous pourrez agir avec plus de prudence.
tout à vous.
- Chevrier
Lettres de recommandation 1857-1878
A Monsieur le Curé de Savignat en faveur de Monsieur Jacques Artis
Lettre n° 531 (481) Lyon, le 8 mai 1857
Je soussigné, Vicaire de St André, 3e arrondissement de Lyon, certifie connaître depuis 6 ans le nommé Jacques Artis, né à Savignac, commune de Talizat, exerçant la profession d’aiguiseur depuis plusieurs années à Lyon. Durant tout le temps que je l’ai connu, il a toujours rempli avec exactitude ses devoirs religieux, s’approchant régulièrement des sacrements et donnant le bon exemple dans la paroisse.
J’ai l’honneur de le recommander à la bienveillance de Monsieur le Curé de Savignac, Talizat, et le prie de vouloir s’intéresser à lui pour lui procurer quelque emploi qu’il remplira avec satisfaction.
Donné à Lyon, le 8 mai 1857.
- Chevrier
vicaire à St André, Lyon
A Monsieur l’Aumônier de l’Hôpital Militaire en faveur de Mademoiselle Galley
Lettre n° 532 (482) [1] 23 novembre 1867
Monsieur l’Aumônier,
Voici une brave personne de notre quartier que je connais depuis longtemps qui vous supplie de vouloir bien la faire entrer comme raccommodeuse à l’hôpital militaire ou bien comme garde de nuit à la charité.
Cette fille est capable de remplir cet emploi et elle est digne de confiance.
Veuillez agréer les respectueuses salutations de votre très dévoué serviteur.
- Chevrier
Certificats en faveur e Mademoiselle Galley
Lettre n° 533 (483) [2] Lyon, le 9 octobre 1874
Nous recommandons à la charité de quelques personnes charitables Mademoiselle Valentine Galley, demeurant près de nous au Prado ; cette pauvre fille qui est une bonne chrétienne a contracté quelques dettes par suite de maladie et de cessation de travail, on la recevrait dans une communauté s’il n’y avait pas cet obstacle.
Ce serait donc une bonne œuvre de lui venir en aide.
- Chevrier
Lettre n° 534 (484) [3] Lyon le 3 décembre 1876
Je connais mademoiselle Valentine Galley depuis bien des années et puis certifier que c’est une fille bien chrétienne et digne d’intérêt par sa position et que l’on peut avoir confiance à sa probité et sa moralité.
- Chevrier
aum. du Prado
A Sœur… en faveur de Mademoiselle Galley
Lettre n° 535 (485) [4] Lyon, le 3 septembre 1878
Ma très Révérende Mère,
Je connais particulièrement Mademoiselle Valentine Galley qui vous a demandé d’être admise dans votre communauté et à qui vous avez répondu de se rendre auprès de vous pour essayer.
Cette bonne fille a toujours rempli très régulièrement ses devoirs religieux dans le monde, elle est simple et naïve, je crois que sous votre bonne direction elle pourra bien remplir le petit emploi que vous lui donnerez comme sœur converse, et pour elle ce sera son plus grand bonheur que de pouvoir se fixer dans une communauté religieuse.
Je fais des vœux pour que le bon Maître lui accorde la grâce pour cela.
Je termine en me recommandant à vos prières et vous prie d’agréer mes salutations très respectueuses en Notre Seigneur notre divin Maître.
- Chevrier,
aumônier du Prado
Au Docteur… en faveur d’un jeune homme
Lettre n° 536 (486) 22 octobre 1869
Monsieur le docteur
J’ai l’honneur de vous adresser un bon jeune homme de notre maison qui est malade depuis plusieurs mois : il transpire la nuit, il tousse, mange peu.
Comme je tiens beaucoup à lui je vous prie de le guérir, je suis disposé à faire tous les sacrifices pour lui, si le bon Dieu me le garde il pourra m’être d’un grand secours.
J’ai l’honneur d’être avec un profond respect,
Votre tout dévoué et reconnaissant serviteur,
- Chevrier, aumônier du Prado
Reçu en faveur de Mademoiselle Vincent
Lettre n° 537 (519) REÇU 15 mars 1870
Reçu de Mademoiselle Jeannette Vincent, la somme de deux mille francs, provenant d’un don fait à la Providence du Prado par Mme Veuve Sens décédée il y a 14 mois.
Je m’engage à payer à Mademoiselle Jeannette Vincent pendant toute sa vie, les intérêts de cette somme à 4 pour cent
Fait à Lyon, le 15 mars 1870.
- Chevrier
aumônier du Prado
Certificat en faveur de Monsieur Guerre
Lettre n° 538 (531) [1] 10 février 1871
Je, soussigné, Prêtre, directeur de la Providence du Prado, à la Guillotière, certifie que Monsieur Guerre Louis est resté dans notre maison pendant l’espace de quatre années en qualité d’employé, et que nous avons toujours été très content de lui sous le rapport de la conduite, de l’ordre, et de l’exactitude.
Nous regrettons sincèrement que des circonstances particulières le forcent à s’éloigner de nous ; nous perdons un homme digne de confiance.
Lyon, le 10 février 1871
- Chevrier
Je renouvelle le certificat ci-dessus pour les deux ans et demi que Monsieur Guerre vient de passer dans notre maison du Prado.
Lyon, le 17 octobre 1873
- Chevrier
A Monsieur Guerre
Lettre n° 539 (532) [2] 25 juillet
Mon cher ami,
J’ai tardé un peu à vous répondre ; ce n’est pas que je n’eusse pas l’intention de vous répondre de suite, mais vous savez quelle est ma vie au Prado, je ne sais pas souvent où donner de la tête, comme on dit.
Je vous dirai donc d’abord que je suis bien peiné de voir que vous croyez que nous avons écrit quelque chose contre vous. D’abord pour moi je n’ai rien à dire contre vous, au contraire ; pendant tout le temps que vous êtes resté à notre maison vous avez rempli votre devoir avec exactitude et intelligence et je n’ai rien à vous reprocher. Vous n’êtes parti de chez nous que parce que vous l’avez bien voulu et ça a été à notre grand regret.
Maintenant je ne pense pas que personne ait pu rien écrire contre vous et si je le savais je le forcerais de réparer ce qu’il aurait dit. Je ne le croirai que lorsque j’aurai vu les lettres. Ne vous laissez donc pas aller, mon cher ami, à toutes ces pensées et croyez bien que nous n’avons contre vous ni haine, ni vengeance, ni rancune.
Les Sœurs même étaient très contentes de votre travail et que de fois Sœur Dominique a dit : « Ah ! si nous avions M. Guerre, nous aurions bien plus d’ordre dans notre lingerie. » Et je vous prie de croire que si je trouvais une bonne place je me ferais un plaisir de vous la procurer. Et si vous trouvez quelque chose écrivez-le moi et je vous promets d’écrire de bons témoignages en votre faveur pour que vous puissiez être bientôt placé. D’ailleurs venez nous voir et nous causerons ensemble et je ferai tout ce que je pourrai pour vous.
Soyez toujours bien sage ; ne négligez pas vos devoirs de religion et que le bon Dieu vous accorde sa grâce et sa bénédiction.
Votre tout dévoué en Notre Seigneur Jésus-Christ.
- Chevrier
Certificat en faveur de la famille Dennesson
Lettre n° 540 (489) Lyon, 1er août 1871
L’abbé Chevrier, aumônier du Prado à la Guillotière, Lyon, connaît depuis longtemps la famille Dennesson et rend témoignage que c’est une famille honnête et chrétienne.
Un de leurs enfants nommé Joannès est malade depuis longtemps ; sa bonne mère le conduit à St François Régis pour obtenir sa guérison.
Nous l’accompagnons de nos vœux et de nos prières et le recommandons aux prières des âmes charitables et dévotes à ce grand saint.
- Chevrier
A Monsieur en faveur de Pierre Thibaudier
Lettre n° 541 (487) [1] 22 mai
Mon bon monsieur
Il y a quelques jours vous cherchiez un petit jeune homme pour vos commissions et votre jardin.
Je vous présente ce petit garçon qui vient de faire sa première communion, si vous voulez le recevoir je puis vous assurer que vous serez content de son petit travail.
Veuillez agréer mes salutations sincères.
- Chevrier
Pierre Thibaudier.
Lettre n° 542 (490) [2] 29 décembre 1871
Monsieur,
Je vous écris pour vous remercier de la charité que vous avez eue en recevant notre jeune André Thibaudier et nous espérons qu’il vous contentera par son obéissance, sa piété et son travail.
Son jeune frère Pierre, âgé de 15 ans, désire depuis longtemps aller aussi vers vous, et je lui ai fait espérer que si on était content de son frère aîné peut-être que vous auriez la bonté de le prendre aussi.
Je viens donc vous prier de me dire si vous voulez le recevoir encore et quelle réponse il faut lui donner.
Veuillez agréer mes souhaits sincères de bonne année et de remerciements pour votre charité à l’égard de nos enfants, ainsi que ce bon Monsieur Didelot et croire à la sincère reconnaissance de votre tout dévoué serviteur en Notre Seigneur.
- Chevrier
au Prado, Guillotière
A Madame la Supérieure de N. D. des Sept Douleurs En faveur de Mademoiselle Vallet
Lettre n° 543 (492) [1] 19 avril 1873
L’abbé Chevrier a l’honneur de présenter ses hommages respectueux à la Très Révérende Mère des Sœurs de l’Adoration perpétuelle et la prie de se souvenir d’une personne qu’elle a connue autrefois nommée Annette Vallet ; elle désire entrer dans sa communauté. J’espère que, guidée par vos sages conseils, elle pourra devenir une fervente adoratrice du St Sacrement et je vous prie de prier Dieu pour nous et nos enfants.
- Chevrier
En faveur de Mademoiselle Marmoiton
Lettre n° 544 (493) [2] 26 décembre 1877
Ma très Révérende Mère,
Permettez-moi de recommander à votre bienveillance une jeune fille nommée Eugénie Marmoiton qui nous a été recommandée par le Révérend Père abbé de Sept Fons. Nous l’avons gardée pendant plusieurs mois à la maison, mais comme nous n’avons point de chambre à donner, nous l’avions placée à l’infirmerie en attendant, puis des malades étant survenues, nous avons été obligés de la placer chez une bonne fille de notre voisinage.
Nous voudrions la voir placée dans une communauté où elle aurait le privilège de pouvoir aller à la Messe et faire ses devoirs religieux. C’est une bonne personne pieuse qui a besoin d’encouragements et de consolation.
Je profite de cette occasion pour vous offrir mes salutations bien respectueuses et me recommander à vos prières et à celles de votre communauté. Votre tout dévoué en Notre Seigneur.
- Chevrier, aum. du Prado
A Monsieur… en faveur de Monsieur Dupasquier
Lettre n° 545 (491) 14 janvier 1874
Mon bon Monsieur,
Permettez-moi de venir recommander à votre bienveillance un jeune architecte de 23 ans nommé Dupasquier, bien connu de Mme Bernard. Ce jeune homme qui vient de perdre son père travaille à Genève, où malheureusement les jeunes gens sont si exposés à perdre la foi et le reste. Sa pauvre mère serait très heureuse de le voir placé à Lyon et surtout chez Monsieur Bossan. Si donc vous pouviez rendre service à ce jeune homme et à sa mère en le prenant dans vos travaux de Lyon au d’ailleurs vous rendriez un grand service à cette pauvre mère et à ce fils.
Veuillez mon bon Monsieur, accepter les souhaits bien sincères de votre tout dévoué serviteur et le témoignage bien cordial de son respectueux dévouement.
- Chevrier, aumônier du Prado
A Monsieur le Directeur du Dispensaire en faveur de Monsieur Faure
Lettre n° 546 (494) 11 février 1874
Monsieur le Directeur
Veuillez avoir l’obligeance d’appliquer la carte de Mlle de Murard de St Romain, n° 922, à Monsieur Faure, rue Béchevelin, 11, malade qui a besoin de secours.
Veuillez agréer les salutations très humbles de votre dévoué serviteur.
- Chevrier, autorisé
Certificat en faveur de Mademoiselle Convert
Lettre n° 547 (495) [Lyon, Prado, le 18 août 1875]
Je connais depuis longtemps Mademoiselle Louise Convert et puis donner sur elle de bons renseignements touchant sa religion, sa moralité et sa probité.
Je lui souhaite une bonne place et prie Dieu pour qu’elle puisse bien contenter les bons maîtres qui voudront bien l’accepter.
- Chevrier,
aum. du Prado
Certificat en faveur de Mademoiselle Crozier
Lettre n° 548 (497) Lyon, le 2 octobre 1876
Nous, Prêtre soussigné du tiers ordre de St François d’Assise, autorisé par nos Supérieurs Généraux avons reçu du tiers ordre de St François,
Mlle Marie Crozier, de Vaugneray, le 27 juin 1875, et nous l’avons admise à la profession le 2 octobre 1876, en foi de quoi nous lui avons donné le présent certificat afin qu’elle puisse se présenter dans les réunions du tiers-ordre et participer à leurs faveurs.
- Chevrier
aumônier du Prado, du Tiers-ordre de St François
Certificat EN FAVEUR DE MONSIEUR CHAPOTTON
Lettre n° 549 (496) Lyon, le 4 octobre 1875
Je connais Monsieur Louis Chapotton, professeur d’anglais, demeurant rue de l’Hôtel de Ville 55, et je le recommande à Messieurs les Supérieurs des maisons d’éducation, et puis leur faire espérer que par son savoir, sa bonne conduite et son exactitude, il rendra service aux élèves qui lui seront confiés.
- Chevrier
aum. du Prado. Lyon
A Monsieur Dufour
Lettre n° 550 (498) 11 janvier 1877
Monsieur Dufour
Je viens vous renouveler par la présente ce que je vous ai déjà dit de vive voix et que j’ai affirmé aussi au représentant de M. le Juge d’instruction il y a deux mois, que je n’ai rien reçu de M. Chatelard. Je n’ai pas répondu plus tôt, parce que ayant dit cela déjà plusieurs fois je ne voyais pas de nécessité de le répéter de nouveau.
Quant à la place dont vous me parlez, veuillez en parler à Monsieur Dutel qui connaît beaucoup Monsieur Gillet et qui pourra vous être utile dans cette circonstance.
Veuillez agréer les salutations bien sincères de votre tout dévoué serviteur.
- Chevrier, aum. du Prado
A Monsieur Gilet en faveur de Monsieur Dufour
Lettre n° 551 (501)
L’abbé Chevrier, aumônier du Prado, présente ses hommages bien respectueux à Monsieur Gilet et le prie de vouloir bien recevoir comme employé dans ses ateliers, Monsieur Jean Dufour, demeurant à la cité Lafayette 37, qui est déjà un peu au courant de la teinture.
C’est un bon père de famille qui a besoin de gagner sa vie, et qui est digne d’intérêt.
Veuillez agréer mes salutations bien sincères.
Antoine Chevrier
A Sœur Nouvel en faveur de Mademoiselle Guillet
Lettre n° 552 (499) Lyon, 4 août 1877
A NOTRE TRES HONOREE SŒUR, MAITRESSE DE LA SALLE D’ATTENTE DE LA MATERNITE A LA CHARITE, LYON
L’abbé Chevrier recommande aux bons soins de la Supérieure de la Maternité à la Charité, la nommée Marie Guillet qui doit bientôt entrer en salle.
Cette personne montre de bonnes dispositions pour vivre chrétiennement et a l’intention de bien remplir ses devoirs.
Il prie en même temps cette bonne Sœur de recevoir ses salutations sincères.
Antoine Chevrier
A Monsieur l’Aumônier de l’Hôtel Dieu en faveur de [Wilhem Antoni]
Lettre n° 553 (500) 11 juin 1878
Monsieur et vénéré Supérieur,
Le Major de l’hôpital a ordonné à un de nos bons jeunes gens de l’école cléricale du Prado, des douches froides.
Il ne nous est pas possible de lui administrer ce traitement à la maison. S’il vous était possible de lui faire donner ces douches à l’hôpital vous nous rendriez grand service et à ce bon jeune homme [Wilhem] qui nous aimons bien et que nous désirons bien voir se rétablir pour devenir plus tard un bon prêtre.
Veuillez agréer avec mes remerciements mes salutations très respectueuses.
Antoine Chevrier
A Mme la Supérieure du Refuge N.D. de Compassion en faveur de Marie Lausdat
Lettre n° 554 (502) Lyon, le 23 août 1878
Ma révérende Mère,
Nous avons une enfant de 14 ans qui a fait sa Première Communion dans notre maison, au Prado et qui ne marche pas bien, sa mère ne peut rien en faire, elle ne peut rester nulle part, elle commence à tomber dans le vice, si on ne la retire pas elle deviendra un mauvais sujet. Elle se nomme Marie Lausdat, rue Thomassin 97, au 2e. Veuillez la prendre dans votre refuge vous la sauverez peut-être et vous aurez fait une bien bonne œuvre.
Je prie Dieu pour que vous daignez exaucer ma demande et suis avec un profond respect votre tout dévoué
serviteur et prêtre.
Antoine Chevrier
aum. du prado
A Mademoiselle du Chagny en faveur de Mademoiselle Beaulun
Lettre n° 555 (488) 9 avril
MADEMOISELLE DU CHAGNY, RUE SAINT JOSEPH 38, LYON
Mademoiselle,
une personne nommée Antoinette Beaulun me demande une lettre de recommandation pour se présenter à vous afin d’avoir des secours.
Je ne connais pas cette personne, je ne l’ai vue que deux ou trois fois au parloir ou à l’église.
Si votre charité peut lui être utile je ne m’y oppose nullement, au contraire, je ne puis qu’engager à pratiquer la charité envers cette personne qui me paraît malheureuse.
Antoine Chevrier
A Monsieur Périsse en faveur de [Monsieur Lati]
Lettre n° 556 (502 bis)
L’abbé Chevrier a l’honneur de recommander à la bienveillante attention de M. Périsse, ce brave homme qui est sans place et qui pourrait bien occuper un emploi de confiance, dans quelque magasin ou atelier.
Cet homme est un bon chrétien et tout à fait digne d’intérêt.
Agréez les salutations bien respectueuses de votre serviteur très indigne en Notre Seigneur Jésus-Christ.
- Chevrier
au Prado, Guillotière - Lati, rue de Marseille, 26.
A Monsieur le Curé… en faveur de Madame Caillat
Lettre n° 557 (518)
Monsieur le Curé,
J’ai recours à votre obligeance pour une pauvre femme ma paroissienne qui vient de perdre son mari et qui désirerait savoir quelques renseignements au sujet de la petite succession qui peut lui revenir.
Jean Caillat, fils d’André et de Berthe Plautard, époux en troisièmes noces de Barbe Ofenhaüser vient de mourir. Le contrat de mariage des susdits époux porte qu’ils se sont donnés leurs biens au dernier survivant. En conséquence la Vve Caillat désirerait savoir si son mari possédait quelques terres à St Sylvestre, si ces biens sont de quelque valeur réelle et si elle peut faire les démarches pour en effectuer la possession.
Cet homme en mourant laisse quelques dettes et il lui est pénible d’être obligée…
A Monsieur le Préfet en faveur de l’œuvre du Prado
Lettre n° 558 (520)
Monsieur le Préfet,
L’abbé Chevrier directeur de la Providence du Prado située à la Guillotière, rue Chabrol 55, et rue Dumoulin 14, a l’honneur de vous exposer que le chiffre des impositions s’élève à 265 francs et il demande une modération sur ce chiffre pour les raisons suivantes.
[il a l’honneur] d’appeler votre bienveillante attention sur les impôts de l’œuvre du Prado, afin d’obtenir une diminution sur les impôts qui grèvent cette Provid…
L’œuvre du Prado a pour but de préparer à la Première Communion les enfants pauvres et âgés qui ne peuvent la faire dans leur paroisse à cause de leur âge, de leurs défauts ou de leur ignorance. Il y en a toujours une centaine…
Ces enfants ne paient aucune pension puisqu’ils sont tous pauvres ou appartiennent aux familles les plus pauvres de la ville. Nous n’avons que la charité publique pour les loger, les nourrir et les vêtir durant tout le temps qu’ils restent à la maison.
Ces enfants ne travaillent pas puisqu’ils ne sont là que pour se préparer à la Première Communion et par conséquent ne rendent rien à l’œuvre.
Nous n’avons en fait de local que le strict nécessaire pour le logement et les cours pour les récréations, point de jardin.
L’impôt sur le revenu de… Or ce revenu n’existe pas puisque je suis obligé de nourrir, de vêtir et de blanchir tous ces pauvres petits locataires et quand eux ne payent de pension. Monsieur le Maire de concert avec le bureau de bienfaisance, ayant reconnu l’utilité de cette maison nous fournit chaque mois une certaine quantité de pain pour nos enfants, et la ville nous alloue 700 francs par an. Nous avons en outre une chapelle ouverte au public dans le local du Prado qui pourrait bien être exempte d’impôts comme oratoire public.
Pour toutes ces raisons je viens donc supplier Monsieur le Préfet de vouloir bien nous accorder une modération sur les impôts qui pèsent sur cette maison et nous espérons que vous voudrez bien écouter favorablement notre demande.
J’ai l’honneur d’être…
Ci-joint le reçu du présent trimestre.
A Monsieur le Ministre de la Justice en faveur de Monsieur Drevon
Lettre n° 559 (480)
Monsieur,
La femme Drevon, tailleuse, demeurant à Lyon (Rhône) quartier de la Guillotière, rue Passet 5, a l’honneur d’exposer que son marin, ancien brigadier d’octroi de la Guillotière a été condamné par arrêt de la cour impériale de Lyon à un an de prison, pour (dit l’arrêt), soustraction de passe-debouts (le 22 décembre dernier).
En première instance et par jugement du tribun… etc… Drevon, son maris, s’est adressé à sa majesté l’Empereur des Fr… pour le supplier d’user en
sa faveur d’une grande clémence à son égard et de le délivrer de la peine infamante qu’il subit depuis quelques temps. Je viens aussi moi… Son épouse s’adresse à votre Excellence pour vouloir appuyer sa demande auprès de sa Majesté et lui recommander un pauvre père de famille détenu en prison et qui a chez lui dans le plus grand délaissement et la plus amère douleur une épouse désolée, une jeune enfant de trois… et une vieille mère âgée de 84 ans desquelles il est l’unique soutien.
Si vous m’assurez votre protection auprès de sa Majesté, je ne doute pas que la grâce de mon mari ne soit accordée et en rendant à une épouse son mari, à une mère son fils, à un enfant son père vous nous comblerez de bonheur et nous conserverons dans notre cœur une éternelle reconnaissance.
Aujourd’hui, c’est son épouse qui vient se jeter aux pieds de votre Grandeur pour lui demander protection et appui auprès de sa Majesté et la supplier d’intercéder en faveur d’un pauvre père de famille détenu en prison et qui laisse chez lui dans la plus grande tristesse et la plus inexprimable douleur une épouse, une enfant de trois… et une vieille mère de 84 ans desquelles il est… et soutien.
Je ne doute pas que…
A la Sainte Vierge Marie
Lettre n° 560 (479) A la Sainte Vierge Marie
Sainte Vierge Marie,
Consolatrice des affligés et secours de tous les malheureux, je vous envoie cette pauvre âme afin que vous la regardiez avec un œil de miséricorde et de compassion. Guérissez son esprit et son cœur et dissipez les tentations du mauvais esprit qui l’assaillent et mettez dans son âme le calme, la paix et l’amour de Jésus votre divin Fils.
Je vous le demande par l’amour que vous avez pour toutes les âmes rachetées par Jésus votre divin Fils.
Votre indigne serviteur et Prêtre de Jésus-Christ.
- Ch
Table des matières
A Mademoiselle Annette Fréchet (tante) 2
A MONSIEUR THEVENON-PEIGNER.. 4
- Lettre n° 6 (6) [1] A Madame Chevrier (Mère) 16 février 4
- Lettre n°7 (7) [2] A Madame Chevrier (Mère) Prado, 2 novembre 1870. 4
- Lettre n°8 (8) [3] A Madame Veuve Chevrier (Mère) Rome, 4 juin 1877. 5
- LETTRES DE SAINT ANDRE ET DE LA CITE 1855-1860. 5
A Monsieur Francisque Convert 5
- Lettre n°9 (9) [1] A Monsieur Francisque Convert Lyon, 30 août 1855. 5
- Lettre n°10 (10) [2] A Monsieur Francisque Convert 6
- Lettre n°11 (11) [3] A Monsieur Francisque Convert Lyon, 21 mars 1857. 7
- Lettre n°12 (12) [4] A Monsieur Francisque Convert 6 Juin 1857. 8
- Lettre n°13 (13) [5] A Monsieur Francisque Convert 25 janvier 1858. 9
A MONSIEUR CAMILLE RAMBAUD.. 12
- Lettre n°16 (15) [1] A Monsieur Camille Rambaud, Lyon [Cité], 23 janvier 1859. 12
- Lettre n°17 (16) [2] A Monsieur Camille Rambaud [Cité, février 1859] 12
- Lettre n°18 (17) [3] A Monsieur Camille Rambaud [Cité, fin février 1859] 14
- Lettre n°19 (18) [4] A Monsieur Camille Rambaud [Cité,] 5 mars 1859. 15
- Lettre n°20 (19) [5] A Monsieur Camille Rambaud [Cité,] 15 avril 1859. 16
- Lettre n°21 (20) [6] A Monsieur Camille Rambaud [Cité,] 4 mai 1859. 17
- Lettre n°22 (21) [7] A Monsieur Camille Rambaud [Cité] 14 Mai 1859. 19
- Lettre n°23 (22) [8] A Monsieur Camille Rambaud Cité, fin juin 1859. 21
- Lettre n°24 (553) A Madame… (La Tour du Pin) 7 février 1860. 23
- LETTRES AUX PRETRES ET AUX SEMINARISTES 1864-1878. 24
Au Père Frey, Supérieur du Séminaire Français. à Rome. 24
- Lettre n°26 (23) [1] A Monsieur l’Abbé Bernerd, au Prado à Lyon, [1864] 24
- Lettre n°27 (24) [2] A Monsieur l’Abbé Bernerd [Septembre 1865] 25
- Lettre n°28 (25) [3] A Monsieur l’Abbé Bernerd [Printemps 1866] 25
- Lettre n°29 (26) [4] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 13 janvier 1867. 27
- Lettre n°30 (27) [5] A Monsieur l’Abbé Bernerd, Chatanay, 6 août 1867. 27
- Lettre n°31 (28) [6] A Monsieur l’Abbé Bernerd, [Octobre 1867] 27
- Lettre n°32 (29) [7] A Monsieur l’Abbé Bernerd, [1868] 28
- Lettre n°33 (30) [8] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 20 juillet [1868] 28
- Lettre n°34 (31) [9] A Monsieur l’Abbé Bernerd, St Jean de Soudain [Carême 1869] 28
- Lettre n°35 (32) [10] A Monsieur l’Abbé Bernerd, Jean-de-Soudain, 16 avril 1869. 29
- Lettre n°36 (33) [11] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 3 mai 1869. 30
- Lettre n°37 (34) [12] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 3 mai [1869] 30
- Lettre n°38 (35) [13] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 16 juillet [1869] 30
- Lettre n°39 (36) [14] A Monsieur l’Abbé Bernerd, Lyon, le 24 août 1869. 30
- Lettre n°40 (37) [15] A Monsieur l’Abbé Bernerd, [1869] 31
- Lettre n°41 (38) [16] A Monsieur l’Abbé Bernerd, [Chalamont, 14 juin 1870] 32
- Lettre n°42 (39) [17] A Monsieur l’Abbé Bernerd, [Octobre 1870] 32
- Lettre n°43 (40) [18] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 30 août 1871. 33
- Lettre n°44 (41) [19] A Monsieur l’Abbé Bernerd, [septembre 1873] 33
- Lettre n°45 (42) [20] A Monsieur l’Abbé Bernerd, [Prado.] 15 septembre 1873. 34
- Lettre n°46 (43) [21] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 1874. 34
- Lettre n°47 (44) [22] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 27 juillet [1874] 34
- Lettre n°48 (45) [23] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 20 août 1874. 35
- Lettre n°49 (46) [24] A Monsieur l’Abbé Bernerd, 5 juillet 1875. 35
- Lettre n°50 (47) [25] [St Fons,] 19 juillet 1875. 35
- Lettre n°51 (48) [26] A Monsieur l’Abbé Bernerd, [Eté] 1876. 36
- Lettre n°52 (49) [1] à Monsieur l’Abbé Gourdon, [1865] 36
- Lettre n°53 (50) [2] à Monsieur l’Abbé Gourdon, 28 août 1865. 37
- Lettre n°54 (51) [3] à Monsieur l’Abbé Gourdon, 7 novembre 1865. 37
- Lettre n°55 (52) [4] à Monsieur l’Abbé Gourdon, [Vénissieux,] 5 décembre 1865. 38
- Lettre n°56 (53) [5] à Monsieur l’Abbé Gourdon, 22 janvier 1866. 38
- Lettre n°57 (54) [6] à Monsieur l’Abbé Gourdon, 3 juin 1866. 39
A Jean-Claude Jaricot (séminariste) 41
- Lettre n°61 (64) [1] Jean-Claude Jaricot, Prado, 21 mars 1866. 41
- Lettre n°62 (65) [2] A Monsieur l’Abbé Jaricot, Rome, [Lyon,] 12 janvier [1868] 41
- Lettre n°63 (66) [3] A Monsieur l’Abbé Jaricot, à Rome, Lyon, 1868. 41
- Lettre n°64 (67) [4] A Monsieur l’Abbé Jaricot, Lyon, 20 mai 1868. 42
- Lettre n°65 (68) [5] A Monsieur l’Abbé Jaricot, [Prado,] 12 juin 1868. 43
- Lettre n°66 (69) [6] A Monsieur l’Abbé Jaricot, [Fin de 1868] 44
- Lettre n°67 (70) [7] A Monsieur l’Abbé Jaricot, [Saint-Fons,] 26 novembre 1868. 45
- Lettre n°68 (71) [8] A Monsieur l’Abbé Jaricot, 15 janvier 1869. 45
- Lettre n°69 (72) [9] A Monsieur l’Abbé Jaricot, [Février 1869] 46
- Lettre n°70 (73) [10] A Monsieur l’Abbé Jaricot, 8 mars 1889. 47
- Lettre n°71 (74) [11] A Monsieur l’Abbé Jaricot, [Prado,] 3 avril 1869. 47
- Lettre n°72 (75) [12] A Monsieur l’Abbé Jaricot, [Avril 1869] 47
- Lettre n°73 (76) [13] A Monsieur l’Abbé Jaricot, à la Providence du Prado, [Mai 1869] 48
- Lettre n°75 (55) [1] A Monsieur l’Abbé Dutel, [Octobre 1869] 49
- Lettre n°76 (56) [2] A Monsieur l’Abbé Dutel [Prado,] 10 novembre [1869] 49
Au groupe des quatre séminaristes Broche, Delorme, Duret, Farissier 50
- Lettre n°77 (111) [A Claude Farissier] [Lyon,] 1er mars 1871 50
- Lettre n°78 (112) [A Claude Farissier] [Prado,] 11 mars [1871] 50
- Lettre n°79 (124) [A Nicolas Delorme] [Prado, décembre 1871] 51
- Lettre n°80 (100) [A François Duret] [Prado,] 3 janvier 1872. 51
- Lettre n°81 (125) Pour Monsieur Delorme [Prado,] 3 janvier 1872. 53
- Lettre n°82 (538) [Aux Quatre Séminaristes, à Alix] 24 janvier 1872. 53
- Lettre n°83 (89) [A Jean Broche. ALIX] [Prado, mars 1872] 54
- Lettre n°84 (126) [A Nicolas Delorme] [Carême 1872] 55
- Lettre n°85 (90) [A Jean Broche] [Prado, mai 1872] 55
- Lettre n°86 (113) [A Claude Farissier] [St. Fons, juin 1872] 56
- Lettre n°87 (101) [A François Duret] [Prado,] 11 août 1872. 57
- Lettre n°88 (91) [A Jean Broche] [Prado] 9 décembre [1872] 57
- Lettre n°89 (114) [A Claude Farissier] [Prado,] 9 décembre 1872. 58
- Lettre n°90 (127) [A Nicolas Delorme] [St Léonard, fin janvier 1873] 59
- Lettre n°91 (102) [A François Duret] [Lyon, 20 Mars 1873] 60
- Lettre n° 92 (103) [A François Duret] Prado,] 28 mars 1873. 61
- Lettre n° 93 (92) [A Jean Broche] J.M.J. [Prado,] 6 juin [1873] 61
- Lettre n°94 (104) [à François Duret] [Prado, 6 juin 1873] 62
- Lettre n°95 (93) [Messieurs Broche, Farissier, Delorme, Au Prado] [Limonest, juillet 1873] 62
- Lettre n°96 (104 bis) [à Monsieur Duret. à Charlieu] 13 août [1873] 63
- Lettre n°97 (128) [A Nicolas Delorme] [Prado. fin septembre 1873] 63
- Lettre n°98 (129) [A Nicolas Delorme] 64
- Lettre n°99 (130) [A Nicolas Delorme] 64
- Lettre n°100 (94) [A Jean Broche] [Prado,] 20 novembre [1873] 64
- Lettre n°101 (131) [à Nicolas Delorme] [Prado, novembre 1873] 65
- Lettre n°102 (115) [A Claude Farissier] [Prado, janvier 1874] 65
- Lettre n°103 (105) [A François Duret] [Prado,] 9 février 1874. 65
- Lettre n°104 (95) [A Jean Broche] [Prado, 15 août 1874] 66
- Lettre n°105 (132) [A Nicolas Delorme] [Prado,] 2 janvier 1875. 67
- Lettre n°106 (537) [aux quatre séminaristes] St Fons, 21 janvier 1875. 67
- Lettre n°107 (133) Mr L’abbé Delorme, [Lyon,] 11 décembre 1875. 68
- Lettre n°108 (156) [à l’un des quatre séminaristes] 11 décembre 1871. 68
- Lettre n°109 (134) [A Nicolas Delorme Prado 15 décembre 1875. 68
- Lettre n°110 (135) [A Nicolas Delorme] 69
- Lettre n°111 (136) [A Nicolas Delorme] 69
- Lettre n°112 (137) [A Nicolas Delorme] [Lantigné ,26 juin 1876] 70
- Lettre n°113 (96) [A Jean Broche] [Prado, fin octobre 1876] 70
- Lettre n°114 (97) [A Jean Broche] [Novembre, 1876] 71
- Lettre n°115 (106) [A François Duret] Prado, fin novembre 1876. 72
- Lettre n°116 (107) [A Francois Duret] [Prado,] 26 décembre (1876) 73
- Lettre n°117 (116) [A Claude Farissier] [Lyon, fin janvier 1877] 74
- Lettre n°118 (108) [A François Duret] [Limonest,] 28 février 1877. 75
- Lettre n°119 (98) [A Jean Broche] [Prado, mars 1877] 75
- Lettre n°120 (99) [A Jean Broche] [Marseille, 15 mars 1877] 76
- Lettre n°121 (117) [A Claude Farissier] [Rome, 22 mai 1877] 76
- Lettre n°122 (57) 20 novembre 1873. 77
- Lettre n°123 (536) A Monsieur l’Abbé… 21 novembre 1873. 77
- Lettre n°124 (155) Monsieur l’abbé Favier. Vicaire à Marols, Loire [Lyon,] 27 janvier 1874. 78
- Lettre n°125 (139) [A Maurice Daspres] [Prado, 26 décembre 1875] 78
- Lettre n°126 (140) [A Maurice Daspres] [Prado,] 16fevrier 1876. 79
- Lettre n°127 (148) [A Léon Ferrat] [Vichy, août 1876] 79
- Lettre n°128 (141) [A Maurice Daspres] 30 septembre [1876] 79
- Lettre n°129 (142) [A Maurice Daspres] 15 février [1877] 80
- Lettre n°130 (143) [A Maurice Daspres] Rome, 25 avril [1877] 80
- Lettre n°131 (144) [A Maurice Daspres] [Vacances 1877] 81
- Lettre n°132 (145) [à Maurice Daspres] [Prado,] 10 décembre [1877] 81
- Lettre n°133 (146) [A Maurice Daspres] [Prado,] 1er mars [1878] 82
- Lettre n°134 (147) [à Maurice Daspres] [Prado,] 8 juin [1878] 83
- Lettre n°135 (149) [A Léon Ferrati] 22 juillet [1878] 84
- A Wilhelm Antoni 84
- Lettre n°136 (150) A mon petit Wilhelm, Au Prado [Rome] 18 avril [1877] 84
- Lettre n°137 (151) A Monsieur Wilhelm Antoni 5 octobre 1878. 84
- Lettre n°138 (152) A Wilhelm Antoni 85
- Lettre n°139 (157) à Monsieur l’abbé Marcoux. Vicaire de Coutouvres Prado, 3 décembre 1877. 85
- Lettre n°140 (158) A… Séminariste1 85
- Lettre n°141 (153) A…… 85
- A Jean-Claude Jaricot, Prêtre. 86
- Lettre n°142 (77) [A Jean-Claude Jaricot] [1] [Vichy, août 1876] 86
- Lettre n°143 (78) [A Jean-Claude Jaricot] [2] [Prado, fin octobre 1876] 87
- Lettre n°144 (79) [A Jean-Claude Jaricot] [3] [Rome, 19 mars 1877] 87
- Lettre n°145 (80) [4] au Père Jean-Claude Jaricot Rome, 26 mars 1877. 88
- Lettre n°146 (81) [5] au Père Jean-Claude Jaricot [Rome, 10 avril 1877] 88
- Lettre n°147 (82) [6] [A Jean-Claude Jaricot] [Rome, avril 1877] 89
- Lettre n°148 (83) [7] [A Jean-Claude Jaricot] [Rome, fin avril 1877] 90
- Lettre n°149 (84) [8] AU R.P. Jaricot, à la providence du Prado, [Rome,] 4 juin [1877] 90
- Lettre n°150 (85) [9] Au Père Jaricot. A La Providence Du Prado. [Rome, juin 1877] 91
- Lettre n° 151 (86) [10] au Père Jean-Claude Jaricot [Rome, 19 juin 1877] 92
- Lettre n°152 (87) [11] au Père Jaricot [Lyon,] 4 avril 1878] 92
- Lettre n°153 (88) [12] [A Jean-Claude Jaricot] [Prado.] 9 avril 1878. 93
Aux quatre premiers prêtres du Prado Broche, Delorme, Duret, Farissier 94
- Lettre n°154 (118) Monsieur L’abbé Farissier. Au Prado. Lyon [Limonest, mai 1878] 94
- Lettre n°155 (119) [A Claude Farissier] [1878] 94
- Lettre n° 156 (120) à Claude Farissier [Vichy, 14 juin 1878] 94
- Lettre n° 157 (109) [A François Duret] 16 juin 1878. 95
- Lettre n° 158 (121) Mr L’Abbé Farissier, Aumônier de la Providence du Prado, 96
- Lettre n° 159 (110) [A Francois Duret] [Vichy, commencement juillet 1878] 97
- Lettre n° 160 (122) à Mr l’Abbé Farissier [Vichy,] Ce 6 juillet 1878. 98
- Lettre n° 161 (123) à monsieur l’abbé Farissier, au Prado. Lyon. 17 septembre 1878. 98
- Lettre n° 162 (138) [A Nicolas Delorme] [1878] 98
Aux autorités ecclésiastiques. 99
- Lettre n° 163 (58) Au Père Bruno, Capucin. 99
- Lettre n° 164 (60) [A Monsieur Orcel, Vicaire Général] [24 février 1870] 99
- Lettre n° 165 (524) [lettre de Mr Orcel copiée par le Père Chevrier] 2 avril 1873. 99
- Lettre n° 166 (534) [a m… Vicaire général] 99
- Lettre n° 167 (61) [A Monsieur Pagnon, Vicaire Général] [Novembre 1873] 100
- Lettre n° 168 (62) A Mgr Thibaudier. évêque de Sidonie, à Lyon Lyon, le 8 novembre 1875. 100
- Lettre n° 169 (63) Copie de la lettre de Mgr Thibaudier, 9 novembre 1875. 100
- Lettres aux sœurs du Prado 1859-1879. 101
- Lettre n° 170 (159) [1] A Sœur Marie 29 juin [1869] 101
- Lettre n° 171 (160) [2] A Sœur Marie [1870] 101
- Lettre n° 172 (161) [3] A Sœur Marie. 102
- Lettre n° 173 (162) [4] A Sœur Marie [1875] 102
- Lettre n° 174 (163) [5] A Sœur Marie [1877] 102
- Lettre n° 175 (164) [6] A Sœur Marie, A Saint-André [Avril, 1877] 102
- Lettre n° 176 (165) [7] A Sœur Marie [Rome, mars-juin 1877] 103
- Lettre n° 177 (166) [8] A Sœur Marie [1878] 103
- Lettre n° 178 (228) [1] à notre sœur Véronique [Mai 1870] 103
- Lettre n° 179 (229) [2] à notre sœur Véronique. 104
- Lettre n° 180 (230) [3] à notre sœur Véronique [1872] 104
- Lettre n° 181 (231) [4] à notre sœur Véronique au Prado . 30 juin 1873 104
- Lettre n° 182 (232) [5] à notre sœur Véronique [1873] 105
- Lettre n° 183 (233) [6] à notre sœur Véronique Au Prado, Lyon [St Fons, 1874] 105
- Lettre n° 184 (234) [7] à notre sœur Véronique [Limonest 1875] 105
- Lettre n° 185 (235) [8] Sœur Véronique a Saint André. Limonest [Juin 1876] 105
- Lettre n° 186 (236) [9] à notre sœur Véronique. 106
- Lettre n° 187 (237) [10] à notre sœur Véronique au Prado Limonest, 7 mars 1877. 106
- Lettre n° 188 (238) [11] à Sœur Véronique [Rome, 16 avril 1877] 107
- Lettre n° 189 (239) [12] à notre sœur Véronique Lyon – .. [Rome, mai 1877] 108
- Lettre n° 190 (240) [13] à notre sœur Véronique, Prado, [Rome,] 14 Juin [1877] 109
- Lettre n° 191 (241) [14] à notre sœur Véronique, Prado, [Vichy,] 6 juil. 1878. 110
- Lettre n° 192 (167) [1] A Demoiselle Brun, Saint Maurice. [La Cité,] 25 août 1859. 110
- Lettre n° 193 (167 bis) [2] Notre Sœur Thérèse Brun, aux Chartreux. Lyon [Prado,] 19 m. 1865] 110
- Lettre n° 194 (168) [3] à notre sœur Thérèse [1871] 111
- Lettre n° 195 (169) [4] A Notre Sœur Thérèse St Fons, [1872] 111
- Lettre n° 196 (170) [5] Sœur Thérèse [1873] 111
- Lettre n° 197 (171) [6] A Notre Sœur Thérèse au Prado [1873] 112
- Lettre n° 198 (172) [7] Sœur Thérèse. Au Prado [1874] 112
- Lettre n° 199 (173) [8] A Notre Sœur Thérèse. Au Prado [1875] 112
- Lettre n° 200 (174) [9] A Notre Sœur Thérèse Au Prado [1876] 112
- Lettre n° 201 (175) [10] à notre sœur Thérèse [Lantignié, 9 juin 1876] 113
- Lettre n° 202 (176) [11] à notre sœur Thérèse, Prado, Rome, 25 avril [1877] 113
- Lettre n° 203 (177) [12] A Notre Sœur Thérèse, Au Prado [1877] 114
- Lettre n° 204 (178) [13] A Notre Sœur Thérèse [1878] 114
- Lettre n° 205 (179) [14] A Notre Sœur Thérèse, [Hôpital homéopathique, 3 janvier 1879] 115
- Lettre n° 206 (180) [1] A Sœur Claire 24 août 1867. 115
- Lettre n° 207 (181) [2] A Sœur Claire 4 septembre [1867] 115
- Lettre n° 208 (182) [3] A Sœur Claire [1868] 115
- Lettre n° 209 (183) [4] A Sœur Claire [1868] 116
- Lettre n° 210 (184) [5] A Sœur Claire [Moulin à Vent] 116
- Lettre n° 211 (185) [6] A Sœur Claire [1868] 116
- Lettre n° 212 (186) [7] A Sœur Claire. 117
- Lettre n° 213 (187) [8] A Sœur Claire. 117
- Lettre n° 214 (188) [9] A Sœur Claire [1868] 118
- Lettre n° 215 (189) [10] A Sœur Claire [1869] 118
- Lettre n° 216 (190) [11] A Sœur Claire [1870] 118
- Lettre n° 217 (191) [12] A Sœur Claire [1870] 119
- Lettre n° 218 (192) [13] à notre sœur Claire [1870] 119
- Lettre n° 219 [14] à sœur Claire St Fons, 1871. 119
- Lettre n° 220 (194) [15] à notre sœur Claire à Limonest [1871] 120
- Lettre n° 221 (195) [16] à notre sœur Claire. 120
- Lettre n° 222 [17] à notre sœur Claire. 120
- Lettre n° 223 (197) [18] à notre sœur Claire. 121
- Lettre n° 224 (198) [19] à notre sœur Claire. 121
- Lettre n° 225 (199) [20] à notre sœur Claire. 121
- Lettre n° 226 (200) [21] à notre sœur Claire [1872] 122
- Lettre n° 227 (201) [22] à notre sœur Claire au Prado [1872] 123
- Lettre n° 228 (202) [23] à notre sœur Claire. 123
- Lettre n° 229 (203) [24] à notre sœur Claire. 123
- Lettre n° 230 (204) [25] à notre sœur Claire. 123
- Lettre n° 231 (205) [26] à notre sœur Claire. 123
- Lettre n° 232 (206) [27] à notre sœur Claire. 124
- Lettre n° 233 (207) [28] à notre sœur Claire. 124
- Lettre n° 234 [29] à notre sœur Claire [21 novembre 1872] 124
- Lettre n° 235 (209) [30] à notre sœur Claire 21 novembre 1872. 125
- Lettre n° 236 (209 bis) [31] à notre sœur Claire 10 décembre 1872. 125
- Lettre n° 237 [32] à notre sœur Claire 21 janvier [1873] 125
- Lettre n° 238 (211) [33] à notre sœur Claire [1873] 126
- Lettre n° 239 (212) [34] Sœur Claire, Au Prado. 127
- Lettre n° 240 (212 bis) [35] à notre sœur Claire. 127
- Lettre n° 241 (213) [36] à notre sœur Claire [Janvier 1873] 128
- Lettre n° 242 (213 bis) [37] à notre Sœur Claire, 1er Janvier 1874. 128
- Lettre n° 243 (214) [38] à notre Sœur Claire, [1874] 128
- Lettre n° 244 (215) [39] à notre Sœur Claire [1875] 129
- Lettre n° 245 (216) [40] à notre sœur Claire [1875] 129
- Lettre n° 246 (217) [41] à notre Sœur Claire [1876] 129
- Lettre n° 247 (218) [42] à notre Sœur Claire [1876] 129
- Lettre n° 248 (219) [43] à notre Sœur Claire Au Prado 9 juin [1876] 130
- Lettre n° 249 [44] à notre Sœur Claire ………………. [1877] 130
- Lettre n° 250 [45] 1877. 130
- Lettre n° 251 (222) [46] à notre sœur Claire au Prado [Rome, fin avril 1877] 131
- Lettre n° 252 (223) [47] à notre Sœur Claire au Prado [Rome, 4 mai 1877] 131
- Lettre n° 253 (224) [48] à notre sœur Claire [Novembre 1877] 132
- Lettre n° 254 (225) [49] à notre Sœur Claire J. M. J. 132
- Lettre n° 255 (226) [50] à notre Sœur Claire. 133
- Lettre n° 256 (227) [51] à notre Sœur Claire J. M. J. 133
- Lettre n° 257 (242) [1] à Sœur Gabriel 1873. 133
- Lettre n° 258 (243) [2] à Sœur Gabriel au Prado [1877] 134
- Lettre n° 259 (244) [3] à Sœur Gabriel au Prado [1878] 134
- Lettre n° 260 (245) [4] à Sœur Gabriel [1879] 134
- Lettre n° 261 (246) [5] à Sœur Gabriel 135
- Lettre n° 263 (248) A Notre Sœur Hyacinthe, au Prado Rome 1877. 136
- Lettre n° 264 (249) à Mademoiselle Marie Tripier, [Prado,] 20 juillet [1868] 136
- Lettre n° 265 (250) [Rome, 1877] 137
- Lettres à Mesdemoiselles Mercier et Bonnard 1860 – 1878. 138
- Plan de la Guillotière en 1852. 138
A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard. 138
- Lettre n° 266 (251) [1] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard 6 février 1860. 138
- Lettre n° 267 (252) [2] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard Chatanay, [7 octobre 1860] 138
- Lettre n° 268 (253) [3] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard. 139
- Lettre n° 269 (254) [4] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard. 140
- Lettre n° 270 (255) [5] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [1861] 140
- Lettre n° 271 (256) [6] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard Chatanay, 16 juillet 1862. 140
- Lettre n° 272 (257) [7] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard Chatanay, 23 avril [1863] 140
- Lettre n° 273 (258) [8] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [La Tour du Pin, 28 avril 1863] 141
- Lettre n° 274 (259) [9] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard Rome, 29 septembre 1864. 141
- Lettre n° 275 (260) [10] Mesdemoiselles Mercier et Bonnard La Tour du Pin, 7 sept. 1867. 142
- Lettre n° 276 (261) [11] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [Lyon,] 19 novembre [1872] 142
- Lettre n° 277 (262) [12] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard 15 novembre [1873] 143
- Lettre n° 278 (263) [13] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [Limonest, avril 1874] 143
- Lettre n° 279 (264) [14] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard 12 mai [1874] 144
- Lettre n° 280 (265) [15] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard 2 novembre [1874] 144
- Lettre n° 281 (266) [16] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [1875] 145
- Lettre n° 282 (267) [17] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [Lantigné,] 9 juin [1876] 145
- Lettre n° 283 (268) [18] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [Octobre 1876] 145
- Lettre n° 284 (269) [19] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [Rome, 28 mars 1877] 146
- Lettre n° 285 (270) [20] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [St Fons,] 23 juin [1877] 146
- Lettre n° 286 (271) [21] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard 30 avril [1878] 147
- Lettre n° 287 [22] A Mesdemoiselles Mercier et Bonnard [Vichy,]29 juin 1878. 147
- Lettres de direction 1862-1878. 147
- Lettre n° 288 (435) A Monsieur Velly [1862] 147
- Lettre n° 289 (436) A Mademoiselle Velly (Sœur Saint Andre) 16 juillet 1871 148
- Lettre n°290 (437) Sœur Marie Saint André [1873] 148
Lettres à Madame Franchet, Quai Saint Vincent 43, Lyon. 148
- Lettre n° 291 (273) [1] à Madame Franchet Mercredi des cendres [1863] 148
- Lettre n° 292 (274) [2] à Madame Franchet [Prado,] 3 décembre [1863] 148
- Lettre n° 293 (275) [3] à Madame Franchet [Rome, 20 septembre 1864] 149
- Lettre n° 294 (276) [4] à Madame Franchet J.M.J [St Jean de Dieu,] 15 mars 1865. 150
- Lettre n° 295 (277) [5] à Madame Franchet [1865] 150
- Lettre n° 296 (278) [6] à Madame Franchet 20 mars [1866] 151
- Lettre n° 297 (279) [7] à Madame Franchet [1866] 152
- Lettre n° 298 (280) [8] à Madame Franchet J.M.J Prado, 15 mai 1867. 152
- Lettre n° 299 (281) [9] à Madame Franchet Prado, 13 août 1867. 153
- Lettre n° 300 (282) [10] à Madame Franchet 11 h du soir, 29 septembre 1867. 153
- Lettre n° 301 (283) [11] à Madame Franchet J.M.J Prado, 24 décembre 1867. 153
- Lettre n° 302 (284) [12] à Madame Franchet Prado, 23 janvier 1868 153
- Lettre n° 303 (285) [13] à Madame Franchet [Moulin-à-Vent 1868] 153
- Lettre n° 304 (286) [14] à Madame Franchet [1868] 154
- Lettre n° 305 (287) [15] à Madame Franchet [La Tour du Pin, 8 mai 1868] 154
- Lettre n° 306 (288) [16] à Madame Franchet [1868] 154
- Lettre n° 307 (289) [17] à Madame Franchet Moulin à Vent, 24 septembre 1868. 155
- Lettre n° 308 [18] à Madame Franchet La Tour du Pin, 20 avril 1869 155
- Lettre n° 309 [19] à Madame Franchet La Tour du Pin, 3 mai 1869. 156
- Lettre n°310 (292) [20] à Madame Franchet La Tour du Pin, 13 mai 1869. 157
- Lettre n° 311 (293) [21] à Mme Franchet [Prado, 12 juin 1869] 158
- Lettre n° 312 (294) [22] à Madame Franchet Chalamont, 13 juin 1869. 159
- Lettre n° 313 (295) [23] à Madame Franchet [Prado, 8 juillet 1869] 159
- Lettre n° 314 (296) [24] à Madame Franchet [1869] 159
- Lettre n° 315 (297) [25] à Madame Franchet [29 juillet 1869] 160
- Lettre n° 316 (298) [26] à Madame Franchet Prado, 6 août 1869. 160
- Lettre n° 317 (299) [27] à Madame Franchet 16 août 1869. 160
- Lettre n° 318 (300) [28] à Madame Franchet Prado, 14 septembre 1869. 160
- Lettre n° 319 (301) [29] à Madame Franchet Prado, 26 avril 1870. 161
- Lettre n° 320 (302) [30] à Madame Franchet St Fons, jeudi 19 mai 1870. 161
- Lettre n° 321 (303) [31] à Madame Franchet Lyon, 14 août 1870. 161
- Lettre n° 322 (304) [32] à Madame Franchet 19 avril 1871. 162
- Lettre n° 323 (305) [33] à Madame Franchet A Evian-Les-Bains, 14 juillet 1872. 162
- Lettre n° 324 (306) [34] à Madame Franchet 163
- Lettre n° 325 (307) [35] à Madame Franchet 164
- Lettre n° 326 (308) [36] à Madame Franchet 164
- Lettre n° 327 (309) [37] à Madame Franchet 165
- Lettre n° 328 (310) [38] à Madame Franchet 165
- Lettre n° 329 (311) [39] à Madame Franchet 165
- Lettre n° 330 (312) [40] à Madame Franchet 166
- Lettre n° 331 (313) [41] à Madame Franchet 166
- Lettre n° 332 (314) [42] à Madame Franchet 166
- Lettre n° 333 (315) [43] à Madame Franchet ………. 7 août 166
- Lettre n° 334 (316) [44] à Madame Franchet 166
- Lettre n° 335 (317) [45] à Madame Franchet 167
- Lettre n° 336 (318) [46] à Madame Franchet J.M.J. 167
- Lettre n° 337 (319) [47] à Madame Franchet 26 août 167
- Lettre n° 338 (320) [48] à Madame Franchet 167
- Lettre n° 339 (321) [49] à Madame Franchet 167
- Lettre n° 340 (322) [50] à Madame Franchet 168
- Lettre n° 341 (323) [51] à Madame Franchet 168
- Lettre n° 342 (324) [52] à Madame Franchet 168
- Lettre n° 343 (325) [53] à Madame Franchet 168
- Lettre n° 344 (326) [54] à Madame Franchet [Mardi soir] 169
- Lettre n° 345 (327) [55] à Madame Franchet 169
- Lettre n° 346 (328) [56] à Madame Franchet 21 juin. 169
- Lettre n° 347 (329) [57] à Madame Franchet Octobre 1873. 169
- Lettre n° 348 (330) [58] à Madame Franchet 171
- Lettre n° 349 (331) [59] à Madame Franchet 173
A Sœur Séraphine Visitandine. 173
- Lettre n° 351 (438) [1] A Sœur Séraphine Visitandine. 173
- Lettre n° 352 (439) [2] ] A Sœur Séraphine Visitandine LYON 31 mars 1867. 174
- Lettre n° 353 (440) [3] A Sœur Séraphine Visitandine 16 février 174
- Lettre n° 354 (441) [4] A Sœur Séraphine Visitandine. 174
- Lettre n° 355 (442) [5] A Sœur Séraphine Visitandine. 175
- Lettre n° 356 (443) [6] A Sœur Séraphine Visitandine 6 mars 1871. 175
- Lettre n° 357 (415) [1] A Madame Perraud 28 avril 1867. 175
- Lettre n° 358 (416) [2] A Madame Perraud. 175
- Lettre n° 359 (417) [3] A Madame Perraud. 176
- Lettre n° 360 (418) [4] A Madame Perraud. 176
- Lettre n° 361 (419) [5] A Madame Perraud. 176
- Lettre n° 362 (420) [6] A Madame Perraud Lyon 12 juin 1876. 176
- Lettre n° 363 (421) [7] A Madame Perraud. 176
- Lettre n° 364 (422) [8] A Madame Perraud Rome, 25 avril [1877] 177
- Lettre n° 365 (423) [9] A Madame Perraud 3 février 1878. 177
- Lettre n° 366 (424) [10] A Madame Perraud 6 février 1878. 177
- Lettre n° 367 (363) [1] A Mademoiselle Grivet Lyon, 8 septembre 1872. 178
- Lettre n° 368 (364) [2] A Monsieur Jaricot Pour Mademoiselle Grivet [Juin 1873] 178
- Lettre n° 369 (365) [3] à Mademoiselle Grivet 22 janvier 1874. 179
- Lettre n° 370 (366) [4] Mademoiselle Grivet 15 mai 1874. 179
- Lettre n° 371 (367) [5] Mademoiselle Grivet au Prado 25 mai 1874. 179
- Lettre n° 372 (368) [6] Mademoiselle Grivet [7 Septembre 1874] 180
- Lettre n° 373 (369) [7] Mademoiselle Grivet 7 septembre 1874. 180
- Lettre n° 374 (370) [8] Mademoiselle Grivet 9 juin 1876. 180
- Lettre n° 375 (371) [9] Mademoiselle Grivet 16 juillet [1876] 181
- Lettre n° 376 (372) [10] Mademoiselle Grivet Rome, 18 avril 1877. 182
- Lettre n° 377 (373) [11] Mademoiselle Grivet Rome, 19 mai 1877. 182
- Lettre n° 378 (374) [12] Mademoiselle Grivet [Août 1877] 183
- Lettre n° 379 (375) [13] Mademoiselle Grivet [Septembre 1877] 183
- Lettre n° 380 (376) [14] Mademoiselle Grivet 17 Novembre 1877. 183
- Lettre n° 381 (382) [16] Mademoiselle Grivet [20 décembre 1877] 183
- Lettre n° 382 (378) [16] Mademoiselle Grivet [Décembre 1877] 184
- Lettre n° 383 (379) [17] Mademoiselle Grivet [8 janvier 1878] 184
- Lettre n° 384 (380) [18] Mademoiselle Grivet [12 janvier 1878] 185
- Lettre n° 385 (381) [19] Mademoiselle Grivet [janvier 1878] 185
- Lettre n° 386 (382) [20] Mademoiselle Grivet Vichy, 4 juillet 1878. 185
- Lettre n° 387 (383) [21] Mademoiselle Grivet [Septembre 1878] 186
- Lettre n° 388 (384) [22] Mademoiselle Grivet [Septembre 1878] 186
- Lettre n° 389 (385) [23] Mademoiselle Grivet [Novembre 1878] 187
- Lettre n° 390 (386) [24] Mademoiselle Grivet [St Luc, 22 décembre 1878] 187
- Lettre n° 391 (387) [25] Mademoiselle Grivet 17 janvier 1879. 187
- Lettre n° 392 (388) [26] Mademoiselle Grivet [Février 1879] 187
- Lettre n° 393 (389) [27] Mademoiselle Grivet [Février 1879] 187
- Lettre n° 394 (390) [28] Mademoiselle Grivet 187
- Lettre n° 395 (391) [29] Mademoiselle Grivet 188
- Lettre n° 396 (392) [30] Mademoiselle Grivet 188
- Lettre n° 397 (393) [31] Mademoiselle Grivet 189
- Lettre n° 398 (394) [32] Mademoiselle Grivet 1870. 189
- Lettre n° 399 (395) [33] Mademoiselle Grivet 189
- Lettre n° 400 (396) [34] Mademoiselle Grivet 189
- Lettre n° 401 (397) [35] Mademoiselle Grivet 189
- Lettre n° 402 (398) [36] Mademoiselle Grivet 189
- Lettre n° 403 (399) [1] A Mademoiselle Tamisier [1872] 189
- Lettre n° 404 (446) [2] A Mademoiselle Tamisier [22 juin 1873] 190
- Lettre n° 405 (447) [3] A Mademoiselle Tamisier [22 septembre 1873] 190
- Lettre n° 406 (448) [4] A Mademoiselle Tamisier [Prado, 16 octobre 1873] 190
- Lettre n° 407 (449) [5] A Mademoiselle Tamisier Ce 28 octobre 1873. 190
- Lettre n° 408 (450) [6] A Mademoiselle Tamisier [1873] 190
- Lettre n° 409 (451) [7] A Mademoiselle Tamisier [1873] 190
- Lettre n° 410 (452) [8] A Mademoiselle Tamisier [Lyon, 16 mars 1874] 190
- Lettre n° 411 (453) [9] A Mademoiselle Tamisier 1875. 190
- Lettre n° 412 (454) [10] A Mademoiselle Tamisier [Juillet 1875] 191
- Lettre n° 413 (455) [11] A Mademoiselle Tamisier 23 mars 1876. 191
- Lettre n° 414 (456) [12] A Mademoiselle Tamisier [1876] 191
- Lettre n° 415 (457) [13] A Mademoiselle Tamisier [5 avril 1876] 191
- Lettre n° 416 (458) [14] A Mademoiselle Tamisier [1876] 191
- Lettre n° 417 (459) [15] A Mademoiselle Tamisier 9 décembre 1876. 192
- Lettre n° 418 (460) [16] A Mademoiselle Tamisier 192
- Lettre n° 419 (461) [17] A Mademoiselle Tamisier 192
- Lettre n° 420 (462) [18] A Mademoiselle Tamisier 192
A Mademoiselle de Marguerie. 193
- Lettre n° 421 (332) [1] A Mademoiselle de Marguerie [1872] 193
- Lettre n° 422 (333) [2] A Mademoiselle de Marguerie [1873] 193
- Lettre n° 423 (334) [3] A Mademoiselle de Marguerie [1873] 193
- Lettre n° 424 (335) [4] A Mademoiselle de Marguerie [St Fons, juillet 1873] 193
- Lettre n° 425 (336) [5] A Mademoiselle de Marguerie 24 septembre [1873] 194
- Lettre n° 426 (337) [6] A Mademoiselle de Marguerie [1874] 194
- Lettre n° 427 (338) [7] A Mademoiselle de Marguerie [1874] 194
- Lettre n° 428 (339) A Mademoiselle de Marguerie 8 décembre 1874. 194
- Lettre n° 429 (340) [9] A Mademoiselle de Marguerie [Janvier 1875] 195
- Lettre n° 430 (341) [10] A Mademoiselle de Marguerie [Janvier 1875] 195
- Lettre n° 431 (342) [11] A Mademoiselle de Marguerie [1875] 196
- Lettre n° 432 (343) [12] A Mademoiselle de Marguerie. 196
- Lettre n° 433 [13] A Mademoiselle de Marguerie [Saint-Fons,] 25 juin [1875] 196
- Lettre n° 434 (345) [14] A Mademoiselle de Marguerie 19 juillet [1875] 197
- Lettre n° 435 (346) [15] A Mademoiselle de Marguerie 29 août 1875. 197
- Lettre n° 436 (347) [16] A Mademoiselle de Marguerie [Novembre] 198
- Lettre n° 437 (348) [17] A Mademoiselle de Marguerie [Mars 1876] 198
- Lettre n° 438 (349) [18] A Mademoiselle de Marguerie [1876] 198
- Lettre n° 439 (350) [19] A Mademoiselle de Marguerie [1876] 199
- Lettre n° 440 (351) [20] A Mademoiselle de Marguerie [Lantigné, juin 1876] 199
- Lettre n° 441 (352) [21] A Mademoiselle de Marguerie Limonest, juillet 1876. 200
- Lettre n° 442 (353) [22] A Mademoiselle de Marguerie [Limonest,le 16 septembre [1876] 200
- Lettre n° 443 (354) [23] A Mademoiselle de Marguerie 3 octobre 1876. 201
- Lettre n° 444 (355) [24] A Mademoiselle de Marguerie [Lyon, vers le 15 octobre 1876] 201
- Lettre n° 445 (356) [25] A Mademoiselle de Marguerie [Lyon, fin octobre 1876] 202
- Lettre n° 446 [26] A Mademoiselle de Marguerie Limonest, 9 février 1877. 202
- Lettre n° 447 (358) [27] A Mademoiselle de Marguerie [Février 1877] 203
- Lettre n° 448 (359) [28] A Mademoiselle de Marguerie Rome, 29 mars 1877. 203
- Lettre n° 449 (360) [29] A Mademoiselle de Marguerie [Rome,] 10 avril 1877] 204
- Lettre n° 450 (361) [30] A Mademoiselle de Marguerie [Rome,] 28 avril 1877] 204
- Lettre n° 451 (362) [31] A Mademoiselle de Marguerie [1878] 205
- Lettre n° 453 (427) [1] A Notre Sœur Madeleine De Jésus, Veuve Mathieu [1873] 206
- Lettre n° 454 (428) [2] A Notre Sœur Madeleine De Jésus, Veuve Mathieu 10 juin [1876] 206
- Lettre n° 455 (429) [3] A Notre Sœur Madeleine De Jesus, Veuve Mathieu 13 octobre 1878. 207
- Lettre n° 456 (464) [1] Mademoiselle Estelle Fournet [1874] 207
- Lettre n° 457 (465) [2] Mademoiselle Estelle Fournet 207
A Sœur Marie de Saint Raphaël 208
- Lettre n° 460 (469) [1] A Madame Balmon Ferrière 24 mars 1878. 209
- Lettre n° 461 (470) [2] A Madame Balmon Ferrière 11 août 1878. 209
- Lettre n° 462 (471) [1] A Mademoiselle Chambard 27 mai 1878. 209
- Lettre n° 463 (472) [2] A Mademoiselle Chambard 21 septembre [1878] 210
- Lettre n° 464 (473) Mlle La Directrice De L’œuvre Des Peigneuses A L’hôpital 210
A Mademoiselle Gauthier (Madame Chion) 210
- Lettre n°468 (474) [1] A Madame…… 213
- Lettre n°469 (475) [2] A Madame…… 213
- Lettre n° 470 (476) [3] A Madame…… 213
- Lettre n° 471 (478) A Madame… 17 janvier 1873. 213
- Lettre n° 472 (554) A Madame…… 214
- Lettres A des bienfaiteurs et amis du Prado 1863-1878. 214
- Providence du Prado – Œuvre des Premières Communions. 214
A Monsieur et Madame Hallot 215
- Lettre n° 474 (547) [1] A Monsieur et Madame Hallot 1er mars 1866. 215
- Lettre n° 475 (399) [2] A Monsieur et Madame Hallot 8 janvier 1867. 215
- Lettre n° 476 (400) [3] A Monsieur et Madame Hallot 21 janvier 1867. 216
- Lettre n° 477 (401) [4] A Monsieur et Madame Hallot [Prado, 1868] 216
- Lettre n° 478 (402) [5] A Monsieur et Madame Hallot Prado, 17 septembre 1871. 216
- Lettre n° 479 (403) [6] A Monsieur et Madame Hallot [Prado,] 7 mai [1872] 216
- Lettre n° 480 (404) [7] A Monsieur et Madame Hallot 2 février 1876. 216
- Lettre n° 481 (405) [8] A Monsieur et Madame Hallot Rome, 2 avril [1877] 217
- Lettre n° 482 (406) [9] A Monsieur et Madame Hallot [Prado, février 1878] 217
- Lettre n° 483 (407) [10] A Monsieur et Madame Hallot 218
- Lettre n° 484 (546) [11] A Monsieur et Madame Hallot 218
- Lettre n° 485 (525) [1] A la famille d’Avout 15 juin 1866. 218
- Lettre n° 486 (526) [2] A la famille d’Avout 218
- Lettre n° 487 (527) [3] A la famille d’Avout 12 décembre 1866. 219
- Lettre n° 488 (528) [4] A la famille d’Avout Dimanche des Rameaux. 219
- Lettre n° 489 (529) [5] A la famille d’Avout 4 octobre 1870, St Francois. 219
- Lettre n° 490 (530) [6] A la famille d’Avout 4 février 1876. 220
A Monsieur et Madame Servan. 221
- Lettre n° 492 (413) [1] A Monsieur et Madame Servan 1er Janvier 1868. 221
- Lettre n° 493 (414) [2] A Monsieur et Madame Servan. 221
A Monsieur et Madame Dorier 221
- Lettre n° 494 (408) [1] A Monsieur et Madame Dorier Lyon, 10 avril [1868] 221
- Lettre n° 495 (409) [2] A Monsieur et Madame Dorier Lyon, 20 décembre 1868. 222
- Lettre n° 496 (410) [3] A Monsieur et Madame Dorier Lyon, 5 juin 1874. 222
- Lettre n° 497 (411) [4] A Monsieur et Madame Dorier [Lyon, décembre 1875] 222
- Lettre n° 498 (412) [5] Madame Dorier Lyon, 21 décembre 1875. 223
Au Docteur Dubuisson-Christol 223
A Monsieur Etienne Lamy, député du Jura. 224
- Lettre n° 503 (548) [1] A Monsieur Etienne Lamy, député du Jura 20 juillet 224
- Lettre n° 504 (549) [2] A Monsieur Etienne Lamy, député du Jura 1er janvier 1873. 225
- Lettre n° 505 (550) [3] A Monsieur Etienne Lamy, député du Jura 13 octobre 1873. 225
- Lettre n° 506 (551) [4] A Monsieur Etienne Lamy, député du Jura 3 mars 1874. 225
- Lettre n° 507 (552) [5] A Monsieur Etienne Lamy, député du Jura 5 janvier 1875. 226
- Lettre n° 508 (508) A Madame Crouzier 4 janvier 226
- Lettre n° 509 (509) Guillotière, le 16 novembre 1800. 226
- Lettre n° 511 (431) [1] A Mademoiselle Foulquier Lyon le 10 mars 1877. 227
- Lettre n° 512 (432) [2] A Mademoiselle Foulquier 6 janvier 1878. 227
- Lettre n° 513 (433) [3] A Mademoiselle Foulquier Guillotière, le 6 janvier 1878. 227
- Lettre n° 514 (434) [4] A Mademoiselle Foulquier Lyon, le 12 janvier 1879. 227
- Lettre n° 515 (533) [1] A la famille de Murard. 227
- Lettre n° 516 (512) [2] A la famille de Murard Rome, 16 mai 1877. 228
- Lettre n° 517 (513) [3] A la famille de Murard Lyon, le 26 mai 1878. 228
A Mesdemoiselles Dussigne. 229
- Lettre n° 518 (425) [1] A Mesdemoiselles Dussigne 28 avril 229
- Lettre n° 519 (426) [2] A Mesdemoiselles Dussigne Rome, 25 mai 1877. 229
- Lettre n° 525 (516) [1] A Monsieur Jannez 26 avril 1878. 231
- Lettre n° 526 (517) [2] A Monsieur Jannez Limonest, 24 mai 1878. 232
A Monsieur le Curé de Savignat en faveur de Monsieur Jacques Artis. 233
A Monsieur l’Aumônier de l’Hôpital Militaire en faveur de Mademoiselle Galley. 233
Certificats en faveur e Mademoiselle Galley. 234
- Lettre n° 533 (483) [2] Lyon, le 9 octobre 1874. 234
- Lettre n° 534 (484) [3] Lyon le 3 décembre 1876. 234
A Sœur… en faveur de Mademoiselle Galley. 234
Au Docteur… en faveur d’un jeune homme. 235
Reçu en faveur de Mademoiselle Vincent 235
Certificat en faveur de Monsieur Guerre. 235
Certificat en faveur de la famille Dennesson. 236
A Monsieur en faveur de Pierre Thibaudier 236
A Madame la Supérieure de N. D. des Sept Douleurs En faveur de Mademoiselle Vallet 237
En faveur de Mademoiselle Marmoiton. 237
A Monsieur… en faveur de Monsieur Dupasquier 238
A Monsieur le Directeur du Dispensaire en faveur de Monsieur Faure. 238
Certificat en faveur de Mademoiselle Convert 238
Certificat en faveur de Mademoiselle Crozier 238
Certificat EN FAVEUR DE MONSIEUR CHAPOTTON.. 239
A Monsieur Gilet en faveur de Monsieur Dufour 239
A Sœur Nouvel en faveur de Mademoiselle Guillet 239
A Monsieur l’Aumônier de l’Hôtel Dieu en faveur de [Wilhem Antoni] 240
A Mme la Supérieure du Refuge N.D. de Compassion en faveur de Marie Lausdat 240
A Mademoiselle du Chagny en faveur de Mademoiselle Beaulun. 240
A Monsieur Périsse en faveur de [Monsieur Lati] 241
A Monsieur le Curé… en faveur de Madame Caillat 241
A Monsieur le Préfet en faveur de l’œuvre du Prado. 241
A Monsieur le Ministre de la Justice en faveur de Monsieur Drevon. 242
[1] Ecrits sur des images ou des livres
[2] Ecrit sur le livre « Petites Fleurs d’Ars ».
[3] Ecrit sur une page de carnet
[4] Ecrit en rouge d’une autre écriture que celle du Père Chevrier
[5] Lyon, Imprimerie de Félix Girard
[6] Ecrit sur une feuille de carnet
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