« Agir avec l’Esprit Saint » à l’école de Pierre et de Corneille dans Actes des apôtres 10 et 11 » (Janvier 2011)

En mission à Madagascar, Bruno Cadart nous partage les lumières reçues et les points de repères tirés de la lecture des Actes des Apôtres aux chapitres 10 et 11,1-18.

On voit Pierre devant une décision difficile à prendre : aller ou ne pas aller chez Corneille, baptiser ou non un païen, un non-juif, un homme considéré comme impur dans la religion juive, un soldat de l’armée d’occupation, poser un acte interdit dans la Loi de Moïse.

Quels sont les éléments qui ont aidé Pierre à « agir avec l’Esprit Saint » ? Divers facteurs, articulés ensemble, l’ont aidé à prendre la décision d’aller chez Corneille et de le baptiser, décision « confirmée par Dieu » avec l’expérience du don de l’Esprit Saint comme le jour de la Pentecôte.

1 Avoir conscience que Jésus vit aujourd’hui, parle aujourd’hui, agit aujourd’hui

Cette conscience se manifeste dans diverses expressions de Pierre comme : « … Mais à moi, Dieu vient de me faire comprendre qu’il ne fallait déclarer immonde ou impur aucun homme » (Ac 10,28 et aussi 10,34 ; 10,47 ; 11,12). Nous retrouvons cette même conviction chez Corneille quand il dit : « Maintenant, nous voici devant toi pour écouter tout ce que le Seigneur t’a chargé de nous dire ».

2 Attention à l’irrationnel !

Très souvent, les personnes voient l’action de Jésus dans ce qui est inexplicable, la magie, et imagine que Jésus fait tout en direct. Si j’ai eu un accident, c’est que Jésus a laissé faire ; ce n’est pas parce que j’ai fait une imprudence. Si quelqu’un a un cancer, c’est Dieu qui le lui a envoyé pour le punir et pour tester sa foi.

Dieu d’amour peut-il faire cela ? Vous qui êtes pères et mères, feriez-vous cela à vos enfants ? La mort et la maladie font partie de la vie. Dans ces événements humains, je peux me laisser rencontrer par le Christ, recevoir sa force, vivre tout en communion avec lui. Je sais qu’il y a des miracles et j’en ai été témoin par moi-même, mais je vous appelle à ne pas oublier que Jésus est incarné, qu’il a assumé notre condition humaine et que nous ne vivons donc pas dans un monde magique. Attention à ne pas chercher Jésus dans ce qui est hors du commun, mais plutôt dans l’ordinaire de notre vie quotidienne.

3 Utiliser la raison humaine

Tout au long du texte, on voit Pierre utiliser sa raison pour analyser, faire relecture et décider. Agir avec l’Esprit Saint, c’est utiliser toutes les dimensions de notre être humain, y compris la raison.

4 Avoir un équilibre de vie

C’est intéressant de noter que Pierre ne va pas immédiatement à Césarée. Il accueille les envoyés, leur permet de dormir et de se reposer avant d’y aller. Si nous voulons « agir avec l’Esprit Saint » il nous faut avoir un rythme de vie équilibré.

5 Prier

Ce n’est pas un hasard si Corneille et Pierre ont chacun une vision au moment où ils étaient en prière. Quelqu’un faisait remarquer que Corneille avait l’habitude de prier, et qu’il priait en famille pour souligner que la prière en famille est importante. Si nous voulons agir avec l’Esprit Saint, il nous faut prier régulièrement.

6 Vivre la justice

Je voudrais souligner un autre élément : « Tes prières et tes offrandes ont été acceptées par Dieu » (At 10,4 ; 10,31). Il y a un risque, même dans les écrits de l’Eglise catholique, comme dans le dernier numéro de la revue diocésaine des Cercles bibliques, de dire par exemple : « Tu as des dettes, tu as des problèmes. Donne au denier de l’Eglise et tu n’auras plus de dettes, Dieu va te récompenser ». Cette manière de faire est inacceptable. Il y a le risque de penser : « J’ai des problèmes, j’ai une maladie, je vais faire une « promesse » à Dieu, lui promettre une offrande importante d’argent, faire telle neuvaine ou pèlerinage, et Dieu va résoudre (va me payer) ». L’amour de Dieu est gratuit et ne s’achète pas ! Pour autant, qui n’a pas fait l’expérience, essayant d’avoir le plus possible une vie simple et évangélique, de la force de la « Providence », de cette présence du Christ, y compris dans des choses matérielles, des événements ? Et comment ne pas voir que, quand nous nous enfermons dans l’injustice, nous nous fermons aussi à la possibilité d’entendre les appels du Christ, d’accueillir sa Parole, sa présence ?

7 Ecouter et méditer régulièrement la Parole de Dieu, faire « Etude d’Evangile » comme nous le faisons dans notre « Ecole de Théologie Biblique »

Pierre se réfère beaucoup à la Parole de Dieu pour prendre la décision de baptiser, en particulier dans cette expression : « Je me suis souvenu alors de cette parole du Seigneur : Jean, disait-il, a donné le baptême d’eau, mais vous, vous allez recevoir l’Esprit Saint » (Ac 11,16). Il se réfère aussi à la Parole de Dieu pour annoncer le Christ mort et ressuscité à Corneille (Ac 10,34-43). Comment « agir avec l’Esprit Saint » si nous ne nous aidons pas à lire la Parole de Dieu en famille, dans nos Cercles Bibliques, dans notre Ecole de Théologie Biblique ? Attention : ouvrir la Bible au hasard et penser que le premier verset trouvé va être appel de l’Esprit Saint pour nous est un chemin totalement erroné.

8 Etre à la mission reçue

Quand Pierre a cette vision, il est en train de se déplacer de ville en ville pour annoncer le Christ. Ne rêvons pas d’agir avec l’Esprit Saint, de percevoir l’appel du Christ sans être à la mission reçue, mission reçue dans notre vie en famille, au travail, au milieu des hommes, en Eglise. Une communauté qui ne travaille pas à être missionnaire aura bien des difficultés à « agir avec l’Esprit Saint », percevoir où il l’appelle.

9 Etre attentif aux sentiments intérieurs sans les provoquer

Dans ce passage des Actes, il est beaucoup question de sentiments. Par exemple : « Va sans hésiter » (Ac 10,20). On trouve aussi l’expérience du don du Saint Esprit sur les païens et la mention de la paix qui touche la communauté de Jérusalem quand Pierre raconte l’œuvre de Dieu chez Corneille et sa famille.

Comme chacun des autres éléments de discernement, un élément isolé des autres ne suffit pas et doit aussi être questionné. Quand je reçois un appel, je peux sentir une grande appréhension qui peut justement être signe que Dieu m’appelle, ou, au contraire, je peux sentir un désir et une capacité si forte que c’est justement le signe qu’il s’agit d’un désir personnel et non d’un appel de Dieu et de la communauté. Une grande émotion peut être signe du don du Saint Esprit, ce peut être aussi un signe de déséquilibre psychologique.

Ces derniers mois, j’ai senti quelque chose de ce don de l’Esprit Saint dans des moments très calmes comme celui de la récollection des ministres de la Parole et de l’Eucharistie, de la rencontre de la Pastorale de la Sobriété, de nos partages sur les Actes des Apôtres. Ceux qui animent les temps de prière doivent veiller à ne pas provoquer l’émotion, à ne pas dire ce que les autres doivent penser ou sentir. Ceci est manipulation.

10 Obéir immédiatement, et donner du temps au temps

Il est intéressant de voir aussi bien Corneille que Pierre obéir « immédiatement » à l’appel et, dans le même temps, donner du temps au temps, prendre le temps de la réflexion. Quand nous voulons répondre à l’appel du Christ, il nous faut répondre « immédiatement » « Me voici », et donner du temps au temps pour vérifier, et vérifier en Eglise.

11 Accueillir les autres comme « envoyés de Dieu », ne considérer personne comme immonde ou impur

Pierre accueille les serviteurs de Corneille comme « envoyés de Dieu », alors même qu’ils arrivent à l’heure du repas et le dérangent dans sa prière.

Ils viennent de la part d’un homme que la Loi de Moïse présente comme impur et qui, de surcroît, appartient à l’armée d’occupation, et lui demande de poser un acte en dehors de la règle. Pierre découvre que Jésus agit dans le cœur de tous, sans distinction de race, de religion, de condition sociale etc… (Ac 10,20 ; 10,34-36 ; 11,12).

12 Sortir à la rencontre de l’autre et accepter de se mettre en route avec lui

Pierre n’attend pas que Corneille vienne à lui. Il accepte de sortir à sa rencontre, de cheminer avec ceux qu’il a envoyés. Nous ne pouvons pas rester une Eglise fermée, attendant que les autres entrent dans nos cadres. Nous devons être une Eglise qui, mue par l’Esprit Saint, sort à la rencontre des autres, de tous les autres, et acceptent de demeurer avec eux.

13 Importance de la relecture à la lumière de l’Evangile

On voit Pierre faire relecture quand il accueille les envoyés de Corneille, quand il a fini d’écouter Corneille raconter son appel, quand il décide de baptiser et, enfin, quand il est contesté par les autres apôtres restés à Jérusalem. C’est un élément essentiel si nous voulons agir avec l’Esprit Saint.

14 Regarder avant tout le don de Dieu dans le cœur de l’autre, l’aider à exprimer ce don, à en prendre conscience et ainsi à enrichir l’Eglise

Pierre est préoccupé d’accueillir ce que Dieu a déjà fait et non pas, d’abord, de voir les obstacles, tout ce qui ne correspond pas aux règles. Il provoque les envoyés, puis Corneille à exprimer le don de Dieu, sa recherche : « Pourquoi m’avez-vous fait venir ? » (Ac 10,29 ; 10,21) C’est toute l’importance de ce que nous répétons sans cesse tant aux équipes de préparation au baptême, aux jeunes qui font la mission, aux catéchistes : « Ecoute, accueille le don de Dieu dans la vie de l’autre. Aide l’autre à exprimer ce que Dieu a semé en lui, à prendre conscience de tout ce qu’il a reçu. Laisse-toi instruire avant de vouloir parler. Accueille ce que Dieu envoie à la communauté pour qu’elle soit édifiée par ce nouveau don ».

15 Discerner aussi à partir de la Loi et des règles

Pierre ne discrédite pas la Loi de Moïse, cette interdiction à aller dans la maison d’un païen (lois juives pour ne pas perdre l’originalité de la foi au Dieu unique dans un monde rempli d’idoles). Il écoute la Loi et décide, dans cette situation, d’aller contre, à cause de tous les autres éléments qu’il a reçus et dans la préoccupation de se laisser conduire par ce que le Christ a fait et lui demande.

16 Discerner avec les frères et la communauté

Bien qu’étant le premier des apôtres, il n’a pas l’Esprit Saint tout seul, il ne va pas seul chez Corneille et se fait accompagner par six frères chrétiens de Joppé (Ac 10,24 ; 11,12). Ensuite, il accepte de rendre compte aux autres apôtres de Jérusalem qui le questionnent (Ac 11,1-18).

17 Ne pas oublier que nous ne sommes que des hommes

Etant le plus grand des apôtres, venant de ressusciter Tabitha, Pierre dit à Corneille qui se prosterne devant lui comme s’il était un dieu : « Lève-toi, moi aussi, je ne suis qu’un homme » (Ac 10,26).

Il n’est pas possible « d’agir avec l’Esprit Saint » si nous perdons cette conscience d’être des hommes limités qui ne possèdent pas l’Esprit Saint, qui ne pourront jamais dire avec certitude qu’ils agissent avec l’Esprit Saint, sinon dans une relecture tremblante a posteriori, et qui savent que, même si nous arrivons un jour à agir avec l’Esprit Saint, nous pouvons nous tromper le jour suivant, à l’image de Pierre confessant : « Tu es le Messie, le Fils de Dieu vivant » et qui, dans l’instant suivant, s’entend dire : « Eloigne-toi de moi, Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais des hommes « (Mc 8,27-33).

18 « Si Dieu a fait à ces gens le même don gracieux qu’à nous autres pour avoir cru au Seigneur Jésus, étais-je quelqu’un, qui pouvait empêcher Dieu d’agir ? »

Cette préoccupation doit tout résumer. Si nous voulons agir avec l’Esprit Saint, ayant conscience que Jésus agit aujourd’hui, sans tomber dans une vision magique, il nous faut entrer dans cette attitude de Pierre : « Qui suis-je pour empêcher Dieu d’agir ? »

Bruno CADART

 

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