Conclusions

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  • 1 l’A.D.M.D., Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité, défend trois objectifs : que la douleur de la personne malade soit effectivement traitée, qu’elle puisse refuser pour elle l’acharnement thérapeutique, qu’elle ait le droit et la possibilité pour elle-même de se suicider délibérément ou d’être euthanasiée si le suicide n’est plus possible.
  • Bien qu’elle s’en défende, il y a une banalisation et une idéalisation de la mort volontaire et les autres objectifs ne sont pas défendus avec la même détermination.
  • Il y a une philosophie à l’A.D.M.D. : c’est le stoïcisme qui ici se caractérise par une exaltation de la raison, la négation en l’homme de la partie reptilienne de son cortex, un sens de la grandeur de l’homme qui passe par une maîtrise toujours plus affirmée de soi-même, une conception univoque de la vérité de l’homme et de ce qu’est la mort digne qui s’imposera d’elle-même et une compréhension de l’homme comme étant à lui-même sa propre mesure.
  • Cette revendication pour soi d’un droit à se donner la mort et la non-reconnaissance pour soi de la dignité de la vie en cas de dépendance liée à la vieillesse, à la maladie, au handicap physique et surtout mental, entraîne inévitablement une non-reconnaissance de la dignité de l’autre se trouvant dans cette situation et atteint immédiatement la possibilité pour autrui de vivre dans une ouverture à un au-delà de lui-même.
  • Pour l’Eglise, l’homme n’est pas à lui-même sa propre mesure. Il est aussi caractérisé par sa raison, mais celle-ci se comprend par rapport à d’autres éléments (coeur, imagination, passions, si l’on reprend les catégories de Pascal). L’homme dont parle l’Eglise est un homme divisé au plus profond de lui-même, marqué par le péché. Dieu, qui l’a créé, veut le sauver en Jésus Christ.
  • La conception que l’Eglise a de la dignité et celle de l’A.D.M.D. sont radicalement différentes et opposées en leur fondement. Celle de l’A.D.M.D. dépend de la conscience qu’en a le sujet qui est à lui-même sa propre mesure. Elle a un contenu soit positif (la maîtrise la plus absolue de soi-même) soit négatif (indignité pour soi d’une vie marquée par la vieillesse, le handicap, la maladie ou le sentiment d’être inutile, d’avoir assez vécu).
  • Celle de l’Eglise ne dépend pas de la conscience qu’en a le sujet, ni de son état. Elle est dite sous forme de question, de mystère (Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ?). Sans cesser d’être mystère, elle est dignité de la créature créée et sauvée par Dieu en Jésus Christ. Pour l’Eglise l’homme n’est pas à lui-même sa propre mesure mais se découvre à lui-même dans l’ouverture à l’inconnu en lui, dans l’ouverture aux autres et à Dieu.
  • La mort digne que propose l’A.D.M.D. revient à résoudre la question que pose la souffrance en se donnant la mort, ce qui n’est pas à proprement parler une maîtrise de la mort. L’Eglise propose un autre chemin : vivre avec la question que me pose la souffrance, la mienne et celle de l’autre, et travailler à sortir de l’évidence de l’horreur pour accéder à une parole. Ce qui oppose l’A.D.M.D. et l’Eglise, ce n’est pas une simple interprétation du « Tu ne tueras point » mais l’ensemble du Décalogue.
  • Le droit à la mort qui spontanément apparaît comme un élément de liberté est au contraire un élément qui enferme l’homme dans la mesure qu’il a de lui-même, qui détruit en lui son humanité et le ferme au divin.
  • Inversement, l’interdit du suicide délibéré et de l’euthanasie est libérateur. Il ouvre l’homme à une dimension insoupçonnée de lui-même, de l’autre, et il l’ouvre au divin. Cette ouverture n’est pas automatique. Elle implique un engagement de l’homme et que la loi ne soit pas pervertie.
  • Trois types de dialogues sont impossibles entre l’A.D.M.D. et l’Eglise :

–     un dialogue dans lequel on chercherait à trouver un compromis entre deux positions ;

–     un dialogue qui viserait à obtenir que l’un des partenaires se range à la position du premier ;

–     un dialogue qui viserait à obtenir que chacun puisse vivre selon sa propre option tolérant sans la combattre l’option de l’autre.

  • Par contre, pour l’Eglise, un dialogue visant à connaître la position de l’A.D.M.D., à ne pas la caricaturer, à prendre au sérieux les questions qu’elles posent même s’il n’y a pas d’accord possible sur la réponse donnée est important. Dans ce dialogue, en veillant au cadre dans lequel il se déroule, en n’étant pas dupe et en refusant les débats qui ne font qu’augmenter la confusion ou qui font paraître la position de l’A.D.M.D. comme évidente, l’Eglise aura à veiller à témoigner de l’amour infini de Dieu pour tout homme et du chemin qui ouvre à l’accueil de Dieu.
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  • Au moment où un projet de loi est déposé, le seul dialogue est insuffisant. Il y a nécessité d’un engagement déterminé pour que ce projet ne soit pas adopté.

Dos de la couverture

Dr Bruno Cadart

« Réflexions sur Mourir dans la Dignité »

Editions Ressources

Laval, Québec, 2004

ISBN 2-923215-01-X

Accompagnement – soins palliatifs / Euthanasie – Suicide assisté

Deux conceptions d’un « mourir dans la dignité », deux écoles de pensée fondamentalement opposées. Un débat que le Dr. Bruno Cadart tente de clarifier.

D’un côté : les associations qui font la promotion de l’euthanasie et du suicide assisté au nom d’un « mourir dans la dignité » ; de l’autre, celles qui militent pour un accompagnement des malades dans la ligne du mouvement des soins palliatifs et du respect de l’interdit d’euthanasie.

Que l’on soit croyant ou non, quel est l’enjeu du débat sur l’euthanasie ? Quelle conception de la dignité sous-tend chacune des positions en présence ? Quelles sont les conséquences pour les malades et la société d’une légalisation de l’euthanasie ?

Présentation de l’auteur

En 1997, Bruno Cadart commence ses études en médecine à Paris et se laisse toucher en profondeur par la question de la douleur, de la douleur trop souvent non traitée voire provoquée par absence de réflexion des soignants. De 1983 à 1986, il est dans le service du Dr. Annick Sachet à Ivry. Avec elle, il fait partie de ceux qui ont fondé les soins palliatifs en France et réalise une thèse très remarquée qui lui a valu la médaille d’argent de la faculté de Paris et le Prix National de Gériatrie en 1986. Editée sous le titre « En fin de vie, répondre aux désirs profonds des personnes », elle est vite devenue une référence étant diffusée à plus de 10 000 exemplaires.

De 1986 à 1990, l’auteur étudie la théologie à Lyon et réalise une maîtrise de théologie : « Quel dialogue est possible entre l’A.D.M.D. (l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) et l’Eglise catholique sur le concept de dignité ? L’intégralité de cette maîtrise est reproduite et publiée dans ce livre sous le titre : « Réflexions sur Mourir dans la Dignité »

Depuis, Bruno Cadart a été ordonné prêtre pour le diocèse de Créteil. Il a été au service de cités populaires de la banlieue parisienne avant d’être élu au service des prêtres du Prado. Tout en n’exerçant plus la médecine, il a continué à accompagner des personnes en fin de vie.

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