« De quoi parlez-vous en chemin ? » – 15 mars 2006

« De quoi parlez-vous en chemin ? »…

« De quoi parlez-vous en chemin ? »… demande Jésus aux disciples d’Emmaüs… « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et qu’il nous ouvrait les Ecriture ? »… Pâques approche… Comme promis, je vais essayer de partager comment ici, aujourd’hui, après 4 mois et demi au Brésil, je découvre quelque chose du Ressuscité qui n’en finit pas d’appeler, d’agir, de parler, d’envoyer, qui n’est pas facile à reconnaître, à suivre, et qui est toujours le « Tout Autre ».

J’essayerai d’être plus court que la dernière fois… mais je préfère partager autre chose que quelques flashs caricaturaux. Je compenserai en n’écrivant que rarement. Je joins l’éditorial de notre journal paroissial de février.

Dans le deuxième courrier collectif, celui de Noël, je partageais l’émerveillement devant l’accueil reçu, la foi des personnes, et, en même temps bien des questions que je garde toujours aussi présentes. Je disais mon émerveillement devant la fraternité entre les prêtres, les réunions régulières où tous se retrouvent ensemble avec l’évêque. C’est au cœur de la retraite diocésaine à laquelle tous les prêtres se retrouvent autour de l’évêque, laissant toutes les paroisses du diocèse vivre toutes seules pendant 5 jours, expérience forte d’être ensemble un presbyterium, que j’écris ce courrier. Chaque soir, l’eucharistie est retransmise par la radio diocésaine, autre expérience de communion forte.

Dom José Mauro prêche la retraite. Il est évêque de Janaúba, nouveau diocèse créé dans une région pauvre du nord du Minhas Gerais[1]. Jeune, très ouvert, il nous appelle à ne pas rester fermés dans nos églises, à accueillir le monde tel qu’il est, à le connaître et à l’aimer pour y annoncer l’Evangile. Il nous appelle aussi à aider l’Eglise à dénoncer les mécanismes de pauvreté. Il rappelle que l’option préférentielle pour les pauvres n’est pas une option de l’Eglise, mais du Christ qui s’est identifié à eux et se donne à rencontrer en eux. Sa manière de prêcher, de s’appuyer sur la lettre de Jean-Paul II « Au début du nouveau millénaire », de reprendre l’appel à la sainteté lancé autrement que de manière moralisante, a créé entre nous un climat simple et profond. Il nous a aussi aidé à découvrir la lettre de Benoît XVI « Deus Caritas Est ».

Vous écrire est aussi une manière pour moi de m’arrêter, de recueillir ce qui m’est donné depuis plus de 4 mois. Toutes vos réponses au courrier précédent ont été chemin de communion avec vous, d’interpellation pour moi.

La vie d’équipe avec Juarez et Padre Pedro, et en équipe pastorale

Où en suis-je aujourd’hui ? Si je me suis inquiété de questionner vite et que j’ai apprécié d’être interpellé par tel ou tel d’entre vous, je me réjouis de voir que ce questionnement a été perçu comme respectueux, qu’il a ouvert des chemins. Je suis heureux de la joie des gens avec moi, à commencer par celle Juarez, de ma joie avec eux. J’ai aussi été heureux d’être moi-même questionné par Juarez.

Tout autant que mes questions, ce qui a ouvert bien des espaces, c’est le désir très fort de Juarez d’avancer vers une vie de véritable disciple et apôtre. Il a 36 ans et est prêtre depuis 6 ans. Sentant qu’il était en grand besoin dans les multiples charges reçues alors qu’il démarrait dans le ministère, il venait de demander à entrer en première formation du Prado. Pour les mêmes raisons, il avait travaillé à faire venir une communauté de 3 religieuses pour ne pas vivre seul la mission, et avait demandé à accueillir un pradosien pour faire équipe avec lui. Dans un souci fraternel, il a aussi demandé à accueillir un prêtre, Padre Pedro, 76 ans, pour lui permettre d’avoir une vie communautaire et de continuer à participer un peu à la vie pastorale.

Depuis début février, nous avons ainsi une vie communautaire, et sommes au service de deux paroisses (Guaçuí et Dores de Rio Preto), ce qui représente 40 communautés de base. Les deux Eglises les plus éloignées sont distantes de 85 km, dont 50 km de piste. La largeur du territoire est d’environ 30 km. Chaque communauté rurale est reliée à Dores ou à Guaçuí par 10 à 30 km de pistes impraticables quand il pleut trop.

Mon emploi du temps théorique est à peu près le suivant :

Chaque journée commence en principe (malheureusement pas toujours et je sens vite la différence) par 2h de temps personnel d’étude d’Evangile, de cahier de vie et d’office des Laudes avec Juarez et Padre Pedro. Nous nous retrouvons aussi pour l’office des vêpres puis nous partons célébrer la messe dans une des communautés. Juarez et moi-même sommes à Guaçuí avec Padre Pedro du lundi au jeudi. Le vendredi, nous allons à Dores de Rio Preto. Le samedi dimanche, un reste à Dores, l’autre va à Guaçuí.

  • Lundi : vélo et étude d’Evangile.
  • Lundi soir, une fois par mois, à partir de 18h jusqu’à 22h, rencontre de l’équipe pastorale (messe, dîner, réflexion) ; sinon messe dans une communauté.
  • Mardi matin : visites de malades et autres bénédictions de maison dans Guaçui.
  • Mardi après-midi : correction des lettres d’Antoine Chevrier que je traduis avec une professeur de portugais pour apprendre la langue, mettre cet outil à disposition du Prado du Brésil, approfondir pour moi-même ces lettres, et messe dans une communauté le soir.
  • Mercredi : journée réservée à l’étude d’Evangile et au travail de réflexion personnelle. Messe dans une communauté le soir.
  • Jeudi : permanence d’accueil à Guaçuí de 9h30 à 12h et de 14h à 17h et messe dans une communauté le soir.
  • Vendredi : visites ou permanence d’accueil matin et après-midi à Dores puis célébration dans une communauté rurale. C’est le jour où nous avons le plus le temps de parler avec Juarez, de préparer le calendrier du mois, la rencontre du Conseil Pastoral Paroissial (CPP).
  • Samedi matin :
  • Réunion des responsables des communautés de base à Guaçuí le 2ème samedi du mois, à Dores le 3ème samedi
  • Ou réco mensuelle de l’équipe pastorale jusqu’à 15h
  • Ou visites dans la communauté où nous célébrons le soir
  • Samedi après-midi :
  • Visite dans la communauté où nous célébrons le soir et célébration à 16h, puis poursuite des visites éventuellement.
  • Dimanche :
  • Messe à 7h à Guaçuí radiodiffusée, ou à 8h à Dores de Rio Preto
  • À partir de 10h, visites dans la communauté rurale où nous célébrons à 16h +/- confessions ou visites ensuite jusqu’à 18h, puis trajet pour rentrer à la ville
  • 19h messe en ville.

Au bout de 4 mois, je crois que le point le plus positif de ma présence ici, c’est l’amitié qui est née avec Juarez. Elle s’est construite dans un questionnement mutuel très exigeant à certains moments, dans la prière et la mission partagée aussi. Notre joie, c’est aussi de voir le Padre Pedro heureux d’être avec nous alors qu’il venait à reculons et seulement parce que l’évêque l’y avait obligé. Rien ne lui fait plus plaisir que de lui proposer de dire le chapelet en voiture. Ce qui me réjouit encore, c’est l’amitié avec Olimpio que nous retrouvons de temps en temps entre deux tournées au service du Prado du Brésil.

C’est une chance de pouvoir vivre ensemble un soutien dans la prière, un partage sur ce que nous vivons dans nos visites aux communautés. C’est une chance immense pour moi qui suis étranger et peux ainsi entrer ici en communion avec deux autres prêtres, recevoir d’eux, partager les richesses de notre Eglise de France et du Prado.

Dans ce ministère, je découvre de manière renouvelée nombre des intuitions d’Antoine Chevrier : le caractère diocésain de la spiritualité d’Antoine Chevrier, l’appel à une vie fraternelle, à une vie simple, à une vie où l’Evangile sans cesse lu et relu est mis au centre de la pastorale. L’autre jour, j’ai été heureux d’entendre Juarez me demander de l’aider à bloquer un jour par semaine, en plus du lundi, pour faire étude d’Evangile, cahier de vie, réfléchir et plus seulement vivre d’une sollicitation à une autre, « mettre de l’ordre dans mon ministère » a-t-il dit. Nous avons décidé de bloquer tous les deux le mercredi et de nous aider à tenir cet engagement.

Aujourd’hui, nous desservons la table ensemble et il n’est pas rare que les deux employées qui mangent avec nous éclatent de rire en réalisant qu’elles sont assises et parlent, tandis que les prêtres ont tout desservi. Nous faisons la vaisselle du soir pour ne plus être servis en tout comme nous l’étions avant.

Début mars, j’ai questionné Juarez sur la question de l’argent versé aux prêtres à l’occasion des sacrements. Cela a rejoint une attente en lui et il a proposé que nous nous en tenions au salaire que nous donne la paroisse[2]. C’est une manière de chercher une vie plus simple mais loin d’être pauvre et où le salaire ne dépend en aucune manière des sacrements célébrés. J’ai été heureux de trouver un frère qui partage la même recherche.

Nous avons décidé d’élargir notre récollection entre prêtres et religieuses aux diacres permanents qui se fait maintenant le samedi. De plus, depuis le début du mois de janvier, nous nous retrouvons un lundi soir par mois en « équipe pastorale ». Nous commençons par célébrer et dîner, puis nous essayons de réfléchir ensemble. Cela reste difficile car il n’y a pas de tradition de recherche à plusieurs et de réflexion autre que de faire des calendriers et d’organiser des processions, des célébrations.

Les réunions des responsables des communautés de base

Une autre joie a été de voir que les questions que j’ai pu poser sur le déroulement des rencontres de responsables de communautés de base avaient ouvert un chemin. Jusque là, d’après ce que j’ai pu voir, le prêtre disait la bonne parole sur l’Evangile, puis diverses personnes, communiquaient des informations, des ordres, et chacun repartait pour exécuter de manière plus ou moins fidèle. Les ¾ des participants n’avaient pas ouvert la bouche, avaient aussi eu bien du mal à s’écouter.

Juarez m’a demandé de préparer avec lui la première rencontre et nous l’avons animée ensemble. Les rencontres de responsables de communautés de base ont lieu un samedi matin par mois. Nous avons proposé d’aider les responsables à découvrir la « Campagne de Fraternité », campagne de carême de l’Eglise du Brésil qui porte sur l’accueil des personnes ayant un handicap avec comme slogan : « Lève-toi, viens au milieu » (Mc 3,3). Cette campagne de fraternité est une bonne occasion pour appeler à s’ouvrir au monde, à la vie, au plus pauvre.

Nous avons commencé par 30 minutes de recherche à partir de l’Evangile de la guérison de l’homme à la main desséchée (Mc 3,1-6), Evangile choisi pour la « Campagne de Fraternité ». Chacun des responsables a exprimé les lumières qu’il trouvait dans ce texte. Comme à chaque fois, j’ai été étonné de découvrir tant de choses dans un texte pourtant si court et si connu.

Ensuite, nous nous sommes mis en petits groupes : nous avions réparti en deux équipes les responsables des communautés rurales. Nous avons mis à part les responsables des 6 grandes communautés urbaines et dans un autre groupe, les responsables des 6 communautés urbaines plus petites et fragiles. Pour réfléchir, nous avions proposé les questions suivantes :

–     Comment, quand, et avec qui, allons-nous réfléchir à la campagne de fraternité dans notre communauté ?

–     Qui sont les personnes ayant un handicap dans notre communauté ? Que vivent-ils ?

–     Comment donner la parole à ceux qui ont un handicap et à leurs familles ?

–     Quels sont les gestes concrets que nous pouvons proposer pour avancer avec eux ?

Ainsi, tous les responsables ont pris la parole. Dans la mise en commun, la parole la plus forte a été celle des communautés les plus fragiles, des responsables les plus pauvres, quand ils ont parlé des initiatives qu’ils avaient commencé à prendre pour créer un groupe d’alphabétisation, luttant ainsi contre un handicap qui n’était pas prévu dans la campagne de fraternité mais qu’ils avaient perçus comme source d’exclusion. La joie des participants, ce qui s’est exprimé sur l’Evangile, nous a émerveillés.

A Dores, ils ont demandé à ce que tous les responsables de communauté soient invités et non plus un par secteur. Ils ont demandé à ce que la prochaine rencontre permette de faire le point sur ce qui a été fait, vécu, reçu, sur ce qui reste difficile. Je me réjouis de cette demande d’un suivi.

La célébration d’entrée en Carême et de lancement de la campagne de fraternité

Il y a deux mois, à l’issue d’une rencontre diocésaine pour présenter la campagne de fraternité, j’avais provoqué Maria-Luisa, laïque responsable de cette campagne pour Guaçuí, à être inventive pour que des personnes ayant des handicaps et leurs familles puissent être actives et s’exprimer lors de la messe du mercredi des cendres. De son côté, Juarez avait prévu que Guy, jeune trisomique, serait institué comme « servant d’autel ». Au dernier moment, j’ai appris que la messe était radiodiffusée en direct sur tout Guaçuí par la radio publique locale. Maria-Luisa avait mis dans le coup l’APAE (équivalent de l’ADAPEI en France). Il y a eu diverses processions avec danses par des enfants handicapés mentaux, une lecture par un aveugle en braille, puis trois témoignages juste après une homélie courte appelant à ne pas assister, mais à écouter, recevoir, donner la parole à ceux qui portent un handicap et à leurs familles :

–     une femme de 35 ans, paralysée par une polyarthrite très invalidante, a témoigné de ses révoltes, mais aussi de son chemin de foi, des « anges » qui l’ont toujours aidée à franchir des caps ;

–     une femme ayant adopté le petit fils autiste de l’homme veuf avec lequel elle s’est remariée a parlé de sa foi qui a grandi et lui a permis de ne pas être vaincue par l’autisme ;

–     une jeune maman dont le premier fils est trisomique a dit sa souffrance, l’humiliation quand le directeur de l’école privée lui demande de retirer son fils parce que d’autres parents retirent leurs enfants à cause de la présence de son fils, mais aussi comment cet « enfant exceptionnel » fait d’elle petit à petit une « maman exceptionnelle », qui apprend à aimer autrement qu’avant, comment le Christ l’a soutenue sur ce chemin ; elle est aujourd’hui directrice de l’école spécialisée fondée par l’APAE.

Je ne m’attendais pas à célébrer au bout de quelques mois à Guaçuí une messe dans laquelle nous accueillons la parole de Dieu qui se dit dans l’Evangile, mais aussi dans la vie des gens, messe dans laquelle la parole est donnée aux gens.

J’avoue que j’aime beaucoup ma situation de « vicaire », jamais en situation de décider dans un pays qui n’est pas le mien, mais en situation de suggérer ou d’encourager des chemins, comme l’insistance pour mettre l’Evangile dans la main des gens, comme une autre manière d’animer les rencontres de responsables.

Je suis certain que, même en étant étranger, je ne risque pas de me tromper en provoquant les gens à lire l’Evangile, à le lire dans les groupes et traditions qui sont les leurs, à exprimer aussi ce qu’ils vivent. Olimpio qui m’accompagne parlait de l’inculturation en disant que c’était permettre aux gens de dire la parole qui jaillit en eux quand ils lisent l’Evangile, que c’était aussi permettre à la culture d’être questionnée par l’Evangile car l’Evangile sera toujours pour une part en contradiction avec nos cultures.

De systématiquement provoquer à lire l’Evangile du jour me permet d’accueillir sans crainte les nombreuses expressions de religiosité populaire, en faisant de chacune de ces expressions l’occasion d’aller lire l’Evangile. Après, cela ne me gêne pas de bénir les tracteurs, de chasser les esprits des vaches, et j’en passe. J’ai aussi dû bénir un enfant qui ne mangeait pas… En fait, le père a une tumeur cancéreuse au cerveau et disait « ne pas vouloir savoir », ne parlant pas du tout avec sa femme de ce qui lui arrivait. Quand je l’ai retrouvé le lendemain de mon passage, il m’a dit la libération que ça avait été pour lui de pouvoir nommer ce qui lui arrivait, parler avec sa femme.

J’ai été heureux aussi de voir que, le lien avec la professeur qui corrige mon portugais, a permis que tous les membres de la légion de Marie travaillent la lettre de Jean-Paul II sur le rosaire et soient ainsi provoqués à ne pas le dire seulement de manière répétitive, mais en prenant le temps de la méditation de l’Evangile.

Les visites des communautés et l’appel à « aller voir Jésus dans l’Evangile »

J’aime ce ministère qui ressemble à celui de Paul : nous visitons chaque jour des communautés qui vivent par elles-mêmes, se rassemblent, prient, soutiennent les malades, transmettent la foi, partagent de la parole de Dieu, participent à la vie locale, à tel syndicat agricole, telle manifestation pour demander que la piste soit goudronnée.

Je fais référence à Saint Paul… Ce sont vraiment des communautés « pauliniennes », avec leurs joies, mais aussi leurs crises, leurs divisions, la fragilité des gens qui les composent, notre propre fragilité… Ces versets de la lettre aux Corinthiens me parlent beaucoup comme vous le comprendrez plus loin :

“Car la folie de Dieu est plus sage que les humains, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les humains. Regardez, mes frères, comment vous avez été appelés : il n’y a pas parmi vous beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles. Dieu a choisi ce qui est fou dans le monde pour faire honte aux sages ; Dieu a choisi ce qui est faible dans le monde pour faire honte à ce qui est fort ; Dieu a choisi ce qui est vil dans le monde, ce qu’on méprise, ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est, de sorte que personne ne puisse faire le fier devant Dieu.” (1 Co 1,25-29)

Notre assemblée paroissiale de décembre qui rassemblait 70 personnes (responsables de communautés de base, de mouvement et services) a commencé par 1h20 de recherche, dans l’Evangile de la naissance de Jésus, de lumières pour vivre l’année prochaine d’abord en petits groupes, puis en grand groupe. Deux points sont ressortis :

–     l’appel à aller voir Jésus dans l’Evangile

–     l’appel à rejoindre Jésus qui se fait pauvre et à édifier une Eglise avec ceux qui sont plus pauvres aux yeux du monde.

Les gens qui ont découvert ce type de partage pour lancer une réunion ont été enchantés. En sortant de cette assemblée, Juarez m’a demandé d’écrire un éditorial[3] que nous avons cosigné pour provoquer les gens à venir à la messe, aux célébrations de communauté de base, en ayant déjà lu l’Evangile, à ce que toutes les rencontres de mouvement, de service, aient ce temps de partage d’Evangile. L’autre soir, le responsable de l’école de théologie (formation théologique proposée par la paroisse sur 4 ans à raison d’une soirée par semaine), et qui est simple facteur, est venu dire la joie qu’il éprouvait à ne plus commencer une rencontre sans un temps d’accueil de l’Evangile.

Pour moi, cela change beaucoup le rapport aux gens. J’essaye d’arriver 30 minutes à une heure avant la messe pour parler avec les gens qui arrivent, convaincre ceux qui n’ont pas encore lu l’Evangile du jour de le faire avant que la messe ne commence. Après la proclamation de l’Evangile, je propose à 5 à 8 personnes de dire la phrase qu’ils ont retenue, la « parole de vie », éventuellement à la commenter. Après ce temps d’intervention des gens, je fais une homélie préparée à l’avance, mais que je modifie pour m’appuyer sur ce qui vient de se dire, et qui est d’autant mieux perçue que les gens ont effectivement lu et réfléchi l’Evangile.

Cela crée aussi un rapport de fraternité, de simplicité, entre eux déjà, et avec moi. Une de mes grandes joies, c’est quand des gens ayant très peu de formation, osent prendre la parole et  font le lien avec la vie. C’est vraiment l’expérience de la J.O.C. qui m’a donné de croire que les gens oseraient prendre la parole alors que l’apparence initiale était contraire.

Je trouve aussi dans cette insistance à provoquer les gens à lire l’Evangile une manière de me ressourcer au cœur même de l’exercice du ministère. Quand je termine une journée de visite d’une communauté de base où l’Evangile a été proclamé une trentaine de fois, où chacun, de maison en maison, a dit la « parole de vie » qu’il recevait, comment elle le rejoignait dans sa vie, je ressors nourri, tout en ayant aussi besoin d’un moment de solitude avec le Christ, d’un moment de relecture des rencontres.

Voici des échos de quelques visites, et, à travers ces échos, un aperçu de ce qui fait la vie des gens ici, de ce qu’est notre ministère :

Dimanche 5 février

Je suis arrivé dès le matin pour faire la connaissance de Nelson et sa femme Lucia, le responsable de la communauté rurale où je dois célébrer à 16h. Ils ont pris en charge la sœur de Lucia qui est handicapée. Ils ont quitté Guaçuí pour se lancer dans l’agriculture et sont arrivés ici il y a 4 ans, au moment du démembrement d’une grande fazenda mise à disposition de personnes sans terre et qui rachètent progressivement le terrain à l’état. Je lui demande de m’aider à comprendre son travail. Nous avons longuement arpenté les terrains qu’il cultive, fait le tour des bassins où il engraisse des poissons. Ici, tout est manuel. L’agriculture est très peu mécanisée. Les quelques tracteurs servent seulement au transport. La traite des vaches est presque partout manuelle. Chemin faisant, Nelson parle de sa foi, de l’Evangile qu’il lit chaque matin en se levant à 5h. A la rencontre des responsables de communautés de base, je le provoquerai à témoigner de l’importance de cette lecture de l’Ecriture pour lui. Je l’entendrai aussi raconter comme il avait été surpris et touché de ma demande de visiter son exploitation.

A 15h30, nous nous retrouvons dans une étable désaffectée, un hangar ouvert à tous vents, où la communauté se retrouve pour célébrer. Les enfants s’asseyent dans la mangeoire. C’est dans ce cadre évocateur que j’avais célébré la messe de Noël. A l’entrée, je demande aux gens s’ils ont lu, s’ils ont choisi une phrase. Quand ils répondent « non », je réponds avec un grand sourire : « Alors, vous ne pouvez pas entrer ! » Et puis, je les invite à lire et à choisir une phrase, dans le temps qui précède le début de la messe. Arrive une femme de 25 ans, mariée, un enfant de 5 ans :

–     « Mais je ne sais pas lire ! »

–     « Mais il n’y a personne à la maison qui sait lire et peut lire pour vous ? »

–     « Personne ! ».

Cela nous a valu un bon partage avec elle seule d’abord avant la messe pour savoir qui elle connaissait dans la même situation, qui pourrait les aider à oser apprendre. Dans le partage qui a suivi la proclamation de l’Evangile, après que chacun ait dit la « parole de vie » choisie, j’ai relancé la question : « Je vois que de provoquer à venir en ayant lu l’Evangile exclut ceux qui ne savent pas lire. Faut-il arrêter cette proposition ? » La réponse a jailli, unanime : « Non ! ». Et l’un d’ajouter : « Quelqu’un peut lire pour l’autre », avant que quelqu’un se propose pour lancer un groupe « d’alphabétisation populaire » dans la communauté.

Lundi 13 février

21h, après la messe que j’ai dû célébrer, bien que ce soit « jour de repos », je vais dîner chez Kishma, d’origine japonaise et président du Conseil d’Administration de l’hôpital public de Guaçuí. Il a aussi invité José-Luiz, pédiatre. José-Luiz parle aussi des cas de conscience de sa femme qui est gynécologue. Il explique comment il s’était retrouvé en opposition avec les responsables politiques en s’opposant aux « passe-droit » pour les visites et en défendant l’accès aux soins des plus pauvres.

Kishma m’a invité pour parler des questions qu’il se pose pour que l’hôpital soit vraiment au service des gens, que les médecins soient au service de l’hôpital et non l’inverse. Selon lui, un certain nombre d’entre eux utilisent le service public pour leur travail privé. Il explique aussi les problèmes de corruption. Kishma aimerait que José-Luiz qui partage sa sensibilité accepte de se présenter comme responsable des médecins au niveau du Conseil d’Administration. José-Luiz craint de se retrouver en opposition y compris avec des gens de sa propre famille en devant lutter contre la corruption et les dysfonctionnements. Ils m’ont invité de par ma profession antérieure.

On réfléchit ensemble sur l’appel de Dieu, l’appel à ne pas avoir peur de se retrouver en combat même avec les gens de sa propre famille, sur la manière de vivre la foi dans la vie sociale. La maison est somptueuse. On parle aussi du fait d’appartenir à un milieu favorisé. Je ne cache pas mes origines. On termine en priant ensemble. Je fais savoir que je serai toujours intéressé de réfléchir avec des gens sur leur vie et leurs responsabilités à la lumière de l’Evangile. Ce sera peut-être sans suite, mais ça a été une merveilleuse rencontre d’A.C.I. ou de M.C.C.[4]

Dimanche 26 février

9h00, je finis de célébrer la messe de 8h à Dores. José, 25 ans, se présente pour me guider dans sa communauté que je vais rencontrer pour la première fois. Il est venu à pied pour que je ne me perde pas en voiture. Il habite depuis peu dans la communauté que l’on va visiter et a fondé un groupe de jeunes. Il demande quel soutien nous allons lui apporter.

Après 10 km de piste, on s’arrête chez Sandra, 30 ans. Elle a deux enfants de 8 et 5 ans et a été élue responsable de la communauté de base il y a un an.

–     « Je ne me sentais pas capable, mais je ne pouvais pas refuser l’appel de Dieu, et c’est vrai que j’ai la chance d’avoir la foi, mais je ne sais presque pas lire et écrire. Alors je me suis inscrite avec mon mari à l’école du soir pour apprendre. D’autres se sont inscrits avec moi et on a changé le jour de rencontre du Circuit Biblique pour que ça ne tombe pas le même jour. Marcelo mon mari n’est pas là. Il a été à la ville. Il a été abandonné par ses parents quelques temps après la naissance après avoir été martyrisé pendant les premiers mois. Il en porte encore les traces. Il vient de quitter l’église catholique pour passer à « l’Assemblée de Dieu » (Une des multiples « Eglises » évangéliques – là, il s’agit d’un groupe très sectaire). Il ne parle plus. Mes enfants ne comprennent plus. »

Au moment où nous allions repartir, Marcelo arrive en vélo.

–     « Il y a quelqu’un qui vient à l’Eglise catholique qui, à la sortie de l’eucharistie, me dit du mal. Alors je suis passé à l’Eglise évangélique. Cela fait une semaine. » (…) « Les évangéliques disent que si l’on ne vient pas chez eux, on ne sera pas sauvé. Je ne sais pas quoi penser. »

Suit un long partage et une prière ensemble avec bénédiction de leur maison, appel à prier ensemble même s’il va à l’Assemblée de Dieu, à ne pas laisser leur couple être divisé, alerte sur cette manière d’annoncer un Dieu qui n’aimerait que ceux qui viennent dans telle Eglise et de diviser les familles. Sandra parle de ses voisins immédiats. Seule la piste qui a la largeur d’une voiture sépare les deux maisons. Ils ne se disent pas un mot, mais, toujours sans se dire un mot, se retrouvent chacun à un coin de la petite église qui rassemble 30 à 40 personnes.

Puis nous repartons avec Sandra et José visiter toutes les familles les plus éloignées, à travers des pistes défoncées dans une zone complètement isolée, à la limite avec l’état de Rio de Janeiro et du Minas Gerais. On passe d’abord chez Jorge et Dolores, la famille la plus ancienne de la communauté, celle qui a fondé cette communauté. Ils ont adopté un fils et sont maintenant grands-parents. Ils racontent l’arrivée de l’Assemblée de Dieu qui a réussi à faire venir chez eux une responsable en 1998, provoquant une grave division dans la communauté et qui ont même failli réussir à récupérer le bâtiment église. Finalement, ils ont récupéré presque tout le terrain sauf l’église qui a été coupée du reste du terrain par des barbelés. On partage l’Evangile et bénit la maison, puis la famille nous reçoit à déjeuner et je demande la possibilité de « mettre en pratique 20 minutes le psaume 126 » pour être plus présent aux personnes que nous allons rencontrer jusqu’au soir…

La sieste terminée, on passe dans une maison mitoyenne. Eli-Maria nous attend. Elle a 35 ans, 5 enfants de 19 à 5 ans. La semaine passée, elle a été hospitalisée plusieurs jours en réanimation pour tentative de suicide. On parle avec elle de cette tentative, avec les enfants, de la dépression qui n’est pas péché mais maladie. Une des filles de 14 ans est avec un gars de 19 ans. J’essaye d’alerter doucement. On célèbre le sacrement des malades, la réconciliation, et ils promettent de venir à la célébration du soir.

On arrive chez Antonio et Claudia. Ils viennent d’arriver il y a quelques mois après avoir tout laissé pour fuir une situation de conflit avec des voisins, des personnes de leur famille. Ils sont tout heureux qu’il y ait ici un groupe de jeunes animé par José. Juliano, 17 ans, leur aîné, travaille la terre avec son père. Il vient de reprendre le chemin de l’Eglise alors qu’il avait tout laissé tomber. Il vient de démarrer la formation de « ministre de la parole ». Karina, 14 ans, prépare sa confirmation.

On continue la visite à pieds, car il vient d’y avoir une forte averse et la voiture ne pourrait pas remonter la pente. On arrive dans une famille d’origine africaine. Il y a 5 enfants dont Antonio qui a 6 semaines.

On passe ensuite chez Micano et Lucia, également africains. Ils ont deux enfants de 8 et 6 ans. On parle de l’obésité de l’aîné. Je propose de bénir la maison.

–     « Ah, oui ! Bénissez notre maison car il y a plein de problèmes ici. L’autre jour, il y a encore un serpent qui est passé à côté de la maison »

Je questionne sur le rapport qu’ils font entre ce serpent et Dieu. Ils conviennent que le lieu au fond d’un ravin, entouré de falaises de granit, avec beaucoup d’eau est propice à la vie des serpents et que ce n’est pas Dieu qui les envoie. On essaye de partager l’Evangile. Ils ne savent pas lire mais se sont inscrits à l’école avec Sandra et Marcelo.

On s’arrête chez Joel et Iuma. Lui est en dépression grave. A 57 ans, il a fait plusieurs tentatives de suicide et ne sort plus de chez lui, ne travaille plus. Je lis plusieurs fois l’Evangile, jusqu’à ce qu’ils osent dire un mot dessus. Je vérifie qu’il se fasse soigner. Je célèbre le sacrement des malades et l’appelle à sortir marcher chaque jour, à venir à la messe, non pas que je m’inquiéterais d’avoir du monde, mais pour l’aider à sortir de cet enfermement. Puis Iuma demande à me voir seule. Elle explique qu’elle vient de vendre ses 3 cochons pour le soigner et qu’elle n’en peut plus, qu’elle ne sait plus quoi faire.

Quelques visites plus tard, tout le monde se retrouve à l’Eglise. Eli-Maria, celle qui a fait une tentative de suicide la semaine passée, me dit qu’elle faisait le service de l’autel avec l’autre prêtre et me demande si j’ai besoin d’elle. Bien sûr, j’accepte. Le service sera très particulier et bien loin des règles liturgiques. Elle met les Tuperware d’hosties sur l’autel, amène tout en vrac… la burette est sans vin. Il n’y a pas de corporal ni de linge pour purifier le calice et elle me tend une serviette de toilette pour le faire…

Marcelo n’est pas là, mais Joël y est alors que ça faisait des mois qu’il n’était pas venu. Au moment du geste de paix, il me sert fortement dans ses bras. On partage sur l’Evangile des disciples de Jésus qui ne jeûnent pas, sur la pièce de tissu neuve qui déchire le vêtement ancien et sur le vin nouveau dans des outres neuves, Evangile que nous avons partagé de maison en maison. A la fin de la messe, on chante un chant d’accueil pour Antonio, le bébé, qui est présent pour la première fois dans l’Eglise.

Après la messe, quelqu’un vient alerter par rapport au bébé visité dans la famille africaine. Il est d’un autre père et la maman a dit qu’elle le tuerait dans l’Eglise le jour du baptême… Quant à Eli-Maria, elle vient me dire que la communauté l’avait exclue de toutes les responsabilités qu’elle avait pu prendre et qu’elle était très heureuse d’avoir pu servir. Elle demande aussi à ce que j’essaye de convaincre son aîné d’assumer l’enfant qu’il a conçu avec une « femme de la rue »… Avec Juarez, le soir, on décide de la confirmer dans ce service, mais qu’on essayera petit à petit de l’aider à le rendre de manière plus liturgique. Confessions avant et après la messe.

Au retour, le jeune de 19 ans qui fréquente la fille de 14 ans, demande à profiter de la voiture pour aller en ville. C’est l’occasion d’essayer de l’alerter sur l’âge de son amie… Il est manifestement en confiance. Qu’est-ce qui pourra être entendu ?

Vendredi 3 mars

Une femme originaire de cette communauté pauvre que j’ai visitée dimanche vient nous voir à la permanence d’accueil à Dores. Elle est la sœur de la responsable qui est passée à l’Assemblée de Dieu. Elle raconte les mêmes choses sur la division de cette communauté, la grande pauvreté des gens et nous demande de soutenir cette communauté.

Le soir, messe dans cette même communauté : nous nous sommes trompés en faisant les calendriers et n’avons pas vu que cette communauté allait avoir deux messes en moins d’une semaine. Mais cela tombe bien.

18h : je m’arrête à la maison de Sandra, la responsable. Elle est déjà partie à l’église avec ses enfants. Je parle un bon moment avec Marcelo. Il est très ouvert et dit avec beaucoup de joie dans le regard qu’il a beaucoup parlé avec son épouse après mon passage, qu’il ne va plus à l’Assemblée de Dieu, mais il n’est pas encore prêt à m’accompagner : « La prochaine fois, j’irai. Là, je suis fatigué… » Il trouve cependant que je pars trop vite de chez lui. Mais il faut aller accueillir les gens, les aider à lire, non pas l’Evangile (très court, sur les disciples qui ne jeûnent pas) mais la première lecture : Isaïe qui parle du jeûne que Dieu préfère, à savoir :

“détacher les chaînes de la méchanceté, dénouer les liens du joug, renvoyer libres ceux qu’on écrase, et rompre tout joug ; partager ton pain avec celui qui a faim et de ramener à la maison les pauvres sans abri ; couvrir celui que tu vois nu, et de ne pas t’esquiver devant celui qui est ta propre chair.” (Isaïe 58:6-7)

Le responsable qui a précédé Sandra annone le texte. J’hésite, mais je lui demande s’il accepterait de le lire une deuxième fois pour que tout le monde entende bien. Il accepte. Suit un long partage ensuite sur les chaînes et les liens du joug qu’il nous faut casser. Et puis, je me lance, je parle des gens qui n’arrivent pas à se parler dans les communautés rurales, parce qu’il y a eu des blessures. J’évoque les blessures graves comme l’inceste et l’appel à ne pas se laisser détruire, l’impossibilité d’avoir des sentiments d’affection, l’appel à se faire aider, l’appel à au moins remettre à Dieu dans la prière celui qui nous a blessé.

Je le fais car j’ai déjà eu plusieurs confessions de jeunes femmes se sentant coupables de haïr leur « père » et il m’a fallu essayer de les aider à trouver un chemin. Une a démarré une confession en disant :

–     « Est-ce que c’est un péché de parler mal de quelqu’un ? »

–     pourquoi posez-vous la question, de qui parlez-vous mal ?

–     De mon père. J’ai de la haine contre mon père.

–     Il abuse de vous ?

–     Oui

–     C’est la première fois que vous pouvez dire cela ?

–     Oui.

S’en est suivi un long dialogue et des éléments pour l’appeler à trouver des aides et ne pas se sentir coupable des sentiments en elle, trouver un chemin.

Là, dans l’homélie, après avoir évoqué ces blessures graves, j’évoque des blessures moins graves mais qui demandent plus de temps pour retrouver un vrai dialogue. Je parle du geste de paix en Eglise que l’on ne fait pas seulement quand on a de l’affection l’un pour l’autre, mais qui est signe que l’on se reconnaît comme Fils de Dieu même avec les difficultés entre nous. J’évoque les divisions entre les disciples de Jésus et qui ont pourtant été appelés ensemble. J’appelle aussi à dépasser ce qui peut l’être. J’évoque la manière de l’Assemblée de Dieu de diviser les familles, de dire que seuls ceux qui viennent chez eux seront sauvés. Je questionne :

–     Un Dieu d’amour peut-il aimer seulement ceux qui croient en lui et qui viennent dans telle Eglise ?

–     Non !

–     Comment réagir ? Allons-nous faire comme eux ?

–     Non !

Suit un partage sur comment soigner les liens avec ceux qui sont passés à l’Assemblée de Dieu et en même temps un essai pour dire que tout ne se vaut pas, pour dénoncer cette manière de créer une multitude d’églises. Pas simple de trouver les mots. Il ne s’agit pas seulement d’un problème théologique, mais de la vie de chaque jour pour ces personnes.

On dit le Notre Père en se donnant la main, et, au moment du geste de paix, je reprends des éléments de la réflexion après l’Evangile et j’invite à ce que chacun se déplace et donne la paix à tous ceux qui sont présents, même à ceux auxquels il ne parle plus depuis des mois. J’entends le chant de la paix qui prend de plus en plus de force. Sandra me dira après que tous se sont embrassés, qu’elle a pu parler avec ses voisins. C’est du moins ce que j’avais compris d’abord. Au C.P.P. suivant, elle dira que si quelques-uns ont fait le pas de se parler, d’autres restent dans le silence.

Diverses confession après la messe dont une femme enceinte, manifestement très limitée :

–     « Que dois-je faire ? Ma mère s’est mise avec mon mari et a pris mes enfants. Ils n’habitent plus là et je n’ai plus le droit de les voir. Ils ont 8 et 2 ans. L’enfant que je porte est de quelqu’un d’autre qui m’encourage à me battre pour récupérer mes enfants. C’est quoi pardonner ? »

Avec Juarez, nous reparlons le soir et décidons de donner une attention prioritaire à cette communauté très pauvre (toutes ne sont pas comme celle-là). Je vais m’y investir plus et lui va suivre une autre communauté de la paroisse de Guaçuí qui vit des choses similaires.

Dimanche 7 mars

J’ai célébré la messe de 8h à l’Eglise principale de Dores. 9h30, j’arrive dans une communauté. J’attends devant l’Eglise que ceux qui doivent m’accompagner viennent me rejoindre. Catia, ministre de l’eucharistie arrive bientôt, accompagnée par Andréa, autre ministre de l’eucharistie et fille du responsable. Elles me demandent de commencer par un temps de prière dans la chapelle du Saint Sacrement.

En sortant, Catia me demande devant Andréa, si je me souviens de ce que nous avions partagé un mois plus tôt en confession. Comme je ne me souviens pas, elle me rappelle qu’elle était venue faire part de sa grande souffrance parce que Neusia, une très bonne amie, ne lui parlait plus depuis plus de deux ans suite à la campagne électorale. Le mari de Neusia avait perdu et Neusia s’était fâchée avec plusieurs familles qui lui étaient très proches jusque là. Catia avait essayé de lui reparler, mais elle s’était toujours heurtée à un refus. Elle demandait quoi faire. Je lui avais suggéré de profiter de nos visites dans les familles pour essayer de parler avec Neusia.

Catia et Andréa me demandent si je souhaite visiter toutes les maisons ou seulement les malades. La communauté n’est pas très grande et nous décidons d’aller dans toutes les maisons, sachant que les maisons que nous n’aurons pas pu visiter dans la journée le seront lors de nos prochains passages.

Nous commençons par les grands parents du mari de Catia, famille fondatrice de cette communauté. Le grand-père est hémiplégique, avec des problèmes de langage. Nous arrivons à communiquer. Nous partageons l’Evangile du jour : Jésus qui part au désert tenté au milieu des bêtes sauvages puis qui annonce la Bonne Nouvelle et appelle à la conversion. Il reçoit le sacrement des malades, la communion et nous bénissons la maison.

C’est maintenant le moment d’aller à la maison de Neusia. Catia questionne : et si elle ne m’accueille pas ? Et qu’est-ce que je vais dire ? Chemin faisant, on réfléchit à partir de l’Evangile de l’envoi des disciples en mission, de l’appel à ne pas s’inquiéter de ce qu’il y aura à dire, que l’Esprit-Saint mettra la parole dans sa bouche. Bientôt, la maison est en vue, Neusia est dehors et nous aperçoit. Catia s’arrête et redemande : « Que va-t-on faire ? » Je lui promets de parler en premier et l’appelle à essayer de dire quelque chose au moment du partage de l’Evangile. Mais Neusia s’est déjà mise en route et s’approche. Elle se jette dans les bras de Catia, et pleure, et demande pardon. Entrées dans la maison, elles s’expliquent sur ce qui s’est passé. On partage l’Evangile du jour, je bénis la maison et Neusia demande le sacrement du pardon, puis demande une faveur : que nous l’accompagnions pour aller visiter les maisons des autres personnes avec lesquelles elle s’est fâchée. A chaque fois, les personnes sont très surprises de la voir arriver, encore plus de la voir accompagnée de Catia. Mêmes moments forts de partage. D’une maison à une autre, tel ou tel s’est joint au groupe pour aller visiter les suivants.

Au passage, nous sommes arrêtés dans deux familles africaines :

–     Chez Elsa, dont l’haleine sent fortement l’alcool bien qu’il ne soit que 11h. Elsa est mère de 3 jeunes enfants de moins de 13 ans. Au cours du partage d’Evangile, elle dit son regret de ne pas avoir pu se marier à l’Eglise « parce qu’elle n’a pas d’argent ». On parle et Catia et Andrea se proposent pour l’aider à faire le dossier. Le mariage sera célébré après Pâques, au cours de la messe mensuelle de la communauté. Elles proposent qu’un repas de fête soit fait et que chaque famille apporte quelque chose.

–     Chez Beliguinho et Pretinha. Juste avant d’arriver, Catia et Andra s’arrêtent et me préviennent que ça risque d’être difficile, qu’ils sont alcooliques, qu’il se peut qu’ils soient ivres. L’accueil est très bon, ils ne sont pas pris par l’alcool à ce moment-là. Les 4 enfants et les parents sont cachectiques, en lien avec l’alcool. Andréa qui fait partie de la Pastorale des Enfants, visite régulièrement cette famille pour lutter contre la dénutrition et la déshydratation. Elle évoque la fragilité de la dernière qui a 3 mois. Ils souhaitent qu’on bénisse leur maison. On partage l’Evangile et puis je demande quels sont ces animaux sauvages qui nous menacent aujourd’hui, et j’évoque, au milieu d’autres, l’alcool. Beliguinho accueille la perche et nous parlons de l’amour du Christ pour ceux qui sont malades de l’alcool, de la difficulté à sortir de cette maladie. Je signale mon engagement à « Vie Libre ». Je lui demande s’il connaît d’autres personnes touchées par cette maladie. Immédiatement, il aligne une dizaine de noms, dont Elsa. Je l’aide à entendre qu’il est le mieux placé pour aller parler aux autre et leur proposer de fonder un groupe d’alcooliques anonymes, qu’en même temps, il faudrait qu’ils trouvent quelqu’un qui s’en est sorti pour les aider. Andréa prend la parole pour dire que son père et son mari avaient réussi à se sortir de cette maladie grâce aux alcooliques anonymes.

Dans l’une des familles brouillées avec Neusia, une des jeunes demande si on allait les aider à relancer les groupes de jeunes, l’autre demande le sacrement de réconciliation.

C’est l’heure de déjeuner dans la belle-famille de Catia, famille qui a construit l’Eglise en remerciement d’une « guérison obtenue » par Saint Sébastien. Sergio, le mari de Catia, responsable du « Denier de l’Eglise », explique comment il a provoqué la communauté à utiliser la part du denier[5] attribuée à la communauté pour acheter progressivement une Bible pour chaque famille. Aujourd’hui, toutes les familles ont la Bible et toutes participent au « Circuit Biblique » dans cette communauté. Toutes les familles ici sont catholiques.

Quelques maisons plus tard, c’est presque l’heure de la messe. On passe chez Ze do Xico, le responsable, père d’Andréa. Andréa lui parle de Beliguinho et il accepte immédiatement de prendre contact avec lui.

Après l’Evangile proclamé deux fois pour que chacun ait le temps d’entendre et de choisir la « parole de vie », le partage commence. Catia prend la parole et parle du « Règne de Dieu qui s’est approché », de sa réconciliation avec Neusia. J’évoque la maladie alcoolique et Ze do Xico annonce qu’il relance un groupe. Je parle des autres communautés qui ont relancé des groupes « d’alphabétisation populaire » pour lutter contre l’exclusion de l’illettrisme. On parle des témoignages à la messe des cendres et de la campagne de fraternité. J’encourage les « Circuits bibliques ». Au moment du don de la paix, on refait la même chose que dans la communauté précédente. Catia me demande de repasser sans tarder car deux familles auraient besoin d’être aidées à se réconcilier. Le temps dira ce qui a pu pousser de ce qui a été semé.

Du fait que je prends du temps pour partager l’Evangile, pour parler, j’arrive à visiter seulement une dizaine de familles dans la journée. Dans chaque maison, le rituel se termine par une photo. J’ai fait le choix de demander aux gens la possibilité de prendre des photos et de noter leur nom pour arriver petit à petit à reconnaître chacun. J’explique aussi aux gens que ce sera pour moi une aide pour prier pour eux. C’est apparemment très bien accepté. Le soir, je récupère les photos, les sauvegarde avec le nom des personnes, tiens à jour un fichier « Word » dans lequel je note quelques éléments sur chacun pour me souvenir. Je fais mon « cahier de vie » dans lequel je note ce que j’ai reçu de Dieu dans cette journée, les paroles, les événements qui m’ont touché. Avant de retourner dans la communauté, un ou deux mois après, je prends le temps de relire le fichier, d’apprendre par cœur le nom de chacun avec les photos, et j’en fais ma prière.

Convictions et questions sur le ministère et l’Eglise

C’est à travers ces rencontres et à travers les confessions que je découvre le Brésil, du moins le petit point du Brésil où je suis envoyé. Je ne découvre pas seulement le Brésil, je retrouve des choses que je vivais autrement en France, dans l’accompagnement de la J.O.C., de l’A.C.O., et dans ce que j’appelais la « pastorale de l’assiette », manière de m’inviter à manger dans les familles en France[6] ou l’été au Portugal pour partager et aider les gens à se situer en confiance et à prendre leur place en Eglise. Lors d’un trajet en voiture, Juarez parle de cette façon « des prêtres français », d’être attentifs à la vie de chacun.

Pour moi, ces visites sont un moment très important pour accueillir la vie des gens, mais aussi former les ministres qui m’accompagnent. Souvent, entre deux maisons, je provoque un partage avec les personnes qui m’accompagnent. J’explique telle ou telle réflexion que j’ai pu faire. Je partage aussi des « trucs » appris dans l’accompagnement des mourants, comme l’importance de ne pas rester debout quand une personne est alitée, de ne pas avoir peur de prier en étant assis. De faire devant eux ce type de visite en donnant aux gens la parole sur leur vie, sur l’Evangile, est sans doute la formation principale que j’essaye de donner. On parle aussi de l’importance de lire soi-même l’Evangile pour avoir l’Esprit de Jésus et permettre à d’autres de le faire.

Ce qui marque les personnes qui m’accompagnent, c’est de voir que, de maison en maison, nous découvrons d’autres aspects de l’Evangile. Cela avait été très fort un jour où nous partagions sur l’Evangile de l’aveugle que Jésus guérit en deux temps. (Mc 8,22-26)

Plus d’une fois, j’ai été surpris par l’impact de ce qui se passe entre quelques personnes dans une maison isolée dans la montagne. En effet, les personnes visitées, les ministres qui accompagnent, nous regardent agir, et ils parlent. Que de fois, je rencontrais 30 km plus loin, quelqu’un qui n’avait pas été présent et qui me racontait les visites que j’avais eues quelques jours avant et l’impact que ça avait eu pour les gens.

Pendant les vacances d’été, au mois de janvier, j’ai eu trois fois l’occasion de vivre ces visites avec 3 séminaristes du diocèse originaires de Guaçuí, occasion de faire connaître une manière d’être prêtre, une spiritualité, de les faire parler aussi.

Je mesure que c’est aussi dans ces visites, dans cette manière de vivre le ministère, dans la manière de commenter avec les personnes qui m’accompagnent, tout autant que dans les questions posées, que je peux partager quelque chose de ce que j’ai reçu en France, de ce que je reçois de neuf ici au Brésil. Dans chaque maison je souligne que je fais les visites en communion avec Juarez.

Quand nous nous retrouvons, nous partageons aussi largement ce que nous vivons chacun de notre côté. J’ai aimé sa joie au retour de la « marche pénitentielle » organisée ce week-end et qui a rassemblé 5 000 personnes de la paroisse, ou de la « retraite de Carnaval » organisée par le Renouveau Charismatique avec la participation d’autres mouvements et qui a rassemblé plus de 100 jeunes pendant 4 jours. Nous avons concélébré la messe finale et chacun de nous trois a dit un mot sur l’Evangile.

Je repense souvent à toutes les réflexions d’Antoine Chevrier sur la manière dont les gens regardent les prêtres (mais aussi chaque baptisé) vivre et agir, dont nous sommes appelés à travailler à devenir « d’autres Christ visibles », appel fait à tous les baptisés et que les diacres liés au Prado avaient réfléchi d’une manière qui m’avait beaucoup touché en novembre 2002[7]. C’est impressionnant la manière dont tous nos gestes sont observés, comme le fait de se déchausser avant d’entrer dans une maison pour ne pas salir qui a beaucoup marqué les gens ce week-end, très surpris de ce geste. Je l’ai fait aussi quand nous entrions dans une maison avec un sol en terre battue pour ne pas marquer de différence par rapport aux autres maisons.

Les gens n’écoutent pas nos discours, ils nous regardent, et je ressens plus fortement combien mes limites sont obstacles à l’annonce de la parole de Dieu, je le ressens plus fortement dans mes liens avec les autres prêtres. Ce n’est pas si facile d’arriver comme étranger, et, au-delà de l’accueil chaleureux, combien de temps faudra-t-il pour un partage avec ceux que je croise d’une réunion à l’autre ?

Telle qu’est organisée la pastorale, je n’ai pas de « mouvement[8] à accompagner », ni de services[9]. C’est donc dans les visites aux familles, les permanences d’accueil, les confessions, les homélies, et dans les rencontres des responsables des communautés de base que peut se faire une formation, un chemin avec les laïcs. Ce dernier point va changer car Juarez a entendu que c’était un manque et nous allons nous répartir les mouvements pour les accompagner vraiment au niveau des responsables.

Au passage, je signale que, à Guaçuí, nous ne célébrons ni obsèques, ni mariages, et que, outre des diacres, des laïcs ont reçu mission pour célébrer les mariages. Ils ont aussi reçu une formation très prenante. La responsable de la communauté des sœurs m’a aussi montré un document venu de Rome l’autorisant à célébrer le sacrement des malades, les baptêmes quand elle occupait la charge de curé d’une paroisse dans une des favelas de Rio de Janeiro.

Ce qui reste une souffrance, c’est le discernement dans l’appel, la manière de faire pression sur des jeunes, y compris sur des jeunes ayant manifestement de grandes fragilités et une difficulté à se situer dans la vie avec d’autres, pour qu’ils soient prêtres ou religieuses.

Il manque aussi toute une formation pour aider les gens à avoir la parole, animer des réunions de telle manière que le prêtre ne dirige pas tout, avoir une réflexion pastorale, ne pas seulement organiser mais relire, former à une foi qui prenne en compte la vie du monde, ouvrir à autre chose qu’à une spiritualité souvent pieuse et moralisante, mais n’ouvrant pas forcément à la rencontre du Christ et des hommes.

L’un des jeunes qui vient d’être ordonné diacre en vue du ministère presbytéral qu’il doit recevoir à la fin du mois, se retrouve déjà seul et responsable d’une paroisse marquée par une histoire difficile avec un prêtre l’ayant précédé. Il est de surcroît directeur du journal diocésain et responsable diocésain des « Circuits bibliques », sans aucun ancien pour l’aider à entrer dans le ministère, sans lieu de reprise. Comment s’étonner que nombre d’entre eux craquent, déraillent, ou soient très autoritaires ? Pour avoir longuement discuté avec le recteur du séminaire, je sais qu’il partage nombre de ces questions et qu’elles ne sont pas le fait d’un prêtre français qui jugerait de l’extérieur.

Nombre des questions qui me font souffrir ici ne sont pas propres à l’Eglise du Brésil. Je souffre aussi de la manière dont l’Eglise en France et plus largement dans le monde tend à se refermer et à laisser tomber des dimensions essentielles de l’appel à être présente au monde, à recevoir ce que l’Esprit-Saint fait dans le monde, dont elle encourage plein de dévotions sans aider à un discernement, dont une « crédulité pieuse » se développe dans nombre de groupes.

J’ai aimé redécouvrir au cours de notre retraite les mises en gardes fortes de Jean-Paul II dans sa très belle lettre « Au début du nouveau millénaire » contre ces déviations et ces appels pour une véritable éducation à la prière. C’est l’occasion pour moi de prendre plus conscience d’où je viens, des richesses de l’action catholique qui m’a formé, dont je percevais jusqu’ici fortement les limites. Je crains qu’il ne soit trop tard quand on s’apercevra qu’on a laissé se perdre cette richesse. Ici, les mouvements pentecôtistes et autres nouvelles religiosités ont éteint ce pied essentiel d’une vie en Eglise, d’une foi qui construise des hommes, d’une évangélisation de la société.

J’allais prendre rendez-vous avec Dom José (l’évêque) pour lui dire la joie d’entendre quelqu’un prêcher comme il le fait et pouvoir partager mes questions, mes découvertes, et voilà qu’Olimpio m’annonce que Dom José demande à ce qu’un pradosien vienne prêcher la retraite de son diocèse début août. Olimpio me demande d’accepter de le faire… Je pense qu’ils ne vont pas être déçus par mon portugais ! Mais j’espère bien qu’ils goûteront à l’étude d’Evangile partagée et je me réjouis déjà de me recevoir de prêtres d’un autre diocèse, d’un diocèse très marqué par les séquelles de l’esclavage, à forte dominante africaine, rurale, très pauvre.

Dom José est religieux passionniste et souhaite que ses prêtres puissent avoir une spiritualité diocésaine qui les aident à se lier aux plus pauvres, à rencontrer le Christ dans l’Evangile, à avoir une vie fraternelle.

Olimpio m’a aussi demandé de participer à l’animation du « Mois Pradosien », mois de reprise qui aura lieu au mois de juillet à 60 km de Guaçuí. J’irai tous les deux jours y passer la journée et animer un temps d’étude d’Evangile sur « faire avec l’Esprit de Dieu ».

Dans ces 4 premiers mois au Brésil, j’ai aussi eu la joie de participer à 2 rencontres des pradosiens de l’état de l’Esprit-Saint (groupe de 15 prêtres jeunes) et à la « Semaine de Spiritualité », rencontre de 5 jours ouverte à des « non-pradosiens » prêtres et séminaristes. Nous étions 30 dont 15 séminaristes et j’étais dans les « vieux », ce à quoi je ne suis vraiment pas habitué. J’ai aimé retrouver le climat simple et fraternel du Prado.

Bonne marche vers Pâques

J’avais promis un courrier court : il fait 13 pages de moins que le précédent… Je m’arrête là et vous redis ma prière, et compte sur la vôtre. Vous savez que, grâce à Internet, je reste très présent à chacun de vous, à l’Eglise de Créteil, de Lyon, au Prado de France, à ma famille, à vous tous qui comptez pour moi. Je viens de partager plus fortement avec ma famille le retour au Père de ma Grand-Mère qui avait 96 ans. Je lis fidèlement les feuilles paroissiales que je reçois de Champigny, les courriers de Créteil, du Prado, etc.

Bonne marche vers Pâques. Très fraternellement.

[1]      Etat limitrophe du notre à l’ouest. Capitale de l’état : Belo Horizonte

[2]      814 Reais (240 €), l’équivalent de 2 salaires minimum brésiliens, ce qui représente en fait bien plus dans la mesure où nous sommes nourris, logés, que nous n’avons pas à payer la voiture qui appartient à la paroisse, de même que tout le mobilier

[3]      Voir autre fichier joint

[4]      Action catholique des milieux indépendants ; Mouvement des cadres chrétiens

[5]      Une part du denier va au diocèse, une autre aux services communs de la paroisse, une autre à la communauté de base

[6]      A Champigny, je mangeais une trentaine de fois par trimestre dans des familles, n’attendant pas d’être invité, mais m’invitant directement, en particulier chez les plus pauvres.

[7]      Plaquette disponible au Prado, 13, rue Père Chevrier, 69007 Lyon 04 78 72 41 67 ap.prado@wanadoo.fr

[8]      Les mouvements présents sur nos paroisses sont : les Circuit biblique, la Légion de Marie, le « Renouveau charismatique catholique », les Cursilistes (je ne sais pas présenter, si ce n’est que c’est eux qui avaient organisé la « bénédiction des entreprises), la « Ligue » (qui n’a rien à voir avec l’action catholique inexistante), les « Rencontres de Foyers avec le Christ » (sans doute comparable aux Equipes Notre Dame),

[9]      catéchèse, préparation aux mariages, au baptême, à la confirmation, etc.

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