Et toi, que dis-tu, pour toi, qui suis-je ? (Equipe Notre Dame, 14 janvier 2004)

Tu es Celui qui a mis la main sur moi (Ps 138),

Et qui agit bien plus que je ne l’aurais imaginé au départ,

Qui prend cependant des chemins si déconcertants,

Qui nous laisse libres même de te quitter :

« N’avez-vous pas l’intention de partir, vous aussi ? » (Jn 6,67)

Tu es Celui qui, consciemment pour moi depuis l’âge de 7 ans,

A mis en mon coeur cette soif de t’écouter et de te servir

En m’ouvrant toujours plus à toi, à mes frères, aux plus démunis.

Tu es Celui qui a mis en moi le cœur brûlant en écoutant le récit de Samuel et sa réponse :

–     « Parle, Seigneur, ton Serviteur écoute. » (1 S 3,10)

Tu as semé en moi l’aspiration à ce que cette parole de Samuel

Que Marie reprendra à son compte, soit toute ma vie.

Depuis, tu m’as fait découvrir qu’avant cette parole de Samuel,

Il y a l’évocation de la foi d’Anne, sa mère, remettant son enfant à Dieu. (1 S 1,11)

Tu es Celui qui m’a conduit à la foi par mes parents, mes grands parents,

Mes frères et sœurs, mes neveux et nièces.

Je te rends grâce pour les prêtres et les religieux et religieuses que tu as mis sur mon chemin

Et qui ont permis à ta Parole de prendre chair en moi, de devenir brûlante.

Tu es Celui qui est inconnaissable et si proche,

Celui dont je ne peux me faire aucune image,

Et que je peux travailler à connaître dans l’Evangile.

Tu es celui qui a mis en moi la joie en découvrant Antoine Chevrier

Et cette parole en particulier :

« Sentez-vous naître cette grâce en vous ?

C’est-à-dire, sentez-vous un attrait intérieur qui vous pousse vers Jésus-Christ ?

Un sentiment intérieur qui est plein d’admiration pour Jésus-Christ,

pour sa beauté, sa grandeur, sa bonté infinie, qui le porte à venir à nous.

Sentiment qui nous touche et nous porte à nous donner à lui.

Un petit souffle divin qui nous pousse et qui vient d’en haut, ex alto,

une petite lumière surnaturelle qui nous éclaire

et nous fait voir un peu Jésus-Christ et sa beauté infinie.

Si nous sentons en nous ce souffle divin,

si nous apercevons une petite lumière

si nous nous sentons attiré tant soit peu vers Jésus-Christ,

ah ! cultivons cet attrait, faisons le croître par la prière,

l’oraison, l’étude, afin qu’il grandisse et produise des fruits.

Voulez-vous être à Jésus-Christ ?

Sentez-vous le désir d’être à Jésus-Christ ?

A qui voulez-vous être, si vous n’êtes pas à Jésus-Christ ?

Ecoutez l’appel de Jésus-Christ.

Ecoutez ses promesses. (Véritable Disciple p. 119)

En voyant agir Jésus, nous voyons les actions même du Père,

parce que le Fils ne fait rien de lui-même

et que c’est le Père qui fait lui-même ses œuvres.

Quelle belle harmonie !

Quel accord entre le Père et le Fils et le Saint Esprit, dans Jésus-Christ !

Qu’avons-nous donc à faire ?

d’étudier Notre Seigneur Jésus,

d’écouter sa parole,

d’examiner ses actions,

afin de nous conformer à lui et nous remplir du Saint Esprit.

Puisque tout ce que Jésus-Christ a dit, tout ce qu’il a fait et dicté par le Saint Esprit,

il faut donc étudier ses paroles et ses actions,

et conformer notre vie et nos paroles à ce qu’il a dit, à ce qu’il a fait,

et alors nous agirons et parlerons selon le Saint Esprit.

Nous avons donc là une règle sûre et certaine

pour nous remplir du Saint Esprit et agir et penser selon lui.

L’Evangile contient les paroles et les actions de Jésus-Christ.

L’Esprit de Dieu est répandu dans toute sa vie, dans toutes ses actions.

Ses paroles, ses actions sont comme autant de lumières

que le Saint Esprit nous donne depuis la crèche jusqu’au calvaire.

Chaque parole de Jésus-Christ,

chaque exemple est comme un rayon de lumière

qui vient du ciel pour nous éclairer et nous communiquer la vie. (V.D. p. 225)

Tu es Celui qui ne m’épargne pas du doute radical,

Du doute radical sur toi, sur le monde, sur l’homme, sur l’Eglise,

Du doute radical sur moi-même,

Et qui est mon roc. (2 Sm 22 ; Ps 18,19, 28 ; Mt 7,24)

Tu es Celui qu’il m’a été donné de rencontrer fortement à plusieurs reprises dans ma vie

Et qui reste toujours l’inconnaissable,

Celui que j’essaye de suivre et que je persécute tout en même temps,

Que je trahis ou renie, et qui sans cesse me relève :

–     « Qui es-tu Seigneur ? »

–     « Je suis Jésus que tu persécutes » (Ac 9,5)

Avec Paul, j’ose redire, conscient de ma faiblesse,

A partir même de cette faiblesse : (2 Co 11,30 ; 12,9)

« Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi.

Car ma vie présente dans la chair,

Je la vis dans la foi au Fils de Dieu

Qui m’a aimé et s’est livré pour moi. » (Ga 2,20)

Tu es Celui Auquel l’Esprit dit en moi :

« A qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68)

« Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime ! » (Jn 21,15-17)

« Pour toi, je me dessaisirais de ma vie » (Jn 13,37)

Tu es Celui qui nous permet de découvrir Dieu comme Père

De parler à Dieu comme Père dans l’Esprit qui intercède en nous de manière inexprimable,

De trouver notre nourriture dans l’accomplissement de sa volonté,

De nous découvrir frère de tout homme.

Tu es Celui qui t’invite chez chacun de nous et dit à chacun :

« Moi, tous ceux que j’aime, je les reprends et les corrige.

Sois donc fervent et repens-toi !

Voici, je me tiens à la porte et je frappe.

Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte,

J’entrerai chez lui et je prendrai la cène avec lui et lui avec moi. » (Ap 3,20)

« Si quelqu’un m’aime, il obéira à mes paroles.

Mon Père l’aimera, nous irons à lui et nous habiterons chez lui. (…)

Le Père enverra en mon nom l’Esprit Saint, celui qui doit vous aider.

Il vous enseignera tout et il vous rappellera tout ce que je vous ai dit.

« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix.

Je ne vous la donne pas comme le monde la donne.

Ne soyez pas inquiets et n’ayez pas peur.

Vous avez entendu, je vous ai dit :

« Je m’en vais, mais je reviendrai auprès de vous. »

Est-ce que vous m’aimez vraiment ?

Alors, soyez joyeux de savoir que je vais auprès du Père !

En effet, le Père est plus important que moi.

Je vous le dis maintenant, avant que cela arrive.

De cette façon, quand cela arrivera, vous croirez. » (Jn 14,23-29)

Tu es Celui qui a mis en moi cette joie sans cesse renouvelée

Une joie soufferte mais que nul ne peut nous ravir (Jn 16,22)

Quand j’ai choisi de « ne rien préférer à l’amour de Dieu »

Qui sans cesse me relève, me ramène quand je m’attache à tout ce qui me tient loin de toi.

Tu es Celui que je ne peux séparer de l’Eglise,

Cette Eglise par qui tu m’as été transmis

Cette Eglise en laquelle je te reçois, qui es ton corps,

Cette Eglise que nous formons,

Cette Eglise que je reçois et à laquelle je me donne pour le monde

Cette Eglise si belle et si défigurée, si secouée, si forte et si fragile,

Cette Eglise en crise dans un monde en crise

Cette Eglise qui n’en reste pas moins signe de ton amour total pour l’humanité,

Cette Eglise animée de ton Esprit,

Comme l’est ce monde que tu aimes et que tu nous appelles à aimer,

A recevoir comme le lieu et le moment favorable pour annoncer ton Evangile.

Par la force de ton esprit et non par la nôtre, mais pas sans nous,

Dans la confiance à ta promesse et à ton envoi :

« Allez donc: de toutes les nations faites des disciples,

les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit.

Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » (Mt 28,19-20)

Tu es Celui dont l’amour tout-puissant se dit dans l’impuissance, sur la croix,

Celui qui ne résout pas tout par miracle, qui n’agit pas à notre place ou sans nous,

Celui qui se donne dans la pauvreté et la vulnérabilité extrême

De la crèche au Tabernacle, en passant par la croix et tous les « mystères lumineux ».

Tu es celui que j’ai sans cesse reçu dans l’ouverture aux plus pauvres, aux plus défigurés

Tu m’as tenu par la foi de Xavier, trisomique.

Tu t’es donné dans les visages rencontrés et les mains tenues de tant de malades

Tu t’es révélé par la foi de tant de personnes si simples : Luisa, Benvinda, Cidalia et Tónino,

Et tant d’autres.

Plus récemment, par Marielle, autiste et sourde muette,

tu m’amènes à réentendre comme actuelles ces paroles :

–     « C’est le Seigneur ! » – Même au bout de la nuit, de la pêche apparemment sans fruits ;

–     « Tu sais tout, tu sais bien que je t’aime ! »

–     « Suis-moi ! » (Jn 21)

Tu m’appelles à recevoir ces paroles pour moi personnellement

Et pour l’Eglise que nous sommes.

Tu te révèles jour après jour dans ma vie par tant d’autres personnes rencontrées,

Croyantes et non croyantes, croyantes d’autres religions.

Tu es Celui que Marie accueille en se laissant couvrir de l’ombre de l’Esprit Saint

Car, rien n’est impossible à Dieu.

En elle ta Parole se fait chair,

Tout en elle se fait selon ta parole.

Tu nous la donnes comme mère.

Elle nous rend attentif aux besoins des hommes,

Attentif à leur soif d’alliance, à leur soif du vin de la fête du Royaume.

A sa prière, donne-moi, donne-nous, de faire tout ce que tu nous diras.

Donne-nous d’être avec elle au pied de la croix,

D’être avec elle à demander l’Esprit promis aux apôtres,

D’être avec elle pour te donner corps, te mettre au monde.

Tu es Celui qui continue d’appeler, de te dire dans la réponse de jeunes

Qui osent accueillir la question de la vie consacrée

Dans notre monde troublé et notre Eglise blessée,

Qui osent accueillir l’appel à témoigner de ton amour dans le mariage et le don de la vie

Dans notre humanité qui défigure si souvent ce cœur sacré de l’homme.

Tu es Celui en communion avec qui je ressens si fort tout ce qui défigure l’humanité,

Tout ce qui défigure l’Eglise,

Tout ce qui défigure et blesse chaque homme qui est mon prochain

Tout ce qui défigure ta ressemblance en ma vie, tout ce qui est obstacle en moi à ta Parole.

Tu es Celui que rien n’arrête

Et qui te donne à rencontrer au cœur même de notre, de ma faiblesse.

Avec François, prêtre mourant du SIDA,

Tu m’as fait découvrir plus profondément ce qu’est la sainteté :

Action transfigurante de Dieu en celui qui se laisse rejoindre dans sa fragilité la plus radicale.

Je lui avais demandé de nous dire comment tu le faisais prêtre tel qu’il n’avait pas prévu.

A quelques jours de sa mort, quand j’évoquais cette mission confiée un an plus tôt,

Dans le sourire lumineux qui l’habitait quand nous avons évoqué tes paroles au Cénacle

Et le sens qu’elles prenaient pour lui dans son corps décharné et blessé sur son lit d’hôpital

J’ai mieux découvert la force des paroles que tu m’appelles à dire et vivre jour après jour :

« Prenez et mangez-en tous, Ceci est mon corps livré pour vous ! »

15 ans après, tu me donnes de réentendre cette parole choisie pour mon ordination diaconale :

« Je suis venu pour que les hommes aient la vie,

Et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10,10)

Tu es l’indicible qui a mis en moi cette joie, cette soif

De te contempler dans ta Parole, à l’école d’Antoine Chevrier,

Dont la prière remet toujours en moi la lumière :

O Verbe ! O Christ !

Que vous êtes beau!

Que vous êtes grand !

Qui saura vous connaître ?

Qui pourra vous comprendre ?

Faites, ô Christ, que je vous connaisse

et que je vous aime.

Puisque vous êtes la lumière,

laissez venir un rayon de cette divine lumière

sur ma pauvre âme, afin que je puisse vous voir

et vous comprendre.

Mettez en moi une grande foi en vous

afin que toutes vos paroles soient pour moi

autant de lumières qui m’éclairent

et me fassent aller à vous,

et vous suivre, dans toutes les voies

de la justice et de la vérité.

O Christ ! O Verbe !

Vous êtes mon Seigneur

et mon seul et unique Maître.

Parlez, je veux vous écouter

et mettre votre parole en pratique.

Je veux écouter votre divine parole,

parce que je sais qu’elle vient du ciel.

Je veux l’écouter, la méditer,

la mettre en pratique,

parce que dans votre parole

il y a la vie, la joie, la paix et le bonheur.

Parlez, Seigneur,

vous êtes mon Seigneur et mon Maître

et je ne veux écouter que vous.

Bruno Cadart

équipe Notre Dame

le 14 janvier 2004

 

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