Mettre la Parole de Dieu dans la main des pauvres

(Acesso à versão portuguesa)

Quand on lit les lettres d’Antoine Chevrier, on voit vite qu’il ne se contentait pas de faire Etude d’Evangile ; il provoquait d’autres à faire Etude d’Evangile : les séminaristes, les sœurs, ceux et celles qu’il accompagnait. Sa manière de faire le rosaire faisant entrer les gens dans ses études d’Evangile était aussi une manière de « mettre l’Evangile dans la main des pauvres ».

1. Comment j’ai cherché à mettre l’Evangile dans la main des pauvres en France

Séminariste aux Minguettes, à une sortie de messe, j’avais accueilli Martine, une jeune de 12 ans, non baptisée, absolument non catéchisée et révoltée parce que, à l’enterrement de son papa, mort de l’alcool, le prêtre avait dit que Dieu avait « rappelé son père » et venant demander : « Où il est mon père ? Pourquoi Dieu provoque de telles douleurs ? » Pour répondre à sa question, je lui avais demandé si elle avait des amis et nous avions démarré une Etude d’Evangile sur tout l’Evangile de Marc avec la question : « qui est Jésus ? » Chaque semaine, ils invitaient d’autres copains alors que le moyen employé n’avait rien d’attrayant : lecture de l’intégrale de l’Evangile de Marc et travail en colonne : la référence, ce que fait Jésus (il prie, il enseigne, etc.), la « parole de vie », l’attitude des disciples quand elle était mentionnée.

Depuis, je n’ai eu de cesse que de construire toute la pastorale en provoquant les gens à faire Etude d’Evangile et en l’adaptant aux groupes rencontrés. A Champigny, dans la banlieue parisienne, j’ai provoqué des migrants portugais à lancer des équipes de partage d’Evangile en complément aux autres équipes existantes. 18 ans après, ce sont une dizaine d’équipes qui continuent à se retrouver et ont lu tous les Evangiles, les Actes, des lettres, et, maintenant, des livres de l’Ancien Testament. Chacun lit un ou deux chapitres pendant le mois et vient à l’équipe où il n’y a pas de prêtre pour accompagner en partageant la, les, « paroles de vie », en faisant éventuellement le lien avec sa vie. Chacun parle à tour de rôle sans interrompre l’autre, sans entrer dans des « discussions », de manière priante.[1] J’ai été émerveillé par les fruits de ce travail : des personnes qui n’étaient pas en Action Catholique ont rejoint des équipes, d’autres sont devenus catéchistes, Luisa, femme ayant 3 ans d’école primaire au Portugal, est devenue Laïque en Charge Ecclésiale.

Benvinda, originaire du Cap-Vert, a adapté la formule aux personnes qui ne savaient pas lire en enregistrant le texte pour que chacun puisse l’entendre chez lui et partager la « parole de vie ».

Dans le service de prêtres, religieuses, diacres, laïques, comme permanent du Prado de France, j’ai cherché aussi à animer des retraites en provoquant les personnes à faire Etude d’Evangile et à « s’auto animer », ou plutôt à laisser la Parole de Dieu animer la retraite, en partageant les lumières trouvées. J’ai profondément goûté à la richesse qui jaillissait de ces temps de partage.

J’ai aussi soutenu des laïcs en charge ecclésiale que j’accompagne à oser proposer largement ce travail à partir de la Parole de Dieu. Que de résistances elles rencontrent : mais les gens ne sont pas capables, ça n’attirera pas, ils ne comprendront pas, ils sont trop jeunes…

Au moment où j’écris ce témoignage, Odile, permanente à Lyon, me fait part de son émerveillement de ce que des enfants de l’Eveil à la Foi des tout petits ont réussi à exprimer en écoutant la rencontre entre Jésus et l’aveugle Bartimée, comment des parents ayant peu de lien avec l’Eglise se sont laissé toucher. Elle m’écrit :

« J’ai eu mon dernier temps d’éveil à la foi ce samedi. Ce qui m’a le plus touché, c’est que, quand on met la parole de Dieu dans la main même des tout petits, le Christ nous parle à travers eux, à travers leurs parents. Un petit de 4 ans a dit : « Quand on devient ami de Jésus, on n’est plus assis, on est debout, on se met debout sur le chemin. » J’ai repris cette phrase tout au long du temps fort. Un autre de 6 ans a dit : « Je ne comprends pas pourquoi la foule empêche celui qui est au bord du chemin d’atteindre Jésus. » Moi, je crois que c’est parce qu’il crie trop fort, et quand on crie, on dérange. Quand on est différend, on dérange. Mais ce qui me touche, c’est que Jésus l’accueille, et il lui parle, rien qu’à lui. »

Au synode sur la Parole de Dieu, le Cardinal Daneels a dit que l’obstacle principal à la proposition de la Parole de Dieu n’était pas dans le monde, mais dans le cœur des chrétiens si timides pour s’en nourrir et la proposer. Je le crois profondément.[2] Je crois que nous-mêmes, Pradosiens, sommes bien loin de percevoir et vivre cette intuition si forte d’Antoine Chevrier.

2. L’école de théologie biblique dans une paroisse rurale du Brésil

2.1 Son fonctionnement

Arrivant dans une paroisse rurale pauvre avec un fort taux d’illettrisme, j’ai lancé une « Ecole de Théologie Biblique », en fait, une école d’Etude d’Evangile.

Les gens sont invités, s’ils le peuvent, à venir en ayant lu un chapitre des Actes des apôtres (texte lu sur 2 ans en 2008 et 2009). La question principale est la suivante :

–     « Si je ne devais retenir qu’une ou deux ou trois phrases, qui me touchent, m’aident à prier, lesquelles ce serait ? »

Ils peuvent aussi écrire une prière à partir d’un verset ou d’un passage.

J’ai commencé par faire la proposition de lire l’Evangile de Luc un soir par mois en semaine sur la ville principale et sur l’un des deux gros villages situés à 30 km, à l’autre bout de la paroisse. Lors de la deuxième rencontre, 70 personnes se sont retrouvées à Dores, 30 à Pedra Menina, venant aussi des communautés rurales. Rapidement, les énergies ont fondu, particulièrement chez ceux qui n’avaient aucun effort à faire pour venir, et nous avons terminé avec 10 personnes de chaque côté.

Pourtant, avec Sœur Maria do Socorro[3], nous étions convaincus que c’était l’urgence du moment et, pour reprendre les mots d’Antoine Chevrier, que « Dieu ne pouvait pas vouloir qu’une œuvre, si belle et qui devrait apporter de si beaux fruits, soit si imparfaite.. »[4]. « Les gens ne viennent pas, il faut aller les chercher »[5]

A l’assemblée de paroissiale de décembre 2007, nous avons lancé le projet de nous retrouver dans chaque communauté de base, après la messe mensuelle, avec ceux qui souhaiteront rester 30 à 45 minutes. Nous avons prévenu que, même s’il n’y avait qu’une personne intéressée, nous assurerions ce service. C’est arrivé une fois, à Dores. Dans les communautés rurales, la messe mensuelle a lieu à 19h en semaine, à 16h le dimanche. Le déroulement de ce temps d’Etude d’Evangile est le suivant :

–     temps de partage des prières (des fois, personne n’en a préparé)

–     proclamation d’une partie du chapitre (dans 2 ou 3 communautés, je dois le faire moi-même car personne n’est en mesure de lire pour les autres)

–     temps de silence où ceux qui n’ont pu préparer avant cherchent la « Parole de vie »

–     partage des « Paroles de vie »

–     recherche du lien avec aujourd’hui ou de lumières pour notre vie d’Eglise en fonction du passage lu.

–     poursuite ainsi, pas à pas, de la méditation du chapitre.

–     Temps de prière final où nous redisons quelques paroles de vie, prions le Notre Père et le Je vous salue Marie.

Les gens ont parfois jusqu’à une heure à faire à pied dans la nuit, la boue ou la poussière, après une journée harassante dans les plantations de café, pour venir à l’Eglise de la communauté de base. Le lendemain, ils se lèvent à 5h. Pourtant, ce sont 220 personnes en moyenne, dans cette paroisse de 6 800 habitants qui participent chaque mois. En ville où nous proposons une rencontre en dehors de la célébration de la messe et à deux horaires différents (15h et 19h), ce ne sont que 11 personnes qui participent en moyenne… Chaque mois, nous animons 17 fois un temps de partage des Actes : 2 fois à Dores, siège de l’Eglise principale, et dans les 15 communautés de base.

Cette école est un complément aux « Cercles Bibliques », base de l’Eglise de notre diocèse de Cachoeiro de Itapemirim, groupes de familles habitant dans le même hameau, la même rue, qui se réunissent chaque semaine à tour de rôle chez l’une d’entre eux, pendant une heure pour méditer l’Evangile du dimanche suivant.

Cela permet, aidé par la présence du prêtre, de Sœur Maria do Socorro, de lire en suivant un livre biblique[6], d’apprendre à mieux s’écouter, à moins discuter ou faire la morale, à plus faire le lien avec la vie et à tirer une catéchèse de cette lecture, à commencer par une lecture priante. Plusieurs Cercles Bibliques se sont essoufflés faute d’accompagnement et de formation des animateurs. Là, nous formons dans le même mouvement les animateurs et les participants des Cercles Bibliques, qui pourront ainsi s’entr’aider quand ils se retrouvent.

2.2 Echos de quelques lumières trouvées au fil de la lecture des Actes

Outre le partage des « Paroles de Vie », c’est l’occasion d’une véritable catéchèse et d’une formation de disciples et apôtres.

–     Actes 1 a permis de prendre conscience que c’est Jésus qui a l’initiative de fonder l’Eglise et qu’elle n’est pas choix de l’homme pour résoudre ses difficultés et chercher « le lieu où je me sens bien », à la suite de Jésus qui n’a pas choisi d’aller sur la Croix « pour se sentir bien », mais pour répondre à l’appel du Père, « vaccination » par rapport aux motivations qui amènent tant de catholiques à partir pour les Eglises évangéliques ou à chercher la même chose dans l’Eglise catholique. Ils ont aussi relu l’élection des responsables de communautés à la lumière de l’élection de Mathias.

–     Actes 2 a permis de percevoir la fondation missionnaire de l’Eglise poussée par l’Esprit Saint, la présence de Marie au milieu de la communauté, les critères de la communauté idéale et de vérifier notre pratique, d’enraciner le travail sur le denier de l’Eglise.

–     Actes 3 et 4 nous ont amenés à prendre conscience que l’Eglise est appelée à annoncer la résurrection du Christ en parole et en Actes, en relevant l’humanité blessée. Il y a eu tout un partage pour identifier les exclus, les paralysies, faire le lien avec la fondation de la Pastorale de la Sobriété, relire les « prodiges » vécus sur la paroisse ces dernières semaines, percevoir que le Christ avait fondé son Eglise sur des personnes simples et sans formation… et pourtant, ils avaient autorité. Dans une communauté, des personnes illettrées se sont immédiatement proposées pour la pastorale du baptême alors que cela faisait des mois que la communauté ne proposait plus le baptême aux enfants faute d’équipe de préparation. L’appel à obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes a marqué.

–     Il faudrait reprendre tous les chapitres sources de multiples lumières. Je soulignerai le travail à partir d’Actes 10 et 11 où nous avons réfléchi sur « Quels sont les éléments qui ont permis à Pierre et Corneille de se laisser conduire par l’Esprit Saint ? » Cela a été l’occasion d’alerter contre les dérives du Pentecôtisme en dehors et au-dedans de l’Eglise catholique, de souligner l’importance de la raison, que l’émotion ressentie par la maison de Corneille n’avait pas été une émotion provoquée.

2.3 Fruits pour le prêtre, les personnes, la communauté

–     Je ne suis plus le prêtre qui passe une fois par mois, célèbre la messe et s’en va. Ce temps de méditation partagée m’a profondément rapproché des gens, et pas seulement de manière affective, liant les gens au prêtre, mais à l’écoute de la Parole, liant les gens au Christ dans sa Parole. En les écoutant faire le lien avec la vie de la communauté, par exemple dire où ils ont vu des « prodiges », des paralytiques se mettre à marcher, je découvre la vie très concrète de la communauté, l’œuvre concrète de l’Esprit Saint dans cette communauté, les questions devant lesquelles ils se trouvent.

–     Dans ce partage, je me livre aussi, rends compte de ma propre expérience spirituelle : « J’irai au milieu d’eux, je vivrai de leur vie ; ces enfants verront de plus près ce qu’est le prêtre et je leur donnerai la foi »[7].

–     Pour moi-même, je suis « malgré moi », « obligé » d’être pétri des Actes des Apôtres. Quand j’ai partagé 17 fois dans le mois le même chapitre, il finit par m’habiter. Je ressors nourri des visites dans les communautés où il m’a été donné d’écouter, de recueillir, la Parole de Dieu dans la bouche et la vie des gens, et non pas épuisé. Nous avons tant de mal à bloquer du temps pour faire vraiment Etude d’Evangile. De l’inscrire dans toutes les rencontres pastorales « m’obligent » à ce travail d’Etude d’Evangile qui ne se limite pas à la lecture de l’Evangile du jour.

–     Au moment où des prêtres et des laïcs, au Brésil et ailleurs, ont la tentation d’être psychologues, de s’enfermer dans l’accompagnement individuel de personnes s’appuyant en premier lieu sur la psychologie ou sur la « psychospiritualité », ou ont la tentation d’attirer « des foules » par l’émotion provoquée, la manipulation psychologique, c’est l’occasion d’accompagner des groupes, aidant les personnes à s’attacher à la personne du Christ et à sa Parole, et non à la personne du prêtre ou à l’ambiance du groupe.

–     Pendant un an, j’ai fait une Etude d’Evangile exhaustive sur tout ce qui a trait à la « Parole de Dieu » dans l’Evangile de Luc, dans les Actes, dans les lettres de Paul. C’est vraiment la mission même de Jésus et de ceux qu’il envoie à sa suite que d’annoncer la Parole. La parole est elle-même l’acteur de l’évangélisation, le glaive du Saint Esprit. Je le vérifie très fort. De « manger » les Actes des Apôtres, a des fruits immédiats : des personnes se réconcilient, d’autres se mettent à participer vraiment au denier de l’Eglise, d’autres se proposent pour des charges en Eglise, ils prennent des initiatives missionnaires.

–     C’est un lieu de construction humaine. Des gens osent essayer de lire en public, se découvrent capables de trouver des paroles de vie, de les commenter, de s’écouter, de susciter la parole de l’autre, de faire le lien avec leur vie. En choisissant d’être le moins « enseignant » possible, de ne pas faire d’exposés, mais d’aider les gens à trouver par eux-mêmes, je leur permets de découvrir leur capacité, de dépendre moins d’un intervenant. Régulièrement, je leur montre les contradictions qu’il peut y avoir dans notre vie ecclésiale avec la Parole de Dieu, essayant d’éveiller aussi leur esprit critique si important dans ce Brésil envahi par les phénomènes sectaires, les pouvoirs corrompus.

–     C’est un lieu de construction de la communauté : j’ai vu des communautés dynamisées, reconstruites, dans cette lecture priante ensemble des Actes des Apôtres. Des enfants de 8 ans participent avec une intelligence du cœur qui étonne les adultes. Des personnes illettrées restent, écoutent, interviennent. Toute la vie de la communauté, des familles, se trouve relue, partagée.

–     C’est un lieu de discernement. Etudiant les Actes des Apôtres, les gens comprennent mieux les décisions prises, leur fondement, comme celle de renoncer à toute donation faite publiquement et à divers modes de gain auxquels ils étaient attachés. Ils comprennent aussi mieux notre ministère en regardant l’activité de Pierre, de Paul, des autres. Ils comprennent la racine de leur vocation de disciples et d’apôtres.

–     C’est par excellence un lieu vocationnel : se mettant à l’écoute de la Parole de Dieu, contemplant les apôtres qui se laissent prendre par l’Esprit Saint, faisant ce partage avec le prêtre, des jeunes pourront entendre l’appel à être prêtres et religieuses. Je suis convaincu que Sidney, qui m’a vu faire ce travail lors des missions que j’avais lancées la première année, a trouvé là un élément pour entrer au séminaire. Une dizaine de jeunes ont participé aux rencontres du service diocésain de vocations à partir des missions faites avec eux et de ce travail.

–     C’est un lieu de formation à la rencontre personnelle du Christ dans sa Parole, à la prière marquée par l’Evangile. Les gens ont appris à venir aux messes en ayant choisi une « parole de vie ». Ils le font d’autant plus que j’ai pris l’habitude, après la proclamation de l’Evangile, y compris à l’Eglise principale, de demander, avant de faire ma propre méditation : « Y a-t-il quelques personnes qui accepteraient de partager une parole de vie ? ». Ils n’ont plus peur de prendre la parole quand je les y invite, et même sans que je les y invite. Je travaille à provoquer tous ceux qui le veulent et le peuvent, à avoir un cahier où noter chaque jour dans la prière une « parole de vie », à préparer par écrit le partage sur les Actes des Apôtres, à écrire éventuellement une prière à partir du texte médité, à noter aussi des faits de la vie où ils ont vu un signe de l’Esprit Saint. Quelques-uns ont commencé.

–     C’est un lieu d’édification de la famille. A chaque préparation et célébration de mariage, à chaque rencontre de la pastorale familiale, j’appelle les couples à prendre un temps hebdomadaire de prière où ils lisent ensemble l’Evangile du dimanche, gardent un temps de silence, puis partagent la, les, « paroles de vie », avant de partager ce qui a fait leur semaine pour remercier, demander de l’aide, demander pardon, le tout à Dieu et l’un à l’autre. J’ai vu un couple dire : nous avons commencé parce que nous avons rencontré un couple qui avait traversé de multiples crises et qui dit que cela a transformé leur vie, rien que le fait que, au départ, la femme cherche des paroles de vie.[8]

–     C’est un lieu de libération. C’est impressionnant comment ils trouvent là la force de défendre leur dignité au travail, au moment des élections.

2.4 La retraite des ministres de la Parole et de l’Eucharistie

Soumis à de multiples pressions et menaces pendant la récente campagne électorale des municipales au Brésil, j’avais proposé le chemin suivant pour la retraite des ministres de la Parole et de l’Eucharistie à laquelle 80 ministres ont participé :

Après l’ouverture par la messe paroissiale de 8h, j’ai introduit la récollection en disant que c’était notre récollection annuelle normale, mais parce qu’elle correspondait à l’ouverture de la campagne électorale, que nous allions en faire une récollection d’entrée en campagne, cherchant dans les Actes des Apôtres que nous étudiions depuis février, des lumières pour être de vrais « Ministre de la Communion », de vrais « Ministres de la Parole » pendant ce temps particulier, et pas seulement dans les célébrations, derrière l’autel ou le pupitre, mais en famille, au travail, au sein de leurs coalitions politiques.

Nous avons formé 8 carrefours en attribuant à chaque carrefour l’un des 9 chapitres[9] déjà lus dans les communautés. Chaque carrefour a été chargé de chercher des « paroles de vie » et de trouver des lumières pour exercer le ministère de manière générale, et plus particulièrement en période d’élections.

J’ai aussi prévenu qu’il y avait de la tempête à Dores et que nous garderions un temps pour qu’ils soient mon « conseil » par rapport à des initiatives à prendre.

J’ai désigné un ministre pour la mise en commun avec les indications suivantes : vous aurez 4 minutes pour aider le groupe à méditer ; dans un premier temps, vous rappellerez ce dont parle le chapitre qui vous a été attribué et que tout le monde connaît, puisqu’il a été étudié dans les communautés ; ensuite, sans chercher à redire tout ce qui a été dit dans votre carrefour, mais nourri par ce partage, vous présenterez des « paroles de vie » et quelles lumières pour vivre ce temps d’élection.

A 9h45, je les ai laissés travailler et à 11h, nous avons démarré un temps d’adoration eucharistique. Huit ministres ont animé la méditation pendant 4 minutes chacun. J’avais choisi des gens divers : Maria José, professeur à la retraite, mais aussi la maman d’Elielton[10], ministre de la Parole et n’ayant que 4 années d’école primaire, et qui m’avait émerveillé par son sens de la Parole de Dieu. Sur les 8, j’ai choisi une ministre de l’Eucharistie n’ayant jamais prêché, ayant repéré son sens inné de la Parole dans les rencontres de « l’école de théologie biblique », cette lecture priante et formative sur les Actes.

Le temps de « partage adoration » a été une vraie Pentecôte. Je regrette juste de ne pas avoir enregistré. Je me suis laissé enseigner. J’ai été heureux de ne pas avoir à « prêcher » à un moment où je n’avais pas la liberté intérieure pour le faire, de pouvoir me laisser porter par leur foi.

Nous avons encore fait l’expérience que le Christ se révèle aux tout-petits, et à tous à travers eux, que ce ne sont pas ceux qui ont le plus de formation qui entrent le mieux dans la Parole de Dieu.

J’ai cueilli les fruits de cette insistance reçue du Père Chevrier à mettre la Parole de Dieu dans la main des plus petits, d’une Eglise qui se nourrit largement de la Parole, priorité si chère à Benoît XVI et réfléchie au synode actuel, qui me paraît vraiment l’urgence du moment.

Voici quelques unes des lumières proposées à notre méditation par les huit ministres :

–     Actes 1 : « Il nous faut témoigner jusqu’aux extrémités de la terre, y compris dans la réalité difficile de la campagne électorale. »

–     Actes 2 : « Il nous faut prier et demander l’Esprit Saint, abandonner nos pratiques anciennes. »

–     Actes 3 : « Il nous faut oser parler « au nom de Jésus » et aider Dores à se mettre debout tant dans les élections que dans le travail sur la sobriété. »

–     Actes 4 : « Nous ne devons pas avoir peur parce que nous sommes simples et sans instruction d’oser parler au nom de Jésus. Il nous faut aider les gens à résister à la tentation de se faire acheter et les encourager à préférer obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Il nous faut prier pour demander la force d’annoncer la Parole de Dieu avec une pleine assurance, de faire des prodiges. »

–     Actes 5 : « Nous ne devons pas être comme Ananie et Saphira qui mentent et font semblant de partager. Nous ne devons pas avoir peur de souffrir pour le Christ et trouver notre joie là. Il nous faut être comme Gamaliel dans nos coalitions, être capable de parler à contre courant pour appeler les gens à ne pas risquer de se retrouver en guerre contre Dieu.

–     Actes 6 et 7 : « Nous devons avoir la même audace qu’Etienne et savoir aussi pardonner. »

–     Actes 8 : « Nous ne devons pas faire comme Simon le magicien qui veut acheter le pouvoir de donner l’Esprit Saint. Nous ne pouvons pas acheter ou vendre les votes. Il nous faut nous approcher de ceux qui sont engagés politiquement, faire route avec eux, comme Philippe avec le ministre éthiopien. »

–     Actes 9 : « Il nous faut entrer dans la lumière de Dieu, ne pas persécuter le Christ. Il nous faut croire que l’autre a pu changer et voir dans l’adversaire un frère, comme Ananie accueillent Saul qui venait pour les persécuter. »

De ce temps de méditation, est sorti la décision de venir 15 minutes plus tôt à toutes nos célébrations et messes pour un temps d’adoration eucharistique en proclamant l’Evangile du jour, partageant des paroles de vie, chantant la prière de Saint François, priant le Notre Père en se donnant la main, pour lutter contre les forces de division si fortes en ce temps de campagne électorale. J’ai été émerveillé d’écouter ces partages de paroles de vie où beaucoup n’avaient plus peur de prendre la parole, de dire vraiment la parole de Dieu, d’entrer dans la célébration ou l’eucharistie en ayant commencé par se préparer à l’écoute de la Parole de Dieu.

3. Vivre la dynamique d’Aparecida, en résonnance si forte avec le charisme du Prado

Dans notre contribution à la préparation de l’assemblée de notre diocèse, reprenant les Document d’Aparecida, nous écrivions :

« Avec la grâce de l’Esprit Saint, nous voulons nous entraider à être « disciples et missionnaires »[11] qui répondent à la vocation reçue et communiquent partout, par débordement de gratitude et de joie, le don de la rencontre avec Jésus-Christ. Nous n’avons d’autre trésor que celui-là. Nous n’avons d’autre bonheur, ni d’autre priorité que d’être instruments de l’Esprit de Dieu, en Église, pour que Jésus-Christ soit rencontré, suivi, aimé, adoré, annoncé et communiqué à tous, malgré toutes les difficultés et toutes les résistances. Voilà le meilleur service – son service – que l’Église doit offrir aux personnes et aux nations. » (DDA 14)

« Dans la rencontre avec le Christ, nous voulons exprimer la joie d’être des disciples du Seigneur et d’avoir été envoyés, avec le trésor de l’Évangile. Être chrétien, n’est pas une charge mai un don : Dieu Père nous a bénis en Jésus-Christ son Fils, Sauveur du monde. » (DDA 28)

C’est bien ce que nous cherchons à vivre, ce qui est, me semble-t-il, l’urgence du moment et je me réjouis beaucoup de ce synode qui se déroule au moment où j’écris ce témoignage.

Père  Bruno Cadart

Annexe 1 : Pour préparer une rencontre[12]

  • L’objectif : S’aider à
  • connaître
  • aimer
  • suivre le Christ
  • Il ne s’agit pas d’un travail scolaire… c’est une manière de prier, de faire croître en moi l’amour de Jésus : Le connaître mieux (ce qu’il fait, ce qu’il dit) pour l’aimer plus (ce que j’aime de sa manière de faire, d’agir, de ses paroles), pour le suivre de plus près (mettre en pratique sa parole)
  • Quand je lis la Bible, je me dis : « Le Maître est là, il t’appelle»[13] C’est une manière de bien me rappeler que je ne suis pas devant un texte quelconque, mais que c’est un moment pour rencontrer Jésus qui me parle aujourd’hui et me laisser enseigner, conduire par lui.
  • Même si je n’ai pas beaucoup de temps pour préparer, je décide de prendre un petit temps pour le faire. L’important est de décider de prendre des moyens pour que Jésus puisse parler dans mon cœur.
  • Pour moi-même… j’ai besoin de chercher pour trouver… Dieu parle, mais j’ai besoin de m’arrêter, de faire silence, de regarder le Christ dans l’Evangile, de décider de prendre un temps pour le rencontrer…
  • Pour les autres du groupe. Je suis responsable non seulement de moi, mais des autres… Dieu parle par chacun de nous, par moi aussi… Si je n’ai rien préparé, les autres en pâtiront. Chacun est responsable de la vie fraternelle qui se construit à l’écoute du Christ dans sa Parole.
  • « Je ne suis pas capable… » Faisons confiance à l’Esprit de Dieu en nous… décidons de nous laisser travailler par lui
  • Dans l’Evangile, on lit que ce sont les plus pauvres, ceux qui ont le moins de formation scolaire, qui arrivent le mieux à accueillir la Parole du Christ avec le cœur et dans leur vie… c’est ce qui se vérifie encore aujourd’hui
  • Nous nous sentons tous incapables… comme Moïse en son temps, comme les apôtres qui n’avaient pas de formation scolaire et que Jésus avait pourtant choisis
  • Il n’est pas nécessaire de dire beaucoup de choses, mais déjà de venir avec une phrase que j’ai choisie et que je peux redire aux autres.
  • Il y a des choses que je ne comprends pas… Mais il y a aussi des phrases que je comprends et ce seront ces phrases que nous partagerons.
  • Pour entrer dans la méditation de la Bible, l’important est de décider de faire attention non pas à tout ce que je ne comprends pas, ou avec lequel je ne suis pas d’accord, mais à ce qui est parole de vie pour moi… On n’entre pas dans une maison par la porte qui est bloquée mais par celle qui est ouverte…
  • Quand je tombe sur quelque chose de dur (par exemple, à quelqu’un qui est d’accord pour suivre Jésus, mais après l’enterrement de son père, Jésus dit : « laisse les morts enterrer les morts[14]… »), je me dis que rien ne peut être contraire à l’amour de Dieu et des hommes puisque Jésus lui-même résume toute la Bible à ce commandement de l’amour et que donc, il me manque des informations sur le contexte.
  • Dans l’animation du partage en groupe, ce qui est important, c’est de commencer par un temps de prière, éventuellement de travail personnel si les personnes n’ont rien préparé (c’est plus profitable de provoquer à avoir décider de préparer chez soi), un tour de table où chacun parle à son tour sans jamais interrompre l’autre, entrer en débat, dire qu’on est d’accord ou non ; rester dans l’accueil. Après que chaque personne ait parlé, on peut chanter un refrain.
  • C’est important de prendre des notes de ce que disent les autres. C’est une manière d’écouter, mais aussi d’accueillir ce que Dieu dit à travers eux.

Bruno Cadart


Annexe 2 : « Lis l’Evangile et laisse Jésus agir en toi

Voilà un témoignage qui a été écrit pour la « Caminhada Paroquial » de juin 2008.[15]

Un jour, le père Bruno m’a pris en stop, et j’ai commencé à lui raconter comment ma vie avait changé quand j’ai rencontré le Christ dans la lecture de l’Evangile. Il m’a demandé d’écrire pour la « Caminhada Paroquial », ce que j’ai fait avec joie.

J’ai 27 ans et je suis mariée, mère de deux enfants. Quand j’étais enfant et jeune, j’habitais à 100 mètres de l’Eglise, mais j’y allais par obligation, sans goût. Ma mère était catéchiste et m’emmenait à l’église, mais ça ne m’intéressait pas.

Je me suis mariée à l’église, j’ai déménagé. Là encore, j’habitais à proximité de l’église. La communauté était très accueillante, venait me rendre visite, mais je continuais à aller par obligation. Le début de mon mariage a été très difficile. Nous nous sommes mêmes séparés 2 fois.

Le fait que le prêtre demande systématiquement, après la proclamation de l’Evangile à la messe : « Qui accepterait de nous partager une « Parole de Vie » ? m’a provoquée a commencer à lire l’Evangile. Un jour, j’ai accepté de partager la Parole qui m’avait touchée. Je ne me souviens pas exactement laquelle ce fut, mais elle appelait à ne pas se préoccuper autant pour les choses matérielles et à chercher le Règne de Dieu. Le commentaire du prêtre m’a beaucoup touchée et s’enfilait comme un gant dans ma vie.

J’ai commencé à donner plus d’importance à la messe, à la Parole de Dieu. maintenant, je lis l’Evangile tous les jours, j’écoute l’Evangile à la télévision. La communauté m’a appelée à être ministre de la Parole et j’ai accepté. Pourtant, j’ai une heure à pied à faire pour arriver à l’église. Cela me provoque à lire encore plus la Parole de Dieu.

Ma vie en a été totalement transformée. L’amour a grandi entre nous. Aujourd’hui, il y a encore des disputes, mais cela n’a rien à voir. Nous dialoguons, la confiance a grandi entre nous et nous prions ensemble.

Dans la vie, je suis passée par des moments durs, mais quand j’ai cherché Dieu, j’ai trouvé le chemin vrai. Dieu fait des merveilles dans la vie des gens, il frappe à la porte, mais il faut encore lui ouvrir. Ce que nous désirons, Dieu nous le donne en double. Maintenant, je désire que mes fils connaissent le Christ et je dis à tout le monde : celui qui veut rencontrer le bonheur, la vie en plénitude, qu’il laisse Jésus agir dans sa vie, qu’il lise sa Parole et Le laisse entrer dans son cœur.

Anne-Marie


Annexe 3 : Témoignage d’Alicia

Au terme de 4 ans au Brésil, à Dores do Rio Preto, lors de ma dernière célébration dans la communauté de base Sainte Anne, Alicia, 11 ans, m’a offert son « Carnet de « Paroles de Vie » » accompagné de la lettre qui suit. Elle l’a lue devant l’évêque à la fin de la messe de départ dans le gymnase.

Père Bruno,

J’écris pour parler un peu des lumières de l’Esprit Saint dans ma vie.

Je suis encore une enfant, mais ma vie a été transformée depuis que j’ai commencé à écrire chaque jour dans un carnet le verset de l’Evangile du jour qui me touche le plus, la « Parole de Vie ».

J’ai traversé bien des choses : la séparation de mes parents. Mais, à travers l’Evangile, j’ai trouvé la force pour dépasser cette épreuve et vivre et je te remercie d’avoir aidé ma maman à traverser tout cela.

Je suis catéchiste. Aujourd’hui, j’aide ma communauté, bien que je n’aie que onze ans.

Je suis très heureuse, parce que j’ai aidé ma maman qui était entrée dans une Eglise sectaire à revenir dans l’Eglise catholique et qu’elle est devenue responsable de la liturgie. Je l’aide aussi.

Aujourd’hui, elle est une autre personne, bien plus heureuse, en effet, nous prions et lisons l’Evangile chaque jour, et, dans tout ce que nous faisons, nous demandons à l’Esprit Saint de nous guider.

Et maintenant, nous prions le Saint Esprit pour toi, Bruno, que tu sois illuminé dans ton chemin à Madagascar, que tu puisses aider beaucoup d’autres familles. Tu vas laisser beaucoup de regrets, parce que tu as marqué ici, au Brésil.

Je te demande d’accepter en souvenir mon premier carnet de « Paroles de Vie », dans lequel depuis deux ans, j’ai copié chaque jour un verset d’Evangile, que tu puisses le montrer à d’autres enfants, qu’ils puissent faire la même chose.

Alicia, communauté Sainte Anne

[1]      Je remets en annexe le texte qui donne les principes de fonctionnement de ces équipes quelle qu’en soit la forme

[2]      Cardinal Daneels, intervention faite le lundi 13 octobre

[3]      Sœur Sacramentine de Bergame qui partage la charge pastorale

[4]      Lettre n° 23 à Camille Rambaud à propos de L’Œuvre de la Communion

[5]      VD, p. 450

[6]      Trop de chrétiens n’ont jamais l’occasion de lire un Evangile, un livre biblique, dans son ensemble.

[7]      Ecrits Spirituels p. 61, Paroles du Père Chevrier rapportées par le Père Perrichon.

[8]      Cf. témoignage de cette femme en annexe.

[9]      Un carrefour avait à étudier les chapitres 6 et 7 ensembles.

[10]    Lui-même responsable de communauté et ministre de la Parole qui s’est libéré de l’alcool grâce à la fondation de la pastorale de la sobriété

[11]    Thème de la Conférence repris comme thème d’année pour notre paroisse.

[12]    Texte rédigé pour les équipes d’Etude d’Evangile sans prêtre lancées sur Champigny

[13] Parole de Marthe à sa sœur Marie (Jn 11,28)

[14]    Mt 8 ,27

[15]    Journal de la Paroisse Notre Dame des Douleurs, Dores do Rio Preto, état de Espírito Santo, Brésil.

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