Premiers pas à Guaçui (10 décembre 2009)

Chers amis,

Voilà la lettre de Noël annoncée[1]. Avant de parler de ce que je vis ici, sachez que, être loin, être dans une situation très différente, amène à beaucoup penser à chacun, à tout ce que j’ai reçu de vous, de ma famille, de mes amis, de l’Eglise de France, de celle de Créteil, plus particulièrement du cheminement dans les cités aux multiples nations et de vous tous du Portugal, de l’action catholique (milieux indépendants et mission ouvrière). Il y a certains visages de frères prêtres et laïcs, qui m’ont spécialement fait devenir le prêtre que je suis, qui n’arrêtent pas de revenir dans ma conscience quand je me retrouve dans telle ou telle situation ici.

J’ai aussi dans le cœur toute la famille du Prado en ce 10 décembre, date anniversaire de l’achat par le Père Chevrier de la salle de bal du Prado et je découvre plus profondément la richesse de la spiritualité du Père Chevrier. Ici, nombre de ses écrits résonnent particulièrement fortement pour moi. Je me réjouis beaucoup d’Internet qui me permet de rester proche de chacun. J’essaye de ne pas y passer trop de temps.

Il est bien difficile de dire de manière juste ce que je découvre. J’essayerai toujours de dire ce qui m’émerveille, ce qui m’est dur, les dépassements que cela me demande quand je me retrouve à contre-pied, ce qui arrive souvent.

J’avais prévu d’être bref… Et puis, les rencontres sont venues les unes après les autres dans mon cœur et j’ai voulu essayer de rendre compte d’un cheminement. Ça m’a aussi aidé à relire quelques-unes de ces rencontres pour essayer de comprendre où je suis, pour essayer de laisser raisonner en moi les questions des lectures de ces jours-ci :

–     « J’écoute, que dira le Seigneur… »

–     « Où est le roi des juifs pour que nous allions l’adorer ? »

Je plonge dans un monde différent et qui m’est vraiment très étranger au niveau de sa sensibilité religieuse. Cela fait surgir de nombreuses questions, des questions que je portais déjà auparavant mais qui reviennent avec force, des questions que nombre d’entre vous qui êtes engagés dans la mission portez aussi et vivez avec la même force et autrement en France. Je les laisserai surgir au fur et à mesure du récit sans savoir encore quel chemin elles ouvriront.

Pour bien situer mon propos, je vais commencer par un fait tout simple :

Après l’accueil extraordinaire reçu le premier jour de mon arrivée[2], voilà qu’à 8h, après la prière du matin, je demande à Juarez, le curé de la paroisse où je me trouve : « A quelle heure sera le ‘pequeno almoço’ ? » Traduction littérale du « petit-déjeuner ». Très intrigué par la question, il répond : à midi. J’insiste et repose la question. Lui se retrouve très embarrassé : le 2 novembre est un jour férié, tout est fermé. Comment donner un déjeuner, même petit, à un prêtre français, à 8h du matin ? Je finis par demander : « Mais vous ne prenez pas de café au début de la journée ? » « Ah, o café da manhã ! » (le café du matin). Juarez ne peut pas rencontrer une personne sans raconter cette histoire. L’autre jour, lors de la rencontre des prêtres du Prado de l’état de l’Esprit-Saint, à 8h, un pradosien s’est amusé à dire à la religieuse qui nous servait : « Le prêtre français voudrait un ‘pequeno almoço’ » Elle a presque lâché le café qu’elle portait en criant horrifiée : « Agora ! » (maintenant !).

En écrivant ce qui suit, je n’oublie pas que, peut-être, je ne comprends pas grand-chose de ce que je vois et découvre et que je vois un « pequeno almoço » là où il y a un « cafe da manhã ». Je vais donc évoquer des rencontres qui m’ont plus travaillé et dire comment j’essaye d’accueillir tout en restant moi-même, en questionnant et en cherchant comment vivre ce qui m’est si étranger et dans lequel je suis si souvent à contre-pied complet.

S’il y a une chose qui domine tout et qui aide à dépasser toutes les incompréhensions, c’est cet accueil si fraternel et extraordinaire, cette foi des pauvres qui ne peut pas laisser indifférent, cette grande fraternité qui naît avec Juarez (et Olimpio quand il est là), qui nous amènent à beaucoup parler et rire, pas toujours sur le moment… !

Comme vous le savez, je suis envoyé ici par le Prado et par le diocèse de Créteil à la demande de Dom Celio, évêque de Cachoeiro de Itapemirim. Dom Celio a accepté qu’Olimpio, prêtre de son diocèse, soit détaché comme permanent pour visiter les prêtres du Prado du Brésil, organiser des retraites, des formations, ce que j’ai fait pendant 6 ans en France, en demandant en contrepartie au Prado d’envoyer quelqu’un pour deux ans. Il ne s’agit pas seulement de « remplacer » Olímpio en paroisse, mais que ma présence et la vie d’équipe permettent à d’autres prêtres de découvrir la grâce du Prado. Le Père Labille, évêque de Créteil, m’a détaché quant à lui pour une période illimitée pour pouvoir répondre à des demandes faites au Prado.

Au début, je me demandais ce que le fait de venir pour deux ans pouvait signifier. Aujourd’hui, je le reçois comme une chance : l’impossibilité de chercher à inventer seul une autre manière de vivre la pastorale et la chance de pouvoir beaucoup parler, questionner, dire ce que je reçois, proposer aussi, sachant que si quelque chose intéresse, d’autres le mettront en œuvre, sinon, c’est que cela n’est pas mûr ou est inadapté.

Dans deux ans, le Prado fera une évaluation avec le diocèse, et, en fonction de ce qui naît ici, en fonction d’autres besoins, je serai confirmé ici ou envoyé ailleurs au Brésil ou dans le monde.

Pour situer un peu le cadre général des activités

Le schéma général d’une journée est le suivant :

  • 06h00 : lever
  • 06h30 : temps de méditation de l’Evangile du jour et cahier de vie
  • 07h30 : Laudes avec Juarez et suite du temps de méditation personnelle
  • 08h30 : « pequeno almoço » (expression désormais adoptée ici) ;
  • 09h00 : visites, ou permanence d’accueil ou travail du portugais
  • 12h00 : déjeuner à 12h ;
  • 13h30 : visites, ou permanence d’accueil ou travail du portugais
  • 16h30 : « café da tarde » qui est un bon goûter et un temps de partage important ;
  • 17h00 : courrier et autres activités plus personnelles
  • 18h00 : Vêpres avec Juarez
  • 18h15 : trajet sur des pistes souvent très difficilement praticables dès qu’il pleut ce qui arrive tous les jours depuis mon arrivée ici ;
  • 19h00 : messe dans une communauté de base avec éventuellement baptêmes, confessions, mais aussi visites de malades, bénédictions de maison ;
  • vers 21h, éventuelle réunion ensuite ; temps pour grignoter et souvent dire les Complies ensemble.

Le rythme du dimanche est différent. Le lundi est théoriquement libre (ce que je n’ai encore constaté qu’une fois depuis que je suis là). Le mardi est jour de permanence d’accueil. Le mercredi est réservé aux rencontres diocésaines ou locales. Le jeudi est pris par la messe à l’asile à 8h, les visites de malades toute la journée, la messe à l’hôpital à 15h, sans compter la messe du soir dans une communauté de base. Le vendredi est de nouveau jour de permanence (8h30/12h ; 13h30/17h).

Ce mois-ci, nous avons concélébré presque tout le temps, faisant l’homélie à tour de rôle, non seulement pour que je puisse découvrir petit à petit, mais pour signifier aux gens que nous vivrons le ministère ensemble et faire grandir entre nous cette communion dont Juarez rappelle toujours le caractère central.

Cette vie d’équipe, inhabituelle ici (et malheureusement de plus en plus en France), fait beaucoup parler les gens, questionne, intéresse, nous a amenés à expliquer le Prado. Quelques laïcs ont demandé à mieux comprendre ce que pouvait apporter la spiritualité du Prado, comment faire étude d’Evangile. Dans le numéro de décembre du journal paroissial, Olimpio présente le Prado, sa mission, le pourquoi de mon arrivée dans le diocèse.

Juarez désire très profondément cette vie communautaire et que nos expériences différentes nous enrichissent. C’est lui qui a proposé tous les offices en commun et fait aménager un oratoire dans la maison paroissiale.

Il vient de faire sa demande de « Première Formation » (équivalent du noviciat) pour entrer au Prado, qu’il va faire par sessions de 4 jours tout au long des deux ans qui viennent. Ma venue va faciliter sa participation à ces sessions. Il va aussi profiter de ma présence pour prendre ses vacances pendant tout le mois de janvier (ici les vacances d’été vont du 15 décembre à fin janvier…)

A partir du 1er février, le programme va évoluer car nous allons recevoir en plus la paroisse « Notre Dame des douleurs », paroisse très rurale située dans la montagne à 30 km de Guaçuí, au pied du Pic da Bandeira (2 890 m). Le nom de la ville est « Dores de Rio Preto » (douleur de la rivière noire). Un des moyens de transport dans cette paroisse est le cheval. Il y en a aussi à Guaçuí.

Je soutiendrai plus les 7 communautés de base urbaines et les 19 communautés rurales de la paroisse de Guaçuí, et Juarez investira davantage pour connaître les 15 communautés de base de Dores de Rio Preto, les aider à entrer dans la dynamique du diocèse, former des responsables de communautés de base, alors que les religieux qui desservaient cette paroisse et venaient du diocèse voisin sont restés assez extérieurs. Le week-end, nous alternerons. Il va falloir voir comment nous réorganiser, ne pas être toujours sur les routes et avoir toujours une vraie vie communautaire.

Nous desservirons donc un territoire long de 65 kms du nord au sud et large de 30 kms d’est en ouest, pour une population de quelques 45 000 habitants. Guaçuí est situé à 190 kms au sud-ouest de Vitória, soit 3h30 de voiture. Nous sommes à l’angle de l’état de l’Esprit-Saint et des états de Rio de Janeiro au sud et Minas Gerais à l’ouest. Seule la route principale qui va de Guaçuí à Dores de Rio Preto, venant de Vitoria et allant vers Belo Horizonte est goudronnée. Pour le reste ce sont des pistes que nous parcourons en VW Golf (modèle de base) appartenant aux paroisses.

La manière des prêtres de se situer et d’être formés est ce qui m’est le plus difficile à comprendre. S’ils peuvent aimer profondément les gens, ils sont toujours dans un rapport d’autorité et d’enseignement d’une vérité à transmettre. Ma première mission est de tisser des liens forts et confiants avec eux, de recevoir d’eux.

Concrètement, Juarez se fait servir pour tout, même pour ce qu’il peut faire facilement lui-même. Nous avons 3 personnes employées à notre service et à celui de la paroisse. Quelqu’un vient même le dimanche matin nous préparer le café et il n’est pas dans la coutume de desservir quoi que ce soit. Pour partir en session, une employée lui a préparé son sac. Lorsque nous partons pour la messe, un employé ou une novice religieuse porte son sac.

La première fois où je me suis mis à desservir après le repas, j’ai provoqué un éclat de rire de la responsable de la pastorale des vocations. Le soir, avec Juarez et Olimpio, nous avons pris un temps d’étude sur l’Evangile du dimanche du Christ Roi. J’ai parlé du rire de cette femme, de ce que cela avait provoqué en moi, de toutes les questions que cela me posait. La question est revenue dans la rencontre Prado de l’état de l’Esprit-Saint. Ce jour-là, nous avions médité sur le récit de la Nativité, sur Philippiens 2, et relu des extraits d’Antoine Chevrier sur la pauvreté, le prêtre appelé à ne pas se faire servir… Rires d’abord, puis réflexion ensemble. Aujourd’hui, il arrive que je ne sois plus seul à desservir à la fin des repas, ou à faire la vaisselle du soir.

Quelques rencontres :

Mardi 8 novembre

C’est le jour de permanence de Juarez. Les gens n’arrêtent pas de défiler.

Telle personne, vient se confesser, telle autre vient demander un conseil pour savoir si elle doit ou non reprendre son mari alcoolique et malade chez elle alors qu’il est à « l’asile » depuis quelques semaines. Juarez écoute, questionne, aide chacun à prendre sa propre décision.

Viennent aussi plusieurs responsables de communautés de base pour soumettre des problèmes : une coordinatrice d’origine africaine vient apporter sa démission. Elle se sent humiliée par une famille plus riche qui l’écrase. Elle vient accompagnée par la religieuse chargée de suivre plus spécialement cette communauté. Juarez écoute, propose que la religieuse aille passer du temps pour rencontrer les uns et les autres et voir quelle décision prendre plus tard.

Jeudi 10 novembre

Olimpio m’emmène voir Eudes, un de ses oncles qui a deux enfants autistes et a perdu son troisième enfant d’un cancer à l’âge de 22 ans. Lui-même et sa femme sont en traitement pour cancer. Ils semblent aller assez bien. Ils tiennent une épicerie. Eudes nous emmène voir l’école pour une centaine d’autistes qu’il fait construire. Il construit au fur et à mesure qu’il reçoit des dons. Il a écrit un livre sur ce qu’il vit avec ses enfants. Dans le magasin, tout un espace est réservé pour une « brocante permanente » au profit de l’œuvre. Le sourire qui habite cet homme et sa femme sont absolument étonnants. Il dit combien c’est Dieu qui lui donne la force.

Mercredi 16 à samedi 19 novembre : triduum et ordination de 3 diacres

Juarez m’emmène à Muniz Freire, autre paroisse pour participer au « triduum » traditionnel avant l’ordination de 3 diacres en vue d’être prêtres, dont Luciano qui vient de passer 4 ans en stage sur la paroisse de Guaçuí. En voiture, il me demande si je pourrais animer la récollection mensuelle avec les sœurs (cf. ci-après). Je m’empresse d’accepter parce que cela peut l’alléger et pourrait me donner une occasion de trouver ensemble dans l’Evangile des choses que je ne sais pas comment dire pour l’instant.

Nous arrivons au moment de l’homélie faite par un jeune prêtre qui centre tout sur lui et sur les prêtres, vocifère, exalte le ministère. Le climat, les paroles échangées ensuite à table, me sont pénibles. Des blagues, des questions de liturgie, aucune écoute, aucun partage, une Eglise à laquelle je me sens totalement étranger. Les seules paroles qui me seront adressées, sont pour parler des événements en France qui ont profondément choqué au Brésil (ailleurs aussi), sans aucune possibilité pour moi de dire ce qu’il y a au-delà de ces flammes.

Le repas terminé, je me suis retrouvé seul avec deux des futurs diacres. Là, j’ai pu les questionner, les provoquer à dire l’appel de Dieu dans leur vie. C’est un réflexe reçu en équipe de prêtres en mission ouvrière : quand je ne comprends pas quelqu’un, sa sensibilité, sa manière d’exprimer et vivre sa foi, essayer de lui faire dire l’appel de Dieu pour lui, ce qui le fait vivre. Chacun avait fait des études auparavant. J’ai été heureux d’entendre que, derrière la première façade, il y avait des chercheurs de Dieu. J’ai pu dire mon inquiétude devant une telle célébration, une telle vénération, une telle agitation du célébrant. Ils m’ont questionné sur l’Eglise de France puis ont parlé de la théologie de la libération. J’y suis allé prudemment, ne sachant pas trop comment ils se situaient et ne voulant pas être pris dans des étiquettes. Un a pu dire que son appel était né là, qu’avant d’être séminariste, il s’était engagé politiquement, que devant les excès, il avait pris ses distances. Il a ajouté que la manière de l’Eglise de se fermer complètement dans une liturgie coupée de la vie était aussi une dérive politique. L’autre avec un col romain a parlé de sa joie devant les groupes de « cours bibliques » qu’il a découverts dans les communautés de base de Guaçuí où il avait été en stage. Ils m’ont eux-mêmes questionné sur mon itinéraire.

Je demande le programme des 3 jours suivants : à part une visite d’une demi-heure à la prison de la ville, rien, sinon marcher, aller à la piscine, prendre le café chez les uns et les autres. Je glisse qu’avec Juarez, nous avons pris l’habitude de dire les offices ensemble et de partager l’Evangile du dimanche et que peut-être on pourrait trouver un moment pour partager l’Evangile du dimanche du Christ Roi, celui qui sera proclamé à leur ordination samedi, la parabole du jugement dernier où Jésus dit : « chaque fois que vous avez donné à manger, à boire,… à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».[3]

Le lendemain, ils sont avec nous pour les Laudes et demandent à ce que l’on prenne la matinée pour faire partage d’Evangile. Après une heure de travail personnel, nous avons un partage très sympa sur cet Evangile, et, à la lumière de cet Evangile, sur la manière de Jésus de se faire roi, bien différente de notre manière, s’identifiant au plus petit. Nous partageons les questions que cela pouvait nous poser pour mieux nous situer comme prêtre ou diacre.

A la fin, je signale que Juarez m’a exprimé son souhait que des prêtres du diocèse puissent se retrouver régulièrement une journée par mois pour vivre ce type de partage de l’Evangile, de ce que Dieu fait aussi aujourd’hui autour de nous, où nous le reconnaissons et que je rêve que cela démarre sous peu. Le soir, on me demande de présider la messe du Triduum tandis que Juarez fait une homélie simple, belle.

Vendredi, l’ensemble des séminaristes du diocèse (ils sont 16) et le supérieur viennent nous rejoindre pour la messe du soir. Padre Helder, celui qui m’avait offert le bréviaire le jour de mon arrivée, fait une très belle homélie dans un ton très simple à partir de l’épisode de Pierre qui marche sur les eaux :

–     « Tant que vous ne quitterez pas le Christ des yeux, que vous le laisserez vous dire : ‘Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur !’[4], vous pourrez avancer sans encombre, quelle que soit la force de la tempête. »

Jeudi et vendredi, nous n’aurons été que dans des familles aisées, servis par des employées, et sans aucun partage en profondeur si ce n’est des grandes inquiétudes liturgiques, de longs commentaires sur le retard avec lequel la couturière a fait leurs aubes style d’avant Concile aux « superbes » dentelles brodées couleur or. Tous les temps morts m’ont permis de faire étude d’Evangile pour préparer la récollection avec les sœurs.

Vendredi soir, barbecue dans une fazenda très riche avec piscine et même terrain de foot privé et éclairé. Là je profite de ce « barbecue » où je peux me déplacer pour parler avec Rogerio, séminariste qui sera ordonné diacre en mars. Il parle de son mémoire de fin d’étude théologique sur les questions que l’arrivée d’Internet pose à l’Eglise, comment annoncer l’Evangile dans une culture où la vérité ne descend pas d’en haut, où chacun fait son réseau.

Après, c’est un long partage avec Marconi. Il est originaire de la campagne à la frontière avec le Minas Gerais. Il a travaillé des années avec son père dans la petite exploitation familiale pauvre. Je lui demande comment s’est passé l’arrivée au séminaire, si ça n’avait pas été très difficile. « Oh, si ! ». Il aura du mal à en dire plus. On partage ensemble sur comment ne pas se couper du monde dont il vient, comment rester un homme simple quand il sera ordonné (dans un an) et ne pas devenir un « seigneur ».

Après le dîner, une fois revenus à la maison paroissiale de Muniz Freire, Juarez et le futur diacre Luciano évoquent le prochain Conseil pastoral paroissial de Guaçuí prévu pour le 18 décembre et où une centaine de personnes seront invitées à participer. Cela se passe entre deux portes. Au début, je suis témoin passif.

–     « Il faut passer tel film profane (je n’ai pas compris lequel) pour faire réagir les gens. Et puis on regardera dans tout ce qui a été organisé ce qui a bien fonctionné, ce qui n’a pas marché, le positif et le négatif. »

J’essaye de demander comment cette assemblée va être préparée avec d’autres. J’essaye de dire que j’aurais bien aimé qu’il y ait un temps au début pour partager l’Evangile avec l’ensemble des responsables et non pas un « mot du Père », que ce soit à partir de là que l’on relise l’année et prévoit la suivante… Je n’ai pas dû savoir me faire comprendre :

–     « On n’est pas là pour faire une retraite » ; « Ça va nous couper de la vie » « Il faut savoir utiliser les moyens modernes » ; « Ce n’est pas une réco. Les réunions du diocèse c’est pareil : il y a les récos, et puis les autres réunions où l’on prend des décisions. »

Le ton avec lequel le diacre m’a répondu, alors même qu’il y a un bout de partage ensemble, me donne de faire aussi l’expérience que le fait d’être étranger, de ne pas bien maîtriser la langue, amène les autres à vous parler avec autorité ou condescendance, ce qui est tout aussi difficile, comme si vous étiez un enfant, un incapable. Cette souffrance des migrants que j’avais sentie dans l’accompagnement de la communauté portugaise à Champigny me revient avec force. Je me tais pour ne surtout pas provoquer un blocage.

Quelques jours après, je dirai à Juarez mon étonnement qu’une réunion comme celle-là soit évoquée dans un couloir, entre lui et le diacre qui n’est plus dans la paroisse, sans qu’aucun laïc, qu’aucune religieuse, que moi-même n’y soient associés.

Le samedi, aucun programme. Les séminaristes, les prêtres déjà arrivés, vont passer leur temps à blaguer de manière lourde, comme cela se passe entre personnes désoeuvrées. Tout d’un coup, eux qui étaient vêtus sans aucun signe distinctif, se mettent en clergyman et col romain.

La célébration a lieu dans le gymnase de la ville plein à craquer. Rien que de Guaçuí, 6 cars ont amené 300 personnes. Le climat est très chaleureux, très festif. Avec le climat des messes chrismales au palais des sports de Créteil, je ne suis pas dépaysé.

Dans l’homélie faite par l’archevêque de Vitória en l’absence de l’évêque de Cachoeiro de Itapemirim pris par l’ordination d’un évêque, pas plus que dans toute la célébration, rien de la vie des hommes ne s’exprimera. C’était d’ailleurs un des points que les 3 nouveaux diacres ont le plus souligné en commentant leur propre ordination : « on a vraiment tenu à ce qu’il y ait le rituel, rien que le rituel ». Dans l’homélie, pas de méditation de l’Evangile : de la « doctrine » qui vient d’en haut et clamée sur un ton très autoritaire avec une sono qui crache à fond comme dans les fêtes techno.

Je reste marqué par la bonté du prêtre jeune qui anime cette paroisse, par la qualité de l’accueil et du repas offert par les chrétiens du coin à tous ceux qui sont venus à cette ordination. Il a travaillé plusieurs années comme enseignant dans une école d’agriculture avant d’entrer au séminaire.

Dimanche 20 novembre

Je vais à l’hôpital donner le sacrement des malades. C’est « Dona Ilva », femme de la grande bourgeoisie avec un regard profondément bon, qui appelle. Une personne d’origine africaine et qui a été au service de son frère est en train de mourir. Elle passera des heures à la veiller. L’état de l’hôpital n’est pas engageant du tout. Pour le malheur de cette femme de 88 ans, dans cet hôpital si pauvre, il y a une machine de ventilation artificielle qui la maintient en vie malgré elle et dans une souffrance qui m’est difficilement supportable. Pour les salles communes où il y a 6 lits, les visites sont autorisées exclusivement entre 12 et 13h. On est bien loin des soins palliatifs.

Pour la troisième fois depuis que je suis arrivé, on va déjeuner dans la même famille, chez Regina et Gilberto. Gilberto est comptable. Il possède une fazenda avec plus de 12 familles qui exploitent concrètement cette fazenda avec 300 vaches et combien d’hectares de café ? Pour le déjeuner, 2 employées (par ailleurs membres d’une communauté de base) nous servaient. Qu’auront perçu ces deux femmes ? Aucun partage en profondeur. En 4 visites, ils n’ont jamais rien dit de ce qui les faisait vivre, il ne m’a jamais été demandé d’où je venais, ce que ça me faisait vivre d’être là. Cela n’enlève rien à la générosité de Regina qui donne beaucoup de temps à la paroisse mais j’avoue m’être senti mal à l’aise et avoir fait part de mes questions à Juarez ensuite :

–     Comment ne pas se lier toujours à la même famille et ne pas aller que dans des familles riches ?

–     Comment les employées, derrière le beau sourire apparent vont percevoir l’Eglise, les prêtres ?

–     Comment réussirons-nous à entendre la vie des plus pauvres, à accueillir Celui qui n’arrête pas de se dire en eux ?

–     Comment veiller à des visites où il y ait un vrai partage ? J’avais dans le cœur nombre d’expressions d’Antoine Chevrier sur le risque pour les prêtres « d’aller faire salon » et de se rendre incapables de vivre le ministère.

Mercredi 23 novembre

Rencontre de tous les prêtres du diocèse autour de l’évêque. Il semble qu’il s’agisse d’une rencontre trimestrielle. Une dizaine de prêtres sont absents, mais nous sommes une quarantaine dont une dizaine de religieux ou prêtres d’autres diocèses, avec les 3 nouveaux diacres qui vont être ordonnés prêtres en mars. Il y a aussi Rogerio qui sera ordonné diacre en mars et prêtre en juin. A chaque arrivée d’un prêtre, c’est un grand « abraço », manière de se saluer en se serrant dans les bras et en se tapant sur l’épaule, éventuellement en appuyant son front sur le front de l’autre qui n’est pas propre aux prêtres mais générale ici au Brésil.

Après un « pequeno almoço », plutôt un « café da manhã », nous nous retrouvons dans une grande salle. Chacun se met en aube et l’évêque invite les prêtres, selon l’habitude du diocèse, à profiter de cette rencontre pour vivre le sacrement de réconciliation. Impressionnant de voir les prêtres partir 2 par deux, bras dessus, bras dessous. Quelques-uns restent en prière dans la salle. Un moment après, tous partent en procession pour célébrer l’eucharistie.

Ensuite, la rencontre commence. L’évêque commence par me présenter, ainsi qu’un jésuite qui arrive aussi. Il fait venir un des prêtres qui va célébrer ses 50 ans d’ordination pour que tous l’applaudissent et notent la date du jubilé. Il y a des prêtres de tous âges, mais 2/3 ont moins de 55 ans.

Un jeune prêtre fait le point sur la vie de l’association que les prêtres du diocèse ont fondée il y a 15 ans et qui leur permet d’avoir une couverture sociale correcte, une imprimerie pour la pastorale, un téléphone portable au prix d’une entreprise et avec les communications gratuites entre eux, une maison pour permettre aux prêtres d’avoir un lieu de repos qu’ils sont en train de faire construire à proximité de l’Océan, des journées de « confraternisation », une retraite diocésaine annuelle, une caisse de solidarité.

Il présente les statuts et propose des modifications. On évoque le prêtre que Juarez avait accueilli chez lui pour l’accompagner jusqu’à la mort et comment l’association avait aidé. Tous discutent, l’évêque entérine.

Olimpio se lève, rappelle qu’il est membre de cette association des prêtres du diocèse dans laquelle l’adhésion est libre. Il rappelle qu’il y a d’autres associations qui peuvent aussi permettre une aide et invite à la prochaine « semaine de spiritualité du Prado », temps fort de la vie du Prado pour faire étude d’Evangile, faire révision de vie, approfondir la spiritualité du Père Chevrier, et par lequel nombre de prêtres du Brésil ont découvert le Prado.

On donne des nouvelles de tel ou tel prêtre malade. On donne aussi des nouvelles de 2 prêtres impliqués dans des problèmes affectifs sérieux et qui arrêtent le ministère dans le diocèse. L’un d’eux était très en vue dans le diocèse. Dans les jours qui suivent, j’entendrai parler de 3 autres prêtres toujours en ministère malgré des faits sérieux. Je sais qu’il arrive des erreurs comme l’affaire d’Outreau. Mais, pour accompagner plusieurs victimes dans plusieurs affaires différentes, pour entendre la gravité des conséquences pour ces personnes qui luttent pour ne pas mourir des années après et dont toute la vie a été détruite, je reste en souffrance devant la difficulté qu’il y a à prendre des décisions adaptées et qui tiennent compte de la maladie que portent ces personnes, à accompagner réellement les personnes victimes.

Le rendez-vous est donné pour la journée de confraternisation du 2 janvier. La discussion a été plus rapide que prévu, elle se termine à 14h au lieu de 16h.

Je suis émerveillé de ce climat très fraternel et de cette association à laquelle je vais adhérer. Ce n’est pas rien non plus de se retrouver dans un presbyterium où il y a des aînés, mais où il y a un presbyterium massivement jeune. L’évêque, a été très discret, très fraternel. Juarez et les autres prêtres soulignent son charisme pour être simple, proche des pauvres. Ils disent cependant que sa manière de se situer tant en retrait, pour évangélique qu’elle soit, n’aide pas à des décisions et provoque des dysfonctionnements.

Mardi 22 novembre

Je suis sensé accompagner Juarez pour sa permanence d’accueil. Cela fait 3 semaines que l’on est ensemble, que je dépends totalement de lui pour tout. Je n’ai pas une pièce de monnaie brésilienne. Je découvre mon programme minute après minute et me retrouve souvent devant des gens sans qu’il ne pense à me les présenter. Lui-même est très pris par toutes les charges qu’il porte, par les bilans de fin d’année, la confirmation qui approche. Il monte faire sa permanence sans me prévenir et je n’arrive pas à décider de le rejoindre. Quand il vient pour prendre le café, je sors de ma chambre pour lui dire combien ce n’est pas simple de dépendre à ce point d’un autre, d’être étranger pour tout, qu’il soit parti sans me prévenir pour que j’aille avec lui comme convenu, me laissant à attendre sans savoir où il était. Nous nous donnons une bourrade fraternelle, il me propose de garder la journée en temps personnel et on convient d’en reparler jeudi.

Pour l’avoir vécu en France, je n’ai pas de mal à imaginer le poids que c’est pour lui d’avoir quelqu’un d’étranger avec lui 24h/24 qui découvre tout.

Je ne savais pas ce que c’était d’être moi-même étranger. Je repense souvent à tous les partages avec la communauté portugaise, avec les cap-verdiens et tant d’autres. J’entends encore les « français » ne pas comprendre le besoin des portugais de se retrouver aussi entre eux, leur difficulté à s’exprimer, à défendre leur point de vue. Aujourd’hui, je pense à tous les africains qui sont dans nos assemblées.

Je pense aussi à ceux que leur condition sociale rend étranger, place en situation continuelle d’infériorité, à l’inconscience que nous avons de cette difficulté quand nous ne pensons plus qu’en pastorale d’ensemble, de grands rassemblements, que nous ne soutenons plus des mouvements comme la J.O.C. et d’autres, quand nos structures favorisent exclusivement la participation des classes sociales moyennes et supérieures. J’ai reçu par Internet avec beaucoup de joie l’annonce de cette grande enquête que la J.O.C. de France lance pour les jeunes au travail en vue d’un rassemblement qui leur permette de dire leur parole, ce qu’ils vivent, comment la précarité dans laquelle ils sont installés les détruit, comment le fait de faire équipe peut aussi les aider et leur permettre de questionner toute l’Eglise mais aussi la société.

Jeudi 24 novembre

  • 8h00 : messe à l’asile, foyer où se retrouvent des personnes handicapées de tout âge.
  • 9h15 : Café chez 3 sœurs apostoliques. Juarez a beaucoup travaillé pour faire venir une communauté. Elles habitent une maison simple à 100 mètres de la paroisse. C’est la paroisse qui loue, a tout équipé, assure leur salaire pour l’instant. Chaque soeur a été chargée de suivre plus particulièrement 8 ou 9 des 26 communautés de base de la paroisse de Guaçuí. Elles sont aussi impliquées dans la formation théologique, la catéchèse, et cherchent à trouver un travail en dehors de l’Eglise. Une est psycho-pédagogue. Les deux premières sont arrivées le premier février, la 3ème est là depuis 4 mois. Elles ont entre 36 et 53 ans. Au cours du petit-déjeuner, Juarez annonce aux sœurs que « Padre Bruno » va commencer une permanence d’accueil tous les vendredis à partir de la semaine prochaine, qu’il va l’annoncer à la fin des messes du dimanche. Je frémis intérieurement : je n’ai jamais été consulté et je l’apprends dans une parole adressée à d’autres. Le fait que je ne maîtrise pas la langue fait qu’il est très fréquent que les gens parlent de moi devant moi à la troisième personne. C’est le même réflexe qui fait que des soignants et d’autres parlent en présence de malades, de personnes handicapées, comme si elles n’étaient pas là et étaient incapables.
  • 10h00 : temps pour faire le point avec Juarez. Je suis finalement ravi de l’épisode de tout à l’heure qui me permet, à partir d’un fait simple et précis, de lui dire ce qui m’est si dur à vivre d’être à ce point en situation de dépendance, alors même que je suis heureux de cette proposition. C’est l’occasion de lui dire combien j’ai conscience que ce n’est pas facile pour lui, de lui dire aussi ce qui est dur pour moi, de lui rappeler que je n’ai toujours pas une pièce de monnaie. Il me présente toujours en disant que « je viens faire une expérience pour deux ans ». Il m’a aussi dit quand je suis arrivé qu’il avait entendu que « j’avais refusé d’être curé ». J’essaye de dire que j’ai seulement demandé à ne pas être seul, que je ne viens pas faire une expérience, mais partager la mission avec un frère. Je l’alerte aussi sur la manière qu’il a, de par sa formation, de par sa charge, de passer son temps à donner des « ordres » à tout le monde, souvent très judicieux d’ailleurs. On réfléchit ensemble sur « comment exercer une autorité qui rende l’autre auteur »[5]. Le partage est extrêmement fraternel. Le soir, j’ai de l’argent et enfin le droit de conduire. Jusque là, il hésitait se demandant si mon permis international était valide.
  • Pour la première fois, on réfléchit ensemble à comment se situer à partir de février quand on aura la deuxième paroisse, comment collaborer au mieux en tenant compte du fait que je suis radicalement étranger, que Juarez ne connaît pas la paroisse de Dores de Rio Preto, que je suis là en principe pour deux ans.

L’obligation dans laquelle je me trouve de questionner, de remettre en cause, parce que, si je ne le fais pas, j’éclate, m’oblige à un travail sur moi-même, à reconnaître aussi toutes les fois où je me retrouve à côté de la plaque.

Je n’ai pas de mal à comprendre que des personnes n’ayant pas les moyens de comprendre pourquoi elles ont mal, ni de l’exprimer et ne tombant pas sur quelqu’un d’aussi fraternel, ayant un idéal très fort, se retrouvent en échec. Je pense aussi à la violence des jeunes sans avenir et ne voyant pas comment exister autrement dans une société qui n’a pas besoin d’eux et a peur d’eux, en ne sachant ni d’où ils viennent, ni où ils vont.

Je suis entré dans cet Avent avec cette parole du Père Labille, dans une lettre pour le 40ème anniversaire de notre diocèse :

« Aujourd’hui, le Val de Marne et le diocèse de Créteil accueillent une population de plus en plus diversifiée, ce qui est une chance, car les migrations ont toujours été dans l’histoire des hommes une source de vitalité : chacun se trouve appelé à approfondir ses raisons de vivre et la signification de ses choix culturels, chacun est en proximité avec des hommes et des femmes d’autres continents, d’autres cultures, d’autres religions. Etre catholique n’est plus une réalité lointaine, mais une expérience à accueillir chaque jour ; chaque jour en effet, nous découvrons l’image de Dieu réfractée sous de multiples traits ; nous ne savons au départ qu’une seule chose sur tous ceux que nous côtoyons : Dieu les a créés à son image et Il est entrain de les aimer. Notre mission va d’abord consister à le reconnaître présent, demeurant mystérieusement dans le coeur de chacun ; au détour d’un sourire, d’un geste d’amitié, d’une parole échangée, nous reconnaissons l’amour et la tendresse qui les animent. Alors nous pouvons oeuvrer ensemble à plus de convivialité et de justice entre tous. Peut-être au coeur de ce compagnonnage, sommes-nous amenés à échanger sur ce qui nous fait vivre et tenir et à partager nos raisons d’espérer. C’est la richesse de notre vie de banlieue. »

Vendredi 25 novembre : récollection avec les soeurs

Juarez, à la demande de « Irmã Margarida », responsable de la communauté des sœurs, a institué une récollection mensuelle avec elles. A chaque fois, ils vont passer la journée à l’écart dans une communauté de base rurale différente. Les gens leur préparent le repas, et les membres de la communauté de base qui sont libres se joignent à eux pour la messe à 15h30.

Cette fois-ci, nous sommes à la communauté « São Pedro do Rate », du nom de la famille qui possédait la Fazenda du coin, Fazenda dont les terres ont été redistribuées à des « paysans sans terre ». Nous commençons par l’office des Laudes et, ayant accepté de préparer, je propose de prendre une heure sur Actes des Apôtres 3 et 4 avec la question suivante :

  • « Quelles indications pour une vie de disciple, d’apôtre, d’Eglise, à partir de ce texte ? »

Je ne m’en rendrai compte qu’après, mais je n’avais même pas réalisé que Noël approchait et que la réco aurait pu nous aider à entrer en Avent… Mais quand il fait 35°, c’est dur d’en prendre conscience.

J’avais choisi ce texte des Actes des Apôtres pour prolonger toutes les réflexions depuis mon arrivée et nous permettre de retrouver ensemble, à partir de la parole de Dieu, nombre des réflexions qui me travaillent. A 11h, nous nous retrouvons tous les cinq et mettons en commun nos découvertes.

Voilà ce que j’ai reçu de Margarida, Maria, Elsa et Juarez à qui j’avais proposé de parler en premier :

–     Pour être disciple et apôtre, il faut être pénétré par le regard de Jésus, entrer dans son regard.

–     Ce qui me marque, tout au long de ce texte, c’est l’esprit de prière. Comment nous aider à garder ensemble cet esprit de prière ?

–     J’aime aussi leur simplicité tout au long de ce texte. Comment nous aider à entrer dans cette simplicité ?

–     « Ce que j’ai, je te le donne ». La richesse qu’ils ont et qu’ils donnent, c’est la richesse de la rencontre personnelle avec le Christ.

–     Pierre a été le premier à trahir Jésus, et voilà que, quand il est en situation d’autorité, il reproche aux chefs religieux d’avoir livré Jésus. Cela voudrait-il dire que l’on est très rapide à oublier le chant du coq, nos propres trahisons, notre pauvreté, quand on se retrouve responsable ?

–     Comme prêtre, je me suis beaucoup interrogé sur mon identité. Qui suis-je ? Je suis marqué par ce regard entre les apôtres et le paralytique. Qu’est-ce que les gens me demandent ? Qu’est-ce que je leur donne ? Qu’est-ce que j’ai à leur offrir ? A courir beaucoup, des fois, je suis fatigué. Je me rends compte que je ne peux pas seulement réagir aux demandes des gens.

–     Il y a des réponses qui enferment l’autre. Donner de l’argent, assister, aurait enfermé cet homme.

–     Ce qui me frappe, c’est que le paralytique n’a pas seulement été évangélisé. Après, c’est lui qui se met à évangéliser, qui dit ce qui lui est arrivé.

Quant à moi, j’avais commencé par une parole reçue de Stéphanie Ménétrier, quand elle avait 17 ans dans un week-end d’accompagnateurs d’aumônerie des collèges :

–     « Quand Pierre dit : ‘Regarde-nous bien !’[6] Est-ce qu’il n’est pas en train de dire : ‘Regarde en nous le Christ’ ? »

Et j’ai poursuivi en soulignant que dire cela, signifiait une conscience que l’on n’est pas seulement en train d’organiser, mais qu’Un Autre agit aujourd’hui ; cela révèle un travail pour Le rejoindre :

–     le temps pour méditer l’Evangile, pour être des « compagnons de Jésus » au point d’être reconnus comme tels[7],

–     le lien entre le fait de monter prier au temple et de se laisser déranger par les pauvres,

–     le fait d’être pauvre, « de n’avoir ni or ni argent » qui oblige à une rencontre vraie et non pas à une assistance,

–     le fait que les apôtres sont des hommes ordinaires et sans instruction et qu’ils ont pourtant une assurance qui étonne,[8]

–     le fait qu’annoncer l’Evangile, ce n’est pas seulement dire ce qui s’est passé il y a 2000 ans, c’est s’engager avec le Christ dans la rencontre des hommes, particulièrement des plus pauvres, leur permettre de se remettre debout, annoncer ce que le Christ fait ici et maintenant,

–     tout le travail de relecture en communauté, relecture qui se termine dans une prière pour recevoir du Christ la force de l’annoncer et de faire des prodiges, de poser des actes qui libèrent, qui remettent debout.[9]

Ensuite, nous avons pris une heure personnelle pour chercher où nous avions vu quelque chose de ce passage des actes se réaliser dans ces dernières semaines, dans quelle rencontre, quel événement.

Je suis déjà long, alors je ne vous détaille pas. Mais cela a été un moment fort pour nous 5. Cela m’a aussi permis de redire tout ce qui m’émerveillait ici : l’accueil de Juarez, des gens, la foi de cet enfant dont je parle dans la première lettre, la foi de cet homme dont les deux enfants sont autistes et qui a perdu sa troisième fille. Cela m’a permis de ne pas être seulement dans le questionnement.

A 15h30, nous avons célébré avec les personnes de la communauté de base qui ne travaillaient pas à ce moment-là : les femmes avec enfants qui venaient de naître, les malades, les personnes âgées.

La procession de la parole de Dieu, avant le début de la liturgie de la parole a été faite par une femme en fauteuil roulant. Pendant toute l’homélie, une très jeune femme (17 ans ?) allaitait.

Après la communion, juste avant l’oraison, ils entonnent un chant avec une mélodie très belle et exprimant bien une demande forte qui, à la demande de l’évêque précédent, est chanté dans toutes les messes du diocèse de Cachoeiro de Itapemirim :

Envoie, envoie, Seigneur, envoie, des ouvriers à ta moisson, ta moisson,

Parce que la moisson est grande, parce que la moisson est grande,

Et les ouvriers sont peu nombreux,

Des ouvriers, envoie-nous Seigneur

Quand le chant se termine, le prêtre dit et le peuple répète après chaque phrase :

–     Seigneur, donne-nous les ministres dont ton Eglise a besoin (bis)

–     Seigneur, sanctifie tes ministres (bis)

–     Seigneur, sanctifie nos familles. (bis)

Je reste impressionné de la force avec laquelle cette Eglise appelle, même si, souvent, je ne suis pas d’accord avec la manière dont cet appel passe par des interventions répétées et plus ou moins humoristiques aux jeunes : « tu vas être prêtre, tu vas être sœur. »

Cette initiative de l’Eglise de Cachoeiro de Itapemirim pourrait intéresser d’autres Eglises.

Dans la voiture, au retour, beaucoup de joie simple entre nous au terme de cette journée de réco mensuelle. Plus tard, j’ai suggéré à Juarez de demander la prochaine fois à ce que ce soit une sœur qui prépare la journée et l’anime en utilisant ce moyen simple. Il a été immédiatement d’accord.

Samedi 26 et dimanche 27 novembre : « Conseil diocésain de pastorale élargi »

J’y arrivais tout heureux de découvrir le diocèse dans une rencontre avec l’évêque, presque tous les prêtres, des représentants des diacres, des religieuses, des laïcs. Très belle célébration de lancement. Homélie de l’évêque qui retrace le chemin du diocèse depuis son arrivée il y a deux ans. Et le prêtre coordinateur de ce conseil lance la rencontre.

Je ne vous décrirai pas la rencontre en détail, je n’aurais jamais imaginé qu’il soit possible d’animer de cette manière, et ce, sans qu’il n’y ait de réaction trop forte. Le prêtre coordinateur a parlé 80 % du temps à lui tout seul. Je n’ai rien vu de la vie, ni de l’Evangile, ni des objectifs poursuivis. On n’a parlé que de structure, de savoir s’il fallait maintenir ou pas les « coordinateurs paroissiaux de pastorale ». Quand il y a eu des temps de carrefours, car il y en a eu deux : le premier, le même prêtre responsable de la rencontre s’est mis dans mon carrefour et a tout monopolisé. Pour le deuxième carrefour, je suis tombé dans le carrefour sensé s’intéresser à la dimension sociale de la vie de l’Eglise. 2 prêtres ont monopolisé la parole pour énumérer des actions d’assistance dans laquelle l’Eglise était engagée. L’évêque et le vicaire général ont été très absents et il était manifeste qu’il n’y avait pas eu de recherche en commun avec le prêtre qui animait.

Il y avait un stand de librairie avec des livres et des documents divers. J’ai trouvé un très beau feuillet présentant la « pastorale du monde du travail », très proche de ce que j’ai découvert avec nombre d’entre vous à Champigny. Il y avait aussi quelques documents sur un développement alternatif. J’ai questionné pour savoir si un des prêtres du diocèse suivait cette dimension et avait mis ces documents. En fait, personne. J’ai pu trouver trois laïques qui avaient mis ces textes et ont dit leur isolement. Je me suis présenté en disant que je ne venais pas pour lancer des choses, mais, si des choses se faisaient, ou, si elles en étaient d’accord, j’aimerais bien qu’elles me fassent signe pour écouter des chrétiens situés autrement. Un peu plus tard, l’une d’elles me donne le dernier numéro de la revue de la pastorale du monde ouvrier.

Il y avait aussi un livre écrit par un avocat, le seul laïc qui ait pris la parole à plusieurs reprises en assemblée et dont le titre est : « Quand les pierres crieront »[10]. Dans ce livre, il dénonce les conditions de travail et de sécurité des ouvriers des carrières d’extraction et des usines de granit et de marbre. L’état de l’Esprit-Saint est le premier producteur mondial. J’ai essayé de reparler avec lui mais sans pouvoir partager.

Il y avait aussi sur la table un livre de formation sur l’Eglise à l’intention des laïcs. J’ai feuilleté et trouvé un passage sur le prêtre. Chaque chapitre se termine par des questions pour une sorte d’examen de conscience et ce chapitre se terminait avec cette question :

–     « Comment je suis les directives que le prêtre me donne ? »

Impossible pour moi de savoir si ce livre est représentatif ou non, mais j’ai eu mal. Si ce n’était qu’une question de culture, cela ne me ferait pas si mal, mais je n’ai pas pu ne pas voir en visitant les prêtres en France, en animant des retraites diocésaines que c’est une tendance qui se développe.

J’ai eu un moment de doute en me demandant vraiment ce que je venais faire ici.

Lundi 28 à mercredi 30 novembre : rencontre du Prado de l’état de l’Esprit-Saint

L’état de l’Esprit-Saint comprend 4 diocèses. Nous nous sommes retrouvés à 10 dont un gars ordonné diacre 8 jours avant dans un autre diocèse. Rogerio, le futur diacre du diocèse de Cachoeiro de Itapemirim qui a fait son mémoire sur la « Internet et évangélisation » aurait voulu participer mais il a eu un empêchement, sa mère se faisant opérer ce jour-là.

Ceux qui sont là ont fait jusqu’à 6h de route pour se retrouver. C’est notre cas. Le trajet a été l’occasion d’un long partage avec Olimpio et Juarez sur l’assemblée diocésaine de la veille. Ils n’étaient pas heureux non plus mais mettaient cela sur le compte d’une animation « confuse ». On a beaucoup parlé à partir de là dans un climat de confiance sur comment vivre le ministère autrement, comment ne pas reproduire la même chose à notre niveau.

Arrivés le lundi soir, nous avons eu la matinée pour un temps personnel d’étude d’Evangile sur l’Evangile de la Nativité, mais aussi Philippiens 2, en s’aidant aussi de textes du Père Chevrier pour partager ensuite ce que nous découvrons du mystère de l’incarnation.

Là, j’ai eu la joie de trouver des prêtres qui s’interrogent beaucoup aussi. L’un d’eux est un ancien métallo qui a cheminé avec la J.O.C. Sur les 10 prêtres présents, nous étions 6 à avoir fait le choix avec nos évêques respectifs, de vivre le ministère à 2 prêtres liés au Prado ensemble, ayant 2 ou 3 paroisses à desservir. C’est étonnant, au-delà de la différence culturelle, la proximité qui existe entre des personnes qui ne se connaissent pas mais ont reçu le même charisme, le même appel.

Mercredi, temps de partage sur la vie du Prado dans l’état de l’Esprit-Saint et au-delà au Brésil. Elaboration du calendrier annuel. Information sur la première formation : ils sont deux présents ici qui vont la démarrer plus 2 autres qui n’ont pas pu venir aujourd’hui. Juarez exprime sa peur de ne pas arriver à trouver le temps et de ne pas être assez sur le terrain. C’est l’occasion d’un partage, de se redire l’importance de ces lieux de recul, de travail de l’Evangile, de relecture de la vie, d’approfondissement des fondements de notre ministère, si nous voulons vraiment annoncer l’Evangile et pas seulement courir.

Nombre de pradosiens du Brésil ont fait la première formation puis n’ont pas fait d’engagement tout en participant à une vie d’équipe. Profitant de ma « naïveté » de nouveau, je demande qui a fait son engagement et si l’on peut se dire pourquoi on ne le fait pas. Avec Olimpio qui intervient largement, cela nous donne un très bon partage sur le Prado comme vocation, sur le fait qu’on ne s’engage pas parce que qu’on serait arrivé au niveau d’un appel, mais parce qu’on a perçu un appel et qu’on s’en remet au Christ pour l’inscrire dans notre fragilité, pas sans travail de notre part, que c’est aussi une manière de permettre à d’autres de vivre de ce même don.

Tout au long de la rencontre, ils ont souvent évoqué avec beaucoup d’affection les prêtres du Prado français qui avaient été en mission chez eux et qui sont maintenant retournés en France, en disant à plusieurs reprises tout ce qu’ils avaient reçu d’eux.

Vendredi 2 décembre :

Première permanence d’accueil

Une fille vient se confesser pour la confirmation. Tout du long du mois, j’aurais écouté beaucoup de jeunes en confession pour la confirmation. A chaque fois, j’essaye de leur demander de dire de manière personnelle « pourquoi ils demandent la confirmation » et « qu’est-ce que tu aimes du Christ ». Souvent, ce n’est pas très facile d’arriver à une parole personnelle.

C’est beaucoup à travers les confessions que je découvre le Brésil, la vie des gens. Je suis resté impressionné par la manière dont nombre de ces jeunes de 15 à 20 ans viennent parler de leur vie, demander un conseil pour le dialogue avec leurs parents, leurs premières relations sexuelles souvent très jeunes, s’ils doivent ou non continuer avec celui ou celle qu’ils aiment.

C’est aussi là que j’essaye de découvrir de l’intérieur des mouvements qui ne me sont pas immédiatement sympathiques ou que je ne connais pas, comme la Légion de Marie. En provoquant les personnes qui y participent à dire ce qu’elles y vivent, comment ça les aide dans leur foi, dans leur vie de chaque jour, je trouve là un moyen d’accueillir d’autres sensibilités au-delà de mes a priori. Celle qui m’enseigne le portugais est une membre passionnée de la Légion de Marie. On parle de leur pratique. Je suis témoin du dynamisme qu’elle reçoit là. Je lui imprime la très belle « Lettre de Jean-Paul II sur le rosaire ». Je souhaite provoquer à dépasser la récitation mécanique et sans méditation de l’Evangile. Elle l’a lue et me demande quand on pourrait la travailler.

Chaque fois que je peux, je renvoie à des références comme l’Evangile, des textes d’Eglise, que le questionnement ne soit pas par rapport à moi, à la France, et en proposant à l’autre à chercher et à dire ce qui lui parle dans ce texte.

Ce vendredi, un homme aisé vient demander de l’aide. L’un de ses 5 fils a mal tourné et est en prison depuis un mois pour trafic de drogue. Lui va être opéré pour la 5ème fois du cœur. Il vient demander le sacrement de réconciliation et des malades. Des gens qui souffrent, qui portent des pauvretés, il y en a dans tous les milieux.

Suit un homme qui voudrait que j’aille voir sa femme qu’il a trompée il y a 3 ans, ce qu’elle vient d’apprendre, pour lui demander de lui pardonner et qu’elle puisse entendre qu’il l’aime. Je conviens avec lui de passer dimanche.

Messe avec bénédiction des entreprises

Hier soir, jeudi, Juarez m’a prévenu que le mouvement des « Cursilhistas » a demandé à organiser une messe avec « bénédiction des entreprises ». C’est la première année que cette demande est faite. Ils veulent lancer aussi une campagne pour promouvoir la prière au sein des entreprises. Juarez me prévient qu’il ne sera pas là et qu’il compte sur moi pour faire les bénédictions…

Cela me pose de nombreuses questions et j’essaye de demander à Juarez ce qu’il aurait dit. Il est débordé et je le comprends. A midi, Juarez me propose de regarder ensemble… il part chercher le rituel des bénédictions et me dit :

–     « Regarde, tout est là. Il y a même une introduction sur le travail béni par Dieu, la Genèse, Jésus qui a travaillé, le travail qui construit l’homme. »

Je garde mes questions et continue, entre deux personnes qui passent à préparer une homélie écrite.

Vendredi soir, la célébration commence. Il y a 300 personnes. Au moment de la procession de la parole de Dieu, des « Cursilhistas » se répartissent tout au long de l’allée centrale et se passent le livre de la parole de Dieu de main en main en l’embrassant chacun jusqu’à ce qu’il arrive dans le chœur.

Après la proclamation de l’Evangile du jour, je commence en disant que je suis français, que je n’ai jamais reçu une telle demande, mais que ça m’a fait beaucoup travailler, réfléchir, prier et que je vais essayer de dire ce que cela a produit en moi, mais que j’espère bien continuer le partage avec eux dans les jours qui suivent, que je suis toujours prêt à reparler avec les uns ou les autres.

Je dis combien j’accueille avec joie ce souci de vivre la foi dans toute la vie, et comment, derrière cette demande de prière au sein des entreprises, j’entends un désir « d’évangéliser ». Je dis combien j’ai été relire divers textes de la parole de Dieu ou de l’Eglise qui me paraissent importants au moment de vouloir évangéliser dans les entreprises :

–     Le livre de l’Exode (Ex 3) et Dieu qui voit, qui entend la misère de son peuple,

–     les prophètes et en particulier Amos 8. Je cite le passage où il reproche au riche d’acheter le pauvre pour une paire de sandales, de truquer les balances, de ne pas respecter les jours de repos

–     Jésus qui raconte la parabole du riche et du pauvre Lazare.

–     l’Evangile de la Nativité et le fait qu’il n’y avait pas de lieu pour accueillir Jésus (j’avais fait l’entrée en Avent en demandant s’il y aurait un lieu pour accueillir le Christ à Noël dans nos vies, dans notre Eglise)

–     la doctrine sociale de l’Eglise et je cite le début de l’encyclique de Léon XIII « Rerum Novarum » qui dénonce le fait que quelques personnes sont toujours plus riches tandis que la majorité travaille très durement sans pouvoir vivre.

Les injustices dont nous parlent Amos, Léon XIII, sont toujours omniprésentes. J’évoque les images des banlieues en France qui ont tant choqué, les différences énormes de salaire, les personnes non déclarées, les conditions de sécurité non respectées.

En dehors, des questions d’injustice, j’évoque tout ce qui peut être réfléchi pour que le travail humanise vraiment : comment exercer une autorité qui rende auteur ? En pensant en particulier aux fonctionnaires, comment rendre un service en accueillant vraiment le public en particulier les plus pauvres ? J’évoque mes années de travail et comment la participation à un groupe de chrétiens dans le monde de la santé m’a permis de prendre conscience de la douleur non traitée, de chercher avec d’autres comment la soigner, comment aussi nous avions été amenés à dénoncer le manque de personnel pour vraiment donner à manger et à boire aux personnes âgées. Et je poursuis : « Dans une telle situation, il ne suffisait pas de prier. »

J’ai conclu par cette parole :

« Notre prière se tournera en scandale et en obstacle pour les pauvres, si, dans le même temps, nous ne nous engageons pas plus pour améliorer les conditions sociales, la manière de travailler dans les entreprises, le dialogue social, le dialogue dans les équipes, la manière de permettre à chacun d’être toujours plus créateur. Il y a des choses que nous ne pouvons pas modifier facilement, mais il y en a que nous pouvons déjà modifier. »

Ensuite les 2/3 des personnes sont sorties des bancs pour se mettre dans les allées en tendant les clefs de leurs entreprises. Puis, longue procession où chacun apportait la liste des personnes de son entreprise pour la mettre dans une corbeille, chacun prenant un temps d’arrêt priant au moment de déposer son papier.

A la fin de la messe, une personne est venue demander le texte de l’homélie.

Dimanche 4 décembre, 2ème dimanche de l’Avent

Célébration dans une communauté de base d’un quartier pauvre

Célébration avec un diacre permanent qui rayonne un immense amour des gens. Nous nous retrouvons dans un quartier pauvre, avec quelques maisons qui « tiennent la route » et des baraques. La salle de 8m par 8m est pleine, avec une soixantaine de personnes. Des gens sont dehors et suivent à travers la fenêtre. Guy, trisomique, assure le service de l’autel avec d’autres. Quand nous arrivons, avec ¼ h d’avance, ils interrompent la répétition des chants pour entonner un chant d’accueil. La chorale a intégré les enfants de 6 à 10 ans pour qu’ils ne s’ennuient pas. Impressionnante, la force avec laquelle ils chantent.

Ensuite, Kleber, un gars ayant la trentaine, d’origine africaine, coordinateur de cette communauté de base, m’a emmené à travers des chemins de terre défoncés circulant entre des baraques voir la grande Eglise qu’ils construisent avec leurs mains, avec leurs dons, progressant chaque fois qu’il y a de nouveau de l’argent. Un chemin est bloqué par un camion : une famille déménage. Quelle pauvreté quand on voit le mobilier, l’état des lits.

Visite dans une famille divisée

Comme convenu, je vais voir cette famille à la demande du mari qui avait trompé sa femme il y a trois ans. C’est lui qui ouvre. Sa femme a le visage très fermé. Je m’excuse de venir, disant que son mari m’a demandé de passer, lui demandant si elle accepte que j’entre. Elle commence par dire toute sa souffrance. Je témoigne de la démarche du mari et combien j’entends sa souffrance à elle. Je lui demande si elle croit, si elle connaît un peu l’Evangile. On évoque Zachée, la femme adultère, d’autres passages. Elle finit par dire :

–     « J’étais décidée à me venger pour qu’il sente ce que j’ai pu sentir. Mais je vois bien que ça détruit. Je vois bien que sa faiblesse m’appelle à l’aimer encore plus fort pour le sauver. »

Elle parle de leurs conditions de vie difficiles. Tous les deux travaillent, elle comme conseillère en éducation sanitaire, lui comme chauffeur de car. Ils suivent des cours pour adultes le soir. Ils se voient peu. Elle demande à recevoir le sacrement de réconciliation.

Ensuite, comme son mari avait parlé à leur fille de 10 ans des difficultés rencontrées, elle appelle sa fille et prend la parole : « Tu sais qu’on a connu des difficultés. On a demandé au prêtre de venir pour demander la force de Jésus et vivre le pardon. On s’aime et on va prier ensemble. » Suit le Notre Père en se donnant la main et la bénédiction de la famille.

Rencontre de Dona Ilva

En début d’après-midi, en sortant pour aller célébrer dans une communauté de base rurale, je croise « Dona Ilva », cette dame rencontrée à l’hôpital, d’une famille très riche, que j’avais retrouvée veillant le corps de cette vieille femme dans la salle mortuaire située juste à côté de l’Eglise et du cimetière. Elle me dit que c’est son fils qui était venu demander le texte et qu’il l’avait photocopié, qu’ils se le passaient entre amis, qu’ils avaient beaucoup aimé.

Je lui dit la peur que j’avais de ne pas savoir dire une parole qui appelle et ne bloque pas ; je crains de ne pas savoir la dire en aimant, et en permettant d’entendre que je me sens concerné moi-même ; je sais bien que je suis d’une famille privilégiée et que je ne suis pas pauvre.

Elle enchaîne en disant :

–     « Ce que vous aimeriez, c’est que des chrétiens se retrouvent pour réfléchir sur leur vie et comment ils travaillent pour plus de justice ? »

Je confirme et dit ma disponibilité si certains souhaitaient le faire.

Célébration dans une communauté de base rurale et partage avec un couple

Célébration dans une communauté rurale. Il y a une quarantaine de personnes pauvres. Les fortes pluies de ces derniers jours provoquent plusieurs gouttières dans cette Eglise Saint François d’Assise.

Je me demande toujours comment rencontrer les plus pauvres, pas seulement sur des « sujets religieux » et voilà que la « ministre de la parole » (chargée de la lecture) me demande de la raccompagner à Guaçuí avec son mari. Ils racontent leur vie : lui, travaille embauché à la journée dans une grande fazenda. Cela signifie que, quand il pleut, ou qu’il n’a pas de travail, il n’est pas payé. Elle, est cuisinière au collège public situé sur la place de l’Eglise à Guaçuí, juste en face de chez nous. Elle a été licenciée et les professeurs la payent sur leur salaire 100 Reais par mois en travaillant 20h par semaine. Bien sûr, elle n’est pas déclarée. Pour donner une idée, nous sommes logés, nourris, n’avons aucune charge à payer, pas de voiture à acheter et ne dépensons que pour nos affaires strictement personnelles et recevons un salaire de 780 Reais. Le salaire minimum au Brésil serait de 300 Reais (100 €), si j’ai bien compris. Leur fils est maçon, embauché aussi à la journée. Ils ont été touchés par ce qui a été dit sur la justice lors de l’homélie. Je leur dis que je serais intéressé si des gens avaient envie de se retrouver, de parler de leur vie, de ce qui est leur est dur, de ce qui pourrait changer, et de partager l’Evangile. Je leur dis aussi que j’aimerais qu’ils m’invitent à manger chez eux, pour continuer le partage.

Lundi 5 décembre

Juarez m’a invité avec les sœurs dans la maison familiale à 100 mètres de la plage. Son père était chauffeur routier. Il est mort dans un accident. Juarez est le dernier d’une famille simple de 8 enfants.

Ce sont de longs moments de partage entre nous en marchant sur la plage. Je n’avais pas pu parler avec Juarez de mes questions pour la messe avec bénédiction des entreprises mais je m’étais bien promis de le faire. Je veille à partager mes questions, initiatives pour ne jamais me retrouver séparé. J’essaye de trouver le ton, la manière…

Il écoute, m’invite à prendre du temps, à écouter. Il parle de toute l’implication sociale de l’Eglise du Brésil : la conférence Saint Vincent de Paul, l’action contre l’avortement dans le quartier pauvre de Saint Jude (où je ne suis pas encore allé). Il signale un conflit entre la municipalité et les professeurs du collège qui peut expliquer la situation de cette femme qui travaille à la cuisine.

Il parle de la « pastorale des enfants ». Vendredi, il m’avait fait rencontrer le responsable diocésain de cette pastorale. Il s’agit, derrière ce mot, d’un travail social auprès des familles défavorisées en les aidant à avoir un suivi pour leur grossesse puis pendant les premières années. Je dois me plonger dans leurs documents. Ce que j’ai entraperçu, outre tout le travail que font les PMI en France, c’est un accompagnement pour aider les parents à aimer leurs enfants et à vivre leur foi dans l’accueil des enfants. Je suis tombé sur de très belles réflexions sur la prière pendant la grossesse avec l’enfant attendu.

Il est incontestable que nombre de chrétiens sont très impliqués dans une action sociale. Pour le moment, je ne vois pas bien comment les plus pauvres ne sont pas seulement en situation d’assistance, comment ils peuvent élaborer et dire leur propre parole, dénoncer les injustices, se grouper pour transformer leurs conditions de vie si dures. Comment leur parole est-elle entendue, comment sont-ils présents dans les conseils ecclésiaux en dehors des communautés de base auxquelles ils appartiennent) ?

J’ai entendu en confession une femme d’origine africaine, employée chez une chrétienne bien en vue dans la paroisse et qui n’est pas déclarée, qui n’a pas d’horaire fixe, et qui demande pardon d’avoir parlé un peu fort à sa patronne. Mais où est le péché ? Et comment lui répondre ?

Mardi 8 décembre

19h : Conseil Pastoral Diocésain

Rentré depuis peu de la plage, nous accueillons à Guaçuí le conseil pastoral diocésain, les prêtres, diacres, laïcs, représentant les paroisses de la région (secteur à Créteil). 6 paroisses devraient être représentées, tous les prêtres devraient être là… A part Juarez et moi, pas de prêtre. 3 paroisses seulement sont représentées.

Juarez commence par proposer de dire comment nous avons vécu le Conseil Pastoral Diocésain, ce conseil qui m’a été si pénible. Il introduit en disant qu’avec Bruno, il avait beaucoup reparlé de ce conseil, essayant d’ouvrir à de possibles critiques, qu’en avez-vous pensé ?

Et là, surprise. Réactions unanimes : c’était bien, c’était démocratique, on a voté.

En fait, il n’y avait que le projet du prêtre qui animait, aucune possibilité de le remettre en question et il a fait voter un conseil élargi avec des personnes qui, statutairement n’étaient pas électeurs, sans compter le nombre de personnes qui ne comprenaient rien du problème d’organisation posé.

Juarez reprend : mais vous ne trouvez pas que le prêtre qui animait a beaucoup parlé ?

Si peut-être, et de nouveau des échos positifs, avant de finir par dire : ce qui n’a pas été, c’est que nous étions chargés de la liturgie et que l’équipe diocésaine n’a pas fait un détail (je n’ai pas compris lequel) que nous avions prévu. Il faudrait que le responsable diocésain de la liturgie donne une consigne claire.

Juarez se tourne vers moi en me provoquant à faire part de mes questions qu’il partageait totalement. Je dis la tristesse que j’ai ressentie et je mets en évidence les dysfonctionnements en leur demandant quand est-ce qu’ils avaient pu prendre la parole, ce qui s’était exprimé de la vie, de l’Evangile.

Je dis aussi que j’ai pensé aux « coordinateurs pastoraux paroissiaux » dont on venait de décider qu’ils ne servaient à rien. A aucun moment, on n’a permis à l’un d’entre eux de dire comment il avait vécu son appel, qu’est-ce que cela lui faisait découvrir, quelles joies, quelles difficultés, quel chemin de foi. On les a appelés, on les supprime. Comment vont-ils faire un chemin ?

A partir de là, tous ont été dans le même sens et se sont mis à critiquer cette assemblée.

Quand leur parole est-elle vraie : quand ils disent que tout était bien pour faire plaisir au prêtre ou qu’ils sont habitués à ce fonctionnement, ou quand ils sont d’accord avec les critiques du prêtre ?

Avec Juarez, nous avons essayé de bien montrer les dysfonctionnements et bien dit que nous ne critiquions pas la personne de celui qui avait animé, qu’il avait beaucoup donné de lui-même, mais que de reparler de tout ça pouvait nous aider à voir, comment, à notre niveau à Guaçuí (prêtres et laïcs en responsabilité), animer de manière à ce que les gens aient la parole, que la vie, l’Evangile, y soient présents.

On passe au point suivant : il s’agit de prévoir avec les coordinateurs paroissiaux le lancement de la « Campagne de fraternité » (campagne de carême) qui appelle à porter une attention aux personnes handicapées. Une laïque présente d’une manière qui nous conduit directement dans une attitude d’assistance.

Je demande alors s’il ne serait pas possible, quand on vivra la campagne, de repérer les personnes handicapées que nous connaissons dans nos communautés de base, mais aussi leurs familles, de leur donner la parole : « qu’est-ce qu’ils vivent, quelles sont leurs joies, qu’est-ce qui est difficile, qu’est-ce qui pourrait être transformé, quel chemin de foi ? ». Je parle de ce père de 2 enfants autistes. Tous le connaissent et connaissent son action. Comment va-t-on lui donner la parole, non pas seulement pour qu’il demande de l’argent pour son œuvre, mais pour qu’il dise son chemin, ce qu’il reçoit dans l’accompagnement de ses deux enfants. Je me tourne vers Marie-Louise qui avait présenté la campagne et dont la sœur est en fauteuil roulant : « on pourrait demander à ta sœur de s’exprimer ». J’évoque aussi ce que j’ai reçu avec mon cousin trisomique, combien mon chemin de foi est marqué par le sien et je fais le lien avec l’Evangile de la Nativité que Juarez nous a fait méditer en introduisant la rencontre. Les bergers, les pauvres de l’époque, ce sont eux qui annoncent, et je cite aussi la réflexion de Juarez sur le paralytique qui devient apôtre. Marie-Louise reprend, très intéressée : « Mais tu veux aller beaucoup plus loin, jusqu’à la foi »

23h : Prière des Complies avec Juarez

En entrant dans l’office, on évoque les rencontres du jour, tous les partages à la plage, entre nous, avec sa famille.

Après la prière, Juarez reparle pour la première fois du « Conseil pastoral paroissial » :

–     « Si on commençait par un temps de partage d’Evangile sur la Nativité qui donnerait l’esprit pour la rencontre et pour faire ensuite le bilan et la prévision de l’année suivante ? Qu’est-ce que tu penses ? Il faut d’urgence trouver une date pour préparer. »

Il s’agit donc de la rencontre dont on avait parlé entre deux portes lors du triduum avec les diacres, où il souhaitait démarrer par un film. Rapidement, on voit qu’il n’y aura aucune date possible pour préparer car Juarez part pour un stage vocationnel de 8 jours. Il semble que ce soit une des caractéristiques du travail ici : les dates sont marquées, mais il n’y a pas de prévision pour préparer, ce qui rend difficile un travail où des personnes élaborent ensemble.

Mercredi 7 décembre

Au « café du matin », Juarez me demande si j’accepterais d’animer ce temps de partage d’Evangile et dit qu’il va demander à deux laïcs de prévoir et animer le bilan et à une sœur d’animer avec lui la partie où l’on fait les prévisions pour la suite ; comme cela, il ne sera pas seul à animer.

18h : Nous partons pour une communauté de base rurale pour confesser les confirmands. Cela fait trois mois que Juarez n’a pas pu aller célébrer dans cette communauté à cause de la pluie et il tient à parvenir à y aller cette fois-ci, pour que la communauté ne se sente pas laissée de côté. Juarez a demandé à quelqu’un, très doué pour conduire sur les pistes détrempées, de nous y conduire.

Il y a deux pistes possibles. Dans la première, la voiture n’arrive pas à franchir un virage en côte à plus de 10%. Je ne décris pas la descente avec une voiture que notre chauffeur n’arrivait absolument pas à arrêter, ni à ralentir, emportée par la pente. Il était très doué pour la remettre dans l’axe du chemin, sachant qu’elle se mettait tout le temps en travers, d’un côté, de l’autre. On essaye la deuxième piste : à 19h, la voiture est posée sur la caisse au milieu de la boue.

Après avoir essayé en vain de dégager la voiture à la main, nous partons pieds nus dans la nuit presque tombée vers l’Eglise à une demi-heure de marche, alternant les passages avec de la boue jusqu’à mi mollet, les autres sur des pierres bien pointues.

En chemin, dans un climat très fraternel, dans un concert de crapauds, cigales, au milieu des illuminations[11] que provoquent des moustiques qui sont lumineux et clignotent de manière si intense qu’on a l’impression qu’il y a beaucoup de gens qui se déplacent autour de nous avec leurs lampes de poche, nous continuons la préparation de la rencontre du « Conseil pastoral paroissial ». Nous réfléchissons ensemble sur ce que nous aimerions faire découvrir aux 100 personnes qui seront présentes, comment leur permettre de prendre la parole, de trouver un esprit pour l’année à venir.

Il est prévu de commencer par une lecture de l’Evangile de la Nativité, de proposer aux gens de prendre 10 minutes de temps personnel, puis de partager par groupes de 10 ce qu’ils ont aimé, et s’ils voient des indications qui pourront nous aider dans toutes les dimensions de la pastorale à partir de là. Ensuite, nous prévoyons une mise en commun et un bout de synthèse.

La deuxième partie de la matinée permettra de regarder ce qui a été fait cette année, ce qui a marché ou non, les fruits. L’après-midi nous permettra de regarder ensemble les étapes de l’année prochaine et on terminera en revenant sur les points d’attention trouvés dans l’Evangile.

A partir de l’étude d’Evangile faite ensemble en rencontre Prado, nous nous sommes redit ce que nous aimerions favoriser comme points de repère possibles qui puissent nous éclairer :

–     Dieu se fait connaître en Jésus… Comment provoquer tous les groupes à avancer pour que, à chaque rencontre, il y ait un temps pour regarder Jésus dans l’Evangile

–     Dieu se fait connaître en Jésus pauvre et pour lequel il n’y a pas de place. Les bergers sont les premiers à venir le reconnaître et ils repartent l’annoncer. Comment nous rendre attentifs dans tous les groupes à qui sont les pauvres autour de nous et à chercher comment écouter la parole des pauvres, et, dans cette parole ce que le Christ nous dit.

Dans la synthèse, il est prévu aussi que j’évoque les mages chargés de richesses qui se sont déplacés, n’ont pas eu peur de se prosterner dans une étable devant un nouveau né semblable à tous les nouveaux-nés et qui sont repartis chez eux, mais par un autre chemin, transformés.

A suivre…

Voilà, excusez-moi d’avoir été long… et encore, me suis je beaucoup limité. Je compenserais en écrivant rarement ce type de lettre collective.

J’espère ainsi vous associer plus à ce que je découvre de la mission ici, des questions aussi pour essayer de rejoindre le Christ qui se dit dans la crèche.

J’ai ce psaume 85 du 2ème dimanche de l’avent qui résonne sans cesse :

Fais-nous voir, ton amour, Seigneur, donne-nous ton salut !

J’écoute. Que dira le Seigneur ?

Ce que dit le Seigneur,

C’est la paix pour son peuple et ses fidèles,

Pourvu qu’ils ne reviennent à leur folie.

Ce que dit le Seigneur…

Proche est son salut, pour qui le craint,

(Ce qui peut se lire : proche est le Christ pour qui s’ouvre à sa présence)

et la Gloire habitera notre terre.

(dans cet enfant pauvre dans la crèche tout l’amour du Père se révèle)

Ce que dit le Seigneur…

Ce qu’il demande à l’homme et vient réaliser avec eux :

Un monde où

Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent ;

Vérité germera de la terre, et des cieux se penchera la Justice ;

Le Seigneur lui-même donnera le bonheur et notre terre donnera son fruit ;

Justice marchera devant lui et de ses pas tracera un chemin.”

Je vous redis ma prière et combien je suis proche de chacun, chacune, et toujours preneur de vos propres recherches, questions, découvertes. Très bonne fête de Noël à chacun, chacune, et très bonne nouvelle année.

[1]      Depuis, j’ai opté pour une lettre de 2 pages, mais je transmets la lettre de 28 pages telle que je l’avais écrite

[2]      Voir premier courrier que je joins aussi pour ceux qui ne l’ont pas eu

[3]      Mt 25,31-46

[4]      Matthieu 14,27

[5]      Expression que je dois au Père Frétellière, ancien évêque de Créteil.

[6]      Ac 3,4

[7]      Ac 4,13

[8]      Ac 4,13

[9]      4,23-31

[10]    En référence à la parole de Jésus dans Luc 19,40

[11]    Ça compensera les illuminations du 8 décembre à Lyo

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