Annonce de mon départ pour Madagascar (septembre 2009)

Chers amis,

J’espère que cette lettre vous trouvera en bonne forme et avec une rentrée qui se passe bien pour vous, pour vos familles.

Il y a bien longtemps que je n’ai pas envoyé de nouvelles : depuis le 15 décembre 2008. Dans ce courrier, je partageais ma joie du travail de la Parole de Dieu dans les communautés, du Synode de Rome sur la Parole de Dieu et de l’assemblée de notre diocèse de Cachoeiro qui avait pris comme priorité « la centralité de la Parole de Dieu avec ses prolongements dans la mission et le service de la charité ». Je partageais aussi la joie de l’accueil de Genivaldo venu remplacer Juarez qui m’avait si bien accueilli à Guaçui et de la vie d’équipe Prado au niveau de notre diocèse.

Ce qui a marqué ces 9 mois, c’est toujours le même émerveillement pour la force de la Parole de Dieu dans le cœur des gens, en particulier à travers ce travail de « l’Ecole de Théologie Biblique » dans chaque communauté, après la messe.

Juarez a lancé cette même proposition de travail d’Etude d’Evangile priante après la messe dans sa paroisse urbaine de Cachoeiro de Itapemirim. Dans certaines communautés de sa paroisse, ce sont 70 personnes qui restent après la messe pour lire l’Evangile de Marc. Cela a complètement dynamisé sa paroisse et Juarez témoignait à la Session Nationale des Prêtres du Prado du Brésil de combien ce travail le transformait aussi dans son rapport aux gens : « Je ne suis plus le centre, mais c’est la Parole ; ma manière d’être s’est beaucoup simplifiée, je suis plus proche des gens ; beaucoup de problèmes qui se résolvaient lors des permanences d’accueil entre une personne et moi, se réfléchissent à la lumière de la Parole avec la communauté ; ils prennent des initiatives missionnaires qu’ils ne prenaient pas avant ; je vais être absent un mois pour aider notre diocèse frère dans l’Amazone, je pensais qu’ils allaient arrêter, mais ils ont eux-mêmes décidé de continuer pendant mon absence. »

Lors de l’assemblée de la paroisse de décembre, nous avons pris comme priorité les « Groupes Bibliques » qui se réunissent chaque semaine par quartier, rue, hameau, chaque fois dans une maison différente, méditant un passage du nouveau testament proposé par le « Refletindo » (« Réfléchissant »), livret produit par le diocèse et donnant les éléments pour la réflexion des groupes bibliques du diocèse.

Début mars, nous avons fait une rencontre des animateurs, les appelant à modifier un peu la manière de faire pour qu’ils soient plus priants, que la parole ne soit pas monopolisée par quelques uns. Nous les avons surtout appelés à être plus « missionnaires », à aller dans les familles qui ne viennent pas habituellement mais qui acceptent d’accueillir, à aller dans les familles qui demandent un sacrement, baptême d’enfant en particulier, mais qui ne participent pas habituellement.

Des groupes bibliques se sont « multipliés » pour faire des groupes ayant moins de membres et faciliter ainsi la prise de parole de chacun et pouvoir visiter plus de maisons. Des personnes membres de groupes bibliques se sont employées à fonder des groupes bibliques là où il n’y en avait pas.

Le Conseil Pastoral Paroissial de mai a réfléchi à la manière d’accueillir les demandes de sacrements et a appelé à passer de l’Eglise du « Vous ne pouvez pas », à l’Eglise du « Allez, accueillez, annoncez et accompagnez » en s’inspirant de l’accueil de l’éthiopien par Philippe, de Paul par Ananie, de Lydie par Paul. En effet, quand quelqu’un demandait un sacrement, en particulier un baptême pour un enfant, le premier réflexe de l’équipe de baptême consistait à regarder tous les « não pode », toutes les impossibilités : vous n’êtes pas mariés, vous ne participez pas, vous n’êtes pas dizimista (denier de l’église), etc. Le même travail de tri se faisait pour le choix des parrains et marraines et c’était le conseil de la communauté qui votait pour autoriser ou non une personne à être parrain ou marraine. Cela a produit beaucoup de divisions dans les communautés, d’éloignements de personnes de la communauté alors même que ce vote n’est pas dans les règles de notre diocèse.

Aujourd’hui, quand quelqu’un demande le baptême, l’attention est mise sur l’accueil a priori de cette demande comme étant un signe du don de Dieu dans cette famille, don à cultiver et non à suspecter ou refuser. L’équipe de baptême va visiter la famille et essaye de repérer tous les signes que Dieu a déjà travaillé dans le cœur des personnes et à voir comment nous pourrons servir ce don. L’appel à participer, à se marier pour ceux qui ne sont pas mariés et qui peuvent le faire, est lancé, mais plus de manière arrogante et sans tenir compte de la vie des gens, de leur histoire. Des groupes bibliques se sont fondés pour permettre à des familles distantes aussi bien géographiquement que par la foi, de pouvoir cheminer. Cela a provoqué un profond renouvellement des groupes bibliques et nous avons vu surgir beaucoup de demandes de baptêmes, non seulement d’enfants, mais des parents, des parrains marraines qui reçoivent aussi première communion, mariage, confirmation. Ce qui est intéressant, c’est que, en privilégiant l’accueil sur l’exigence, nous voyons ces familles qui étaient éloignées se mettre à participer de manière régulière. Surtout, cela a transformé la conscience des « piliers des communautés » qui sont moins pharisiens et plus missionnaires.

Lors du Conseil Pastoral Paroissial d’avril, nous avons commencé la préparation de la Fête Patronale de Notre Dame des Douleurs du 15 septembre. Quand nous avons réfléchi à ce que nous allions mettre plus en évidence pendant la procession et la célébration, tous les groupes ont répondu en chœur : « les groupes bibliques ». M’inspirant de la pratique de la Mission Ouvrière en France qui travaille à aider les gens à exprimer ce qu’ils vivent, où ils perçoivent l’action de l’Esprit Saint, j’ai proposé que chaque groupe biblique écrive ses « Actes des Apôtres » et que des extraits soient lus lors des messes de la neuvaine, et le jour de la fête, qu’un « livre des Actes des Apôtres de Dores » soit constitué et offert à l’évêque.

Au mois de juillet, j’arrivais une heure à l’avance dans les communautés pour recevoir les textes ou aider ceux qui en avaient besoin à écrire. Je les faisais parler et ils disaient où ils avaient perçu l’action de l’Esprit Saint. Cela a été un temps de formation important : apprendre à relire, à percevoir l’action de l’Esprit Saint, à voir aussi les appels pour continuer la mission. Je ne m’attendais pas à tant de richesses, ni à tout ce que cela allait susciter. Dans les communautés, au cours de la messe, nous avons commencé à proclamer ces textes au cœur de la liturgie de la Parole. Pour les gens, la conscience qu’ils vivent du même Esprit Saint que les premiers apôtres est devenue très forte. Les 71 équipes ayant chacune de 10 à 30 membres ont écrit leurs Actes des Apôtres, dans cette paroisse rurale de 6 800 habitants. Ce sont donc plus de 1 000 personnes qui se retrouvent chaque semaine autour de l’Evangile à travers ces « groupes bibliques ».

Ce qui a marqué ces huit mois, c’est aussi mon implication plus forte dans la vie sociale.

Il y a eu la 12ème rencontre nationale des communautés de base à Porto Velho (Rondônia), précédée par une rencontre au niveau de chaque diocèse, puis de chaque état. Le thème était sur « Ecologie et mission ». La question de l’écologie est vraiment cruciale ici (ailleurs aussi). La déforestation massive, l’usage des produits chimiques, ont des conséquences fortes, et l’Eglise du Brésil est aux avant postes d’une prise de conscience. Dans notre paroisse, il y a un taux très fort de dépressions que des études lient à l’usage des « agro-toxiques ». Au mois d’avril, le mari d’une responsable de communauté de base a été hospitalisé 3 semaines. Il ne savait plus qui il était, avait perdu la mémoire et un comportement violent après avoir répandu ces produits.

Le Conseil Pastoral Paroissial de juin a consisté à demander aux délégués des quinze communautés de Dores de témoigner de ce qu’ils avaient vécu. Nous avions aussi invité deux personnes à la pointe de cette préoccupation à Dores, ainsi que le Vice Préfet (1er adjoint au maire), et nous avons lancé une réflexion sur ce qui pourrait se faire à Dores. Les gens ont été passionnés et ont demandé à ce que le Conseil de juillet soit de nouveau sur ce sujet. Quelques jours après, la Secrétaire de l’Etat de l’Esprit Saint responsable de l’agrotourisme est passée à Dores et quelqu’un a tenu à ce qu’elle vienne me rendre visite. Je me suis retrouvé à participer à une formation sur l’Agriculture Biologique.

Au Conseil Pastoral Régional, nous avons partagé nos réflexions et vu que d’autres paroisses, d’autres prêtres, se sont lancés dans ce même travail de présence. Nous allons nous appuyer mutuellement.

En dehors de ces questions d’écologie, je suis de plus en plus souvent invité à des rencontres publiques : journée du service social, rencontre de fondation d’un syndicat de producteurs ruraux, visite de l’usine de la SAMARCO qui exporte le minerai de fer et dont le « mineroduc » traverse notre paroisse, etc. La capacité de mobilisation qu’a l’Eglise à travers les groupes bibliques, les communautés de bases, le poids de la parole du prêtre, fait que la Préfecture (mairie), les associations de producteurs, demandent notre aide pour essayer de transformer les conditions de vie des gens. Je suis heureux de voir que tout le travail basé sur la Parole de Dieu débouche aussi sur un engagement social non seulement de ma personne, mais des chrétiens.

Au niveau du Prado, notre équipe diocésaine est bien régulière et très fraternelle. Notre vie d’équipe à 4 prêtres à Guaçui, 3 jeunes assumant 3 paroisses et accueillant le Père Pedro, de plus en plus vieillissant et fatigué, régulièrement hospitalisé, mais ferme dans la prière, est un vrai bonheur.

J’ai pu terminer le travail d’édition des lettres du Père Chevrier en portugais et nous attendons une décision de l’éditeur qui va peut-être mettre le livre à son catalogue. Sinon, il les éditera pour le compte du Prado. Il y a un projet de republier le livre du Père Ancel (Le Prado, une spiritualité apostolique) et j’ai achevé la saisie informatique en vue de cela.

Je viens de vivre la « Session Nationale des prêtres du Prado du Brésil » dans l’île d’Itaparica, dans la baie de Salvador, dans la maison d’accueil des jésuites donnant directement sur la plage et avec vue sur Salvador. Nous étions 48 avec la présence de Robert Daviaud, notre responsable général, et d’Aristeu, un des trois permanents, lui-même originaire du Brésil. J’ai toujours autant de joie à me retrouver dans ces rencontres avec des prêtres aimant le ministère, aimant les gens, et passionnés par la mission.

Comme vous pouvez le voir, je suis toujours aussi heureux et pourrais rester longtemps ici.

Fin 2008, le nouveau conseil du Prado du Brésil, prenant en compte le fait qu’il y avait plus de brésiliens engagés et susceptibles d’animer des sessions, a annulé plusieurs demandes qu’Olímpio, responsable du Prado du Brésil, m’avait faites pour 2009 et ne m’a plus fait de nouvelle demande. Il est évident, même si cela ne s’est jamais dit clairement, que le nouveau conseil a fait le choix de s’appuyer sur des brésiliens. J’aurais préféré que les choses se disent clairement, mais cela ne correspond pas à la culture brésilienne. Pour autant, je comprends parfaitement ce choix et me réjouis de voir le Prado du Brésil grandir vite en ce moment et de voir des prêtres s’engager et être disponibles pour faire vivre cette grâce au Brésil.

J’aurais pu me faire oublier et continuer mon travail qui me rend si heureux à Dores… Mon contrat allait jusqu’à décembre 2013. Mais, en janvier, j’ai écrit à Robert Daviaud pour l’avertir que ce qui avait motivé mon envoi au Brésil n’était plus rempli de la même façon, qu’il pouvait me laisser là s’il le souhaitait, mais que j’étais disponible pour aller ailleurs s’il avait une autre nécessité.

La réponse que je savais devoir venir ne s’est pas faite attendre : à compter du 1er mars 2010, je serai envoyé à Madagascar. Ce sera une autre réalité, un plongeon dans un pays que la misère n’épargne pas, où la situation politique est très chaotique, mais où l’accueil et la joie de vivre sont aussi forts. Si beaucoup de prêtres parlent français et reçoivent la formation en français, il me faudra apprendre une nouvelle langue, tant pour entrer en communion avec les prêtres que pour pouvoir exercer une part de ministère en paroisse. Je serai basé dans le diocèse de Fioranantsoa et circulerai dans l’ensemble de l’île, tout en aidant dans une paroisse. Je n’en dis pas plus attendant d’être sur place pour découvrir et que tout soit clairement défini.

Pendant tout le mois d’août, j’ai essayé de préparer les gens de Dores à l’annonce de ce départ auquel ils ne s’attendaient pas. J’ai prévenu qu’à la fin de la messe de la fête de Notre Dame des douleurs, j’aurai à leur indiquer un nouveau « pas pour la mission », que ce serait une joie comme tout « pas pour la mission », mais une joie « à la manière des joies dans les Actes des Apôtres » : « Ils étaient tout heureux d’avoir souffert pour le Christ » (Ac 5,41).

Ce 15 septembre, à la fin de la messe de la fête patronale sur la place centrale de Dores noire de monde, en présence de l’évêque et des prêtres de notre secteur, en m’appuyant sur le travail fait dans les Actes des Apôtres et sur le passage où la communauté d’Antioche accueille l’appel de l’Esprit Saint « Séparez pour moi Saul et Barnabé pour l’œuvre à laquelle je les destine » (Ac 13,1-4), j’ai annoncé mon départ (voir document joint).

L’évêque a aussi présenté mon successeur. Il s’agit de Wagner, 54 ans, qui habite avec nous à Guaçui et a démarré la formation du Prado. Il continuera à avoir la charge de la paroisse de Celina (2 000 habitants et 5 communautés à 10 km de Guaçui) et il aura la charge de Dores, à 30 km de Guaçui et 40 km de Celina. C’est une grande joie pour moi, car il fait le même type de travail à Celina : visites, lecture de la Bible avec les gens après les messes, implication sociale. Les gens l’aiment énormément.

Les gens ont été secoués par cette nouvelle qu’ils n’attendaient pas bien que j’ai essayé de les préparer. Beaucoup pleuraient d’autant plus que les latino manifestent fortement leurs émotions. Les premiers partages ce mercredi 16 et les visites, puis la messe avec partage des Actes des Apôtres dans une communauté, ce soir, me montrent que les gens entendent le pourquoi de ce départ. Cela me vaut des partages profonds et de grande qualité om les gens disent leur foi et leur attachement au Christ. Cela m’aide beaucoup de pouvoir leur dire qu’un prêtre qui partage la même passion va venir.

Je sais que j’aurai le cœur serré quand je quitterai Dores où j’ai été si heureux, mais comme j’ai eu le cœur serré en quittant tous les lieux où je suis passé et où j’ai été aussi très heureux. Je me réjouis de pouvoir aller servir l’Eglise et le Peuple de Madagascar, peuple si éprouvé et de pouvoir contribuer à mettre à disposition la spiritualité du Père Chevrier qui m’aide tant à être prêtre, et dont je vois les fruits chez les prêtres avec qui je viens de vivre la Session Nationale du Prado.

Je quitterai Dores le 29 décembre et irai passer quelques jours en famille. Je serai basé ensuite au Kremlin Bicêtre dans le diocèse de Créteil et j’habiterai avec deux autres prêtres du Prado. Cela me permettra d’avoir des liens avec les prêtres de mon diocèse. Je ferai aussi un passage rapide à Lyon.

Je ne pourrai évidemment pas rencontrer chacun, mais, dans la mesure du possible, je répondrai volontiers aux invitations.

Invitation pour le samedi 6 février… 50 ans de vie et 20 ans d’ordination.

Surtout, le samedi 6 février, j’invite tous ceux qui le souhaitent à venir célébrer à l’occasion de mes 50 ans (je suis né le 8 février 1960) et de mes 20 ans d’ordination (anticipés… 17 juin 1990).

Je pense proposer le programme suivant, même s’il ne s’agit que d’un projet pour l’instant :

  • 15h30 : Accueil,
  • 16h30 : Partage sur la mission au Brésil
  • 18h30 : Messe avec la communauté locale, présidée par le Père Michel Santier, évêque du diocèse de Créteil
  • 19h30 : repas tiré du sac.

Vous êtes tous invités. Il me manque forcément bien des adresses emails de personnes que j’ai pu croiser pendant ce demi-siècle de vie. Je compte sur vous pour communiquer cette invitation à ceux que vous pensez pouvoir être intéressés, y compris ceux qui n’ont pas d’e-mail.

Vous faciliterez l’organisation en confirmant votre présence et en disant combien de personnes ont prévu de venir.

Qui dit anniversaire dit préoccupation de faire des cadeaux… Ce qui me fera plaisir, en tout premier lieu, c’est votre présence. Si vous souhaitez participer financièrement à la mission du Prado au service des Eglises plus marquées par la pauvreté et appuyer la mission du diocèse de Créteil dans une banlieue aux multiples défis, vos dons seront bienvenus. Si vous participez par chèque, libeller à « Bruno Cadart ». Je partagerai entre le diocèse de Créteil et le Prado. Vous pouvez aussi me laisser un CD avec des photos de votre famille, de ce que vous devenez, ou des photos de moments partagés ensemble au cours de ces 50 ans et mises sur CD. Je n’ai pratiquement pas de photos de toutes ces années. Cela me donnera de prier pour vous.

Si j’arrive à boucler tous les problèmes administratifs, je partirai pour Madagascar vers le 1er mars.

Je souhaite à chacun une bonne reprise d’année scolaire et vous assure de mon amitié et de ma prière. Je compte sur la vôtre. Très fraternellement.

Bruno

Pour ceux que ça intéresse, je mets en pièce jointe les extraits des « Actes des Apôtres de Dores » qui ont été proclamés pendant la procession et la messe, ainsi que ce que j’ai dit à la fin de la messe.

Ce contenu a été publié dans Brésil. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *